‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 35 sur 124 · Ellis, Polynesian researches, t. I, p. liO · texte numérisé non relu

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s'était attardée à Pare. Un inspiré, le nommé Maro ou Aretaminu pressa Upufara et le chef de Panavia d'aller l'attaquer; mais ceux-ci refusèrent et répondirent qu'ils ne voulaient pas de mal à cette femme ni à ses gens. Elle parvint ainsi à se sauver. Les chefs païens s'étaient toujours jalousés, et rendus furieux par leur échec, ils se reprochèrent mutuellement l'évasion des chrétiens; des paroles extrêmement vives furent échangées ; bref la querelle aboutit à une rupture et les coalisés devinrent des ennemis. Upufara rassembla son armée et marcha contre les Porionu', habitants des districts du nord et du nord-est de Tahiti. Les hostilités recommencèrent.

L'inspiré Maro, qui se trouvait avec Upufara et ses alliés, leur promettait la victoire. Ils l'eurent, en effet, pendant quelque temps : les Porionu furent battus à Papaoa, un chef de Matavai, tué, et les vaincus, obligés de demander la paix. Les Tahitiens païens alliés l'accordèrent, mais à la condition qu'un chrétien serait immolé au dieu Oro et à son inspiré Maro. Les Porionu firent porter à Papaoa le cadavre d'un jeune néophyte. Maro le renvoya à Matavai, exigeant cette fois l'incendie de plusieurs bâtiments publics. Les Porionu exécutèrent l'ordre fatal. Mais à la vue des flammes, Maro s'écria : « Victoire ! » puis il promit le triomphe à Upufara s'il voulait de nouveau attaquer les Porionu. Ce chef ne demandait pas mieux : il marcha donc encore une fois contre ces infortunés. Ceux-ci cherchèrent alors un refuge dans leur fort d'Apeano, laissant les coalisés mettre le district à feu et à sang. Les vainqueurs, après avoir tout massacré et tout détruit, vinrent encore assiéger cette forteresse. Terrifiés, les Porionu n'opposèrent qu'une faible résistance ; ils laissèrent l'ennemi pénétrer dans les murs, et, désespérés, se sauvèrent dans les montagnes^. Upufara était maître de l'île.

1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 461.

2. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 461 et 462.

La question politique devenait une question religieuse. Les chrétiens ne cessaient d'augmenter. Il y en avait un peu partout, mais surtout à Eimeo et à Tahiti, En juillet 1815, le nombre des convertis était presque aussi grand que celui des païens.

Cependant, bien résolu à renouveler ses tentatives, Pomare 11 organisait Line nouvelle expédition.

Les vaincus de Tahiti s'étaient réfugiés auprès de lui, à Eimeo, renforçant ainsi son parti. Un guerrier converti des îles Sous-le-Vent, le chef Mahine, homme réputé par sa bravoure, lui ofîrit ses services et lui amena une petite troupe d'indigènes. Pomare 11 avait en plus l'appui de sa bellesœur Teautaria, reine de Huahine, femme étrange, douée d'un rare courage, et possédant ce dont les Polynésiens sont ordinairement dépourvus, la persévérance. Lorsque ses préparatifs furent terminés, Pomare s'embarqua avec ses guerriers pour Tahiti, au mois d'octobre ou novembre 1815. La traversée ayant été heureuse, il jeta l'ancre à Papeete et descendit à terre avec sa petite armée : ses forces ne dépassaient pas mille hommes.

Le dimanche i2 novembre, huit cents chrétiens se rendirent au temple de Narii ^ près de Punavia dans le district d'Attahuru à l'O.-S.-O. de l'île, pour assister au service divin.

Pendant la cérémonie des cris retentissent tout à coup : « Tamai ! Tamai ! » (guerre ! guerre !). Ce sont Upufara,. Maro et leurs troupes païennes qui attaquent les chrétiens. Quoique surpris, ceux-ci ne lâchent pas pied : ils saisissent leurs armes qu'ils ont heureusement emportées et font face au danger. La lutte s'engage. Upufara est là, excitant ses hommes et montrant le plus grand courage ; les partisans de Pomare, de leur côté, combattent aussi héroïquement ; on distingue parmi eux : Upaparu, Hitoti, Pomare-Vahine et

1. Elus, Polynesian researches^ t. I, p. 2il . — Moerenhout, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 466.

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Mahine, chef de Hualiine. Les païens semblent au début devoir l'emporter, lorsque leur chef Upufara reçoit une balle et tombe. La blessure est mortelle ; il le sent, et se tournant vers les siens: « Vengez ma mort », dit-il. Et les païens, un instant ébranlés par ce malheur, recommencent à se battre avec fureur. La valeur est égale des deux côtés, mais les chrétiens ont plus d'armes à feu que leurs adversaires : les païens, à la fin, sont vaincus ; ils abandonnent la lutte et les chrétiens remportent une victoire complète ^

Pomare II n'abusa pas de son triomphe et se montra clément : il interdit à sa troupe de poursuivre les fuyards et empêcha leur massacre 2, chose inouïe jusque-là chez ces sauvages. Il leur ofïrit généreusement la paix et ceux-ci se hâtèrent de l'accepter. Cette conduite habile contribua plus peut-être que son succès à lui assurer la soumission de ses ennemis. L'île entière reconnut son autorité et la plupart des indigènes demandèrent à s'instruire de la religion chrétienne. On envoya chercher MM. Nott etBicknell qui vinrent prêcher devant eux. Bientôt tous les naturels se convertirent. Pomare II ordonna de détruire partout les marae et les idoles, notamment à Tautira (Taiarapu). Les missionnaires s'empressèrent d'enfouir ou de faire passer au feu celles qu'ils ne purent briser (elles étaient taillées dans le roc) ; les statues en bois furent dépouilléesde leurs ornements etbrùlées par les Tahitiens chrétiens. Ces hommes pieux renversèrent la célèbre idole du dieu Oro ; ils l'emportèrent et la remirent à Pomare II ; le roi en fit faire un poteau pour sa cuisine 3. Dès lors, le Christianisme, sous la forme du protestantisme, fut établi à Tahiti et à Eimeo.

Il ne tarda pas à l'être aussi dans toutes les îles Sous-le- Vent. La guerre de Tahiti terminée, un messager du chef

1. MoERENHOUT, Voyages aux "des du Grand Océan, t. II, p. 466, 467 et 468.

2. Ellis, Polynesian researches, t. I, p. 252. — Moebenhout, Voyages, etc., t. II, p. 468.

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