Le huehue est un poisson empoisonné
2. Le erura nioetua était un oiseau qui, après avoir quitté la terre, était supposé ne plus y revenir. Il dormait sur l'eau.
3. Pania. C'était une cérémonie pour rétablir un roi vaincu dans son gouvernement. On rappelait alors le peuple qui s'était sauvé dans la montagne.
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M\, je ne serais pas descendu des montagnes, je serais mort en exilé. Tei einei faciori te ruina * , à présent, préparons la fête. Faanoho te arii te pu o te hau, le roi est rétabli dans son gouvernement, orero te arii te a i ho, il a repris le commandement, upoo faataa ^, envoyez les danseuses. Arai te rau ava^ te arau roa, que son gouvernement s'étende au loin, a tu fa te hau mate atea, et que la paix s'étende partout autour de lui. »
Anani continua ainsi son discours plein de figures étranges et de teautés oratoires propres à l'ancien langage tahitien que quelques liommes instruits et des vieillards connaissaient encore. 11 termina en remerciant Louis-Philippe, le gouverneur et le régent d'avoir rétabli les titres de l'antique famille des Veiatua.
Hitoti demanda ensuite que de nouveaux messagers fussent envoyés aux chefs insurgés, pour les engager à se soumettre.
Mamoe et Tairapa parlèrent contre cette proposition. Celui-ci, surtout, déclara qu'il était fatigué de l'obstination des insurgés, et qu'à moins d'un ordre du gouverneur, il ne ferait plus de démarches près des gens de Moorea qui étaient aux camps.
A cette occasion, le vieux chef de Taiarapu, Anani, reprit la parole •en ces termes :
« ïati, Hitoti, Paraita, c'est vous qui avez planté cet arbre (le gouvernement du Protectorat) : aujourd'hui il prospère. Moi-même je l'ai TU croître et s'étendre, et je suis descendu des montagnes pour l'arroser et lui donner quelques soins à mon tour. Grand et beau comme il est aujourd'hui, on le voit de tous les points de Moorea et de Tahiti. Ainsi, croyez-moi, n'envoyez pas de messagers à ceux qui font seml)lant de ne pas le voir, car ils ne tarderont pas à vous demander de les laisser se mettre à l'abri de ses branches, pour jouir de son ombre rafraîchissante. » (Cette proposition n'eut pas de suite.)
Le gouverneur Bruat, adressa alors à l'assemblée, par l'organe de Mare, orateur officiel, les paroles suivantes:
« C'est avec plaisir que je ferai connaître à S. M. le roi Louis-Philippe les sentiments que vous avez exprimés pendant ces assemblées, l'attachement et le respect que vous avez montrés pour sa personne. Je suis persuadé que ces sentiments vous serviront toujours de guides.
1. C'était une hiua, une fête avec danses, à l'occasion de la paix.
2. Upoo faataa. C'était une hupa-hupa (bacchanale) pour féliciter le roi à l'occasion de la paix.
3. Le arai le rau aua était l'emblème d'un état, d'un gouvernement. On •disait arai te rau ava no Pomare, le gouvernement de Pomare. Quand on ajoutait le le arau roa, cela signiflait qu'il commandait à d'autres états, à d'autres gouvernements.
«Je suis heureux de voir que d'accord en cela avec le régent etavecmoi, vous avez adouci les lois et que vous les avez modifiées dans le but de rendre le peuple plus heureux et d'accorder aux chefs tout le pouvoir que les usages du pays leur confèrent.
« Le dernier vœu que j'aie à former, c'est de voir ceux qui sont encore égarés ouvrir les yeux, reconnaître la justice du gouvernement et revenir à lui ^ »
Il y eut encore d'autres sessions législatives. Finalement une assemblée de chefs et de juges indigènes se réunit, le 31 juillet, en présence du conseil du gouvernement présidé par le gouverneur Bruat, ayant pour interprète Mare, orateur officiel. L'assemblée de chefs et cle juges entendit la lecture des lois votées par l'Assemblée législative et adopta les lois qui avaient été révisées et définitivement sanctionnées, promulguées et publiées à Tahiti par le gouverneur Bruat.
Le 12 août, l'amiral Sir G. Seymour arriva à Tahiti. II y venait régler avec le contre-amiral Hamelin le montant de l'indemnité que le gouvernement du roi Louis-Philippe était disposé à accorder à Pritchard. Mais les deux commandants des stations anglaise et française de l'Océan Pacifique ne parvinrent pas à s'entendre sur le chiftre de la somme à verser; celle qui fut proposée n'ayant pas été jugée suffisante par l'amiral anglais, Pritchard fut prié de fournir de nouveaux renseignements et finalement cette affaire n'eut pas de solution 2.
Alors surgit un incident extrêmement grave pour la puissance de la France dans ces parages. Sir G. Seymour prétendit que le Protectorat français ne s'étendait que sur les îles du Vent (Tahiti et Moorea ou Eimeo) ainsi que sur les îles Tuamotu, parce que les îles Sous-le-Vent ne relevant pas de la reine Pomare n'avaient pu être comprises dans le
1. D'après les Annales maritimes, t. XCVII, 1846, v. 3, p. 345, 346, 347 et 348. Compte rendu extrait du journal VOcéanie française, n" du l"juin 1845.
2. Le cabinet britannique avait nommé Pritchard consul aux îles Samoa. Il y vécut obscurément et mourut près de Brighton (Angleterre) en 1883.
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traité signé entre cette reine et la France en 18/i2. C'était aussi ce que soutenaient les indigènes de ces îles, habilement conseillés par leurs pasteurs protestants anglais. Mais cela n'était pas tout à fait exact. Autrefois les îles Sousle-Vent se reconnaissaient vassales de Tahiti qui, par son étendue et le nombre de ses habitants, se trouvait être la plus importante de toutes les îles de l'archipel de la Société, Sans doute, cette vassalité était plus nominale que réelle, mais elle n'en avait pas moins existé au point de vue politique, la suprématie religieuse appartenant à Raiatea. En maintes circonstances, les rois et les reines des îles Huahine, Raialea-Tahaa et Bora-Bora avaient fourni un contingent armé à la famille régnante de Tahiti et lui avaient rendu des hoQiieurs particuliers. Enfin Pomare II avait durant quelque temps exercé une suzeraineté suprême et indiscutée sur les autres rois de Tarchipel. Ses successeurs Pomare III et Pomare IV n'avaient pas, il est vrai, possédé la même puissance, mais ils avaient continué à jouir des mêmes hommages jusqu'aux dernières années qui avaient précédé l'établissement du Protectorat français, époque à laquelle les îles du groupe nord-ouest de l'archipel de la Société avaient secoué la prépondérance de Tahiti. Les indigènes des îles Sous-le- Vent ne pouvaient donc pas déclarer avec justesse qu'ils étaient de droit indépendants, et pourtant ils le disaient, ayant la certitude d'être appuyés par les Anglais. Le gouverneur Bruat repoussa énergiquement ces prétentions, et, tout en avisant de cet incident son gouvernement, il continua pour le moment de considérer les îles Sous-le-Vent comme placées sous le Protectorat de la France.
Au commencement du mois de janvier 18/i6, la situation politique restait toujours la même à Tahiti, tandis qu'elle s'était sensiblement aggravée aux îles Sous-le -Vent par suite de la déclaration de Sir G. Seymour. Encouragés par celle-ci, leurs habitants devenaient de plus en plus agressifs
et maltraitaient les partisans de la France. Le gouverneur Bruat résolut d'entreprendre une expédition contre les indigènes de ces îles, afin de les réduire à la soumission. Gomme il ne doutait pas du succès, il espérait que la question de leur indépendance serait ainsi définitivement tranchée, les gouvernements anglais et français ne pouvant manquer de sanctionner le fait accompli . En cette circonstance Bruat n'agit pas avec toute la prudence désirable, car il ne possédait pas assez de troupes pour accomplir des opérations éloignées, d'autant plus qu'il lui fallait d'abord garder Papeete. Par patriotisme il voulut exécuter une entreprise au-dessus des moyens dont il disposait et par là faillit amener d'irréparables malheurs.
Le 18 janvier l8/i6, les Français opérèrent un débarquement dans l'île Huahine. Les Anglais avaient averti les indigènes et ceux-ci se tenaient sur leurs gardes ; ils opposèrent une résistance opiniâtre et les Français furent repoussés à l'attaque de Maeva, après avoir eu dix-huit hommes tués et quarante-trois blessés; parmi les morts se trouvait un officier, l'enseigne de vaisseau Charles Clappier, tué d'un coup de feu en chargeant les Maori à la tête de quelques hommes^. Le capitaine de corvette Bonard, commandant de rUranie, voulant réparer cet échec, fit construire un camp retranché ; mais cet officier reçut l'ordre formel de revenir en toute hâte à Papeete, où la situation empirait depuis le départ d'une partie des troupes françaises.
En effet cette capitale était en ce moment assiégée. Profitant de l'éloignement de ces troupes, mille à douze cents insurgés des camps retranchés de Papenoo et de Punavia avaient attaqué d'abord le blockhaus de Hapape, puis les lignes mêmes de Papeete les 19, 20 et 22 mars. Après avoir
1. Le gouverneur Bruat au ministre de la marine et des colonies, rapport du 29 janvier 1846, affaire de Huahine.
Les restes des six Français tués en janvier 1816 à l'attaque de Maeva ont été réunis en 1887 dans un terrain concédé à la France par un indigène nommé Ainiata.
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pillé et incendié les maisons situées hors de la capitale, les insurgés l'avaient investie, et par surprise, ils pénétraient jusqu'à son centre le 20 mars à 5 heures du soir. L'alarme ayant été donnée, une lutte sanglante s'engageait dans les rues entre les défenseurs de la place et les rebelles, qui finalement étaient repoussés. Mais la population de la ville s^était trouvée pendant quelque temps dans une position excessivement critique. Effrayés par cette irruption inattendue de l'ennemi, beaucoup d'habitants s'étaient enfuis, abandonnant leurs cases et emportant les objets auxquels ils tenaient le plus. Au milieu de leur fuite, pris entre les feux des combattants, et, fous de terreur, ils avaient laissé tomber dans les rues les choses qu'ils portaient : nattes, vêtements, sébiles, lampes, couteaux, etc., afin d'arriver le plus vite possible au rivage, d'où ils espéraient parvenir aux vaisseaux mouillés dans la rade et s'y mettre en sûreté. La plupart ayant réussi, en un instant les bâtiments avaient été encombrés de gens qui se racontaient les dangers auxquels ils venaient d'échapper.
Dès le premier moment de l'alerte le navire de guerre britannique était allé chercher dans des chaloupes les résidents anglais, les missionnaires, etc. Quant aux vieillards, aux femmes et aux enfants, ils s'étaient réfugiés avec quelques étrangers sur l'îlot Motu-Uta, situé dans la rade en face Papeete.
L'excellente position que ?^Iotu-Uta occupait vis-à-vis de la capitale avait aussi donné aux insurgés le désir de s'en emparer. Par une nuit sombre, ayant mis leurs pirogues à la mer ils s'étaient dirigés sans bruit vers cet îlot pour le surprendre. Mais, entendus ou aperçus, au moment d'y aborder, par des étrangers, qui donnèrent l'éveil par des coups de fusil, les insurgés, se voyant découverts et n'osant attaquer, s'étaient retirés.
Néanmoins depuis le 22 mars les hostilités n'avaient pas cessé un instant autour de Papeete. Les troupes françaises
et les indigènes alliés faisaient des sorties qui donnaient des résultats satisfaisants ^ ; mais cette situation ne pouvait se prolonger encore longtemps sans amener une catastrophe pour les assiégés : les forces de la petite garnison française commençaient à s'épuiser et les ressources à manquer; des renforts devenaient nécessaires, sans quoi les défenseurs de la capitale étaient perdus. Aussi les assiégés observaient-ils anxieusement l'horizon pour voir si les secours n'arrivaient pas. Enfin VUranie parut, et son retour dissipa les appréhensions des habitants et de la petite armée.
Toutefois les insurgés ne levèrent pas le siège de la ville; au contraire ils continuèrent de l'attaquer ainsi que les autres positions françaises de Tahiti. Le gouverneur Bruat comprit que seule une véritable expédition militaire pourrait avoir raison d'eux, et, profitant de la présence de l'amiral Hamelin, il décida de marcher contre les camps des insurgés de Papenoo et de Punavia.
Le 8 mai, il partit à la tête de huit cents soldats et marins et de deux cents Tahitiens alliés. Après s'être emparé des positions de Papana, Ahonn et Tapahi, que les rebelles leur abandonnèrent sans en venir aux mains, les Français attaquèrent, le 10, celles de Papenoo, et prirent, à la suite d'un combat, les quatre forts qui y étaient élevés. Les insurgés furent ensuite poursuivis dans le fond d'une vallée et perdirent encore deux nouvelles positions. La colonne expéditionnaire eut trois morts et treize blessés. Elle bivouaqua jusqu'au 23 à Papenoo. Pendant ce temps les Français détruisirent ce qui pouvait servir à l'ennemi et construisirent à Tapahi un blockhaus qui leur ouvrait la route des districts de l'est et la fermait aux insurgés.
La colonne expéditionnaire coucha à Haapape, et pénétra, le 2/i, dans la vallée de Fautaua dont les habitants étaient venus commettre des déprédations jusqu'à Papeete. Les Fran-
1. Le gouverneur Bruat au ministre de la marine et des colonies, rapports à la date du 14 avril 1846.
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çais anéantirent toutes les ressources de cette vallée et enlevèrent une sérieuse fortification à l'ennemi.
Le '25 mai, la colonne expéditionnaire était de retour à Haapape.
Là, le gouverneur Bruat se concerta avec l'amiral Hamelin, donna quarante-huit heures de repos à ses troupes, et partit le 28 pour Punavia.
La colonne expéditionnaire bivouaqua, le 28, à Utumaoro, et, le lendemain matin, elle marcha sur les retranchements de Tapuna et de Atihue, que les éclaireurs trouvèrent évacués.
Le 29, à neuf heures du matin, les Français occupaient Punavia et les abords de la vallée où les insurgés s'étaient réfugiés.
Le 30, à cinq heures du matin, le gouverneur Bruat entra dans cette vallée avec trois compagnies et demie, un obusier de montagne et des indigènes servant d'éclaireurs.
Les Tahitiens insurgés abandonnèrent sans résistance leur premier retranchement ; le second fut pris après un petit engagement. Le gouverneur Bruat avait donné l'ordre de s'arrêter là et de reconnaître le terrain; mais l'avant-garde se laissa entraîner par les indigènes auxiliaires et des volontaires à s'avancer jusqu'à un endroit où la vallée, resserrée entre deux murs de rochers presque à pic, n'a plus qu'une quarantaine de mètres de largeur.
Or c'était précisément en cet endroit que les rebelles avaient concentré leurs forces. A neuf heures du matin, au moment où la colonne y arrivait pour soutenir l'avant-garde qui faisait prévenir qu'elle allait entrer dans le fort, celle-ci fut reçue par un feu des plus vifs et des masses de pierres et des quartiers de roches (|ui, lancés, roulèrent du haut des montagnes. Les décharges des insurgés faites à très petites portées produisirent un effet terrible sur les Français : six des leurs tombèrent tués ou mortellement frappés, et quinze furent blessés; parmi les premiers se trouvait le commandant De Bréa. La tête de la colonne, ne pouvant lutter contre un ennemi si formidablement abrité, dut reculer jusqu'à ce
qu'elle se fût mise hors de la portée de ses coups. Le gouverneur Bruat fit prendre position à l'endroit où elle s'était arrêtée, puis, jugeant que la fortification naturelle des insurgés était inexpugnable sans l'occupation du mamelon qui la dominait, et que ceux-ci gardaient également, il prescrivit des reconnaissances, détruisit les ressources de l'ennemi ainsi que ses fortifications, sans être inquiété par lui, et donna l'ordre de construire un blockhaus à Punavia.
En attendant qu'il fût terminé, les Français continuèrent d'occuper avec leurs forces ce point, qui avait une grande importance pour eux, car c'était par lui que les insurgés recevaient leurs munitions et menaçaient Moorea^. Le 3 juin, le gouverneur Bruat était de retour à Papeete ^.
Par les combats de Papenoo et de Punavia les insurgés avaient été contraints de quitter le littoral de Tahiti et de se retirer dans le massif montagneux de l'intérieur de l'île : c'était en somme, malgré des pertes cruelles, un bon résultat pour les Français.
Six mois plus tard telle était encore la situation. A la vérité aucun effort sérieux n'avait été tenté de part et d'autre pour la changer. Les Français, surtout, ne le pouvaient guère : ils étaient trop peu nombreux pour aller dans toutes les vallées attaquer les insurgés et les faire prisonniers. Quant à les réduire par la soif ou la famine, il n'y fallait pas songer, les sources ne manquant pas dans les montagnes et celles-ci produisant en abondance le fei, espèce de banane sauvage extrêmement nourrissante dont les indigènes faisaient la base de leur alimentation. Les envois de munitions étaient, il est vrai, interceptés par les Français, mais il faut croire que les insurgés avaient pris d'avance leurs précautions, car