‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 23 sur 124 · Cook, Troisième Voyage, t. V, p · texte numérisé non relu

Cook, Troisième Voyage, t. V, p

chefs. Des matelots anglais ayant déserté le bord et s'étant réfugiés dans l'île, Gook renouvela ses violences de Tahiti : il enleva d'un seul coup toute la famille du chef Oreo et la garda jusqu'à ce que les déserteurs eussent été ramenés. A Bora-Bora, où il était le 8 décembre, Gook retrouva aussi le célèbre conquérant Puni qu'il avait déjà connu à Raiateadans un autre voyage. Leurs relations furent extrêmement courtoises. Les vaisseaux anglais s'éloignèrent de l'île le même jour et se dirigèrent vers d'autres régions, but de l'expédition. Quelques années après, en 1779 ou 1782, — la date précise reste inconnue \ — en tout cas vers cette époque, Pomare I" eut de son épouse Hidia un second enfant, qui, plus heureux que son aîné, ne fut pas étouffé; le père voulut bien le laisser vivre. Suivant la loi du pays, il perdit ainsi le titre d'o-tu pour devenir seulement régent du royaume pendant la minorité de son fils Pomare 11.

De 1777 à 1782, les Tahitiens attendirent le retour du capitaine Gook. Gelui-ci leur avait dit qu'il reviendrait dans leur île. Mais il fut massacré par les naturels d'Hawaii (Sandwich), le l/i février 1779. Les années s'écoulant, et le célèbre navigateur ne reparaissant pas, la crainte d'encourir ses représailles disparut peu à peu de chez les ennemis de Pomare P'". Finalement, en 1783, ceux-ci résolurent de se venger du régent. Les armées alliées de Touha, chef de Tettaha, Potatu, grand-chef d'Attahuru, et de Mahine, grand-chef d'Eimeo, envahirent ses Etats héréditaires de Pare et les districts de la côte orientale de Tahiti qui se déclaraient en faveur de sa

1. En 1779, selon Wilson, en 1782, selon Bligh. Ellis déclare que c'est en Tannée 1774 que Pomare II naquit. Mais en ce cas-là Cook aurait connu ce roi lors de son troisième voyage et certainement il aurait signalé son existence, ce quil n'a pas fait. La meilleure preuve qu'Ellis se trompe c'est que Bligh raconte (et cela de visu, puisque le petit roi lui avait été présenté) qu'en 1788 il n'était âgé que de six ans. Il serait vraiment inconcevable que Bligh eût donné seulement six ans à un jeune homme de quinze ans né dans un pays tropical où la plante homme se développe généralement plus vile que dans nos pays tempérés.

l'archipel de la société 85

domination. Pomare P"" et ses partisans furent vaincus dans une sanglante bataille à Pare, et contraints d'aller se réfugier dans les montagnes. Les vainqueurs ravagèrent toutes les terres de leurs ennemis et détruisirent leurs grosses constructions et leurs grandes pirogues; ils ne laissèrent que des ruines ^

A quelque temps de là, le parti vaincu prit une petite revanche : Veidua ~, jeune frère de Pomare P', tua, dans un combat, Mahine, grand-chef d'Eimeo. Mais cela ne suffit pas à rétablir les affaires de Pomare, et, par conséquent, celles de Motuaro, son protégé. Celui-ci ne parvint pas à rentrer dans son gouvernement d'Eimeo, et Tareamudoa succéda à son père adoptif.

Le régent n'était pas capable de se relever de ses revers ; non seulement il était dénué de tout talent militaire, mais il avait même une véritable réputation de poltronnerie. D'ailleurs en eût-il été autrement qu'il n'aurait pu triompher de la formidable coalition qui s'était déclarée contre lui. On le vit bien quand son frère Veidua voulut relever sa fortune ; vainement ce jeune guerrier montra le plus brillant courage : les armées de Pomare furent toujours mises en déroute. Ces nouvelles défaites abaissèrent si sérieusement sa puissance qu'en 1788 il ne possédait plus que le district de Pare ; encore n'y résidait-il pas, ne s'y croyant pas en sûreté ; il avait cru plus prudent de s'exiler sur le territoire de Taiarapu.

C'est dans cette triste situation que le trouva le lieutenant George Bligh, commandant le navire anglais le Boiinig. Celui-ci venait prendre à Tahiti des plants d'arbre à pain, pour les transporter aux Antilles anglaises. Aussitôt que Pomare I"" eut appris la présence des Européens à Matavai, il accourut en toute hâte auprès d'eux et ne cessa, durant leur séjour, de solliciter leur appui contre ses ennemis d'Attahuru. Touha était mort de vieillesse et son successeur Tepahu se trou-

Page 1