‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 26 sur 124 · WiLSON, A missionary Voyage, elc, p · texte numérisé non relu

WiLSON, A missionary Voyage, elc, p

2. Probablement la soumission de Taiarapu n'avait pas été durable et entre les années 1791 et 1793, Veiatua V était rentré en possession de ses Etats ; ou bien ce chef voulait essayer de les reconquérir. Nous avons déjà constaté qu'à Tahiti les guerres étaient fréquentes et que souvent les chefs perdaient et recouvraient leurs Etats. C'est, à mon avis, la seule façon plausible d'expliquer la rentrée en scène de Veiatua V, après avoir vu, selon Vancouver le plus jeune frère de Pomare II prendre sa place. Je reviendrai sur ce sujet dans ma prochaine note, lorsque j'aurai terminé le récit des événements que nous raconte Wilson.

surpris de voir maintenant Temare se déclarer l'ennemi de l'ex-régent après l'avoir si longtemps reconnu comme roi de Tahiti, avoir été son ami et souvent même son allié. Le fils d'Amo songeait-il en ce moment à revendiquer le trône qu'il avait perdu ? En ce cas, il s'y prenait bien tard, à moins qu'il n'eût été jusque-là l'ami de Pomare P'" que pour mieux endormir sa méfiance en attendant une occasion propice. Mais je crois que Temare n'était pas un aussi profond politique ; rien ne nous le révèle comme tel dans ses actes précédents, et il semble avoir accepté sans arrière-pensée l'usurpation de Pomare P"" et par conséquent celle de son fils Pomare 11. Il ne voulait sans doute enlever à l'ex-régent que l'autorité dont il jouissait et qui devenait insupportable aux derniers grandschefs restés indépendants de fait, quoique vassaux de l'ariirahi de Tahiti. Quoi qu'il en soit, Temare et les chefs de Taiarapu voulurent faire la guerre à Pomare P*" et ne négligèrent rien pour arriver à le vaincre. Outre les forces dont ils disposaient, et qui étaient très importantes, ils essayèrent d'obtenir celles du jeune Touha, grand-chef du district d'Attahuru. Celui-ci ne demandait pas mieux que de joindre les siennes aux leurs, car il avait un réel attachement pour Temare, mais Pomare P'' le mit en demeure de se ranger de son côté, et, par crainte, il obéit. Temare et VeiatuaV n'en possédaient pas moins, même ainsi, des forces supérieures à celles de Pomare P'' et de Touha, et ils avaient, comme eux, non seulement des armes à feu mais aussi des Européens à titre d'auxiliaires: l'ÉcossaisButcheretl'IrlandaisO'Gonnor étaient entrés dans leur parti, tandis que les deux Suédois Andrew Lynd et Peter Haggerstein, etle juif s'étaient mis dans celui de Pomare P"" et de son allié Touha. La présence d'Européens dans les deux camps opposés allait donner à cette guerre un caractère d'exceptionnelle gravité.

Les deux armées se rencontrèrent dans le district d'Attahuru. Le premier jour, il n'y eut que de petites escarmouches, mais le second jour, une véritable bataille se livra. Dès

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le début de l'action, les guerriers de Touha plièrent et se dispersèrent ; ceux de Pomare P'' les imitèrent, et l'ex-régent, croyant tout perdu, s'enfuit désespéré. Cependant il se trompait : les Européens engagés à son service continuaient de tenir ferme et repoussaient l'ennemi à coups de fusil. Trois Européens tenant tête à une armée d'indigènes, cela nous donne une triste idée de la valeur de celle-ci. Pourtant elle aussi avait avec elle des Européens, Butclier et O'Connor ; mais ces derniers ne paraissent pas avoir eu la même capacité que leurs adversaires. Voyant cela, les guerriers de Pomare reprirent courage, se rallièrent, et vinrent se grouper autour d'Andrew Lynd, de Peter Haggerstein, et du juif. Ces hommes, par la façon dont ils tiraient, semaient la terreur devant eux. Amo tomba raide mort ainsi que trois guerriers deTemare et de Veiatua V. Alors les autres prirent la fuite, entraînant avec eux Butcher et O'Connor. Les partisans de Pomare poursuivirent longtemps les fuyards, les traquèrent, et massacrèrent sans pitié ceux qu'ils purent rejoindre. C'est à grand'peine que Temare et Veiatua parvinrent à gagner les montagnes avec les débris de leur armée. Les vainqueurs allèrent chercher Pomare P'" qu'ils finirent par trouver loin du champ de bataille, étendu par terre, s'abandonnant à sa douleur et tremblant de peur. Ils lui annoncèrent que ses armées étaient victorieuses ; mais il refusa d'abord de le croire et resta encore inerte, continuant à montrer à nu sa lâcheté; il ne recouvra un peu sa dignité d'homme que lorsqu'il fut persuadé qu'on ne l'avait pas trompé.

Si Pomare P*" ne savait pas gagner des batailles, il savait au moins profiter des victoires que les autres remportaient pour lui. Il le montra particulièrement en cette occasion. Dans chacun des districts de l'île, il fit construire des cases que des gens de son parti occupèrent d'une façon permanente. C'était, en somme, comme des espèces de résidences qu'habitaient les vainqueurs chargés de surveiller les vaiucus. Lorsque Temare vint solliciter la paix, il dut remettre

à Pomare P'' le grand marae de Papara et lui céder toutes ses possessions territoriales à l'exception de son district patronymique que l'ex-régent voulut bien lui laisser. Sa déchéance royale était ainsi, pour toujours, consommée. Cet infortuné prince entra alors dans le sacerdoce, où il exerça les fonctions les plus élevées. Mais celui qui fut traité le plus durement, ce fut le propre allié de Pomare, Touha, grandchef d'Attahuru : on l'accusa de trahison à cause de la reculade de ses guerriers au début de la bataille et il fut dépossédé de son district ainsi que de ses biens. Il se retira à Papara, auprès de Temare, son ami. Quant à Yeiatua V, il avait réussi à se réfugier dans sa presqu'île où il se proposait de prolonger la guerre et de se relever de sa défaite. Mais Pomare I"" franchit l'isthme, pénétra dans tous les districts et en nomma grand-chef son plus jeune fils, au détriment de Veiatua V. Cette famille, jadis si puissante, fut ainsi dépouillée de ses Etats. Elle ne devait plus désormais se relever de sa ruine ^.

1. Cette invasion de Wapaiano, ce combat d'Attahuru et cette soumission de Taiarapu se seraient passés en 1793, d'après Wilson (^4 missionary Voyage, etc.). 11 est certain que, pour ce qui concerne le résultat de la soumission de Taiarapu, il y a une analogie frappante avec ce que mentionne Vancouver : la presqu'île de Taiarapu appartenait déjà, en 1791, au plus jeune frère de Pomare II. L'une de ces deux soumissions de Taiarapu ne se serait-elle jamais produite, ou, ce qui revient au même, les deux, ne feraientelles qu'une? Si l'on place l'expédition de 1791 en 1793 comment expliquer que 'Vancouver ait connu la prise de possession de Taiarapu par un frère de Pomare H? Si, au contraire, l'on met l'expédition de 1793 en 1791, comment admettre que le Suédois Peter Haggerstein s'y trouvât, ainsi qu'il l'a déclaré à Wilson qui tenait de lui tous ces renseignements"? En effet il ne faut pas oublier que l'aventurier suédois n'arriva à Tahiti, sur le Dœdalus, qu'en février 1793. Alors, dans ces deux cas, le problème reste insoluble. Ce qu'il y a d'étrange dans cette question de la soumission de Taiarapu, c'est que Wilson se contredit lui-même. Dans son ouvrage, il commence par dire comme Vancouver, et d'après lui, qu'en 1791, l'expédition contre Taiarapu avait eu lieu et que le jeune fils de Pomare I" avait pris la place de Veiatua V; puis il expose les mêmes événements en l'an 1793, d'après le récit que lui en a fait Peter Haggerstein. N'aurait-il pas accordé trop de confiance à cet aventurier? On ne peut s'empêcher de rêver un instant au rôle que Peter Haggerstein s'attribue dans les événements d'Attahuru : il sauve Hidia d'une mort certaine, et, avec deux autres Européens, il fait reculer toute l'armée ennemie et tue l'ancien roi Amo. On ne peut objecter que s'il s'est mis en scène, il y a mis aussi l'autre Suédois, le juif et les deux Anglais : il ne pouvait agir autrement, puisque ceux-ci se trouvaient dans l'île à la même époque que lui, et qu'en les supprimant, il aurait frappé

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A partir de la chute de Temare, de Toulia et de Veiatua V, l'on peut dire que la dynastie des Pomare est définitivement fondée. L'usurpation de cette famille est pour le moment violemment accomplie, en attendant qu'elle soit volontairement acceptée.

Retiré dans sa résidence de Pare, Pomare I" tourna dès lors ses regards vers les autres îles de l'archipel de la Société. Vers '179/i, il envahit tout à coup l'île d'Eimeo, sous prétexte de se venger des habitants qui avaient ravagé ^latavai dans les guerres de 1783 et de 1773 K Ceux-ci furent défaits dans un combat et perdirent sept hommes. La veuve de Motuaro, Wairidi-Aohu, dut remettre la tutelle de son fils à Hidia et à Mani-Mani, qui furent aussi désignés pour gouverner l'île d'Eimeo au nom de Pomare. On donna comme dédommagement à Wairidi-Aohu quelques endroits du district de ]Matavai, à l'Est.

Mais l'œuvre de Pomare P"" ne reposait pas uniquement sur la force. Les Pomare s'étaient attachés à faire de l'héritage un moyen de conquête plus lent, mais plus sûr que la guerre; ce prince, et les autres princes de sa famille, avaient pris soin de contracter de riches mariages et surtout de s'allier à la famille sacrée des rois de Piaiatea, ce qui était alors un moyen excellent d'obtenir du peuple la meilleure considération pour leurs personnes-. Les Pomare avaient ainsi acquis de nombreux domaines, en outre du Porionu, leur

d'invraisemblance son récit. Celui-ci peut donc, à la rigueur, paraître suspect. Cependant, tout bien pesé, je ne crois pas que Peter Haggerstein ait fait la supercherie de transporter en Tannée 1793 des événements qui se seraient passés en l'année 1791, afin de pouvoir, par vantardise, s'en rendre acteur : il se serait exposé à être démenti non seulement par l'Ecossais et l'Irlandais, mais aussi par les indigènes, c'est-à-dire par tous ses adversaires. D'ailleurs, les événements que je viens de raconter, d'après Wilson, me paraissent avoir un tel caractère frappant de vérité qu'ils semblent dire que Peter Haggerstein, pourtant si couvert de crimes, n'a pas menti en ces circonstances. Dès lors, je ne pouvais qu'accepter la version de Wilson, comme j'avais accepté celle de Vancouver, et conclure qu'il y a probablement eu deux soumissions de Taiarapu.

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