‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 25 sur 124 · Bligh, Voyage à la mer du Sud, p · texte numérisé non relu

Bligh, Voyage à la mer du Sud, p

ne se serait pasfaite, ou bienalors ellel'aurait été par Churchill, au profit de sa personne et de sa famille. Pomare V pouvait donc être justement inquiet de l'avènement de cet Européen, et tout portait à croire que celui-ci allait jouer un grand rôle, quand une tragédie vint subitement remettre la situation dans l'état où elle se trouvait auparavant, et par là rendre l'espérance au régent Pomare P". Thompson, jaloux de n'avoir pas eu la même chance que son compagnon Churchill, le tua dans un mouvement de colère. 11 paya d'ailleurs son crime de sa vie, car les indigènes vengèrent la mort de leur chef en assommant immédiatement son assassin.

Churchill ne laissant pas d'enfants, ce fut un neveu de son prédécesseur, un enfant de quatre ans, fils du chef Vaïuru, qui devint grand-chef de Taiarapu, sous le nom de Veiatua V.

En 1790, il y eut une nouvelle révolution à l'île d'Eimeo ; Motuaro fut pour la seconde fois chassé du pouvoir et contraint de se retirer à Tahiti auprès de Pomare 1". Le régent résolut de soutenir encore ce parent malheureux. 11 rassembla ses guerriers et distribua à quelques-uns d'entre eux les armes à feu que lui avait données le capitaine Bligh. Un naturel, nommé Hidi-Hidi^, se chargea de l'instruction de ces derniers ; il avait reçu la sienne des marins du capitaine Cook, avec lequel il avait voyagé. Pomare P' comptait sur le concours des Anglais du Bounty ; mais ceux-ci le lui refusèrent et il dut se contenter de ses propres guerriers. La guerre ne fut pas longue. Dès le premier combat, la troupe des fusiliers dirigée par Hidi-Hidi sema l'épouvante et la mort dans les rangs des ennemis. Les révoltés furent défaits et se soumirent. Motuaro reprit possession de son gouvernement.

A Tahiti, aucun trouble n'avait éclaté durant ces événements. Mais il n'en fut pas de même lorsque le chef Tepahu mourut. Tetouha, son frère, qui lui succéda comme chef de Tettaha, n'avait pour Pomare L"" que des sentiments hostiles.

1. C'était son véritable nom; la relation de Cook l'appelle Œdidée.

l'archipel de la société 89

Dans le but de les mettre à exécution, il contracta une alliance avec Potatu, grand-chef d'Attahuru. Les guerriers de ces deux chefs envahirent le district de Pare, domaine de Pomare P' , et celui de Papara, qui appartenait à Temare, devenu, on ne sait trop comment, l'ami dévoué du régent. Malheureusement pour les agresseurs, les révoltés du Boiinly habitaient ces districts et ils ne purent voir sans indifférence cette invasion s'approcher de leurs terres et menacer de les ruiner. Dès lors, leurs intérêts se trouvant en jeu, ils décidèrent d'intervenir en faveur des princes qui jusque-là les avaient toujours protégés. Ils combinèrent Lin petit plan qu'ils exécutèrent avec les habitants des districts de Pare et de Papara. Les Anglais demeurant auprès de Pomare P"" et les indigènes du N. E. de l'île se rendirent dans le district d'Attahuru, les premiers, sur une petite goélette qu'ils avaient construite, les seconds, au moyen de leurs pirogues ; en même temps, les Anglais établis chez Temare, arrivaient d'un autre côté, par voie de terre, avec l'armée de ce prince. Le choc fut terrible, mais les naturels de Tettaha et d'Attahuru plièrent. Incapables de tenir tête aux Européens en bataille rangée, foudroyés par l'efFet des armes à feu, ils furent vaincus, mis en déroute, et contraints de chercher, avec leurs chefs, un asile dans les montagnes. Les troupes de Pomare et de Temare ravagèrent le district d'Attahuru ; elles pillèrent les cases de ses habitants et les incendièrent. Tetouha et Potatu comprirent bientôt qu'il ne leur restait plus qu'à implorer la miséricorde des vainqueurs ; ils demandèrent la paix. Elle leur fut accordée, mais à des conditions très dures : il leur fallut reconnaître sans réserve l'autorité de Pomare 11 et restituer le fameux Maro Ura, insigne sacré devenu pour eux un trophée de victoire. Il avait été enlevé de Papara une vingtaine d'années auparavant et conservé depuis au marae d'Attahuru. On le prit en ce lieu et on le transporta à Pare (novembre 1790). Tetouha ne survécut guère à sa défaite, et ce fut un parent de Pomare qui le remplaça dans le gouvernement de son dis-

trict. Potatu faillit perdre le sien, de son vivant : ses anciens adversaires voulurent l'en dépouiller ; mais il le conserva grâce à la demande des Anglaise Pomare P"" avait recouvré toute sa puissance ; à l'exception de la presqu'île de Taiarapu, l'île entière subissait sa domination.

Au commencement de l'année 1791, Pomare II reçut publiquement l'investiture de son titre d'arii-rahi (roi). Voici, en résumé, comment se passait le sacre d'un roi polynésien. Celui-ci partait de sa résidence et se dirigeait, suivi d'un brillant cortège, entouré d'une multitude immense, vers le marae du dieu Oro. La cérémonie commençait. L'idole de ce dieu était promenée processionnellement dans la grande cour du temple, au bruit d'une musique bizarre exécutée par des prêtres qui soufflaient dans de gros coquillages marins et tapaient sur des tambours en peau de requin. On apportait une victime humaine, auparavant sacrifiée, et on l'exposait devant les images des dieux. Suivant l'usage, le grand prêtre s'approchait du cadavre et lui arrachait les deux yeux : il mettait l'œil droit devant l'idole et offrait l'œil gauche à l'arii-rahi, qui faisait mine de l'avaler ; mais le grand prêtre reprenait l'œil et le déposait à côté du cadavre. C'était, sans doute, une réminiscence du temps du cannibalisme. Alors l'arii-rahi se plaçait sur le devant du marae, sur une énorme pierre plate un peu plus élevée que les autres et réservée pour ce seul usage, et le grand prêtre le ceignait du Maro Ura (ceinture de plumes rouges) pendant que le peuple criait: « Maeva e arii ! Maeva e arii! (Élevé le roi ! Elevé le roi !) » Ensuite le grand prêtre prononçait sur lui différentes prières et certaines formules dans lesquelles étaient énumérées ses possessions et les titres de gloire de ses ancêtres. La cérémonie se terminait par une ignoble bacchanale exécutée par des individus des deux sexes autour de la personne de l'arii-rahi, et celui-ci retournait, avec sa famille, dans sa

1. WiLSON, A missionary voyage, etc. Preliminary discourse, p. 30.

résidence, où il donnait un splendide festin aux autres chefs. Après l'investiture de Pomare II, faite par le grand prêtre Haamenemene ou Mani-Mani, il y eut, dit-on, durant deux mois des repas interminables, suivis de chants, de danses et de représentations scéniques ^

La régence cessait du jour où l'o-tu recevait l'investiture de son titre d'arii-rahi (roi) ; néanmoins Pomare P"", quoique n'étant plus régent, garda la réalité du pouvoir, son fils étant encore trop jeune pour gouverner par lui-même. Ce fut, du moins, le prétexte qu'il invoqua, et on le trouva tout naturel, parce que cela s'était toujours passé ainsi en de pareilles circonstances. Mais il avait un autre motif, c'était son ambition profonde, et qui ne cessait de s'accroître à mesure qu'il voyait disparaître ceux qui précédemment lui faisaient obstacle. Il en était arrivé même à rêver la possession entière de l'archipel de la Société, depuis que le célèbre conquérant Puni n'existait plus. Ce monarque était mort vieux, dit-on 2, mais les dernières années de sa vie s'étaient passées dans l'exil et dans la misère. Il paraît qu'il avait été détrôné, dépouillé de ses biens et chassé par les chefs de l'île de Bora-Bora dont il s'était aliéné l'amitié par son avarice extrême ^. Il avait été

1. Je n'ai pas cru devoir adopter la version du missionnaire Ellis pour ce qui concerne l'endroit où l'arii-rahi recevait le Maro Ura. Ellis prétend que c'était en mer, et dans une pirogue, mais le lieutenant de vaisseau De Boyis dit ceci : « Le sacre se faisait sur le devant du marae, le plus souvent sur une énorme dalle réservée pour ce seul usage. » Et plusieurs pages plus loin De Bovis ajoute : « Au grand marae d'Opoa cette opération entraînait plus de pompe et quelques détails de plus... Aussi le maroura ou ceinture rouge, emblème de la royauté, était- il ceint publiquement au nouveau roi par le grand-prêtre. 11 y avait sur le parvis une énorme pierre plate un peu plus élevée que les autres ; le prince s'y plaçait tout nu pendant la consécration. Ce n'était que sur cette pierre que la cérémonie pouvait être valide, et les missionnaires ont été obligés de la faire transporter devant leur temple afin que le roi pût y procéder aux cérémonies de son sacre sans avoir besoin de recourir au culte des idoles. » Il semble donc bien d'après ces deux citations que c'était toujours à terre et sur une pierre que l'on ceignait à l'ariirahi le Ma?'o Ura.

2. A une date restée inconnue ; toutefois on sait qu'à cette époque il n'existait plus.

3. DuMONT D'Urville, Voyage pittoresque autour du monde, t. I, p. 540. — P. Lesson, Voyage autour du monde sur la corvette la Coquille, t. I, p. 450. — MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 510.

réduit à la simple condition d'homme du peuple et ses Etats avaient été partagés entre les différents chefs chargés de leur gouvernement. Cependant à la mort de Puni, ceux-ci n'avaient pu empêcher sa fille Maï Wherua, probablement mariée au chef Boba, gouverneur de Tahaa, de recouvrer une partie des anciens Etats de son père, l'île de Bora-Bora, dont elle était devenue reine. Un chef, nommé Motuaro (comme celui d'Eimeo), commandait dans l'île Huahine ; le grand prêtre Mani-Mani possédait une partie des îles Raiatea et Tahaa. Mani-Mani, frère d'Oberi-roa, mère de Pomare, avait désigné, comme son futur successeur, Pomare 11, son neveu ; malheureusement, pour celui-ci, les droits de Mani-Mani étaient un peu douteux et son pouvoir mal assuré ; le grand prêtre avait même été autrefois dépossédé par ses sujets ou par les habitants de Bora- Bora. Quoi qu'il en soit, la disparition du roi Puni et le partage de la monarchie qu'il avait créée donnaient à Pomare I*"" les plus brillantes espérances. L'ex-régent se trouvait donc moins disposé que jamais à se dessaisir de l'autorité qu'il exerçait maintenant sur la majeure partie de l'île Tahiti.

Mais avant de s'emparer des îles Sous-le-Vent, il fallait d'abord commencer par être le maître dans les îles du Vent. A Eimeo, Pomare P'' l'était, grâce à la présence de Motuaro, qui avait rendu hommage à Pomare 11 lors de son investiture ; de plus, l'ex-régent possédait dans cette île quelques terres, ce qui lui assurait une certaine influence sur beaucoup d'indigènes. A Tahiti, son pouvoir, quoique très grand, était encore restreint; dans les districts de Taiarapu, les chefs continuaient à manifester une véritable indépendance. Ils avaient en quelque sorte refusé de se reconnaître vassaux de Pomare 11 en recevant mal l'envoyé chargé de leur signifier sa prochaine investiture. Certes, les chefs de cette presqu'île ne regardaient plus depuis longtemps l'arii-rahi de la grande péninsule comme leur suzerain, mais celui-ci ne l'était pas moins toujours d'après les coutumes du pays. Pomare P'" ne pouvait manquer une si belle occasion d'agir,

à présent qu'il avait recouvré son ancienne puissance. Il résolut de faire valoir les droits de son fils, à défaut des siens, qu'il n'avait plus, et qu'il n'avait pas été autrefois assez heureux pour voir respecter. C'était, il est vrai, courir bien des risques que d'aller attaquer ces habitants de Taiarapu qui jadis l'avaient mis à deux doigts de sa perte; mais il se rassurait en songeant au concours que ne pouvaient manquer de lui accorder les marins du Boiinty. En effet, ceux-ci, sollicités de prendre part à cette expédition, y consentirent ; ils se regardaient comme désormais liés à la cause des Pomare. L'ex-régent obtint aussi de Temare qu'il mettrait ses guerriers à sa disposition. Aussitôt il fit ses préparatifs de guerre, et, le 21 mars 1791, tous se trouvant terminés, il dirigea ses forces et celles de son allié vers Papara, lieu où elles devaient opérer leur jonction avec les marins du Bounty, partis sur leur goélette à deux mâts ^ Mais, deux jours après, une frégate anglaise la Pandora vint tout à coup mouiller dans la baie de Matavai. Elle était commandée par le capitaine Edwards que le gouvernement britannique avait chargé de la capture des révoltés du Boiinty. Celui-ci s'en empara, et Pomare P"" en fut ainsi réduit à ses seules forces indig-ènes ; encore y eut-il des défections parmi les siens : Hidi-Hidi le quitta et retourna dans sa patrie à Bora-Bora, parce qu'il n'augurait rien de bon de ce qui allait se passer après le départ des Européens. Immédiatement Taudace de l'ex-régent tomba ; privé de l'appui des Européens, il se crut perdu et s'empressa de renoncer à son entreprise. Il craignit même de n'être plus en sûreté dans son domaine de Taiarapu et revint se fixera Pare. Ce fut, la mort dans l'âme, qu'il vit, le 8 mai 1791, la Pandora lever l'ancre pour revenir en Europe.

Il se trompait pourtant : son pouvoir était mieux établi qu'il ne s'en doutait lui-même ; aucune insurrection n'eut lieu. Quelques semaines s'écoulèrent, et le calme continuant

1. WiLSON, A missionary voyage, etc.. Preliminary discourse, p. 31 et 33.

de régner à Tahiti;, l'ex-régent finit par se rassurer complètement et par poursuivre son expédition contre les gens de Taiarapu, qu'il parvint à soumettre.

C'est, du moins, ce qui ressort de la relation que nous a laissé le capitaine George Vancouver de son voyage à Tahiti. Celui-ci y arriva le 30 décembre 1791 sur son navire la Discovery, qui mouilla dans la baie de Matavai. Un autre bâtiment placé sous ses ordres, le petit brick le Chalham, commandé par le lieutenant Broughton, s'y trouvait déjà depuis le 26 du même mois. Les Tahitiens avaient accueilli liospitalièrement les Anglais ell'arii-rahi (Pomare II) avait envoyé des présents à Broughton. L'ex-régent résidait à Eimeo et y gouvernait au nom de Pomare IP. Vancouverfut aussi bien reçu que son lieutenant. Il avait accompagné Cook dans ses deux derniers voyages, mais il ne retrouva de ses anciennes connaissances que Potatu et sa famille. Le lendemain de son débarquement, il alla voir le jeune Pomare II. L'entrevue se passa sur le bord d'une rivière. Le petit Pomare II, qui n'avait alors que neuf à dix ans, était porté sur les épaules d'un insulaire : il était revêtu d'une pièce de drap rouge et orné d'un collier de plumes de pigeon. On échangea des présents, puis le souverain de Tahiti vint serrer la main de l'ancien ami de son père. Pomare P'' accourut vite d'Eimeo et se montra comme toujours bienveillant pour les Anglais. 11 leur apprit la situation politique de l'archipel dont les îles tendaient à se réunir sous le gouvernement de l'île principale. Déjà la presqu'île de Taiarapu appartenait au plus jeune frère du roi ; l'île Huahine reconnaissait la suprématie de Pomare II ; enfin Pomare P*" exerçait à Eimeo une autorité qui équivalait à celle de régent. Ses parents et ses amis demandèrent à Vancouver de les aider avec ses soldats et ses canons

1. C'est seulement à partir de cette époque que nous voyons apparaître dans les récits des navigateurs européens le nom de Pomare. Vairaatoa, qui avait pris le nom de Tinah lors de la naissance de son fils, l'avait quitté pour celui de Pomare, qui signifie : Rhume de nuit ; à la suite, dit-on, d'une nuit d'insomnie causée par un rhume.

pour établir un pouvoir autocratique au profit de la famille Pomare sur toutes les îles de l'archipel. Le capitaine anglais éluda la réponse en disant qu'il en référerait au roi George. Vancouver observa, durant son séjour, que de grands changements étaient survenus dans l'île depuis les premiers voyages de Gook. Il ne retrouva plus les jolies Tahitiennes qu'il avait lui-même vues en 1777 ; la beauté des femmes de l'île était complètement disparue. La population s'était réduite et comme étiolée. Le 2/i janvier 1792, les Anglais partirent de Tahiti et continuèrent leur voyage d'exploration.

Ainsi donc, entre le 8 mai 1791 et le 26 décembre de la même année, Pomare I"' avait soumis la péninsule de Taiarapu et l'avait donnée à son plus jeune fils. De plus, il gouvernait Eimeo avec l'autorité d'un régent lors de l'arrivée de Vancouver, ce qui laisse supposer que Motuaro se trouvait absolument effacé. Ce chef, beau-frère de Pomare l^'", mourut après une courte maladie, dans le courant du mois de janvier 1792, probablement donc pendant le passage de Vancouver. 11 ne laissait qu'un enfant en bas âge, qui lui succéda. Pomare P'" se rendit dans cette île et en prit le gouvernement comme régent durant la minorité de son neveu par alliance Ml y séjourna quelque temps, puis il retourna à Tahiti .

Ses ennemis n'avaient pas profité de son absence pour se soulever. Les indigènes paraissaient tous ne chercher que le repos. Malheureusement ces bonnes dispositions s'évanouirent à la première occasion et celle-ci ne tarda pas à arriver. Le capitaine Weatherhead et les marins du baleinier anglais la Mathilda firent naufrage dans ces parages et vinrent abor-

1. D'après Wilson, Motuaro serait donc mort dans le courant du mois de janvier, et Pomare I" se serait rendu à Eimeo où il aurait saisi la régence au nom de l'enfant du défunt chef. Ne serait-il pas plus vraisemblable de croire que Motuaro était déjà mort à l'arrivée de Vancouver et que c'était pour cette raison que Pomare I" se trouvait alors à Eimeo y exerçant la régence au nom du fils du défunt et non pas au nom de son propre fils Pomare II ? Vancouver peut avoir mal compris, et Wilson ne s'est procuré la date qu'il donne que plusieurs années après les événements dont il s'agit : d'où une erreur facile à commettre.

der sur leurs embarcations à la côte sud d'Attahuru. Les habitants de ce district se jetèrent sur eux et les dépouillèrent complètement. Aussitôt Pomare P' prit ces Européens SOUS sa protection et déclara qu'il allait exercer des représailles. Ses guerriers envahirent plusieurs endroits du territoire d'Attahuru et les dévastèrent méthodiquement. Cette affaire durait encore lorsque le capitaine Bligh reparut à Tahiti, le 7 avril 4792. 11 s'en mêla, et parvint, grâce à son autorité, à réconcilier les deux partis ^ Presque tous les marins de la Mathilda quittèrent File dès qu'ils le purent ; seuls restèrent : l'Ecossais Butcher, l'Irlandais O'Connor, et un juif dont le nom n'est pas rapporté.

Les Tahitiens jouirent alors d'une nouvelle période de paix qui dura un peu plus d'un an. Pendant ce temps-là, le seul événement qui mérite d'être mentionné est celui dupassage à Tahiti du navire le Dœdalus, en février 1793. Deux matelots suédois, les nommés Andrew Cornélius Lynd et Peter Haggerstein, profitèrent de la relâche de leur navire pour déserter le bord et s'établir définitivement dans le pays. Avec les marins de la Mathilda, cela portait donc à cinq le nombre des Européens fixés à Tahiti. Tous étaient des aventuriers appartenant à la lie de la population européenne; l'île allait bientôt se ressentir de leur présence.

Au mois d'août 1793, de sourdes rumeurs annoncèrent que quelque chose d'anormal se préparait. En effet, le chef Whano s'était ligué avec les chefs des districts du nord-est de Tahiti pour s'emparer du district de Wapaiano, qui appartenait à Weidua, le frère de Pomare P'". Les coalisés espéraient surprendre ces derniers ; mais ceux-ci furent avertis de leurs projets. Pomare P"" se concerta avec Andrew Lynd et Peter Haggerstein pour repousser les agresseurs. Cependant il n'était pas tout à fait prêt quand il reçut subitement la déclaration de guerre du chef Whano. Les coalisés entrèrent à

1. WiLSON, A missionary Voyage in Ihe ship Duff, Preliminary discourse, p. 21.

l'archipel de la société 97

l'improviste sur le territoire de Matavai ^ et l'épouse de l'exrégent faillit tomber entre leurs mains. Hidia prit la fuite et courut se jeter dans la rivière, qu'elle voulut traverser pour rejoindre l'armée de Pomare qui se trouvait placée sur l'autre rive ; mais un guerrier ennemi se mit à la poursuivre à la nage afin de la tuer, et il allait l'atteindre lorsqu'il fut lui-même tué par Peter Haggerstein qui s'était élancé au secours de cette princesse. Elle parvint ainsi à échapper aux ennemis, et ceux-ci, découragés, commencèrent à reculer, tandis qu'au contraire les forces de Pomare P*" prenaient l'offensive. A ce moment, l'un de leurs guerriers fut frappé d'un coup mortel pendant qu'il guettait derrière un arbre l'exrégent de Tahiti. Ce fut alors une débandade générale : les coalisés battirent en retraite et perdirent encore deux hommes. Quelques jours après, Pomare P*" entrait dans le district de Wapaiano. A son approche, Whano et ses alliés se retirèrent sans combattre et allèrent se réfugier dans les montagnes. Ils en sortirent au bout de trois jours et vinrent offrir le combat aux troupes de Pomare P'". La lutte commença et fut extrêmement chaude des deux côtés ; vingt-cinq guerriers y succombèrent. Finalement les guerriers de Whano et de ses alliés furent défaits. Tous les districts de l'est de Tahiti passèrent sous la domination de Pomare V.

Un mois après cette prise d'armes, il y en eut une autre, et celle-ci fut de beaucoup, plus sérieuse. Temare, grand-chef des districts du sud de Tahiti, s'allia avec Veiatua V, grandchef de Taiarapu, ou plutôt, vu son jeune âge, avec les chefs de ses États, pour chasser du pouvoir Pomare P''^. On est

Page 1