‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 109 sur 124 · Voir les croquis joints au présent rapport · texte numérisé non relu

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leurs, et le gros de la troupe, à la tête de laquelle se trouvait le commandant de Bréa, avec deux pièces d'artillerie, devait, en suivant la plage, aborder les retranchemens par le flanc.

Ces dispositions prises, M. le capitaine Nicolaï, qui a rempli près de moi avec la plus grande distinction les fonctions de capitaine d'état-major, porta à M. de Bréa, commandant les troupes, l'ordre de se porter en avant. A onze heures, le mouvement commença ; ce fut alors que le nommé Tavaï, petit chef de l'île, qui était à ma suite, alla enlever intrépidement, aux yeux des insurgés, et à travers leurs balles, le pavillon qu'ils avaient planté sur la hauteur. Le feu commença aux cris de vive le Roi ! mille fois répétés et par les troupes et par les navires sur rade.

Les hauteurs étaient couronnées et le mouvement de flanc commencé par M. le lieutenant de vaisseau Goût. Le gros de la colonne marcha sur la première redoute, engageant une fusillade très vive. Aussitôt que j'appris qu'elle était tournée, j'ordonnai de l'enlever à la baïonnette, ce qui fut exécuté avec une bravoure et une énergie qui font le plus grand honneur à nos marins et à nos soldats. La seconde redoute fut enlevée peu après, de la même manière. Soixante-dix-neuf morts, trouvés dans les retranchemens, attestent l'acharnement de l'attaque et de la défense.

Je jugeai qu'il ne fallait pas laisser de repos aux insurgés, et je lis marcher immédiatement sur la troisième redoute. La résistance fut moins vive, et après une fusillade de peu de durée, ses défenseurs prirent la fuite et se dérobèrent facilement à nos coups en se sauvant dans les broussailles qui bordent la redoute du côté de la rivière. Là, ils furent encore longtemps atteints par les feux de la frégate qui augmentèrent leurs pertes. Le feu des tirailleurs continua aussi quelque temps dans les mêmes broussailles ; mais les pertes qu'éprouvaient les insurgés les forcèrent à se retirer.

A quatre heures et demie le feu cessa sur toute la ligne.

Cent deux insurgés restèrent sur le champ de bataille ; leurs canons ont été encloués, leur pavillon, une cinquantaine de fusils ou tromblons et des munitions sont restés en notre pouvoir.

L'artillerie de la frégate VUranie^ commandée par M. Bonard ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Excellence, a empêché par sa bonne direction les insurgés de se répandre hors des retranchemens. La Clémentine, commandée par M. Boyer, enseigne de vaisseau, a joint ses feux aux siens pour gêner les fuyards dans leur retraite et leur couper le passage de la rivière. Le Phaéton, capitaine Maissin, a assuré notre ambulance placée au lieu du débarquement

et qui a été un moment attaquée. M. Vesco, chirurgien de VUranie, y a été atteint d'une balle morte. Je suis heureux de dire à Votre Excellence que le zèle et la sollicitude de cet officier de santé ont été dignes de tout éloge. Je dois également signaler à Votre Excellence la conduite de M. Gabrielli de Carpegna, enseigne de vaisseau, qui parle la langue du pays et que j'avais emmené avec moi. Chargé d'abord des signaux avec la rade, puis du soin de faire transporter les blessés à l'ambulance, lorsque le nombre en devint considérable, M. de Carpegna s'est acquitté de ce soin avec zèle et dévouement.

Après avoir bivouaqué la nuit au lieu de débarquement, j'ai envoyé le 18 au matin, pendant le réembarquement, le capitaine Nicolaï avec la réserve commandée par M. de la Vaissière, enseigne de vaisseau, et qui était descendue trop tard pour prendre part à l'affaire. M. Nicolaï a parcouru le champ de bataille dans tous les sens. 11 a fait ramasser les munitions et les armes qui, la veille, avaient échappé aux recherches, détruire une cinquantaine de pirogues et trois baleinières qui se trouvaient dans un étang voisin, et qui pouvaient être très utiles aux insurgés.

A cinq heures, l'appareillage a eu lieu, et la nuit j'étais de retour à Papeïti. Cette victoire n'a pas été sans pertes douloureuses de notre côté : quinze morts, dont deux officiers, MM. de Nansouty, enseigne de vaisseau, et Seignette, sous-lieutenant d'artillerie ; plus cinquanteet-un blessés, dont deux élèves, MM. Couloudre et Debry, témoignent de l'acharnement du combat.

Tout le monde a bien fait son devoir ; mais plusieurs se sont fait remarquer d'une manière particulière. J'ai l'honneur. Monsieur le ministre, de vous transmettre le rapport de M. le chef de bataillon de Bréa, commandant les troupes, qui me signale les plus méritans. Par la manière dont cet officier supérieur s'est conduit, son nom doit se trouver en tête du rapport. Je joins l'état de proposition d'avancement et de décoration, en priant Votre Excellence de les mettre sous les yeux de S. M., comme récompenses justement méritées.

Veuillez agréer, etc.

Le Gouverneur des établissements français de l'Océanie, Bruat.

^LAHAHENA (ILE de TAITI) 17 A^1^l^ 18U.

A Piaffe du. eùHxir^uemenL .

B . J^ale^u. occupé, par les lùxuJ lettres, lof^ du. dp^tx/\^ue/n&tt' .

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