‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 39 sur 124 · DOMINATION DU PROTESTANTISME SOUS POMARE II ET POMARE III · texte numérisé non relu

DOMINATION DU PROTESTANTISME SOUS POMARE II ET POMARE III

Prospérité des écoles indigènes. — Arrivée de nouveaux missionnaires. — Les Révérends font du commerce. — Insouciance des naturels. — Les évangélistes veulent les forcer à l'obéissance. — Pouvoir de Pomare II. — Les missionnaires rédigent un Code de lois. — Les indigènes l'adoptent dans une assemblée générale. — Autres Codes pour les îles Sous-le-Vent. — Gouvernement théocratique des missionnaires. — Baptême de Pomare IL — Ce roi fait respecter les lois. — Apogée de sa puissance. — Mort de ce monarque. — Pomare III, sous la régence de Pomare-Vahine. — Premier mariage d'Aimata avec Tapoa dit Pomare-Abu-rahi. — Prestige des missionnaires. — Transformation superficielle de la société tahitienne. — Couronnement de Pomare III. — Le pasteur George Pritchard vient se fixer à Tahiti. — Education de Pomare III. — Mort de ce roi. — Avènement de Pomare-Vahine IV.

Les guerres n'avaient pas empêché les écoles de prospérer : trois mille indigènes des deux sexes savaient lire, grâce aux leçons que leur avaient données MM. Bicknell, Crook, Henry, Nott, Davies, Hayward, Tessier et Wilson. Mais ceux-ci succombaient sous le poids de leurs travaux ; un renfort de missionnaires devenait nécessaire. Il arriva en 1816. L'année suivante, le Révérend Ellis et sa femme débarquèrent aussi à Tahiti. M. Ellis apportait avec lui une imprimerie dont il avait appris à se servir. Elle fut placée dans un édifice situé à Afareaitu (Eimeo), et rendit, dans la suite, beaucoup de services aux indigènes lesquels avaient été obligés jusqu'alors de copier les quelques livres que possédaient les pasteurs.

Le 17 novembre 1817, de nouveaux missionnaires MM. Bourne, Darling, Platt, Williams, Trelkeld et Barff, accom-

pagnés de leurs femmes, arrivèrent à Tahiti et de là se répandirent dans les différentes îles de l'archipel. Les anciens évangélistes restèrent auprès de Pomare II.

En 1818, les missionnaires commencèrent à faire sérieusement du commerce, surtout avec les Nouvelles-Galles du Sud (Australie). Ils en avaient besoin pour vivre, paraît-il, car les subventions que la Société des missions de Londres leur envoyait devenaient insuffisantes pour leurs charges de familles.

La faveur dont ils jouissaient auprès des naturels leur suggéra l'idée de s'adresser à eux pour créer une société analogue à la Société des missions de Londres et décharger ainsi celle-ci d'une partie de ses frais. Le 13 mai 1818, ils fondèrent la Société des missions de T^a/z///, auxiliaire de celles de Londres. Une réunion eut lieu près de l'église de Papetoai (Eimeo). Le roi, sa famille, et les principaux chefs étaient présents. M. Nott prononça un discours qu'appuya chaleureusement Pomare II. Aussitôt trois mille mains se levèrent en signe d'adhésion. D'après le règlement qui fut adopté, les offrandes les plus modestes étaient acceptées; mais pour obtenir le titre de sociétaire il fallait donner un bambou d'huile de coco (en 1823, cinq bambous), quatre paniers de coton et trois balles de fécule d'arrow-root ou un cochon. Pendant les premières années cette association fonctionna assez bieni, mais, après, l'enthousiasme se refroidit quand les indigènes connurent mieux la valeur des marchandises qu'ils abandonnaient. A l'époque qui nous occupe, toutes les nouveautés séduisaient ces naïfs enfants de la nature.

1. D'après un discours prononcé par le missionnaire J. Williams, la première cargaison envoyée en Angleterre rapporta, tous frais déduits, quatorze cents livres sterling (trente-cinq mille francs). Comme c'était le premier envoi, Sa Majesté britannique fit grâce du droit d'entrée, ce qui accrut de quatre cents livres sterling le produit de la vente. M. Williams ajoute : « C'est de cette manière que nous devons désirer que les rois et les reines deviennent les nourriciers de l'Eglise; et pourtant ce chef (Pomare II) était, quelques mois auparavant, l'un des plus sauvages despotes de la terre. »

l'archipel de la société 133

Ils avaient accepté le Christianisme sans comprendre rien à sa morale ni à ses principes. Les conséquences s'en firent sentir. Jusque-là les missionnaires avaient été pour les indigènes des conseillers et des amis; en 1818, ils devinrent des maîtres. Ils voulurent appliquer à la lettre les règles de leur religion et comme ils avaient affaire à un peuple profondément insouciant, ils résolurent de forcer les naturels à l'obéissance, en instituant des lois que ceux-ci seraient tenus d'observer par la crainte des punitions. 11 fallait pour cela l'assentiment de Pomare 11. Les Révérends s'occupèrent de l'obtenir.

L'ancien roi nominal de Tahiti était devenu un puissant souverain : les victoires de ses guerriers chrétiens lui avaient donné un pouvoir presque absolu sur les indigènes des îles Tahiti et Eimeo. Sans doute les chefs de districts subsistaient, mais ils n'étaient plus guère que les commissaires du roi et' devaient lui obéir. Quant aux assemblées elles s'inclinaient maintenant devant la volonté du monarque. Après avoir bénéficié du succès de la nouvelle religion, sans toutefois en être réellement membre puisqu'il n'était pas encore baptisé, Pomare 11 ne pouvait qu'être dévoué aux missionnaires. D'ailleurs ceux-ci ne manquèrent pas de lui dire qu'en travaillant pour eux, ils travaillaient pour lui : il était impossible que les haines fussent entièrement éteintes, et les lois apprendraient aux indigènes à craindre Dieu et son représentant sur la terre, le roi; le Christ n'avait-il pas enseigné qu'il fallait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu?... Le nouveau Constantin accepta donc avec satisfaction la proposition des missionnaires et les chargea de créer un code basé sur la foi évangélique.

M. Nott en traça le plan, et les pasteurs rédigèrent des lois suivant leurs idées ; puis, le travail terminé, ils l'apportèrent au souverain de l'archipel de la Société.

Le 13 mai 1819, Pomare II convoqua à Papaoa une assemhlée générale. Les chefs, les indigènes et les missionnaires

se rendirent à son appel. La réunion s'ouvrit par la lecture d'un passage de la Bible que fit le pasteur Crook, puis le roi prit la parole et se mit à lire le nouveau code, s'arrêtant à certains articles pour y ajouter des remarques personnelles. Il y avait 19 articles, savoir :

1" Du meurtre; 2° du vol; 3*^ des déprédations commises par les cochons; !i° des objets volés; 5° des objets perdus; 6° de l'achat et de la vente des objets; 7° de l'inobservance du jour du sabbat; 8° de l'excitation à la guerre; 9° des hommes ayant deux femmes ; 10° des femmes abandonnées avant l'introduction de l'Évangile; IV de l'adultère; 12° des femmes ou des maris délaissés; 13° de l'obligation de nourrir sa femme; 1/|° du mariage; 15° des faux rapports; 16° des juges ; 17° de la forme des jugements; 18° des cours de justice; 19° des lois en général.

La plupart des peines de ce code consistaient en amendes; la privation de la liberté et même celle de la vie s'y trouvaient cependant mentionnées aussi : cette dernière était le châtiment réservé aux assassins, aux révoltés, aux conspirateurs, etc..

Ce qu'il y avait surtout de mauvais dans ce codC;, c'était l'intolérance religieuse; certains articles se montraient vraiment tyranniques, l'article 7, par exemple : celui-ci déclarait que les coupables seraient réprimandés à la première infraction, mais que s'ils recommençaient, ils seraient condamnés à travailler pour le roi ; les juges désigneraient le travail à exécutera

Pomare 11 demanda au peuple s'il approuvait ces lois r celui-ci leva la main droite en signe d'adhésion; la séance se termina par une prière que récita le Révérend Henry.

Il n'y eut d'abord que ce code dans tout l'archipel de la Société; ensuite chaque île profita de l'affaiblissement du pouvoir royal pour obtenir de ses missionnaires des lois.

Page 1