‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 17 sur 124 · Tallarabu, d'après le Frère Amich · texte numérisé non relu

Tallarabu, d'après le Frère Amich

3. Titre que portaient jadis certains princes américains; pendant plus de cinquante ans beaucoup d'Européens ont désigné les Polynésiens par le nom d'Indiens ; c'est à cause de cela que le Frère Amich donne aux chefs tahitiens ce titre américain, qui est un mot caraïbe.

l'archipel de la société 67

supérieur et principal l'eri (arii) Otu, dont ils sont tous les vassaux.

u ...Ils (les indigènes) sont ordinairement nus; mais ils couvrent les parties naturelles au moyen d'une ceinture d'écorce d'arbre dont ils font passer un tour entre les cuisses et l'attachent de nouveau à la ceinture : de cette manière ils sont décents, quoique sans habits. Les adultes ont les reins et une portion des cuisses tatoués en noir, formant divers dessins; les autres se tatouent les mains et les jambes avec beaucoup de symétrie, surtout les femmes, qui, malgré qu'elles soient constamment exposées au soleil, sont assez blanches. Deux fois nous avons vu venir abord deux hommes blancs, avec les cheveux, la barbe et les sourcils rouges et les yeux bleus. Le cacique de Tallarabu (Taiarapu), où la frégate était mouillée, était très blanc et rosé, bien que brûlé du soleil. Les femmes n'ont pas aussi belle apparence que les hommes ; mais comme eux, elles aiment à porter des pendants d'oreilles, que tous ils ont percées, et lorsqu'ils n'ont pas autre chose, ils y mettent une fleur ou un osselet de poisson.

« Ces insulaires n'ont aucun penchant pour l'ivrognerie (!) : leur vice dominant est le libertinage. Ils ne prennent qu'une femme, mais ils n'en sont nullement jaloux, car ils l'offrent volontiers aux étrangers... »

Les Espagnols donnèrent à Tahiti le nom d'île Amat en l'honneur du vice-roi. Ils y restèrent pendant trente et un jours et la quittèrent le 20 décembre d772, à 10 heures du matin. Ils emmenèrent avec eux quatre indigènes, deux d'âge mûr, ayant à peu près trente ans ; un jeune homme de dix-huit ans, venu volontairement, et un garçon de treize ans, embarqué avec l'assentiment de son père. Quand ils purent s'exprimer en espagnol, ils donnèrent aux missionnaires diverses informations dont ils se sont servis dans les renseignements ci-dessus. La frégate aperçut la côte du Chili

le 21 février 1773, à midi, et elle mouilla à six heures dans le port de Valparaiso. Les Espagnols y laissèrent à terre les malades, dont deux moururent des fièvres malignes. Dans ce port, un des Tahitiens décéda aussi d'une indigestion compliquée d'une fièvre maligne ^.

Durant tout ce temps-là, aucune guerre n'avait éclaté à Tahiti ; mais Tutaa, qui n'avait pas abandonné ses ambitieux projets, avait fait de grands préparatifs militaires. Ceux-ci terminés, il résolut de tenter une nouvelle entreprise. Néanmoins il ne voulut plus renouveler les hostilités sur mer et ce fut par la voie de terre qu'il dirigea son armée contre les forces de Veiatua. La bataille eut lieu à Tirauu, près de l'isthme, vers le mois de mars 1773. Après une lutte acharnée, dit-on, Tutaa fut tué, ainsi que beaucoup d'autres chefs, et son armée subit une défaite complète ~. L'o-tu Pomare I", son père Hapai et sa famille se trouvaient à l'armée. Mis en déroute, ils gagnèrent les montagnes où ils se réfugièrent.

Veiatua ravagea toute la côte occidentale de l'île. 11 était sur le point de la soumettre entièrement et d'établir ainsi l'unité de gouvernement à Tahiti, quand tout à coup il s'arrêta au milieu de ses conquêtes, et, renonçant à les poursuivre, offrit la paix à Hapai et à son fils Pomare I". Veiatua n'était pas un ambitieux, il lui suffisait d'avoir assuré son indépendance ; de plus, c'était un homme âgé qui ne désirait qu'une chose : terminer tranquillement sa vie. Hapai et Pomare P"" se hâtèrent d'accepter cette paix à laquelle ils ne s'attendaient guère, tout en la souhaitant ardemment, et qui les sauvait d'une ruine inévitable.

Veiatua mourut peu de mois après, laissant le gouvernement de Taiarapu à son jeune fils, qui s'appelait comme lui

1. Voyages des Espagnols à Tahiti, en 1772 et 1774 {El Viagero univer^l). Voir aussi la relation de ces deux voyages dans les Archives de la marine espagnole.

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