TRADITIONS DES INDIGÈNES. — FONDATION DE LA DYNASTIE DES POMARE
Souvenirs altérés d'ancienne histoire. — Les luttes des deux maro. — Conquête des îles Sous-le-Vent par le roi Puni. — Arrivée des Européens ; passage du navigateur anglais Wallis. — Passage du Français De Bougainville. — Révolte de Tutaa et de Veiatua ; défaite d'Amo et déposition de Temare ; changement de dynastie ; débuts de la famille Pomare. — Premier passage de Cook aux îles du Vent et aux îles Sous-le-Vent. — Premier voyage des Espagnols à Tahiti. — Guerre de Taiarapu et victoire du grand-chef Veiatua. — Avènement de Pomare l". — Deuxième passage de Cook. — Troubles dans le district d'Attahuru. — Second voyage des Espagnols; prise de possession de Tahiti au nom du roi d'Espagne. — Séjour des missionnaires catholiques espagnols; échec de leur évangélisation. — Troisième passage de Cook et expédition d'Eimeo. — Guerres et abaissement de Pomare P''. — Passage de Bligh. — Etablissement des révoltés du Bounty. — Nouvelle expédition d'Eimeo. — Combat d'Attahuru et victoire de Pomare I". — Pomare II reçoit l'investiture de son titre de roi. — Première soumission de Taiarapu par Pomare I". — Passage de Vancouver. — Echec de deux coalitions successives contre Pomare I"; mort d'Amo; consommation de la déchéance royale de Temare; deuxième soumission de Taiarapu et chute de Veiatua V. — Soumission d'Eimeo. — Adoption de Pomare 11 par Temare. — Puissance de la famille Pomare dans les îles du Vent.
S'il faut en croire une tradition des indigènes, Raiatea aurait été la première des îles de l'archipel de la Société
1. Tahiti et Eimeo (îles du Vent) ont été découvertes en 1767 par WaUis. La Sagittaria de Queiros ne peut être la même île que Tahiti : la description laissée par ce navigateur est celle d'une terre basse, certainement une île des Paumotu; sur ce point presque tous les voyageurs sont d'accord aujour-
peuplée parles'émigrants d'Havaï * que conduisait un homme nommé Uru (peut-être Oro). Néanmoins une autre tradition des naturels déclare aussi qu'un esprit appelé Tii résidant à Opoa, dans l'île Raiatea, peupla d'abord cette île, puis toutes les îles de l'archipel de la Société. Enfin une dernière tradition des insulaires affirme que ce Tii n'était pas un esprit, mais le premier homme créé par les dieux. Tii n'est sans doute que Tiki, tant célébré aux îles du Vent et aux îles Sousle-Vent, mais surtout aux Marquises, et partout d'ailleurs en Polynésie. Ces diverses traditions ont évidemment une origine commune et les contradictions qu'elles renferment prouvent que les indigènes n'ont conservé qu'un vague sou-
d'hui, et je partage entièrement leur avis. C'est donc à Wallis que revient l'honneur d'avoir découvert Tahiti. La découverte de Huahine, Raiatea-Tahaa et Bora-Bora (îles Sous-le-Vent) est due à Cook en 1769.
Les principales sources de l'histoire de l'archipel de la Société sont les correspondances et les écrits des missionnaires protestants et catholiques; mais il faut se servir de ces documents avec beaucoup de prudence, presque tous étant empreints de l'esprit de secte. Viennent ensuite les récits des grands navigateurs, voyageurs, consuls, commerçants; les rapports et les lettres des gouverneurs, administrateurs, officiers de marine, médecins coloniaux, employés du gouvernement, etc.; l'on peut généralement plus se fier à eux pour ce qui regarde l'impartialité. Malheureusement les uns comme les autres contiennent fort peu de renseignements sur les îles Sous-le-Vent, et ceux qu'ils donnent sont souvent d'une obscurité ou d'une contradiction désespérantes. La plupart de tous ces écrits ne concernent que les îles du Vent, particulièrement Tahiti, parce qu'elle est la plus importante des îles de l'archipel de la Société; encore ceux de la fin du dix-huitième siècle ne sont-ils pas en assez grand nombre pour faire connaître complètement l'histoire de ces îles. En revanche les documents abondent à partir du dixneuvième siècle jusqu'à l'année 1842. Ils deviennent même très nombreux durant la période qui s'étend de l'année 1842 à l'année 1847. J'ai largement profité de ces derniers. J'ai traité à fond l'insurrection des indigènes contre les Français dite guerre de Tahiti. Le besoin s'en faisait sentir, car il n'existait jusqu'à présent sur elle que quelques petites brochures à la fois incomplètes et inexactes dans lesquelles on rencontre parfois des anachronismes scandaleux. Pour écrire celte période si intéressante, j'ai laborieusement amassé des documents qui pour la plupart sont inédits, et leur nombre est si considérable que, réunis, ils formeraient un volume de la grosseur de celui-ci. Pour ce qui concerne les époques contemporaine et actuelle, je me suis servi de matériaux puisés, les uns, dans les archives du gouvei'nement, les autres, auprès de personnes ayant joué ou jouant un rôle dans la colonie, ou qui ont été témoins oculaires des événements politiques et religieux que je narre ; et durant mon voyage dans les différentes îles des archipels du sud-est de l'Océan Pacifique je n'ai cessé de contrôler même les autorités que je consultais afin de pouvoir juger avec l'impartialité qu'exige l'histoire les gens et les choses dont je parle dans ce livre.