‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 48 sur 124 · d., p. 213 et · texte numérisé non relu

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l'archipel de la société 155

Voici comment M. Caret rapporte dans sa lettre son entrevue avec Pomare IV :

« Ce fut le vendredi 25 novembre que nous dirigeâmes nos pas vers Papeete, pour faire notre première visite à la reine, avec M. Moerenhout, qui eut la complaisance de nous accompagner. Arrivés là, nous fumes introduits dans la maison de la reine. Sa Majesté était accroupie sur une natte, tandis que^ M. Pritchard était assis sur un tabouret. Une partie des chefs étaient présents, et la salle, ou plutôt la grange, était remplie de monde. Nous nous assîmes, nous aussi, sur des tabourets qu'on nous présenta. M. le consul avait demandé pour interprète le pilote taïtien, qui entend l'anglais; mais il ne servit de rien, car il n'osa parler. Quant à nous, nous comptions sur l'enfant de Gambier \ mais cet enfant reçut ordre de se taire ; on désirait que nous fussions muets. Nous ne le fûmes pas cependant, avec le secours de Dieu, et ce que nous dîmes fut compris et répété. Voici ce que nous balbutiâmes: « Reine, nous venons de Mangareva, nous sommes les Prêtres du vrai Dieu, la France est notre pays. Nous ne sommes point malfaiteurs, nous n'avons point l'intention de nuire à Piritati, ni à aucun des Oromeduas qui sont ici ; nous désirons faire votre bonheur à vous, reine, et celui des chefs, et de tout le peuple. Nous savons que cette terre vous appartient, et que le pouvoir est à vous. Nous vous demandons l'hospitalité, et nous espérons que vous ne nous la refuserez pas. Si vousmême ou vos sujets alliez en France, le roi ne vous chasserait pas, il vous donnerait l'hospitalité. Si Piritati allait en France,on ne l'en chasserait pas. Dans les grands états, tels que la France, l'Angleterre et l'Amérique, tous les étrangers inoffensifs jouissent de toute liberté, les Prêtres comme les^ autres ~. »

« Cependant nous offrîmes à la reine un schall avec quatre

1. Un enfant indigène que MM. Caret et Laval avaient emmené avec eux.

2. Annales de la Propagation de la Fo/{janvier 1838, n" LVI), t. X, p. 215 et216.

onces. Elle les accepta, malgré tous les efforts de M. Pritchard pour l'en empêcher... Ce qui portait M. Pritchard à s'opposer à ce que nos présents fussent reçus, c'est qu'à ses yeux cette acceptation était une permission tacite de la part de la reine pour que nous restassions à Taïti ; ce qu'il ne pouvait souffrir '. »

Les missionnaires catholiques se retirèrent ensuite, n'ayant qu'à se louer de l'accueil de Sa Majesté. Ils étaient dans leur demeure lorsqu'un indigène vint leur remettre les quatre onces ; le chef Hitoti arriva et leur expliqua que c'était l'argent qu'ils avaient donné à la reine le matin; Pritchard lui avait dit que les deux prêtres voulaient acheter par là le droit de rester dans l'île, et il avait pris l'argent des mains de Pomare IV pour le leur faire rapporter. MM. Caret et Laval retournèrent alors chez la reine. Quand ils arrivèrent, il n'y avait que des indigènes avec elle : « Aussi reçut-elle très bien les quatre onces que nous lui remîmes de nouveau, dit M. Caret, quoique en faisant quelque difficulté cependant par la crainte de Piritati. Nous crûmes que la cause de la Religion demandait que nous fissions ces offres d'argent, quelque pauvres que nous fussions. Nous nous retirâmes encore, sans rien savoir sur ce que l'on déciderait par rapport à nous-. »

Le lendemain samedi, dimanche pour Taïti, les missionnaires catholiques reçurent l'ordre de comparaître dans une assemblée. Celle-ci ne put avoir lieu que le soir à cause de la pluie. Les deux prêtres s'y rendirent avec le consul Moerenhout. Ils y trouvèrent la reine, plusieurs des chefs, Pritchard, et une foule d'indigènes. On fit asseoir MM. Caret et Laval, puis un juge se leva et leur dit : « Tavara et Tareta, pourquoi êtes-vous venus dans cette terre? Nous avons des Oromeduas, qui sont ici depuis longtemps, et qui nous ont instruits de la parole; nous n'avons pas besoin de

1. Annales de la Propagation de la Foi (janvier 1838, n" LVI), t. X, p. 216.

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