‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 19 sur 124 · G. FoRSTER, A Voyage round the World, t. I, p · texte numérisé non relu

G. FoRSTER, A Voyage round the World, t. I, p

3. Suivant Cook ; mais Forster ne lui donne que vingt-cinq ans environ.

grand ^, beau, bien fait et de bonne mine. Il avait des moustaches et portait de la barbe sous le menton ; ses cheveux étaient noirs, bouclés et très touffus. Personne, pas même son père, n'avait le droit de se couvrir la tête en sa présence, et, de plus, on devait se découvrir le haut du corps jusqu'à la ceinture. Auprès de Pomare P'", se tenaient ses frères, ses sœurs et son père Hapai, homme maigre et de haute taille, presque vieux quoique encore robuste, ayant la barbe et les cheveux gris. Amo et Berea se trouvaient entièrement effacés. A la fin de septembre, Cook partit de Tahiti et vogua vers Huahine.

11 y fut bien reçu par son ami le roi Ori. Un incident pénible marqua cette relâche . Le naturaliste Sparmann , ayant eu l'imprudence d'entreprendre seul une excursion, fut dépouillé et violemment maltraité par deux indigènes. Ori s'en montra consterné, harangua son peuple et lui reprocha sa honteuse conduite. 11 monta dans le bateau de Cook et l'on se mit à la recherche des voleurs. Malheureusement ceux-ci ne purent être retrouvés tout de suite. Le lendemain, au moment de quitter l'île, les objets volés furent rapportés aux Anglais et il ne tint qu'à eux d'assister au châtiment des coupables.

Les vaisseaux touchèrent ensuite à Pvaiatea. Le chef de l'endroit, un nommé Oreo, accueillit cordialement le navigateur anglais et lui donna plusieurs fêtes intéressantes. Tahaa, l'île sœur, se trouvait toujours en servitude. Le roi Puni la faisait gouverner par un légat, un de ses proches parents qui s'appelait Boba, comme lui natif de Bora-Bora. Ce dernier vint voir Cook au mouillage. Au physique, c'était, paraît-il, un bel homme de haute stature. Il devait épouser la fille unique de Puni, Mai Wherua, jeune fille d'une rare beauté, qui pouvait avoir alors douze ans. Cela n'empêchait pas Boba d'être membre de la société des Arioi et d'être

1. Il avait un mètre quatre-vingt-treize centimètres de hauteur.

l'archipel de la société xZl

l'amant d'une autre jeune fille non moins belle, du nom de Teina^. Les navires anglais prirent le large, passèrent devant Bora-Bora, et laissèrent derrière eux l'archipel de la Société.

La situation politique continuait d'y être inquiétante, car bon nombre de peuplades se haïssaient et quelques chefs se jalousaient. Toutes les îles conquises par le roi Puni n'aspiraient qu'à recouvrer leur liberté. Ce grand royaume, créé par la force, n'était qu'éphémère: il devait s'écroulera la mort de son fondateur qui, pour le moment, ne le conservait qu'au moyen d'une occupation armée. Dans les îles du Vent, un jeune roi cherchait à jouer le même rôle que le vieux roi de Bora-Bora, et s'il n'avait pas son génie, il n'avait pas plus de scrupules que lui : pour arriver à ses fins tous les moyens lui étaient bons. Avec de tels éléments de discordes, il était visible que la paix ne pouvait pas durer longtemps, et c'est ce qui arriva.

Toutefois, fait curieux, les premières hostilités qui éclatèrent dans l'île de Tahiti ne furent pas causées par l'ambition de Pomare P*". La mort de Tutaa n'avait pas empêché les Oropaa, habitants du district d'Attahuru, de conserver dans leur marae les insignes du pouvoir que ce grand-chef y avait déposées. Ce marae était ainsi devenu le principal temple de Tahiti. Tous les chefs se trouvaient obligés de s'y rendre dans les grandes cérémonies publiques. Or les Oropaa ressentaient de cet état de choses un orgueil démesuré. Audacieux et courageux, ils étaient devenus la terreur des autres naturels de l'île. Ils poussaient parfois l'impudence jusqu'à insulter et dépouiller des chefs qui venaient accomplir leurs devoirs dans ce lieu vénéré. En avril 177Zi, leurs affronts devinrent si nombreux et si intolérables que Pomare P"" s'allia, dit-on, avecTemare, pour venger ces offenses. Ils envahirent le district d'Attahuru, châtièrent les coupables, et la sécurité reparut en ce lieu.

1. CooK, Deuxième Voyage, t. II, p. 408. Édit. de 1778. Paris.

Ce mois-là, Pomare P'' prépara une expédition contre l'île Eimeo^, où Mahine s'était emparé du pouvoir au détriment de son neveu Motuaro. Celui-ci, réfugié à Pare, réclamait l'assistance de l'o-tu, dont il était l'allié. Pomare I" réunit une flotte de pirogues. Cook, qui venait de revenir à Tahiti le 23 avril, après avoir visité les îles Tonga, la Nouvelle- Zélande, les latitudes australes, l'île de Pâques et plusieurs îles de l'archipel des Marquises, eut l'occasion de voir en mai une partie de cette flotte à Matavai. Suivant ce navigateur, elle se composait de 210 pirogues de guerre, sans compter les petites pirogues destinées à servir de transports, et toutes portaient 9.000 guerriers environ. De ce qu'il voyait, Cook se dit que si l'île avait 43 districts, comme il le croyait, et si chaque district armait en moyenne kO pirogues à 40 hommes par pirogue, l'île entière devait pouvoir équiper 1.720 pirogues et 68.000 guerriers. Et comme ceux-ci ne représentaient certainement pas plus du tiers des habitants de Tahiti, Cook évalua la population totale de cette île à 240.000 âmes. Ce fut la dernière relâche de ce navigateur à Tahiti durant son deuxième voyage autour du monde. Il quitta cette île, et, le 16 mai, la Résolution mouilla devant Huahine. Ori le reçut très bien et le fît assister à un spectacle dramatique. Le 23 mai, Cook prit congé du chef et se rendit à Raiatea où il alla visiter son ami Oreo. Il y avait à ce moment dans l'île une réunion nombreuse de la société des Arioi. Le navigateur anglais put observera loisir cette étrange réunion d'hommes vivant dans la débauche et la volupté, et parcourant les diverses îles de l'archipel dans ce seul but. Il y eut encore des représentations dramatiques et les Anglais virent jouer une pièce intitulée V Enfant vient. Au dénouement, on voyait courir sur la scène un nouveau-né de six pieds de haut, poursuivi par des danseuses, tandis que l'assistance manifestait son contentement par de bruyants éclats de rire.

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