‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 28 sur 124 · ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DU CHRISTIANISME

Arrivée à Tahiti de missionnaires protestants anglais. — Débuts de l'évangélisation. — Des Révérends sont attaqués et dépouillés. — Pomare I" exerce des représailles sur les habitants de Pare. — Mort de Temare. — Pomare II proclame la déchéance de Pomare I", puis il se réconcilie avec lui après avoir consenti à l'assassinat de Mani-Mani. — Conquête de Raiatea, de Tahaa et de Huahine par Tapoa; ce roi subit une défaite complète à Bora-Bora. — Guerre de Rua. — Succès et revers de Pomare P"". — il redevient victorieux. — Suspension des hostilités à Tahiti. — Passage de TurnbuU. — Soumission d'Attahuru par Pomare I" ; on lui remet la statue du dieu Oro. — Mort de Pomare I". — Gouvernement de Pomare II. — Détresse des missionnaires. — Guerre de Pomare II ; il est vainqueur. — Il gouverne despotiquement et cause ainsi un soulèvement général. — Guerre de Hirahuraia ou Tire. — Défaite de Pomare II ; il se retire à Eimeo. — Il essaye de ressaisir le pouvoir, mais il est vaincu et revient à Eimeo. — Départ des évangélistes. — Persévérance de M. Nott dans son apostolat. — Conquête de Bora-Bora par Tapoa. — Retour des missionnaires. — Pomare II est rappelé à Tahiti. — Il tente vainement de reprendre possession de ses Etats. — Mort de Tapoa. — Construction d'une école et d'une église à Eimeo. — Conversions d'indigènes. — La restauration de Pomare II ne se réalise pas ; il retourne à Eimeo. — Voyage de Pomare-Vahine à Tahiti. — Guerre de religion. — Victoires des Tahitiens païens. — Augmentation des chrétiens. — Pomare II débarque à Tahiti avec une armée. — Combat de Narii et victoire complète des Tahitiens chrétiens. — Conclusion de la paix. — L'île entière reconnaît l'autorité de Pomare II. — Les Tahitiens se convertissent au Christianisme. — Destruction des marae et des idoles. — Abolition du Paganisme dans toutes les îles du Vent et les îles Sous-le- Vent.

L'un des principes invariables de la politique anglo-saxonne consiste à conquérir d'abord commercialement le pays dont elle veut s'emparer ; l'invasion militaire ne vient qu'ensuite ; les marchands lui préparent la voie. Quand, grâce à eux, les ressources et la topographie de la contrée convoitée sont suffisamment connues, l'armée se met en marche et l'envahissement se fait. Le fruit tombe alors de lui-même, il est mûr,

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et les indigènes sont obligés de s'incliner : le tour est joué.

Les meilleurs auxiliaires qu'ont trouvé les Anglais pour commencer l'application de ce principe, sont certainement leurs missionnaires protestants, à la fois prêtres, agents et négociants : par leur patriotisme ardent, parles diverses professions qu'ils exercent, ils servent mieux la cause de leur nation que ne le font nos prêtres catholiques romains.

Lorsque l'Océanie commença à être bien connue, l'Angleterre s'empressa donc d'envoyer ces agents spirituels et surtout temporels dans les parties du Pacifique qui semblaient le plus accessibles à sa domination.

Le 24 septembre 1796, les Missions de Londres expédièrent de Portsinouth un bâtiment nommé le Duff, commandé par le capitaine James Wilson, ayant à son bord trente missionnaires, six femmes et trois enfants. Le li mars 1797, le vaisseau arrivait à Tahiti où devaient se fixer dix-huit missionnaires. C'étaient MM. J. F. Cover (avec sa femme et son fils), John Eyre (et sa femme), John Jefferson, T. Lewis, ministres du saint Évangile ; Ch. Bicknell, B. Broomhall, J. Cock, S. Clode, J. A. Gillham, W. Henry (et sa femme), P. Hodges (et sa femme), R. Hassel (sa femme et ses deux enfants), E. Main, H. Nott, F. Cakes, J. Puckey, W. Puckey etW. Smith ^

Ils débarquèrent le 7 mars et furent reçus sur la plage par le jeune roi Pomare II et sa femme Tetua, portés sur les épaules des indigènes. Les missionnaires trouvèrent là aussi les deux marins suédois, André Lynd et Peter Haggerstein, établis définitivement à Tahiti. Ces deux hommes parlaient l'anglais et la langue du pays : ils servirent d'interprètes aux évangélistes. Le capitaine Wilson exposa le but du voyage et

1. Il n'y avait comme hommes instruits, réellement lettrés, que les quatre ministres du saint Évangile (ils étaient âgés de 3t, 28, 26 et 31 ans) ; les autres missionnaires, quoique sachant lire et écrire, n'étaient versés que dans des travaux manuels ; ainsi M. Nott exerçait auparavant la profession de maçon. (D'après le capitaine Wilson, .4 missionary voyage in Ihe ship Duff, elc).

demanda la cession d'une terre aux Anglais. Il j eut d'abord des difficultés, mais elles s'aplanirent grâce aux présents offerts au souverain et à la souveraine, et surtout grâce à la venue de Pomare P"". Celui-ci, sa femme Hidia, le roi, la reine et leurs frères et sœurs, ainsi que le grand prêtre Haamenemene ou Mani-Mani se réunirent le 16 mars devant la maison concédée aux missionnaires ; une corde était tendue autour pour maintenir la foule à distance. Mani-Mani, en sa qualité de président, fît une harangue et la termina par la formule de l'abandon ^ du district de Matavai. L'interprète Peter traduisit ce discours en anglais aux missionnaires Bowell, Gover, etc. -. Chose étrange, ce fut le grand prêtre d'une religion païenne qui introduisit les missionnaires chrétiens dans l'île.

Quand leur habitation fut prête, les évangélistes s'y logèrent avec les femmes et les enfants. Le 19 mars, le Révérend Cover célébra le premier service divin devant Pomare P"" et son peuple. L'interprète suédois répéta le sermon que les Tahitiens écoutèrent attentivement. La cérémonie religieuse finie, Pomare prit la main de Cover et lui dit : maitai^ maitai (bien, bien), puis il ajouta qu'il désirait y assister à l'avenir.

Le Duffleya l'ancre, et se rendit d'abord à Tonga-Tabou, ensuite aux îles Marquises ; il laissa dans ces deux archipels des propagateurs de la foi évangélique et revint à Tahiti le 6 juillet. Le capitaine Wilson parcourut les divers districts de l'île et la quitta définitivement le 4 août 1797. Le Duff emmena un missionnaire qui retournait en Angleterre, M. Gillham ; il avait déjà renoncé à son ministère d'apôtre ; sa vocation s'était évanouie au contact des sauvages.

Les dix-sept missionnaires restés à Tahiti se mirent au travail. La tâche leur paraissait facile ; ils ne tardèrent pas à

1. Malheureusement ce n'était pas une donation, ainsi que le crurent d'abord les évangélistes, mais un simple prêt : les lois du pays s'opposaient à ce que des terres fussent données ou vendues à des étrangers.

2. D'après le missionnaire Bov^rell, historien de la relation.

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s'apercevoir qu'ils s'étaient lourdement trompés. Leurs tentatives pour empêcher l'infanticide chez les ^r/oz échouèrent complètement. Ilsconstatèrent que les indigènes se rendaient au prêche comme au spectacle, uniquement par curiosité. Les évangélistes ne firent aucune conversion et commencèrent à se décourager. A cette désillusion il fallait joindre la dureté de l'existence matérielle dans ces îles pour des Européens civilisés et la nature pas toujours très satisfaisante de leurs rapports avec les indigènes.

Ces rapports devinrent même dangereux. En mars 1798, à Pare, quatre missionnaires furent menacés de mort et dépouillés entièrement de leurs vêtements'. Ces violences et ces vols eurent lieu avec l'assentiment de Pomare II qui était loin de partager les sentiments dont son père faisait preuve envers les évangélistes. Lorsque Pomare P' apprit ce qui s'était passé, il en témoigna de grands regrets, puis exigea la restitution des objets volés. Il n'y parvint qu'en partie, et comme les infortunés missionnaires étaient nus, il leur donna, pour se vêtii% des étoffes et des nattes du pays.

Les missionnaires ressentirent une telle frayeur de cette aventure qu'ils résolurent de quitter l'archipel. Pomare P"" essaya de les retenir. Onze d'entre eux furent inflexibles et partirent le 30 mars 1798. Les autres se laissèrent toucher par les prières de Pomare V\ et restèrent à Tahiti : MM. Eyre, Jefîerson, Nott, Harris, Broomhall, Bicknell et Lewis ; (Mme Eyre partagea le dévouement de son mari).

Pomare P"" voulut punir les indigènes qui avaient offensé ses hôtes : il envahit le district de Pare et mit à mort deux des coupables. La population répliqua par un soulèvement ; mais Pomare P'ie réprima sur-le-champ: quatorze des habitants périrent et cinquante cases furent brûlées 2.

Au mois d'août 1798, deux navires baleiniers anglais, le Cornwall et le Sully, relâchèrent pendant quelques jours à

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