Orayatea, dans la relation
2. Voyages des Espagnols à Tahiti, en 1772 et 1774 [El Viagero universal). — Voir aussi la relation de ces deux voyages dans les Archives de la marine espagnole.
répondirent à cette communication par la lettre suivante :
Au capitaine don Cayefano Langaua, commandant /'Aguila.
...Nous vous répondons que nous avons pris la résolution de retourner à Lima. . .
...Ayant été délaissés par les deux naturels baptisés, nommés Thomas Paoutu et Manuel Amat, nous demeurons dans un abandon manifeste, et en péril à l'avenir de perdre la vie, comme nous l'a appris l'exemple des autres missionnaires qui sont morts en voulant convertir Manoa...
De dire qu'ils paraissent doux, familiers, de bonnes dispositions et bons amis, cela ne prouve rien. Ils sont tels tant qu'on leur donne quelque chose; mais aussitôt qu'ils ne reçoivent rien, tous ces semblants disparaissent, et ils vous abandonnent en disant que vous êtes de mauvais amis, comme nous l'avons souvent éprouvé.
Un second motif qui nous détermine à ne pas rester dans cette île, c'est qu'il n'y a point d'espérance qu'on arrive à un résultat; car pour cela il faudrait d'abord que ces barbares soient organisés en gouvernement régulier, et cela nous paraît impossible à être mené à bien. Ce sont des gens altiers, orgueilleux, belliqueux, et sans aucune subordination ni administration de la justice, qu'ils ne connaissent point. Ainsi chacun prend entre ses mains la vengeance de l'injure qu'il reçoit, l'eri n'étant capable de punir personne, car ils se soulèveraient immédiatement contre lui, comme nous en avons plus amplement informé Son Excellence...
Je pense que toute personne non prévenue, et possédant un cœur chrétien et compatissant, ne refusera pas d'admettre que nous étions exposés à perdre la vie. Voilà pourquoi nous vous supplions de retenir à bord les vivres et ustensiles embarqués sur la frégate, et d'avoir la charité de nous rapatrier à Lima, où nous pourrons avec plus de loisir informer plus amplement Son Excellence de tout ce qui nous est arrivé pendant notre séjour à Otaheti.
A l'hospice du port d'Ojatutira, le 4 novembre 1773, Vos affectionnés serviteurs :
Les chapelains Fr. Geromino Clota Fr. Narciso Gonzalez.
J'ai dîi me borner à ne citer de cette lettre que les passages les plus importants; dans ceux que je me suis dispensé de donner, comme inutiles, les Pères expriment encore à
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différentes reprises la crainte de voir leur vie en danger. Evidemment ils n'avaient pas le courage d'aller jusqu'au martyre et par conséquent n'étaient pas capables de faire de véritables missionnaires. Seuls, ceux qui sont disposés à risquer même leur existence peuvent réussir dans des entreprises de ce genre ; nous en aurons plus tard la preuve dans les missionnaires protestants anglais à Tahiti et surtout dans les missionnaires catholiques français aux Iles Gambier : à force d'abnégation, de dévouement et de courage, ils parviendront à convertir des peuples sauvages. Mais les Pères Clota et Gonzalez, tout en montrant de la résignation et de l'énergie, n'en eurent pas assez pour mener à bien leur tâche. Ils ne se doutaient pas qu'ils allaient ainsi fournir de nouvelles recrues aux protestants.
Après avoir lu la lettre des missionnaires, le capitaine résolut que tous retourneraient à Lima. En conséquence ils se rembarquèrent à bord de la frégate, et, le 12 novembre, celle-ci fît voile pour le Callao.
L'île de Tahiti continua de jouir d'une paix relative jusqu'au mois d'août 1777. A cette époque, une nouvelle expédition fut préparée contre l'île d'Eimeo. Cook, qui accomplissait alors son troisième voyage autour du monde, arriva à Tahiti. Il fut sollicité de prendre part à cette expédition, ce à quoi il se refusa, déclarant qu'il n'avait aucun motif de faire la guerre à des gens qui ne l'avaient point offensé. La cause de cette seconde expédition est douteuse : les Tahitiens voulaient, parait-il, venger un frère de Veiatua, mis à mort sur l'ordre de Mahine, le fameux grand-chef d'Eimeo.
Pour rendre l'atua (dieu) favorable à cette expédition, un sacrifice humain fut ordonné, suivant la coutume polynésienne ^
1. Voici comment les choses se passaient ordinairement : « Lorsque le grand-prêtre venait avertir le roi qu'un homme était nécessaire, le roi envoyait une pierre noire au chef du district qu'il lui plaisait de choisir ; celui-ci désignait l'homme à ses gens, et on le tuait, autant que possible, au moment où il s'en doutait le moins... » De Bovis, Elal de la Société tahitienne à l'arrivée des Européens.
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Après avoir été assommée, la victime, — un homme d'un âge mûr et de la plus basse classe du peuple, — fut apportée devant le marae d'Attahuru par les prêtres de Tatua et en présence de Pomare I""" et de Cook. Celui-ci assista à tous les détails de cette horrible scène religieuse. La cérémonie fut entremêlée de prières et de pratiques bizarres. Les cheveux et l'œil gauche du cadavre furent offerts à l'o-tu ; mais celui-ci n'y toucha point. C'était sans doute le simulacre des anciennes coutumes de l'anthropophagie. Sur la fin de cette scène religieuse, on entendit un oiseau voltiger dans les arbres : « C'est l'atua ! » dit Pomare P'", en s'adressant à Cook; et il parut satisfait de ce présage. Le lendemain, il y eut encore des prières et des offrandes de cochons et de fruits. Les cochons furent ouverts, et les mouvements convulsifs de leurs entrailles furent interprétés comme présageant une heureuse expédition.
Le 17 septembre 1777, la flotte tahitienne partit, mais sans Pomare P"" qui en laissa le commandement à Touha, chef de Tettaha, et Potatu, grand-chef d'Attahuru. Ceux-ci ne tardèrent pas à rencontrer la flotte d'Eimeo que dirigeait le chef Mahine. Les deux flottes restèrent en présence sans oser s'aborder, Touha, craignant de n'avoir pas assez de pirogues, envoya demander des renforts à Pomare P"". Celui-ci ne se dérangea pas et s'occupa de récréer ses amis les Anglais en leur donnant la représentation d'un combat naval, remettant à la date du 24 septembre son départ pour porter des secours. 11 en résulta que le 22 on apprit que Touha avait été obligé de traiter avec l'ennemi à des conditions désavantageuses pour Tahiti ^ et, que, furieux d'avoir été ainsi abandonné par Pomare P*", il avait juré de s'allier aux guerriers de Taiarapu afin de se venger de lui, lorsque Cook aurait quitté l'île. Hapai essaya de défendre son fils en attribuant l'échec de l'expédition à Touha lui-même, qui par sa vieil-