‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 45 sur 124 · Il en est encore ainsi de nos jours à Bora-Bora · texte numérisé non relu

Il en est encore ainsi de nos jours à Bora-Bora

rends tonnaient contre ces actes et ne parvenaient pas à les empêcher. Un missionnaire de Raiatea, M. Williams, crut devoir recourir à la force ; comme il avait un grand ascendant sur Tamatoa, le roi de cette île, il obtint de celui-ci des lois sévères pour contraindre les indigènes à respecter les choses religieuses et à changer de mœurs; mais il n'aboutit qu'à s^attirer la haine de ceux dont il contrariait les goûts; on tenta de Tassassiner et il lui fallut renoncer à ses réformes.

En 1830, il s'opéra un revirement en faveur des Mamaia : le peuple et la reine se rapprochèrent d'eux pour tâcher de reprendre l'autorité que les grands-chefs avaient usurpée. En effet, ceux-ci avaient profité de la minorité de Pomare 111, puis, de ce que le trône était occupé par une femme, pour ne plus tenir compte du parlement créé en 182/i, et rétablir la féodalité. Ils étaient devenus à Tahiti les véritables maîtres; Tati, grand-chef de Papara, commandait de la pointe Mara jusqu'à l'isthme; Utami était grand-chef d'Attahuru; les deux frères Paofai et Hitoti se partageaient le pouvoir sur la côte orientale de l'île.

Pomare IV retourna en janvier 1831 à Papeete (Tahiti). Elle alla demeurer chez les Mamaia. Quelque temps après, elle ordonna aux habitants de la presqu'île de Taiarapu de venir lui rendre hommage à la façon antique, c'est-à-dire en exécutant une cérémonie que le Christianisme avait abolie à cause de son caractère idolâtre et obscène. Les habitants de Taiarapu obéirent. Mais les grands-chefs de Tahiti piotestèrent au nom des lois chrétiennes que la reine avait violées; ils proclamèrent la déchéance du chef Tavarii de Taiarapu et des autres petits chefs, puis ils envahirent la presqu'île. Les gens de Taiarapu se réfugièrent auprès de la souveraine. Tati, Utami, Paofai et Hitoti demandèrent à Pomare IV de les leur livrer; celle-ci refusa. Alors les grands-chefs se soulevèrent contre la reine et firent entrer leurs guerriers dans Papeete, le 20 mars 1831. Pomare IV eut peur; elle

l'archipel de la société 147

se prépara à partir pour Eimeo. Apprenant celte résolution, les grands-chefs se radoucirent; ils abandonnèrent une partie de leurs exigences et se contentèrent du châtiment des autres coupables : les principaux Mamaia furent expulsés de Tahiti et forcés de revenir à Raiatea-Tahaa.

Entre les mois d'avril et de septembre 1831, Tamatoa III mourut à un âge assez avancé. C'était le roi le plus considéré de Tarchipel de la Société ; sa fille aînée régnait à Huahine, et sa petite-lille était reine de Tahiti. Le frère de Tamatoa III lui succéda comme roi de Raiatea sous le nom de Tamatoa IV.

Cependant les adeptes de la nouvelle secte étaient extrêmement nombreux dans les lies Sous-le-Vent, surtout à Tahaa. Ils soutenaient Tapoa le grand-chef de cette île \ contre les habitants de Raiatea. L'opposition de ceux-ci amena une scission religieuse, et la guerre éclata en octobre ou novembre 1831. Les guerriers de Tahaa subirent une défaite complète : Tapoa fut blessé et pris, puis relégué à Huahine. Les Mamaia avaient commis l'imprudence de lui prédire la victoire : après la perte de cette bataille, ils s'empressèrent <le rentrer dans l'ombre, et dès lors, la paix régna sur les îles du nord-ouest ~.

De retour à Tahiti, Tapoa, vaincu et dépouillé de ses I^tats, reçut un accueil outrageant de la reine : Pomare IV l'exclut du lit conjugal, d'où n'était encore issu aucun enfant, et il fut obligé de retourner aux îles Sous-le-Vent, plus pauvre que n'importe quel indigène. Heureusement l'avenir lui réservait un brillant dédommagement : ce prince devait devenir un jour roi de Bora-Bora, par le consentement des deux familles rivales Mai et Tefaaora, fatiguées de leurs dissensions. Mais Pomare IV ne pouvait alors prévoir ce retour de la fortune, et, durement, elle demanda, à la fin de l'an née 1831, à prendre un nouvel époux. Quelques missionnaires protestèrent, trouvant que cela était contraire à la

1. Fenuapeho venait de périr en mer et Tapoa lui avait succédé.

2. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. .517 et 518.

religion ; mais les grands-chefs prononcèrent le divorce, et la reine Pomare IV épousa le fils d'un chef de Huahine, Ariifaite, un jeune homme âgé de quinze ans, qui prit après son mariage le nom de Pomare-Tane *.

Je viens de dire qu'après la défaite de Tapoa, les Mamaia rentrèrent dans l'ombre, et que, dès lors, la paix régna sur les îles Sous-le-Vent. Mais il n'en fut pas de même à Tahiti où, dans le mois de janvier 1832, les Mamaia appuyèrent une révolte de Tavarii, chef de Taiarapu. En présence de ce péril, Tati, Utami, Paofai et Hitoti se coalisèrent. Les armées des deux partis se rencontrèrent dans la presqu'île de Taiarapu. Après un combat assez vif, les insurgés eurent le dessous.; ils perdirent plus de trente hommes sans compter les blessés, et s'enfuirent dans les montagnes. Durant la déroute, leur chef Tavarii, les deux prophètes Tutuai et Vaipai ainsi que plusieurs de leurs guerriers tombèrent entre les mains des vainqueurs. Les grands-chefs emmenèrent les prisonniers à Papara. Le 23 mars 1832, ceux-ci comparurent devant un tribunal présidé par Mahine, chef de l'île Huahine; cinq des rebelles furent condamnés à l'exil, les autres, aux travaux forcés. Tous subirent leurs peines.

Ces condamnations abaissèrent pour toujours l'orgueil des Mamaia; dans la suite ils n'eurent plus la même hardiesse, et cessèrent ainsi d'être un danger pour le gouvernement 2.

Tati, Utami, Paofai et Hitoti étaient en réalité les maîtres de Tahiti; Pomare IV ne comptait guère. Les pasteurs la traitaient dédaigneusement. Ne la croyant pas appelée à monter un jour sur le trône, ils avaient absolument négligé son instruction et depuis son avènement, ils ne s'étaient pas non plus occupés de remédier à son ignorance. Aussi le pouvoir royal s'afïaiblissait-il chaque jour; l'autorité de Po-

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