Fenuapeho
Inférieurs en nombre, les chrétiens avaient successivement évacué tous les districts et s'étaient retirés dans un lieu où ils ne pouvaient plus reculer. Ils savaient qu'ils seraient attaqués le lendemain. La dernière nuit ils la passèrent à prier Dieu pendant que leurs ennemis se livraient à la débauche et à la danse. Lorsque le jour parut, les païens s'approchèrent en poussant des vociférations ; ils voulaient débarquer en face du camp des chrétiens, mais ils rencontrèrent un banc de sable qui les obligea à faire encore un trajet d'un demimille avant de pouvoir descendre à terre. Un guerrier chrétien profita de ce délai pour proposer à son roi de rassembler tous les hommes de guerre, et d'aller avec eux attaquer l'ennemi aussitôt après qu'il aurait débarqué, ce qui l'empêcherait ainsi de se rallier et le frapperait de terreur. Le roi accepta cette proposition; puis il ajouta : « Avant que vous partiez, unissons-nous par la prière. » Alors,, hommes, femmes et enfants s'agenouillèrent, et le roi supplia le Dieu de Jacob de protéger les guerriers durant le combat ; puis il dit à ceux-ci : « Allez maintenant, et que Jésus soit avec vous. » La petite troupe partit, et pour ne pas être aperçue des païens, elle fit un détour. Elle arriva au lieu où ils se trouvaient, et tomba sur eux si subitement qu'ils furent surpris et terrifiés : ils jetèrent leurs armes et s'enfuirent. Les uns se sauvaient dans les montagnes, les autres grimpaient dans des arbres pour échapper à un massacre qu'ils croyaient certain. Cependant les chrétiens, quoique satisfaits de leur victoire, n'en abusaient pas : ils se contentaient de prendre leurs ennemis et ne leur faisaient aucun mal. Ceux-ci s'écriaient: « Epargnez-nous pour l'amour de votre nouveau Dieu ! » Les prisonniers étaient amenés sur l'éminence où peu d'heures auparavant Jéhovah avait été invoqué; là, se trouvait le roi, et celui-ci avait à ses côtés un héraut qui disait : « Soyez les bienvenus ! vous êtes sauvés par Jésus et par l'influence de la religion miséricordieuse que nous avons embrassée. » Parmi les captifs se trouvait le chef de Tahaa; tout tremblant
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il demanda s'il était voué à la mort : « Non, rassurez-vous, répondit Tamatoa, vous êtes sauvé. » Ainsi, loin de maltraiter les prisonniers, les chrétiens les respectaient. Bien plus, ils les fêtèrent: ils leur servirent à manger; mais ceux-ci goûtèrent à peine à la nourriture, tant ils étaient confondus. Durant le banquet l'un d'eux se leva et dit : « Que chacun fasse comme il lui plaira ; quant à moi, je déclare que je ne servirai plus des dieux qui n'ont pas pu nous protéger au moment du danger ; nous étions quatre fois plus nombreux que ces gens qui ont prié^ et cependant ils nous ont vaincus facilement. Jéhovah est le vrai Dieu. Si nous avions été vainqueurs, nous les aurions brûlés vifs dans la case que nous avions construite à cette intention ; eux, ils ne nous ont point fait de mal, et nous ont préparé ce splendide repas. Leur religion est miséricordieuse, je veux m'unir à eux. » Tous les autres vaincus approuvèrent ces paroles. Le soir arriva, et quand vint l'heure de la prière, les païens se mirent à genoux comme les chrétiens; les voix des vainqueurs et des vaincus se mêlèrent et rendirent grâce à Jéhovah de la victoire qu'il avait accordée à son peuple. Le lendemain matin, après avoir prié, les chrétiens et les néophytes allèrent détruire tout ce qui restait d'idoles à Raiatea et à Tahaa. Trois jours seulement après ce combat il ne restait plus un seul païen dans ces îles, et les deux chefs, jadis rivaux, avaient conclu une alliance pour la propagation de la religion chrétienne. Tels furent les événements qui amenèrent la conversion des habitants de Raiatea-Tahaa ^
La population de Bora-Bora défendit aussi ses dieux pendant quelque temps ; mais les chefs de l'île étaient déjà chrétiens, et, sur leurs instances, le peuple finit par adopter le nouveau culte.
Ces dernières résistances, si honorables, étaient toutefois inutiles après la victoire remportée à Tahiti par les chrétiens :
1. John Williams, A narrative of missionarg enferprises in the South Sea Islands, p. 185 à 190.
ceux-ci y avait puisé une force morale si grande que les idoles des indigènes devaient irrévocablement tomber.
En 1816, les missionnaires protestants anglais sortaient définitivement victorieux de la lutte qu'ils avaient entreprise contre les naturels de l'archipel de la Société.