Probablement Savaï (Samoa
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venir d'un fait réel mais tellement éloigné qu'il doit remonter probablement à une époque mythologique.
D'après les traditions des naturels, Raiatea aurait été aussi la première des îles de l'archipel de la Société à posséder une dynastie royale. Celle-ci débuta par le règne du demidieu Hiro, fils de Haehi, pelit-fîls de Uruumatata, arrièrepetit-fils de Raa le dieu-soleil. Hiro fut le premier roi de l'île Raiatea et il y fonda le célèbre marae d'Opoa qu'il consacra au dieu Horo ou Oro, le souverain du monde, dont il était aussi le descendant. Hiro fut après sa mort élevé au rang des dieux ; on l'honora comme dieu des voleurs et ses successeurs lui élevèrent un petit marae à côté de celui du dieu Oro, son ancêtre. Le nouveau dieu fut surtout adoré dans l'île Huahine-iti.
Hiro eut deux fils : Haneti et Ohatatama. Haneti succéda à son père comme roi de Raiatea, celui-ci lui ayant légué le signe de sa puissance, qui consistait en une ceinture rouge (maroMra) tournée autour des reins. Ohatatama ne voulut pas vivre sous la domination de son frère : il se retira dans l'île Faaiiui*, s'en proclama roi, et ceignit une ceinture blanche pour montrer qu'il était un monarque indépendant.
Durant les générations qui suivirent, la rivalité des partisans de chacun de ces maro (ceintures) engendra de longues et terribles guerres. Souvent les défenseurs de la ceinture blanche furent victorieux, mais, à la fin, accablés par des forces supérieures, ils succombèrent. Le roi à ceinture blanche périt avec presque tous ses guerriers à proximité des murs de son marae. Ce roi se nommait Terii Marotea (roi à ceinture blanche). Il était le dernier de sa race ; il ne laissait qu'une fille. Celle-ci s'appelait Tetuanui; elle épousa l'un des vainqueurs, Mato, roi de Raiatea. Les deux royaumes furent ainsi réunis en un seul. Alors il n'y eut plus qu'un
1. Ancien nom de l'île Bora-Bora ou mieux Pora-Pora. Les premiers habitants de Faanui furent , dit-on, des malfaiteurs qui avaient été chassés des autres îles.
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seul emblème du pouvoir royal : la ceinture rouge. Les rois qui la portèrent, usant de leur droit de conquête, firent dorénavant de la ceinture blanche le signe distinctif de la puissance sacerdotale : ils la donnèrent aux grands prêtres de leurs marae ^
A quelles époques se passèrent ces événements ? Voilà ce qu'il est impossible de savoir, puisque la tradition reste muette sur ce point. Elle se borne aussi à déclarer qii'un homme nommé Ui, venu des îles Sous-le-Vent, prit possession de Tahiti 2, mais elle ne nous fait pas connaître si c'est au début ou vers le milieu des luttes entre les deux maro qu'il faut placer cette découverte ou cette conquête. 11 est probable qu'au lieu de Ui, l'on doit entendre Maui, ce fameux héros qui pécha les îles de la Société pendant qu'il traînait une grande terre de l'Ouest à l'Est. 11 est vrai que l'exploit de Maui est aussi attribué à Tiki. Quoi qu'il en soit, la découverte ou la conquête de Tahiti peut être considérée comme historique pour les motifs suivants. 11 existait encore dans cette île, il y a de cela moins d'un siècle, une tribu redoutable appelée Oropaa ou Oropoa, qui se prétendait plus noble que les autres et descendante d'anciens émigrarits de l'île Raiatea. Les gens d'Oropoa étaient de fanatiques adorateurs du dieu Oro , et c'était dans leur district que se trouvait le fameux marae neutre consacré à ce dieu; il occupait l'emplacement du temple élevé depuis par les missionnaires protestants anglais. Or nous avons constaté plus haut qu'il y avait précisément dans l'île Raiatea, à Opoa, un marae célèbre dédié à Oro et que ce marae avait été le premier marae fondé dans l'archipel. Entre les mots Oropoa et Opoa la ressemblance est frappante : elle est un témoignage en faveur de
1. De Bovis, Élal de la Société iahiiienne à V arrivée des Européens.
2. Suivant A. Lesson, Tahiti signifie « transplanter, ôter une chose de sa place ». Or je remarque que Tithi est, en sanscrit, un nom d'Agnis, du dieu du foj'er, et l'on dérive le nom de Tithi, comme celui d'Atithi (hôte), de la racine al, qui a, toujours en sanscrit, le sens de voyager, de se transporter d'un lieu à un autre. L'analogie est curieuse.
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la véracité des naturels, c'est-à-dire confirme la probabilité de l'envahissement de Tahiti par des habitants de l'île Raiatea, la plus importante des îles Sous-le-Vent, et celle qui passe pour avoir été la première peuplée de toutes les îles de l'archipel de la Société i.
Cette priorité de peuplement faisait que Raiatea jouissait d'une considération que n'avaient pas les autres îles. Pour tous les indigènes de l'archipel de la Société, Raiatea c'était l'île sainte, parce que la race humaine y avait pris naissance (du moins l'une de leurs légendes le disait), et que le plus ancien des marae^ celui d'Opoa, y avait été fondé. Aussi les chants sacrés des indigènes célébraient-ils continuellement sa gloire, et jamais, en matière religieuse, sa suprématie n'était-elle contestée. Les diverses peuplades regardaient le roi de cette île comme le vrai descendant du demi-dieu qui y avait établi le premier marae, et la famille royale de Raiatea, comme la plus illustre de toutes les dynasties royales des îles de l'archipel de la Société. Suivant les traditions des indigènes, il s'était écoulé environ dix-huit générations de rois entre la fondation de la monarchie de Raiatea et la seconde moitié du dix-huitième siècle 2.
Vers 1760, il existait à l'île Bora-Bora deux chefs qui habitaient les deux côtés de la baie Fanui; le chef Puni ou Pune fît cesser cette division politique et s'empara pour lui seul de l'autorité^.
1. D'' A. Lesson, Les Polynésiens, t. II, p. 327 et 328. Ce savant donne à cette tribu le nom d'Oropoa, mais on la désignait plutôt par celui d'Oropaa.
2. Dans ses Notices historiques sur la Société tahitienne à l'arrivée des Européens, M. De Bovis s'exprime en ces termes : « Mes efforts n'ont jamais pu faire remonter la mémoire des vieillards plus loin que vingt générations. » (L'ouvrage de M. De Bovis a été publié dans la Revue coloniale en l'année 1855, mais il a été écrit plus de dix ans auparavant.) Plus loin, M. De Bovis dit ceci : « ...il ne s'écoula que quatorze générations entre Hanêti et Farerohi, arrière-grand-père de Tamatoa, roi de Raiatea, et père de Tamatoa. Ce Tamatoa est oncle de la reine Pomare... etc. » A la fin de ses Notices, M. De Bovis ajoute encore : « Tamatoa était son nom; vingt générations le séparaient du fondateur de son empire... etc. »
3. DuMONT d'Urville, Voyage pittoresque autour du monde, t. I, p. 540.
Quelque temps après, les îles Raiatea et Huahine commirent la faute de s'aliéner l'amitié de Tîle Tahaa avec laquelle elles étaient jusque-là très unies ^. Aussitôt les indigènes de cette île recherchèrent l'alliance de ceux de l'île Bora-Bora. Puni s'empressa de l'accepter et la guerre fut déclarée aux naturels de Raiatea et de Huahine. Une prophétesse encourageait les habitants de Bora-Bora à cette guerre, et, pleins d'ardeur, ils équipèrent leur flotte et partirent.
Ils rencontrèrent près de Raiatea la flotte de cette île et celle de Huahine. Le combat fiit terrible et longtemps indécis. Les guerriers de Bora-Bora avaient eu, dit-on, l'imprudence de lier entre elles leurs pirogues au moyen de cordes, et cela gênait leurs manœuvres. Il s'en fallut de peu qu'ils n'eussent le dessous. Heureusement pour eux, la flotte de Tahaa vint à leur secours. Après une lutte désespérée, la victoire se décida enfin en leur faveur, et les guerriers de Raiatea et de Huahine subirent des pertes énormes.
Le surlendemain, le roi Puni débarquait à Huahine. Presque tous les guerriers de l'île étaient ailleurs. Ceux qui restaient furent bientôt vaincus et les envahisseurs occupèrent le territoire. Mais beaucoup d'habitants s'enfuirent sur leurs pirogues jusqu'à Tahiti. Là résidaient plusieurs de leurs compatriotes et des naturels de Raiatea qu'ils avertirent de l'invasion de leurs îles. Ceux-ci résolurent d'en expulser les étrangers. Ils équipèrent dix pirogues de guerre, se dirigèrent vers Huahine, et débarquèrent par une nuit très noire. Les guerriers de Bora-Bora, ne s'attendant pas à une attaque, ne se tenaient pas sur leurs gardes. Les émigrés de Huahine et de Raiatea les surprirent complètement ; ils en massacrèrent un grand nombre. Le roi Puni dut se rembarquer en toute hâte avec son armée. L'île de Huahine avait recouvré son indépendance.
1. Surtout l'île Raiatea. Les habitants de Raiatea et de Tahaa nommaientet nomment encore ces deux îles les deux sœurs, parce qu'elles ne sont séparées l'une de l'autre que par un étroit canal maritime.
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L'île de Raiatea ne fut pas délivrée ; elle resta sous la domination étrangère et devint une possession de l'île Bora-Bora. Celle-ci ne voulut pas la partager avec l'île Tahaa,son alliée. Vainement les guerriers de cette île réclamèrent contre ce procédé qui les dépouillait du fruit de la victoire navale qu'ils avaient au moins contribué à gagner, le roi Puni refusa formellement de partager la conquête qui avait été faite. Il ne voyait plus en eux que les instruments de sa politique, des hommes dont il s'était servi pour augmenter sa puissance et agrandir ses États ; maintenant qu'une île avait été conquise, il entendait la garder pour lui tout seul. Les habitants de Tahaa comprirent alors, mais trop tard, qu'ils étaient joués; leur colère éclata : ils déclarèrent la guerre à ceux de Bora- Bora. Malheureusement le sort des armes leur fut contraire : ils perdirent plusieurs combats, et, finalement, leur île passa sous la domination du roi Puni qui l'annexa à ses Etats. Ce monarque traita ses anciens alliés de la même façon que les indigènes de Raiatea. Les habitants de ces deux îles furent, en grande partie, expropriés de leurs terres au profit des guerriers vainqueurs; de plus, ils reçurent des gouverneurs choisis parmi des chefs de Bora-Bora. Ces diverses conquêtes rendirent le nom de Puni célèbre et désormais ses guerriers furent cités comme des modèles de bravoure et d'opiniâtreté. Les Etats de ce roi comprenaient alors, outre l'île Bora-Bora et ses dépendances, les îles Raiatea et Tahaa ainsi que leurs annexes, c'est-à-dire presque toutes les îles Sous-le-Vent. C'était, à cette époque, le royaume le plus grand qu'il y eût dans l'archipel de la Société.
Dans les îlesdu Vent les États étaient bien moins étendus et l'autorité beaucoup plus divisée. Chaque île formait un royaume composé lui-même d'un certain nombre de chefFeries et le pouvoir du monarque se trouvait souvent discuté ou annulé par celui de ses grands vassaux. Il en était même ainsi à Tahiti, pourtant la plus importante île du groupe, et dont toutes les autres îles de l'archipel de la Société se re-
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connaissaient ordinairement dépendantes au point de vue politique ^.
A Tahiti, les districts qui avaient acquis le plus de prééminence étaient ceux de Papara, de Pare, et d'Attahuru. Ils constituaient les Etats héréditaires des trois grands-chefs Amo,Vairaatoa, etTutaa. Cependant Amo et Yairaatoa avaient encore leurs pères: Tenae et Hapai; mais ces derniers avaient dû, suivant l'usage polynésien, abdiquer presque tout leur pouvoir en faveur de leurs fils. De ces trois grands-chefs, le principal était Amo qui, en plus de son district de Papara, jouissait de l'autorité royale 2.
1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 509.
2. C'est ici le lieu de parler de la fameuse généalogie des rois de Raiatea, ancêtres de la reine Pomare. Cette généalogie a été dressée dans les premiers temps du Protectorat français par l'indigène Mare, dans le but d'établir, sur la demande du gouvernement de la Métropole, les droits que la reine Pomare pouvait avoir à la possession d'une partie de l'archipel de la Société. Ceux qui ont vécu parmi les Polynésiens, le D' A. Lesson entre autres, sont loin d'avoir confiance en cette liste royale et ce dernier savant ne se gène pas pour dire d'elle « qu'elle a été dressée de notre temps par l'indigène Mare, qui a cherché, par flatterie, à faire remonter la généalogie de la famille Pomare aussi loin que possible ». (Les Polynésiens, t. II, p. 336). Je partage entièrement l'avis du D' Lesson. Il est évident que cette flatterie est notoire, puisque celte généalogie fait remonter la famille Pomare à des ancêtres regardés dans les traditions indigènes comme étant des dieux. Néanmoins cela ne suffu-ait pas à faire rejeter entièrement la liste royale de Raiatea s'il n'y avait encore d'autres choses à lui reprocher. Elle est loin d'être complète; il y manque beaucoup de noms rapportés par les traditions des indigènes ; elle ne mentionne pas non plus divers princes que les grands navigateurs de la fin du dix-huitième siècle ont personnellement connus. Je sais bien que l'on peut m'objecter que ces princes ont pu changer de nom, suivant une coutume établie dans ces îles : ce à quoi je réponds que cela a pu être, et même que cela a été, comme nous le prouve par exemple ce roi qui successivement s'appela Vairaatoa, Tinah et enfin Pomare I"; mais alors, tout moyen de contrôle échappant au critique, il n'y a plus d'histoire possible, celle-ci ne devant reposer que sur des faits précis. Ce n'est pas tout. Ladite généalogie aboutit à démontrer que la famille Pomare se trouve être la dynastie légitime des rois de Tahiti, alors que cela n'est pas. Un officier de marine extrêmement érudit dans les études qui nous occupent, le lieutenant de vaisseau De Bovis, s'est, dans ses remarquables « Notices sur la Société tahitienne », exprimé en ces termes : « Plus tard, il y eut, comme partout, des conquérants et des usurpateurs provenant de la race des chefs secondaires, mais ils ne changèrent point l'emblème royal ; ils cherchèrent seulement à s'emparer de la ceinture rouge. C'est ainsi que procédèrent Puni dans les îles Sous-le-Vent, les chefs de Tevahiitai et de Tevahiiuta à Tahiti, et, plus tard, le chef de la dynastie des Pomare, qui avait tout aussi peu de droits. » Et M. De Bovis ajoute encore à la fin de ses Notices : « Quant aux princes Teîuanul (Pomare), ils avaient, avec le Porionuu
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iVmo ^ avait épousé Berea'^, femme d'une grande beauté. De leur mariage naquit un fils auquel ils donnèrent le nom de Temare. Cet enfant devint souverain, d'après la loi polynésienne dont j'ai déjà parlé, le jour même de sa naissance; il reçut le titre d'o-tu ^, que portait l'héritier du trône, jusqu'à ce qu'il eût l'âge d'être investi de celui d'arii-rahi (roi).
Amo et Berea pouvaient avoir une quarantaine d'années lorsque le célèbre navigateur anglais Wallis arriva à Tahiti le 19 juin 1767. Les indigènes l'ayant plusieurs fois attaqué reçurent d'abord des coups de fusil, ensuite de la mitraille, et durent battre en retraite. Amo et Berea se trouvaient à Aaropa, près de Papara, quand ils apprirent l'apparition des Européens. Immédiatement le roi et la reine, ou plutôt le régent et la régente, puisque la naissance de leur fils Temare les avait privés de la couronne au profit de leur enfant, se rendirent à Matavai où ils entreprirent une violente attaque contre les Anglais. Ceux-ci se servirent encore de leur artillerie, et, cette fois, le combat fut si meurtrier pour les naturels qu'ils s'enfuirent en toute hâte (23 juin 1767), et, peu de temps après, implorèrent la paix. Celle-ci leur fut facilement accordée, et un commerce régulier s'établit entre les Tahitiens et les Anglais, ce qui permit à ces derniers de se procurer des provisions fraîches en abondance. Le 11 juillet, Wallis reçut à bord la visite d'une femme de haute taille, d'une figure agréable et d'un maintien majestueux: c'était la
(district de Tahiti) une importance assez secondaire que leur réputation et leurs qualités privées ne paraissent avoir eu aucune tendance à augmenter. » En effet, j'ai moi-même constaté durant mon séjour dans l'archipel de la Société, qu'il était de notoriété publique que les Pomare étaient une famille d'usurpateurs dont le temps avait consacré la légitimité. La preuve en sera d'ailleurs faite dans le cours de cette histoire.