‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 52 sur 124 · Id., p · texte numérisé non relu

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Cette entrevue terminée, Dumont D'Urville se rendit de suite chez Pritchard et lui reprocha sa façon d'agir contre les Français. Celui-ci répondit qu'on l'avait sans doute dénigré dans l'esprit de M. Dumont D'Urville ; qu'au surplus il serait toujours prêt à protéger désormais les sujets de toute nation. Dumont D'Urville se contenta de cette déclaration et changea de sujet de conversation. Après un entretien courtois, ces •deux hommes se séparèrent'.

V Astrolabe et la Zélée quittèrent Tahiti le 16 septembre 1838. La Vénus leva l'ancre le lendemain.

Les vaisseaux français partis, Pritchard s'occupa d'annuler la clause énoncée dans la convention établie par Dupetit- Thouars. Le Révérend fît instituer deux lois : l'une empê- ■chait les étrangers d'acheter des terres à Tahiti ; l'autre défendait d'enseigner des doctrines contraires au véritable Évangile, c'est-à-dire à celles du culte de la Piéforme. Cette seconde loi était faite contre les étrangers et les Mamaia (ces derniers pourtant bien abaissés à cette époque) ; mais elle visait surtout les catholiques, car pour s'y conformer ceux-ci devaient renoncer à toute propagande religieuse sous peine d être renvoyés dans leur pays et de ne plus pouvoir résider à Tahiti. Le gouvernement tahitien établissait ainsi dans son île une religion d'Etat.

Le 27 novembre 1838, la corvette française l'Héroïne^ capitaine Cécille, arriva à Tahiti. Son séjour ne fut marqué par aucun événement sérieux, Dupetit-Thouars ayant réglé tous les différends; quant à la récente loi votée contre les doctrines étrangères au culte en vigueur, M. Cécille ne s'en occupa pas. La corvette leva l'ancre le 3 décembre.

Le gouvernement tahitien se félicita beaucoup de la facilité avec laquelle il avait dupé la France. Néanmoins les réclamations de cette nation ne se firent pas longtemps attendre.

1. Dumont D'Urville, Voi/age au pôle Sud el dans l'Océanie, t. IV, p. 71 et 72.

Durant son voyage de circumnavigation, la frégate française lArtémise, commandée par M. La place, relâcha à Sydney (Australie), et de ce port partit pour Tahiti. Le 22 avril 1839, comme elle allait doubler la pointe Vénus, la frégate s'échoua sur un banc de corail qui n'était pas marqué sur les cartes. Toutefois elle parvint à se dégager de ce récif, mais non sans subir de graves avaries : la coque eut une énorme voie d'eau. Un pilote remarquable, le capitaine Ebrill, réussit au milieu du plus grand péril à faire entrer V Artémise dans le port de Papeete. Cent vingt Tahitiens furent engagés pour le service des pompes. L'on désarma la frégate, et pour mettre le matériel à couvert, on loua les maisons qui bordaient la rive. L'équipage entier s'établit à terre dans les cases des naturels ou dans un campement improvisé. Les travaux de réparation commencèrent aussitôt pour ne se terminer qu'au mois de juin. Ce renflouage est resté célèbre dans les annales maritimes : il fut exécuté avec une telle pénurie de moyens qu'il fait encore de nos jours l'admiration des officiers de marine.

Les Français profitèrent de ce naufrage pour mener un peu la vie tahitienne. Le libertinage des matelots égala s'il ne surpassa pas celui de la population indigène. Les officiers de l'expédition crurent devoir fermer les yeux sur cette licence de mœurs presque impossible à éviter en cette circonstance.

Tant que durèrent les avaries de la frégate, le capitaine Laplace eut d'excellentes relations avec les Tahitiens ; d'ailleurs l'officier français s'abstint prudemment de soulever aucune question politique ; mais, quand l'Arlcmise fut réparée, il alla faire une visite à la reine. Celle-ci se trouvait en ce moment dans le sud de l'Ile. M. Laplace pria Pomare IV de revenir à Papeete pour s'entendre avec lui sur une clause à ajouter à la convention conclue par Dupetit-Thouars. La reine consentit à revenir à Papeete et fixa l'entrevue au 19 juin 1839.

Ce jour-là elle se rendit avec les principaux chefs dans le temple protestant où M. Laplace et son état-major, MM. Moerenhout et Henry, arrivèrent également. Alors le commandant de VArlémise éleva la voix pour se plaindre des procédés de la nation tahitienne à l'égard de la France : il déclara que violer les traités c'était s'exposer aux plus dangereuses représailles ; que, la nouvelle loi votée contre les catholiques et par conséquent contre les Français étant injuste et vexatoirej il se voyait obligé de demander qu'à l'avenir ses compatriotes eussent la même liberté que les sujets des autres nations. Ces paroles mécontentèrent les pasteurs protestants anglais qui assistaient à cette séance ; mais malgré leur désapprobation personne n'osa s'opposer à ce que réclamait l'officier français : l'assemblée se contenta, pour ménager sa dignité, de n'accorder que provisoirement ce qu'on lui demandait; elle renvoya au lendemain sa décision définitive. Le 20 juin l'assemblée confirma son vote de la veille et la clause additionnelle proposée par le capitaine Laplace fut rédigée ainsi qu'il suit :

La Reine Pomaré et les grands chefs d'O Taïti, voulant donner à la France un témoignage de leur désir d'entretenir avec elle des relations d'amitié et d'assurer aux Français appelés dans leur île par le commerce, ou par l'intention d'y résider, les moyens de remplir leurs devoirs religieux ;

Ont décidé, à la demande du capitaine Laplace, commandant la frégate française l'Artémise, que l'article suivant serait ajouté à ceux du dernier traité conclu en septembre 1838, entre la Reine Pomaré et le capitaine de vaisseau Du Petit-Thouars, savoir :

Le libre exercice de la religion catholique est permis dans l'île d'O Taïti et dans toutes les autres possessions de la Reine Pomaré. Les Français catholiques y jouiront de tous les privilèges accordés aux protestai! s sans que pourtant ils puissent s'immiscer sous aucun prétexte dans les affaires religieuses du pays.

Fait à O'Taïti, le 20 juin 1839.

Signé : Pomaré.

La signature de cette clause eut lieu à bord de VArlémise.

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M. Laplace obtint en plus la cession d'un terrain destiné à servir de résidence à la Mission catholique. Toutefois il ne fut pas signé de papier à ce sujet : le commandant de VArié-^ mise se contenta d'une simple promesse verbale. La frégate française quitta Tahiti le 22 juin 1839.

Après son départ, il ne se produisit aucun fait intéressant dans l'île pendant plus d'un an.

Le 15 juillet ISZiO, le Pylade, commandé par le capitaine de corvette Bernard, arriva à Tahiti. Cet officier eut une entrevue avec Pomare IV et celle-ci fut invitée à venir à bord du navire. Elle s'y rendit le 19 juillet et fut reçue avec les honneurs dus à son rang. La souveraine parut être flattée de cette réception, qui d'ailleurs fut très belle et se termina par un feu d'artifice ; la reine se retira à neuf heures. Le passage du brick le Pylade eut en somme un bon résultat : celui d'établir des relations plus amicales entre les Tahitiens et les Français.

Ces meilleures dispositions des indigènes après les interventions de Dupetit-Thouars et de Laplace inquiétèrent les missionnaires protestants anglais et surtout George Pritchard, dont le rôle n'avait cessé de grandir jusqu'alors. Ce Révérend exerçait maintenant une espèce de dictature morale sur la plupart des naturels et même sur ses collègues. 11 est vrai que quelques-uns de ceux-ci supportaient avec impatience son influence, mais ils n'osaient rompre ouvertement avec lui tant il était devenu puissant. Quoique n'appartenant plus à la société des Missions, il continuait d'officier dans le temple de Papeete. Couvert par son titre de consul, il entreprenait de grandes opérations commerciales et ses affaires réussissaient d'autant mieux qu'il dirigeait pour ainsi dire le gouvernement de Tahiti grâce à ses bonnes relations avec la reine et les principaux chefs. Il en obtenait l'adoption des lois qu'il désirait et les mutoi (agents de police) lui obéissaient sans murmurer. Mais ce qui le rendait particulièrement redoutable aux autres et ce qui le faisait le premier person-

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nage de l'île, c'était qu'il possédait au plus haut degré la faveur de Poinare IV. 11 avait su tellement gagner sa confiance que la reine n'agissait plus que par lui. Elle l'avait nommé son intime conseiller, son agent diplomatique et commercial, son directeur spirituel, son médecin et son pharmacien. Le rusé Révérend accomplissait ces diverses fonctions avec une souplesse qui tenait du prodige et poussait l'obséquiosité au point de donner des soins médicaux à sa souveraine lorsqu'elle accouchait. Celle-ci ne pouvait plus se passer de lui tant il lui était utile et en homme habile il ne manquait pas d'exploiter largement cette situation. Bon à tout faire, ingénieux et courageux, il était aussi devenu indispensable à une foule de gens dont il savait en revanche parfaitement se servir. Ceux-ci répandaient ses idées et les soutenaient dans les assemblées législatives. Enfin son pouvoir était immense, et comme il ne voulait pas le perdre, il vit avec mécontentement le rapprochement des Tahitiens et des Français. Les autres missionnaires protestants anglais le constataient avec dépit, car ils redoutaient de se voir supplanter par les missionnaires catholiques français. Pritchard et ses collègues n'eurent donc aucune peine pour se mettre en rapport afin de chercher une combinaison qui pût maintenir leur domination. Us ne trouvèrent qu'une solution : celle de placer Tahiti et ses dépendances sous le Protectorat anglais. A ce sujet une première tentative avait été déjà faite par M. Nott, en 1825, sous le règne éphémère de Pomare 111; mais elle avait échoué : le gouvernement britannique avait dédaigné cette offre d'accroissement de son domaine colonial. Pritchard se fit charger par ses collègues et les gens qui lui étaient dévoués (le parti anglais) de renouveler cette tentative, et pour donner à sa démarche de fortes chances de succès, il partit de suite pour Londres.

Pendant l'absence de Pritchard la lutte continua entre les indigènes des partis anglais et français. Comme le parti anglais était de beaucoup le plus considérable et qu'il avait

pour lui l'appui du gouvernement tahitien, il ne manquait jamais d'infliger aux Français et à leurs partisans toutes les vexations possibles. Les baleiniers français qui relâchaient à Papeete avaient continuellement à se plaindre de la police locale. Celle-ci se montrait injuste et barbare envers eux. Les lois du pays interdisaient aux marins de rester à terre après huit heures du soir; une fois des marins d'un baleinier français s'embarquèrent pour retourner à bord lorsque huit heures sonnèrent : immédiatement les agents de police (miitoi) se jetèrent sur eux, les maltraitèrent et les menèrent en prison. Un jour un charpentier français fut également incarcéré pour avoir été dans la prison voir un de ses amis. Un soir, un fait très grave se produisit à propos d'une dispute d'animaux! le chien de la reine s'étant battu avec le chien du capitaine d'un baleinier français, le chef de la police nommé Moïa et les autres mutoi se précipitèrent sur ce capitaine et les matelots qui l'accompagnaient : ceux-ci ne reçurent que quelques horions, mais leur officier fut tellement roué de coups de bâton qu'il fut laissé pour mort sur la place. , M. Caret venait de revenir à Tahiti, amenant avec lui d'autres missionnaires placés sous sa direction. L'on ne s'opposa pas cette fois à leur débarquement et ils purent louer un terrain situé à une lieue de Papeete. Pleins de confiance dans l'avenir, ils commencèrent alors à s'installer et à construire une chapelle. Mais les indigènes intervinrent et firent subir aux Pères une foule de tracasseries; finalement ceux-ci furent forcés de quitter leur domaine.

Néanmoins le parti français augmentait depuis que les navires de guerre de ce peuple se montraient plus souvent. L'absence de Pritchard nuisait au parti anglais. Les grandschefs Hitoti, Paraita, Taerapa et Tati étaient du parti français. En revanche le grand-chef Paofai l'avait quitté pour se mettre du côté anglais. Mais ces deux partis désiraient également l'intervention d'une puissance étrangère dans les afl'aires de leur pays : ils convenaient que le gouvernement tahitien

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était en proie à l'anarchie, et ils ne trouvaient qu'un moyen d'y porter remède, c'était de placer Tahiti sous la protection soit de la France, soit de l'Angleterre, suivant leur inclination. En septembre IS/il, des chefs indigènes dévoués à la France essayèrent d'établir son Protectorat sur Tahiti. Pour le demander ils rédigèrent des actes qu'ils soumirent ensuite à la signature de Pomare IV. Malheureusement des résidents anglais furent avertis de ce projet : ils coururent à Eimeo où se trouvait la reine et lui conseillèrent de s'opposer à cette demande de Protectorat; leur démarche fut suivie de celle du capitaine Jones qui commandait le navire de guerre britannique le Curaçao^ alors de passage à Papeete ; cet officier se rendit aussi à Eimeo, où il eut une entrevue avec la souveraine; il la détermina à refuser aux chefs sa ratification.

En présence de la concurrence que leur faisaient les prêtres catholiques français, les pasteurs protestants anglais envisageaient le Protectorat de l'Angleterre, nation protestante, comme le seul moyen de conserver leur influence dans les îles de la Société. Ils se trompaient toutefois, en croyant que là seulement se trouvait le salut de leur cause; l'avenir l'a bien montré : les îles de la Société en devenant françaises sont restées protestantes.

Le h mai 18i2, l'Aube fit escale à Tahiti avant de retourner en France. Le capitaine de cette corvette était M. duBouzet, homme très énergique. Ses compatriotes vinrent l'assaillir de leurs plaintes. Il les examina et reconnut qu'elles étaient fondées. Alors il exigea du gouvernement tahitien les réparations suivantes : la punition des muioi (agents de police) qui avaient frappé des Français inofFensifs ; le licenciement du corps des muioi , la transformation de la clause verbale stipulée par M. Laplace en une clause écrite et signée. Comme toujours le gouvernement tahitien s'empressa d'adhérer aux demandes de M. du Bouzet : les coupables furent jugés et condamnés au bannissement ; l'on supprima le corps des mutoi ; les autorités locales rédigèrent et signèrent une

clause qui remplaça la promesse verbale faite à M. Laplace. En conséquence les missionnaires catholiques rentrèrent en possession de leur domaine et y séjournèrent. Z'^a6e quitta Tahiti à la fin du mois de mai.

Les Français pouvaient croire qu'ils seraient désormais tranquilles : ils avaient des illusions. VAiibe éloigné, le gouvernement tahitien oublia une partie des engagements qu'il avait signés. Il suspendit la punition des auteurs des violences contre les Français et ceux-ci subirent de nouvelles tracasseries. Pourtant les prêtres catholiques ne furent pas expulsés de leur terrain et l'on affecta de les placer sur le même pied que les pasteurs protestants.

Alors une lutte extrêmement âpre commença entre les deux partis religieux : prêtres français et pasteurs anglais engagèrent les plus ardentes polémiques et cherchèrent tous les moyens de se nuire. Les Révérends en trouvèrent un qu'ils exploitèrent avec une impudence vraiment étonnante. A cette époque l'Angleterre et les Etats-Unis inondèrent de spiritueux les îles de la Polynésie, où depuis longtemps les liqueurs étaient prohibées à cause de leurs effets funestes sur la santé des indigènes déjà passablement minés par la phtisie et d'autres maladies dangereuses. La France, elle, au contraire, n'avait aucun négoce de ce genre avec ces îles, mais cette invasion de boissons meurtrières coïncidait avec les traités qu'elle venait de passer et l'arrivée des missionnaires catholiques à Tahiti. Les pasteurs anglais, en haine des prêtres français, ne manquèrent pas d'en rejeter la responsabilité sur la France et de lui attribuer l'envoi de tous ces alcools. Partout les Révérends criaient : « French priests and French brandies ! » (Prêtres français et eaux-de-vie françaises !) Et les indigènes mal renseignés ajoutaient foi à cette calomnie. Les apparences étant contre la France, celleci se trouva être en mauvaise posture devant l'opinion publique : elle avait toute la honte de l'entreprise, sans en être dédommagée par le moindre bénéfice ; c'étaient les étran-

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gers qui jouissaient des avantages. Les pasteurs anglais, en cette circonstance, montrèrent une rare mauvaise foi, car, tout en interdisant l'alcool aux indigènes, ils en faisaient, eux, une consommation respectable.

11 est vrai que les Tahitiens n'observaient pas cette défense. Ils continuaient de s'enivrer comme par le passé, et non seulement de liqueurs qu'ils fabriquaient avec des fruits des îles, mais aussi d'alcools importés de l'étranger. Rien n'était changé des anciennes coutumes : les indigènes restaient identiques à leurs ancêtres, c'est-à-dire ivrognes, voleurs, menteurs et paresseux ; la religion chrétienne ne les avait pas modifiés. Pour se procurer des piastres, ils n'hésitaient pas à tromper sur la valeur des marchandises ; ou bien ils recouraient à la prostitution de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs femmes et de leurs filles. Ainsi donc un peuple dépravé et des autorités brutales, telle était la société tahitienne à cette époque. La population avait diminué d'une façon effroyable : à Tahiti, par exemple, il ne restait plus que huit mille âmes. La reine ne parvenait que peu souvent à se faire obéir, et même ne s'en souciait guère. Depuis plusieurs années, son influence était devenue nulle sur les îles Sous-le-Vent, et l'archipel des Tuamotu refusait de lui payer tribut. Au fond, la monarchie fondée par Pomare II n'existait plus : l'anarchie régnait partout.

Pendant que ces événements s'accomplissaient, Dupetit- Thouars, devenu contre-amiral, annexait les îles Nuka-Hiva (l®"" mai et 2 juin 1842). Il achevait de les occuper, lorsqu'il apprit les démarches du commandant de lAube. L'amiial résolut alors de partir pour Tahiti, où il devait d'ailleurs y renouveler les vivres qu'il avait été obligé de laisser à Nuka- Hiva. Il quitta ces îles sur la frégate la Reine-Blanche^ et vers la fin du mois d'août 18/i2, il arriva devant Tahiti.

La veille du mouillage de la frégate, le consul de France vint trouver l'amiral à son bord. M, Moerenhout eut avec

Dupetit-Thouars une longue conversation dans laquelle il lui retraça la pénible situation faite aux Français. Parvenu dans le port de Papeete, l'amiral s'informa de nouveau de ce qui s'était passé en son absence. Il constata que le gouvernement de Tahiti avait encore une fois violé ses engagements envers la France : la condamnation contre le chef de police Moïa n'avait pas été exécutée ; les punitions des autres coupables étaient restées suspendues, et cela malgré les protestations du consul de France ; les missionnaires catholiques avaient subi de nouvelles tracasseries. Presque tous les autres Français se plaignaient aussi des procédés des autorités indigènes. Dupetit-Thouars jugea qu'il fallait en finir avec elles. En conséquence il écrivit au gouvernement tahitien ce qui suit :

Déclaration adressée^ le 8 septembre 1842, par le Contre-Amiral A. Dupetit-Thouars, commandeur de la Légion-d' Honneur, commandant en chef de la station navale de France dans F Océan Pacifique, à S. M. la Reine et aux chefs principaux de l'île de Taïti.

Venu à Taïti dans l'espérance d'y rencontrer l'accueil que j'étais en droit d'attendre d'une puissance amie, liée par des traités au Gouvernement auquel j'ai l'honneur d'appartenir, Gouvernement qui récemment encore a donné à la Reine Pomaré des preuves de la grande bienveillance dont il est animé envers elle, je m'attendais à n'avoir à offrir à la Reine et aux chefs principaux de Taïti que des actions de grâce pour les bons traitements dont je supposais que mes compatriotes étaient incessamment l'objet. C'est avec un vif sentiment de peine que j'ai reconnu qu'il n'en était pas ainsi, et qu'au lieu de la simple équité que nous réclamons et qu'on ne peut raisonnablement refuser à personne, il n'existe peut-être pas un seul Français à Taïti qui n'ait à se plaindre de la conduite inique ou rigoureuse du Gouvernement de la Reine à son égard.

Contrairement à vos propres lois, les domiciles de plusieurs Français ont été violés pendant leur absence, et leurs maisons, ainsi forcées, sont restées ouvertes et exposées au pillage ; des spoliations de propriétés ont été violemment et injustement prononcées et exécutées plus brutalement encore. Plusieurs de nos compatriotes ont été frappés par des agents de la police, dont le devoir était de les pro-

téger ; d'autres ont été jetés en prison sans jugement préalable, traités en criminels et mis au bloc comme de vils scélérats sans avoir pu se faire entendre, etc., etc. Est-ce donc là la protection égale à celle de la nation la plus favorisée, à laquelle nous avions droit ? est-ce là le traitement garanti à nos nationaux par les Traités ? Non; ils ont été violés et mis de côté de la manière la plus outrageante pour la France ; et, malgré la promesse toute récente de la Reine au commandant de la corvette l'Aube, l'infâme Moïa, assassin d'un Français, contre lequel elle avait rendu une sentence d'exil, est encore ici ; et c'est par l'impunité d'un criminel que les témoignages de bienveillance du Roi des Français seront reconnus !

Mal conseillée, subissant une influence funeste à ses véritables intérêts, la Reine apprendra une seconde fois qu'on ne se joue pas impunément de la bonne foi et de la loyauté d'une puissance comme la France.

Puisque nous n'avons aucune justice à attendre du Gouvernement de Taïti, je ne demanderai point à la Reine ni aux chefs principaux de nouveaux Traités : leur parole à laquelle ils manquent sans cesse ne peut plus aujourd'hui nous inspirer de confiance ; des garanties matérielles seules peuvent assurer nos droits ; de nouveaux Traités seraient sans doute mis en oubli comme les premiers, qui d'ailleurs sont suffisants ; car nous ne demandons pas de faveurs particulières ni exceptionnelles pour nos compatriotes, mais seulement les droits naturels dont on ne peut les priver, et qui leur sont acquis, tels sont la liberté de commercer, de résider, d'aller, de venir, de partir, d'acheter, de louer, de vendre ou de revendre, et la liberté de conscience. Ces droits sont imprescriptibles et ceux de toutes les sociétés civilisées ; ceux dont nous revendiquons l'usage, parce que ce sont les nôtres, ceux enfin que nous obtiendrons dès que le Gouvernement marchera légalement et que les lois faites pour tous seront également connues de tous.

En attendant que ce résultat si vivement désiré se réalise, la gravité des plaintes qui me sont portées et les justes indemnités réclamées par grand nombre de Français, pour dommages-intérêts des torts qu'ils ont soufferts dans leurs personnes ou leurs propriétés, par suite de l'inexécution des Traités avec la France, et de la conduite abusive des agents du Gouvernement de Taïti, me font un devoir de vous demander et même d'exiger au besoin pour la sûreté de mes compatriotes et de leurs droits :

1° Que vous déposiez, comme garantie des indemnités qui leur sont légitimement dues, et comme caution de la conduite que vous tien-

drez à l'avenir à leur égard, une sommede dix mille piastres fortes, qui devra être versée par les soins du Gouvernement de la Reine Pomaré dans deux fois vingt-quatre heures, à compter d'aujourd'hui, deux heures de l'après-midi, entre les mains du commis d'administration de la frégate la Reine-Blanche, pour être consignée dans la caisse du Gouvernement, où elle restera pour être remise ensuite à la Reine Pomaré, sur Tordre du Gouvernement du Roi, lorsque les Traités avec la France seront fidèlement exécutés, et que les indemnités dont il appartient au Gouvernement Français, seul, de déterminer et de jjrononcer la validité et la quotité, seront acquittées ;

2° Qu'à défaut du versement de ladite somme de dix mille piastres fortes dans le temps prescrit, le Fort de la Reine, les établissements de Moutou-Outa de l'Ile de Taïti seront provisoirement remis à ma disposition et occupés par des troupes Françaises comme gage de l'exécution des Traités, jusqu'à ce qu'il ait été rendu compte au Gouvernement du Roi des griefs dont nous nous plaignons, et qu'il ait statué, comme il a été dit, sur la validité et la quotité des indemnités auxquelles nous avons un droit légitime ;

3" Qu'enfin, dans le cas de l'inexécution de l'une ou de l'autre des clauses ci-dessus, je crois qu'il est de mon devoir de vous déclarer que je me verrais, bien contre mon gré, dans la dure nécessité de prendre une détermination encore plus rigoureuse.

Cependant, pour prouver à la Reine et aux chefs principaux, combien il me serait pénible d'user d'une telle sévérité envers eux, je les autorise à me soumettre , dans les premières vingt-quatre heures du délai fixé plus haut, toute disposition d'accommodement capable d'apaiser le juste ressentiment de ma nation, si vivement excité contre eux, et conduire à une sincère réconciliation entre les deux peuples qui ont de grandes sympathies de caractère, et que l'on s'efforce malheureusement de diviser.

A bord de la frégate la Reine-Blanche, rade de Papeïti, le 8 septembre 1842.

Le contre-amiral, commandant en chef la station navale de l'Océan Pacifique,

A. Dupetit-Thouars.

Ensuite l'amiral avertit les consuls d'Angleterre et des États-Unis d'Amérique qu'il y avait danger de guerre ; il les pria de prendre leurs dispositions pour se mettre à temps en sûreté ainsi que leurs nationaux et leurs biens.

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Après avoir lu la lettre de l'amiral, les chefs comprirent la gravité de la situation. Ils convoquèrent une Assemblée. Celle-ci reconnut que les réclamations de la France étaient fondées, mais que l'inexécution des conventions conclues avec elle provenait de la faiblesse du gouvernement tahitien, celui-ci se trouvant dans l'impossibilité de se faire obéir. Alors quelques orateurs parlèrent de rendre la paix au pays en le plaçant sous le Protectorat d'une puissance européenne. Cette combinaison eut tout de suite un grand succès; des discours furent prononcés et finalement l'Assemblée déclara qu'elle allait renouveler la proposition faite en 1841 de mettre Tahiti et ses dépendances sous la protection de la France.

La reine était avec toute sa famille à Eimeo, où elle devait faire ses couches ; en son absence le grand- chef Paraita exerçait la régence ; ce fut donc lui et les autres principaux chefs qui rédigèrent les conditions auxquelles le Protectorat pouvait être établi ; puis une députation de l'Assemblée se rendit à Eimeo pour les faire connaître à Pomare IV. Celleci les approuva; elle signa l'acte qu'on avait préparé et chargea Taerapa, chef d'Eimeo, de le remettre à Dupetit-Tlioiiars. En efTet celui-ci reçut l'acte suivant :

A M. r Amiral Dapelit-Thouars.

Taïti, le 0 septembre 1842.

Parce que nous ne pouvons continuer à gouverner par nous-mêmes, dans le présent état de choses, de manière à conserver la bonne harmonie avec les gouvernemens étrangers, sans nous exposer à perdre nos îles, notre liberté et notre autorité ;

Nous, les soussignés, la Reine et les grands chefs de Taïti, nous écrivons les présentes pour solliciter le Roi des Français de nous prendre sous sa protection, aux conditions suivantes :

1° La souveraineté de la Reine et son autorité et l'autorité des chefs sur leurs peuples seront garanties ;

2° Toutes les lois et les règlements seront laits au nom de la Reine Pomare, et signés par elle ;

3" La possession des terres de la Reine et du peuple leur sera ga-

rantie. Ces terres leur resteront. Toutes les disputes relatives au droit de propriété ou des propriétaires des terres seront de la juridiction spéciale des tribunaux du pays ;

4° Chacun sera libre dans l'exercice de son culte ou de sa religion ;

5° Les églises existant actuellement continueront d'être, et les missionnaires Anglais continueront leurs fonctions sans être molestés ; il en sera de même pour tout autre culte ; personne ne pourra être molesté ni contrarié dans sa croyance.

A ces conditions, la Reine Pomare et ses grands chefs demandent la protection du Roi des Français, laissant entre ses mains, ou aux soins du Gouvernement Français, ou à la personne nommée par lui, et avec l'approbation de la Reine Pomare, la direction de toutes les affaires avec les gouvernemens étrangers, de même que tout ce qui concerne les résidents étrangers, les règlements de port, etc., et de prendre telle autre mesure qu'il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie et de la paix.

Pomare.

Paraita, régent ; Utami, Hitoti, Tati.

Je, soussigné, déclare que le présent document est une traduction fidèle du document signé par la Reine Pomare et les chefs.

Aritaimai, Envoyé de la Reine Pomare.

Dupetit-Thouars accueillit favorablement, mais provisoirement, cette demande ; il répondit par une lettre ainsi rédigée :

Rade de Papeïti, le 9 septembre 1842.

Madame et Messieurs,

J'accepte, au nom du Roi et de la France, et sauf ratification, la proposition que vous me faites de placer les États et le Gouvernement de la Reine Pomare sous la protection de S. M. Louis-Philippe, Roi des Français, aux conditions suivantes, savoir :

1° Que la souveraineté de la Reine, son autorité et celle des principaux chefs sur leurs peuples, seront garanties ;

2" Que toutes les lois et les règlements seront faits au nom de la Reine Pomare et signés par Elle ;

3" Que la possession des terres de la Reine et du peuple leur sera garantie ; elles ne pourront leur être enlevées sans leur consentement, soit par acquit ou échanges ; toutes les contestations relativement au

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droit de propriété des terres seront du ressort de la juridiction spéciale des tribunaux du pays ;

4° Chacun sera libre dans l'exercice de son calte ou de sa religion ;

5° Les églises établies en ce moment continueront d'exister, et les missionnaires Anglais continueront leurs fonctions sans être molestés ; il en sera de même pour tout autre culte ; personne fle pourra être miolesté ni contraint dans sa croyance ;

Enfin, que c'est à ces conditions que la Reine et les grands chefs principaux demandent la protection du Roi des Français , abandonnent entre ses mains, ou aux soins de son Gouvernement, ou à la personne nommée par S. M. et agréée par la Reine Pomaré, la direction de toutes les affaires avec les Gouvernements étrangers, de même que tout ce qui concerne les résidens étrangers, les règlements de port, etc., et de prendre telle autre mesure qu'il pourra juger utile pour la conservation de la bonne harmonie et de la paix.

La démarche honorable pour mon Gouvernement que vous venez de faire auprès de moi, Madame et Messieurs, fait disparaître jusqu'aux dernières traces du juste mécontentement qu'avaient fait naître les mesures peu bienveillantes prises à l'égard de nos compatriotes. Je me félicite. Madame et Messieurs, de vous voir mettre un terme à nos différends, et je suis convaiacu qu'une bienveillance réciproque viendra promptement resserrer les liens qui nous unissent.

Je suis, avec un profond respect. Madame et Messieurs, votre trèshumble et très-obéissant serviteur,

Le Contre-Amiral, commandant en chef la station de l' Océan Pacifique,

A. Dupetit-Thouars.

Ce jour-là, 9 septembre '18/i2, un traité fut aussi conclu entre la reine Pomare, d'une part, et le contre-amiral Dupetit-Thouars, d'autre part, au sujet du Protectorat des îles de la Société par la France en attendant la ratification du roi Louis-Philippe qui ne pouvait arriver avant plusieurs mois. Le contre-amiral Dupetit-Thouars rédigea lui-même les articles de ce traité, et rendit ainsi de véritables décrets et règlements. Il arrêta qu'un conseil provisoire de Gouvernement, composé de trois membres, serait établi à Papeete,

capitale de Tahiti, et investi, conformément aux conditions du Protectorat, du pouvoir administratif et exécutif et des relations extérieures des Etats de la reine Pomare. Il édicta des prescriptions en vue d'assurer l'administration de la justice, la liberté individuelle, la protection des propriétés, l'inviolabilité du domicile des particuliers, etc.

Toutes ces décisions furent portées à la connaissance de la population par une proclamation que l'amiral fit afficher dans la ville de Papeete.

Le lendemain, 10 septembre, l'amiral Dupetit-Thouars envoya au régent Paraita une note dans laquelle il lui disait qu'un signe visible de Protectorat était absolument nécessaire, et, qu'en conséquence, il avait décidé que les couleurs françaises seraient placées sous la forme d'un yacht dans le pavillon tahitien et que ce drapeau du Protectorat serait arboré sur le fort Motu-Uta, pour y être ensuite salué de vingt et un coups de canon par la frégate la Reine-Blanche,

Cette note souleva d'abord quelques difficultés, parce que l'îlot Motu-Uta était la propriété personnelle de la reine ; puis elles s'aplanirent et la décision de l'amiral fut exécutée.

Le 15 septembre, l'amiral Dupetit-Thouars constitua le gouvernement provisoire. Il nomma président du conseil et gouverneur militaire de Papeete, le lieutenant de vaisseau Reine; capitaine de port, M. Gabrielli de Carpegna ; commissaire du roi, M. Mœrenhout.

Le gouvernement provisoire commença à fonctionner sans rencontrer d'opposition de la part des indigènes. Ceux-ci parurent satisfaits et cherchèrent à vivre en bons termes avec les Français.

Il en fut de même des consuls anglais et américain. Le premier avait été averti le 11 septembre, et le second le fut le 17, du rétablissement des bonnes relations avec le gouvernement tahitien et de la demande de Protectorat signée par Pomare IV. M. Th. VVilson, vice-consul de Sa Majesté

Britannique, avait accusé réception de cette communication dès le lendemain; M. S. W. Blackler, qui avait remplacé M. Mœrenhout dans les fonctions de consul des États-Unis^ répondit le 19 du même mois. Les lettres de ces deux consuls furent très courtoises, mais réservées quant à la reconnaissance définitive du Protectorat français par leur gouvernement.

L'amiral Dupetit-Thouars reçut ensuite une autre lettre,, qui contenait l'adhésion du grand-juge Paofai. Celui-ci se trouvait depuis quelque temps gravement malade ; il n'avait pu signer la demande du Protectorat et, maintenant, il écrivait ce qui suit :

Taïti, le 19 septembre 1842.

Monsieur l'Amiral, je vous salue et vous félicite sur votre arrivée à Taïti. — Voici ce que je veux vous dire. — J'approuve beaucoup que le Roi des Français prenne Taïti sous sa protection. Je suis satisfait qu'on ait fait cette demande. Je désire que vous me considériez comme si j'avais écrit mon nom au bas de cette, demande. Si vous, n'admettez pas cela, j'en serais contrarié.

Signé : Paofai, grand-juge.

Il n'est pas sans intérêt aussi de constater que ce même jour, 19 septembre, des résidents anglais envoyèrent l'adresse suivante au contre-amiral Dupetit-Thouars pour lui exprimer leur satisfaction de l'acte qu'il venait d'accomplir :

Monsieur, nous soussignés, Anglais résidant à Taïti, vous prions^ d'agréer nos remercîmens d'avoir provisoirement accueilli la demande de la Reine Pomaré, tendant à obtenir la protection de S. M. le Roi des Français, en ce qui touche ses rapports extérieurs avec les puissances étrangères, le Gouvernement des résidens étrangers, etc., etc. Nous sommes heureux qu'il ait été mis un terme aux désordres et aux pratiques répréhensibles qui ont jusqu'à présent caractérisé ce port, et nous nous félicitons que vous ayez, pro tempore, ainsi qu'il résulte de votre proclamation, fait de si bonnes lois et règlemens, et

donné de si bonnes garanties pour la protection des propriétés et l'administration de la justice.

R. HooTOON, V.-J.-A. Newton, James Argent, John Hannon, John Gain, Joseph Merrich, M. W.-J. Newton, Henry RowE, William Ratcliff, Barnard Barry, William Ha-

MILTON, G. -M. LÉAN, ÉdOUARD BuCKLE, WlLLlAM GrEEN,

Samuel Wilson, Alexander Salmon, D. Poole, G.-J. Fisher, Thomas Riley, Richard Davis, Henry Curtis, William Archbold, Peter Hart, Michael Jones, Frederick RiCHARDSON, Thomas Ecoles, John Peck,JohnMoriss, Peter Reid, William Skey.

Ce curieux document est important, car il prouve que des sujets britanniques déclaraient intolérable le régime alors en vigueur et se félicitaient de voir la France y substituer le sien.

Les missionnaires protestants ne pouvaient plus conserver qu'un faible espoir de donner Tahiti à l'Angleterre : leur rêve s'évanouissait. Aussi montrèrent-ils en cette circonstance une grande prudence ; ils adressèrent à l'amiral Dupetit-Thouars la lettre suivante :

Nous, soussignés. Ministres de la mission protestante aux îles de Taïti et Moorea, assemblés en comité, ayant reconnu les derniers changements qui ont eu lieu par rapport au Gouvernement Taïtien, avons l'honneur d'assurer à Son Excellence que, comme Ministres de l'évangile de paix, nous considérons comme notre devoir impérieux d'exhorter le peuple de ces îles à prêter une obéissance paisible et uniforme au Gouvernement existant ; considérant que par ce moyen il agira de la manière la plus conforme à ses propres intérêts, et surtout cette obéissance étant commandée par les lois divines que nous nous sommes appliqués particulièrement jusqu'à présent à enseigner.

Buanaania, 21 septembre 1842.

D. Darling, président ; W. Howe, secrétaire ; J.-M. Ors- MOND, John Davies, H. -M. Kean, J.-L. Upson, Thomas Joseph, Robert Thompson, E. Buchanan, Alfred Smee, W. Howe, pour R. Nott et A. Simpson, absents pour maladie.

l'archipel de la société 197

C'était, en somme, une lettre de conciliation. L'amiral y fut extrêmement sensible ; les Révérends pouvaient être utiles encore à son gouvernement par leur immense influence sur les indigènes et un rapprochement avec eux n'était pas à dédaigner. Il leur répondit donc dans le même esprit ; sa lettre était ainsi conçue :

Rade de Papeïti, le 23 septembre 1842.

Messieurs, j'ai reçu la lettre collective que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser relativement aux changemens opérés dans le Gouvernement des États de Taïti; ce Gouvernement est placé aujourd'hui, à la demande de S. M. la Reine Pomaré, sous la protection du Roi des Français, sauf la ratification de S, M. Louis-Philippe et de son Gouvernement.

Je vous remercie. Messieurs, du concours que vous voulez bien m'offrir pour maintenir la paix et la bonne harmonie entre les résidens étrangers et les indigènes. Cette pensée de conciliation que vous m'exprimez est toute chrétienne et non moins conforme aux lois divines et au ministère que vous exercez, qu'utile aux véritables intérêts des peuples que vous dirigez ; rassurez-les, Messieurs ; personne ne sera forcé dans ses opinions ou ses pratiques religieuses : la liberté de conscience est un bien précieux que nous ne voulons pas pour nous seulement, mais pour tous.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute et respectueuse considération.

Le Contre-Amiral, commandant en chef la station navale de France dans rOcéan Pacifique^ A. Dupetit-Thouars.

Peu après avoir accompli ces actes, Dupetit-Thouars s'embarqua sur la Reine-Blanche et quitta Tahiti pour aller inspecter aux îles Nuka-Hiva les établissements qu'il y avait créés.

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