‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 51 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LUTTE DU CATHOLICISME ET DU PROTESTANTISME. — ÉTABLISSEMENT DU PROTECTORAT FRANÇAIS

Formation d'un parti catholique, plus tard, parti français. — Attentat contre M. Moerenhout. — Arrivée de la frégate la Vénus. — Dupetit-Thouars envoie un ultimatum à la reine Pomare IV. — Celle-ci accorde au gouvernement français les réparations qu'il exige. — Convention conclue entre le roi Louis-Philippe et la reine Pomare. — Séjour de Dumontd'Urville à Tahiti. — Le gouvernement tahitien institue des lois qui interdisent aux étrangers d'acquérir des terres et défendent l'enseignement de doctrines contraires au culte en vigueur. — Clause additionnelle ajoutée au dernier traité par le capitaine Laplace. — Départ de Pritchard pour l'Angleterre. — Les Tahitiens infligent aux Français et à leurs partisans toutes les vexations possibles. — Tentative faite pour établir le Protectorat français : elle échoue. — Le capitaine du Bouzet fait condamner des Tahitiens coupables d'avoir frappé des Français. — Luttes entre les partis tahitien-anglais et tahitien-français. — L'anarchie règne à l'intérieur des îles de l'archipel de la Société. — Le gouvernement de la reine Pomare suspend la punition des indigènes condamnés pour avoir maltraité des Français. — Presque tous les Français se plaignent des procédés des autorités tahitiennes. — Le contre-amiral Dupetit-Thouars exige de la reine et des grands-chefs de Tahiti des réparations et des garanties. — Le gouvernement tahitien sollicite la protection du roi des Français. — Dupetit-Thouars l'accorde sauf ratification. — Etablissement à Papeete d'un conseil provisoire de gouvernement.

L'expulsion des prêtres catholiques indigna quelques Tahitiens; ceux-ci flétrirent la conduite de leur gouvernement, et pour donner une forme durable à leur protestation, ils créèrent, sous la direction de M. Moerenhout, un petit parti religieux et politique, qui fut qualifié d'abord de parti catholique, ensuite de parti français. En prenant la défense des catholiques et des Français, ce consul s'était acquis une certaine notoriété dans l'île. Plusieurs chefs mécontents se rangèrent de son côté et la mésintelligence se mit dans le gouvernement. Alors les passions se déchaînèrent. Les pasteurs

protestants et leurs adeptes prirent en haine le consul américain et ne manquèrent pas une occasion de lui susciter toutes sortes de difficultés. Leur but était de le forcer à quitter l'île ; mais M. Moerenhout supporta tous les ennuis et ne partit pas.

Sa position, déjà si pénible, devint bientôt dangereuse. Les malfaiteurs crurent pouvoir tout oser sur lui. Deux hommes, un noir de l'Amérique méridionale et un Tahitien, ou un Anglais — le fait n'a jamais été bien éclairci — pénétrèrent pendant la nuit dans sa maison pour le voler. Découverts à temps, ils frappèrent de plusieurs coups de hache et de couteau M. Moerenhout. La femme du consul se jeta sur les assassins qui la blessèrent si cruellement qu'elle en mourut quelques semaines après; le mari resta plus d'un mois alité et garda toute sa vie les cicatrices de ses blessures.

Au mois de mars 1838, les dépêches du gouvernement français parvinrent à Dupetit-Thouars, arrivé àValparaiso, de retour du Kamtchatka. Après en avoir pris connaissance, celuici partit avec la frégate la Vénus, pour remplir sa mission.

Le 29 août, la Vénus jeta l'ancre dans le port de Papeete. Le capitaine de vaisseau Dupetit-Thouars descendit à terre pour faire visite à M. Moerenhout. 11 le trouva souffrant encore de ses blessures. Celui-ci confirma verbalement les réclamations faites par MM. Caret, Laval et Vincent. Le lendemain, Dupetit-Thouars écrivit aux consuls d'Angleterre et des Etats-Unis d'Amérique qu'il allait exiger des réparations de la reine Pomare pour les insultes faites à la France, et qu'il leur conseillait ainsi qu'à leurs nationaux de prendre des précautions car il serait peut-être obligé de recourir à la force vis-à-vis du gouvernement tahitien. Les lettres furent remises par M. Lapérouse, lieutenant de vaisseau. M. Moerenhout en accusa réception; M. Pritchard ne donna aucun reçu : il s'excusa en disant qu'étant chez la reine, il n'avait ni plume ni encre.

Le même jour, à 10 heures, le pasteur Pritchard et M. Là-

pérouse se trouvaient chez la reine Pomare, lorsque le lieutenant de vaisseau Normand vint au nom de M. Dupetit-Thouars lui remettre la lettre suivante :

^4 bord de la frégate la Vénus, rade de Papeïti^ le 30 août 1838, à 10 heures du matin.

Madame, le roi des Français et son gouvernement, justement irrités de l'outrage fait à la nation, par les mauvais et indignes traitements que l'on a fait subir à plusieurs de ses membres, qui se sont présentés sur le territoire de Taïti, et notamment en 1836, à MM. Laval et Caret, missionnaires apostoliques, m'ont envoyé pour réclamer et exiger au besoin la prompte réparation due à une puissante nation, qui a été insultée d'une manière grave et non provoquée.

Le roi et son gouvernement exigent :

1 " Que la reine de Taïti écrive au roi des Français pour s'excuser des violences et autres avanies commises sur des Français, dont la conduite honorable n'avait pas mérité le châtiment qui leur a été infligé.

La lettre de la reine sera écrite en polynésien et en français, et les deux textes seront signés par elle. Cette lettre sera envoyée officiellement au commandant de la Vénus, dans les vingt-quatre heures qui suivront la présente notification.

2° Qu'une somme de 2.000 piastres fortes d'Espagne soit versée, dans les vingt-quatre heures de la présente notification, dans la caisse de la frégate la Vénus, pour servir à indemniser MM. Laval et Caret du dommage que la conduite tenue envers eux leur a occasionné.

3° Que le pavillon français soit arboré le 1"" septembre à midi, sur l'île Motou-Outa, et qu'il soit salué de vingt et un coups de canon par le fort de la reine.

Je déclare à Votre Majesté, qu'à défaut de l'accomplissement de la satisfaction demandée , dans le temps prescrit, je me verrai, bien à regret, obligé de lui déclarer la guerre et de commencer les hostihtés contre les États de sa domination, et que ces hostilités seront continuées par tous les bâtiments de guerre qui vont successivement passer par ces îles, jusqu'à ce qu'enfin la France ait obtenu une réparation satisfaisante.

Je suis, avec un profond respect,

De Votre Majesté, le très humble serviteur ;

Le commandant de la frégate la Vénus, Signé: A. Du Petit-Tiiouars.

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La reine accusa réception de la notification et de l'heure à laquelle elle l'avait reçue. Pendant ce temps la frégate faisait ses préparatifs de combat et ses embarcations se plaçaient devant le rivage et par le travers d'une petite goélette appartenant à la souveraine pour bloquer tous les bâtiments qui se trouvaient sur la rade.

Dans la journée, Pritchard se rendit à bord de la Vénus. Il s'y présenta comme agent de Pomare IV et venant en son nom pour proposer au commandant quelques accommodements : celui-ci refusa, et Pritchard retourna à terre.

Les indigènes montrèrent un instant des dispositions guerrières, mais elles cessèrent bientôt. Le gouvernement tahitien se rendait parfaitement compte qu'il ne pouvait lutter contre les forces françaises; il capitula donc sur tous les points. Cependant la reine ne possédait pas ou ne voulait pas verser les 2.000 piastres ; elle dit à Pritchard : « Vous avez voulu l'expulsion de ces hommes, vous les avez fait partir, il est juste que vous payiez. » Pritchard pâlit; il protesta, supplia, cria; ce fut en vain : il dut s'exécuter. 11 recourut à un emprunt; il s'adressa aux autres pasteurs; mais ceux-ci répondirent qu'on ne leur avait pas demandé leur avis lors de l'expulsion des prêtres catholiques et que par conséquent ils ne devaient rien. Néanmoins, comme le temps pressait, deux industriels consentirent à prêter de l'argent pour payer une partie de Pindemnité. M. Bicknell versa 500 piastres fortes, M. Vaughan en céda 1.000, et M. Pritchard compléta la somme en donnant 500 piastres.

A cinq heures du soir, Pritchard se rendit de nouveau à bord de la frégate la Vénus. Au nom de la reine il remit à Dupetit-Thouars une lettre de Pomare IV à Louis-Philippe. Voici ce qu^elle contenait :

Taïti, le 31 août 1838 (style taïtien, 30 août, suivant le nôtre). Au Roi, Que la paix soit avec vous : voici ce que je désire faire savoir à

Votre Majesté. J'ai été en erreur en m'opposant à la résidence de deux citoyens français. Que Votre Majesté ne soit pas trop fâchée pour ce que j'ai fait à leur égard. Que la paix soit rétablie. Je ne suis souveraine que d'un petit et insignifiant pays ; que le savoir, la gloire et le pouvoir soient avec Votre Majesté. Que votre colère cesse, et pardonnez-moi l'erreur que j'ai commise.

Que la paix soit avec Votre Majesté.

Signé : Pomare.

Au roi des Français.

Ensuite, et toujours comme agent de la reine, Pritchard versa au commandant de la Vénus 125 onces d'or, pour indemniser MM. Caret et Laval ; on compta les 125 onces en présence de MM. Chiron du Brossay, second de la frégate^ et Fillieux, commis d'administration, qui les encaissa à titre de dépôt; M. Dupetit-Thouars en donna un reçu. Enfin l'agent de la reine fit part de son embarras pour faire exécuter le salut du pavillon : elle n'avait pas de poudre de guerre. M. Dupetit-Thouars répliqua qu'elle pouvait en acheter à bord d'un navire américain qui était dans la rade ou qu'elle pouvait en demander aux consuls d'Angleterre ou des États-Unis; il ajouta que si ceux-ci ne possédaient pas de poudre, il s'empresserait de leur en fournir pourleur donner les moyens de rendre service à la reine. En entendant cette ofFre gracieuse, Pritchard demanda, comme consul d'Angleterre, la poudre indispensable à l'exécution des saints ; M. Dupetit-Thouars l'accorda, mais comme il était tard il fut convenu qu'on ne viendrait la prendre que le lendemain matin. En effet, le lendemain, la poudre fut livrée à un chef qui se présenta au nom de la reine ; sur sa demande on lui prêta aussi un pavillon français.

Ce jour-là, 31 août 1838, à huit heures du matin, la Vénus arbora ses couleurs. C'était l'heure à laquelle devait avoir lieu le salut exigé dans l'ultimatum du gouvernement du roi Louis-Philippe. En conséquence le fort de la reine hissa le pavillon français. Ce fort était situé sur l'îlot Motu-Uta. 11 y avait

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là quelques mauvaises pièces d'artillerie. Mais quand il s'agit de commencer le feu l'embarras des indigènes fut extrême : personne ne savait tirer le canon! Pritchard s'offrit obligeamment... : il montra comment il fallait s'y prendre et chargea lui-même les pièces. Vingt et un coups de canon saluèrent le drapeau tricolore. La France était satisfaite.

Un peu plus tard, MM. Pritchard et Moerenhout, comme consuls d'Angleterre et des États-Unis d'Amérique vinrent voir officiellement le commandant de la Vénus. Celui-ci les accueillit avec le cérémonial accoutumé ; à leur départ les batteries du bord rendirent les honneurs.

Le 1" septembre 1838, Dupetit-Thouars et son état-major firent une visite à Pomare IV. Ils furent reçus à la barrière extérieure de la maison par deux chefs à moitié vêtus et armés de fusils rouilles. La souveraine était assise sur des nattes ; elle se leva et s'avança au-devant des visiteurs auxquels elle offrit la main, selon la coutume anglaise. Pomare IV et son mari Ariifaite prirent place sur une chaise ; les autres membres de sa famille et plusieurs chefs restèrent couchés par terre ; les officiers français s'assirent sur des chaises. Après avoir adressé à la reine quelques compliments, Dupetit-Thouars rassura des dispositions amicales du roi des Français et de son gouvernement ; mais il déclara aussi à Pomare IV que le roi Louis-Philippe ne permettrait jamais que les Français fussent insultés dans leurs personnes, ou atteints dans leurs propriétés, tant qu'ils se conduiraient bien et se conformeraient aux lois et au droit des gens. Le pasteur Barff traduisit ce discours \

Cependant il devenait indispensable pour la France d'avoir un consul à Tahiti. Dupetit-Thouars choisit M. Moerenhout^ qui s'était déjà fait remarquer par son dévouement aux intérêts français. Le 3 septembre 1838, le commandant de la Vénus écrivit à la reine pour lui demander une audience afin

1. Du Petit-Thouars, Voilage autour du monde sur la frégate « la Vénus », t. II, p. 392 et 393. ' -

de lui présenter le nouveau consul. La reine répondit qu'elle le recevrait le lendemain à dix heures.

Le k septembre 1838, M. Dupetit-Thouars se rendit dans le temple principal, où il se trouva en présence d'une véritable assemblée nationale. 11 y avait là trois ou quatre cents personnes, hommes, femmes et enfants. Pafai, Tati et Hitoti, les chefs les plus importants de l'île étaient présents. On remarquait aussi plusieurs pasteurs protestants. Dupetit- Thouars salua Pomare IV et lui présenta Al. Moerenhout comme consul de France. La reine resta un moment sans répondre ; puis elle dit qu'elle aimerait mieux voir désigner une autre personne ; mais le commandant de la Vénus répliqua que M. Moerenhout, honorablement connu dans le monde et déjà accrédité auprès d'elle en qualité de consul des Etats-Unis, avait également la confiance du gouvernement français, et que lui seul à Taïti pouvait être chargé de remplir ces importantes fonctions ^ Alors la reine et les chefs reconnurent M. Moerenhout comme consul de France.

M. Dupetit-Thouars proposa ensuite à Pomare IV de faire une convention pour établir de bonnes relations entre les Français et le gouvernement tahitien. La reine et les chefs acceptèrent cette offre. Une convention fut rédigée de la manière suivante :

Convention de paix et d'amitié conclue, le 4 septembre 1838, entre le capitaine de vaisseau Abet Dupetit-Thouars, officier de la Légion-d' Honneur, commandant la frégate la Vénus, au nom de S. M. le Roi des Français, et S. M. Pomare, Reine d'O' Taïti.

Il y aura paix perpétuelle et amitié entre les Français et les habitants d'O'Taïti ^.

1. Du Petit-Thouars, Voyage autour du monde sur la frégate « la Vénus », t. II, p. 399.

2. Dupetit-Thouars écrit O'Taïti au lieu de Taïti ou Tahiti, qui est le vrai nom de l'île. Voici pourquoi. Lorsque les premiers navigateurs abordèrent à Tahiti, ils dirent aux indigènes : « Quelle est cette île? » et ceux-ci répondirent: « 0 Tahiti oia », ce qui signifie: « c'est Tahiti ». Les premiers navigateurs, ignorant la langue maori, prirent tous les mots qui composaient cette réponse pour le nom même de l'île ; en conséquence ils inscrivirent Otaiti

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Les Français, quelle que soit leur profession, pourront aller et venir librement, s'établir et commercer dans toutes les îles qui composent le Gouvernement d'O'Taïti ; ils y seront reçus et protégés comme les étrangers les plus favorisés.

Les sujets de la Reine des lies d'O'Taïti pourront également venir en France ; ils y seront reçus et protégés comme les étrangers les plus favorisés.

Fait et arrêté au palais de la reine d'O'Taïti, à Papéïti, le 4 septembre 1838 (5 septembre, style OTaïtien).

La Reine Pomaré. A. Dupetit-Thouars.

Les missionnaires catholiques français allaient donc pouvoir venir se fixer dans l'archipel de la Société ; en effet le texte de la convention disait : « Les Français, quelle que soit leur profession^ pourront aller et venir librement, .ç'e7a6/«r et commercer dans toutes les îles qui composent le Gouvernement d'O'Taïti » ; et c'était bien d'ailleurs ce qu'avait voulu obtenir Dupetit-Thouars. Or rien n'était plus opposé aux idées de la reine et de son entourage ; mais celle-ci n'avait pas osé refuser ce que lui avait proposé le représentant de la France.

Le 9 septembre 1838, les corvettes V Astrolabe et la Zélée mouillèrent dans la rade de Matavai. Elles étaient commandées par le capitaine de vaisseau Dumont D'Urville, chargé d'un voyage d'exploration au pôle sud et dans l'Océanie. Cet officier s'était détourné de sa route en apprenant à Mangareva que des violences avaient été commises à Tahiti sur les Pères Caret et Laval. Dumont D'Urville ignorait l'envoi de Dupetit-Thouars dans cette île. Les pasteurs protestants espérèrent un instant que le commandant de V Astrolabe et de la Zélée désavouerait la conduite de Dupetit-Thouars, moins ancien que lui en grade ; mais ils furent vite détrompés. Mis au courant des actes de son collègue par le Révérend Rodgerson, Dumont D'Urville s'en montra très satisfait, et

sur leurs cartes et les autres navigateurs continuèrent à répéter la même erreur ; ce n'est guère que depuis une soixantaine d'années qu'elle a cessé,

pour ne laisser à la population tahitienne aucun doute à cet égard, il se rendit avec le commandant de la Vénus et le consul de France, le 10 septembre, à Papeete, afin de faire une visite à la reine. Celle-ci n'habitait plus sa charmante résidence d'été sur l'îlot Motu-Uta ; elle demeurait maintenant dans une modeste maison située près du rivage. Dumont D'Urville, Dupetit-Thouars et Moerenhout furent reçus par Pomare IV, Pomare-Tane, Teremoï-moï, et plusieurs autres membres de la famille royale. La reine tenait dans ses bras son jeune enfant âgé de quelques mois. Dumont D'Urville salua Pomare IV et lui adressa un petit discours dans lequel il lui reprocha ses mauvais procédés envers les prêtres français ; l'orateur de la souveraine ayant répondu en son nom que l'état du pays avait exigé que l'on prît des mesures pour éloigner les missionnaires catholiques, le commandant de r Astrolabe et de la Zélée répliqua en ces termes : « Sans doute la reine est libre dans ses états, et personne au monde, pas même le roi des Français, ne peut lui demander de changer sa religion ; aussi aurait-elle eu raison, si elle s'était contentée de défendre aux missionnaires français tout signe public de leur culte ; mais les traitements cruels qui ont été infligés à deux citoyens français étaient tels, que l'on ne pouvait se dispenser d'en demander raison. » Il dit ensuite d'un ton sévère que Pomare-Vahine devait s'estimer très heureuse de s'être tirée à si bon marché de la position fâcheuse qu'elle s'était faite à l'égard de la France K Ces paroles furent fidèlement traduites par M. Henry, fils du pasteur de ce nom, car la reine regarda avec colère les officiers français et ses yeux se remplirent de larmes. Voyant cela, Dupetit-Thouars prit pitié de la souveraine et chercha à la calmer en lui faisant quelques petites démonstrations amicales : il lui tira doucement les cheveux et lui frappa légèrement la joue ; il ajouta même d'un ton affectueux qu'elle avait tort de s'affecter ainsi ^.

1. Dumont D'Urville, Voyage au pôle Sud et dans rOcéanie,i. IV, p. 69 et 70.

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