‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 62 sur 124 · LE PROTECTORAT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE PROTECTORAT FRANÇAIS

Sessions législatives ; orateurs tahitiens. — Renversement de Pomare IV et restauration de cette reine. — Révolution à Huahine. — Epidémie à Tahiti et mort du grand-chef Tati. — Révolutions à Raiatea-Tahaa. — Avènement de Tamatoa V ; couronnement de ce roi. — Guerre civile à Raiatea. — Mort de Tapoa, roi de Bora-Bora. — Avènement de la princesse Teriimaevarua. — L'instruction des indigènes dans les écoles protestantes et catholiques. — Les ministres protestants français remplacent à Tahiti leurs collègues anglais. — Intrigues du pasteur Charles Viénot. — Mort de la reine Pomare IV. — Avènement de Pomare V. — Règlement de l'ordre de succession au trône de Tahiti, Moorea et dépendances.

La reine Pomare IV tint loyalement les engagements qu'elle avait pris vis-à-vis du gouvernement français et ses sujets agirent de même, tout en continuant à environner d'égards leur souveraine. Mais il ne faut pas se le dissimuler : ni elle, ni eux, n'aimèrent la France ; il n'y eut que quelques Tahitiens qui devinrent ses amis sincères.

Ne pouvant plus se livrer au tumulte des armes, les chefs des districts s'occupèrent de travaux gouvernementaux sous la direction des autorités françaises. Il en résulta un grand bien pour toutes ces îles qui pendant si longtemps avaient été agitées par les horreurs de la guerre et les intrigues politiques.

En 18/i5, les chefs de Tahiti s'étaient constitués en Assemblée législative ; ils avaient revisé les lois du pays et en avaient adopté de nouvelles. Au mois de mai 1848, une loi iut promulguée pour régler la nomination des délégués à l'Assemblée législative des États du Protectorat. Ces délé-

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gués furent nommés pour trois ans dans chaque district des archipels; les toohitu (juges) et les chefs furent de droit membres de l'Assemblée ; le commissaire de la République près la cour des toohitu, l'orateur du gouvernement assistèrent aux séances et proposèrent les projets de loi du gouvernement; ils eurent voixdélibérative. L'Assembléefut convoquée par la reine et le gouverneur, commissaire de la République. Les sessions eurent lieu une fois par an et chacune d'elles dura un mois environ. Le compte rendu des travaux de cette Assemblée montre les progrès que faisait la population des divers archipels placés sous le Protectorat de la France. Les délibérations offrirent un véritable intérêt, car elles furent conduites avec une intelligence souvent remarquable. Le doyen d'âge de l'Assemblée, le célèbre orateur Tati, chef de Papara, en avait été élu président.

Pendant la session législative du mois de mars 1851, les députés eurent à se prononcer sur une affaire assez intéressante. La voici en substance. A l'arrivée des Français, la société des Missions de Londres avait déclaré au gouverneur Bruat que des terrains et des maisons affectés au service du culte à Papeete lui appartenaient en propre. M. Bruat avait demandé aux missionnaires protestants anglais s'ils avaient des titres qui témoignassent que c'étaitleur propriété ; les Révérends avaient répondu qu'ils n'avaient aucun autre titre que la bonne foi des donateurs, qui avaient eu l'intention de les rendre propriétaires pour toujours de ces terrains. M. Bruat, ne pouvant vérifier dans les circonstances où il se trouvait les assertions de ces messieurs, avait consenti à un enregistrement provisoire sur les registres du Protectorat, jusqu'à ce que une assemblée de chefs et de juges eût décidé si l'intention des donateurs avait été de faire réellement un don ou simplement un prêt. Le mardi 18 mars 1851, les députés ayant voté une loi sur les missionnaires, le district de Papeete, en vertu de cette loi, fit choix de M. Orsmond pour son ministre du culte, et lui assigna

pour habitation la maison des anciens missionnaires du district, vacante depuis longtemps. Mais M. Howe vint réclamer contre cette décision, au nom de la Société des Missions de Londres, propriétaire, disait-il, de la maison mise à la disposition de M. Orsmond. Celui-ci ne faisant plus partie de ladite société ne pouvait loger dans cette habitation. Le gouverneur résolut d'en finir avec ces réclamations. Dans la séance du vendredi 28 mars il demanda à l'Assemblée de se prononcer sur les questions suivantes :

1° Les Tahitiens ont-ils donné à la société des Missions de Londres les terrains sur lesquels se trouvent les habitations des missionnaires, en toute propriété ?

2° Les districts sont-ils propriétaires de ces terrains, et, par suite, ont-ils le droit d'en disposer en faveur des missionnaires de leur choix ?

Voici ce qui fut répondu :

Le régent Panaita. — Les terrains ni les maisons n'ont jamais été concédés en toute propriété à la Société des Missions de Londres, mais seulement considérés comme une résidence pour ces missionnaires pendant le temps qu'ils voudraient y rester.

Taamu. — Les terrains sur lesquels s'élèvent les demeures des missionnaires n'ont jamais été considérés comme la propriété de ces derniers : les districts les ont simplement concédés comme un lieu de résidence pour les missionnaires.

Arahu. — Depuis le temps de leur arrivée parmi nous, les missionnaires ne nous ont jamais fait connaître la prétention d'être les propriétaires des terrains et maisons que les districts avaient mis à leur disposition pour le temps de leur résidence.

Poroi. — La première résidence de M. Pritchard a été à Faaa, mais comme on pensa qu'il était raisonnable de loger le missionnaire dans le centre du village, on pria la reine de prêter une pièce de terre pour y construire la nouvelle habitation du missionnaire pour le temps qu'il lui plairait de résider parmi nous.

Nuutere. — Les Tahitiens n'ont jamais eu l'intention d'abandonner leurs terrains en toute propriété à une société quelconque. Les terrains et maisons ont toujours été considérés comme la résidence du missionnaire du district, quel qu'il fût.

Alors le président donna lecture des questions posées par le Gouverneur et les mit aux voix. L'iVssemblée déclara à la majorité de 106 voix contre une ce qui suit :

Art. l^"". — Les Tahitiens n'ont jamais donné et ne donnent pas les terrains et les maisons servant de logement aux missionnaires, ainsi que les églises à la société des missions de Londres.

Art. 2. — Les districts sont seuls propriétaires des terrains, églises et maisons destinés aux logements des missionnaires ; ils peuvent en disposer librement pour y établir les missionnaires de leur choix K

Ainsi finit cette affaire. Il est incontestable que de tout temps les lois du pays s'étaient opposées à ce que des terres fussent données ou vendues à des étrangers. Les missionnaires protestants anglais s'étaient trompés : ils avaient pris pour une donation ce qui n'était qu'un simple prêt.

Les Polynésiens orientaux ne savaient pas seulement faire des lois : ils savaient aussi parler ; les orateurs ne manquaient pas parmi eux et beaucoup de leurs discours seraient admirés dans les pays les plus civilisés. Un exemple me suffira pour le démontrer ; voici quelques extraits de la séance du vendredi 12 mars 1852, à l'Assemblée législative ; il s'agissait d'un projet de loi sur les boissons :

Raavai : Malgré le profond respect que je professe pour l'Assemblée, je ne puis m'empêcher d'être étonné de l'eugouement qu'elle manifeste pour la loi sur les boissons. Il faut que personne de ceux qui la soutiennent ne l'ait examinée au point de vue de la liberté dont nous voyons les Européens jouir parmi nous et à laquelle nous n'avons pas moins de droits... Je pense, moi, qu'en pareille matière, il ne doit pas y avoir de loi... (Exclamations sur certains bancs.) C'est mon opinion ; je ne la cache pas. (On le voit bien !) On ne m'accusera point d'être de ces hypocrites, qui tonnent en public contre l'eau-de-vie, et qui s'enivrent en secret, toutes les fois qu'ils en peuvent trouver l'occasion. — Je prie l'Assemblée d'examiner sur quoi peut se baser le droit qu'on s'arroge de dire à quelqu'un : Tu

1. Revue coloniale, t. VII, p. 156, 157 et 158 ; ici., t. VIII, p. 37 et 38.

boiras de ceci, et tu ne boiras pas de cela, sous peine d'amende? D'où le tirez-vous ce droit ? S'il existe, rien n'empêche qu'on ne nous dise également, et avec autant de raison : Tu mangeras de ceci, et tu ne mangeras pas de cela... Tu t'habilleras de toile et non d'indienne... Tu porteras les cheveux courts et les moustaches longues... (Rires dans l'Assemblée.) Vous riez ?... Mais prouvez-moi que j'ai tort... Vous voulez régler le détail de la vie... la nourriture; vous pouvez alors régler le costume. Ou votre droit n'existe pas, ou il va jusquelà.... Si donc vous n'avez pas le droit de descendre dans ces détails de la vie ; si c'est une tyrannie ridicule... un démenti à la raison, pourquoi persistez-vous à faire votre loi?

Farehau, de sa place : Pour empêcher certaines gens de faire encore plus de sottises qu'ils n'en disent.

JRaavai, continuant : Je pourrais rendre à l'interrupteur un coup de massue pour un coup de fouet ; mais...

Le président Tati : Les interrupteurs m'obligeront à leur appliquer le règlement.

C'est un peu tard... Mais, je n'en dirai pas moins ce que j'ai résolu de dire ; c'est que le droit vous manque pour faire votre loi... Bien plus; si nonobstant ce droit mal fondé, vous voulez vous obstiner et passer outre, votre loi ne s'exécutera point (Oh ! oh !) Non, elle ne sera pas exécutée !... (Cela devient inconvenant !) Il ne faut point se méprendre sur la portée de mes paroles... Je ne veux pas dire que je me révolterai contre votre loi ; mais je maintiens que, par la force des choses, et sans révolte ouverte de la part de personne, elle restera lettre morte. Un représentant vous le disait hier, très judicieusement : En présence des Tahitiens qui veulent acheter, et des Européens qui ne cherchent qu'à vendre, votre loi ne sera qu'un filet, et le liquide passera au travers des mailles... Resserrez-le tant que vous voudrez... Multipliez les surveillants... Stimulez les chefs, les juges etles mutoi, par vos recommandations ; ce sera inutile. Ils aiment tous l'eau-devie... (Oh! oh ! parle pour toi !) Eh bien ! nous aimons tous l'eau-devie et les autres spiritueux ; nous en buvons tous, ouvertement ou en secret. Je prie donc l'Assemblée de peser ces raisons et de ne pas faire une loi inutile.

Taamii : Si la loi n'avait pas quelque chance d'être exécutée, il y a des gens qui s'en effrayeraient moins... Ils ne mettraient pas tant de chaleur à la combattre. On parle beaucoup de liberté, de droits... On fait sonner bien haut tous ces grands mots.., A mon avis, on ferait mieux de réserver ces déclamations, sur le droit et la liberté, pour quelque chose de plus respectable que l'ivrognerie. Gardons-

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nous bien, quoi qu'on dise, d'ouvrir l'eau-de-vie ; cette boisson empoisonnée est la source de toute espèce de désordres.,. Elle met l'homme au niveau de la brute, et même plus bas ; car l'homme ivre est capable des plus insignes folies ; il fait ce que les bêtes ellesmêmes ne font pas. (Très bien ! très bien !)

Moeroa rappelle à FzVssemblée un drame tout récent. Teiipoo a été jugé et condamné à mort, pour avoir tué sa femme. 11 répondit aux juges : « Ce n'est pas moi qui l'ai tuée ; c'est l'eau-de-vie. » Bannissons donc ce poison, puisqu'il contient la fureur et la mort.

Hoaore : Il ne s'agit pas de déclamer contre l'ivrognerie, pour prouver que la loi est bonne. — L'ivrognerie est un vice déplorable... Qui le conteste ? Mais ce qu'il y a de moins évident, c'est l'efficacité de votre loi pour détruire ce vice. — Pour moi, je n'hésite pas à vous le prédire : en dépit de vos illusions, le résultat trompera vos espérances. (C'est ce que nous verrons !) On s'enivre avec du vin, comme avec de l'eau-de-vie ; et si on veut résolument détruire l'ivrognerie, il faut en supprimer toutes causes. . . Nous n'avons pas plus le droit d'interdire l'eau-de-vie que le vin ; mais si au nom de la tranquillité publique ou de la morale, on s'arroge le droit de tyranniser les individus, jusque dans le détail de leur vie intérieure ; si, en un mot, comme on le disait ici tout à l'heure, nous violons la liberté que chacun peut revendiquer de se nourrir comme il lui plaît, ne faisons pas les choses à demi... Fermons tout ! Buvons tous de l'eau claire et du coco ; nous ne compromettrons pas notre bon sens. (Nous voilà dansles exagérations !)

JRaavai : L'Assemblée s'obstine et veut faire sa loi... C'est très bien ! Elle s'est déjà passé la fantaisie d'en faire plusieurs sur le même sujet; seulement leur efficacité a été telle qu'il faut constamment recommencer... Pour moi, je suis franc... Je ne cache pas mon opinion sur votre loi. (Oh ! l'impudence n'est pas ce qui lui manque !) Je déclare qu'elle viole la liJjerté; le raisonnement l'a prouvé... J'ajoute qu'on ne pourra la faire exécuter ; c'est l'expérience sur ce point, qui ne permet pas de se faire illusion sur l'avenir. (Quand fmira-t-il ?j Punissez l'abus : c'est votre droit, votre devoir. Si un homme ivre trouble l'ordre ou cause du scandale dans la rue, il y a des agents de police et des prisons pour en faire justice... L'usage des couteaux et des haches se répand de plus en plus parmi nous; les uns savent en user utilement, mais parfois il y a des maladroits qui se coupent... Faut-il pour cela proscrire en masse et haches et couteaux?... Eh bien ! renoncez à votre loi. (Mouvement. Enfin, en a-t-il assez dit ! Il n'en démordra pas !... Et il a bien raison !)

Fareahii : L'Assemblée doit être lassée de l'impudeur avec laquelle on persiste à faire, ici, l'apologie de Fivrognerie. C'est scandaleux ! Pour moi, je suis d'avis qu'il faudrait interdire, non seulement l'eau-de-vie, mais le vin et la bière. Mais, puisqu'on se croit forcé à faire des concessions, parmi ces poisons, je demande qu'on arrête le plus violent ! Les hommes sages et amis de la religion sont saisis de dégoût et d'épouvante à la vue des terribles effets de l'ivrognerie. Tantôt, c'est le meurtre; tantôt c'est l'incendie. Je ne parle pas du débordement des mœurs... Ce sont des orgies... Souvent les misérables que possède cette funeste passion de boire meurent victimes de leurs excès... Je n'exagère pas... Ceux dont je parle sont bien réellement dans la tombe ! (Sensation !) Et on ose se faire ici, publiquement, l'avocat de l'eau-de-vie! C'est comme si on patronnait l'immoralité !... la débauche !... la destruction de ses semblables. (Oh ! oh ! du calme !)

Raavai, vivement : Je demande la parole. On vient de vous dire qu'il y a des gens qui ont l'impudence de faire ici l'apologie de l'ivrognerie, et de se déclarer les avocats de l'immoralité et de la destruction de leurs semblables, et l'on a flétri, avec indignation comme de juste, ce coupable aveuglement. C'est très bien !... L'orateur répétant : c'est très bien ! L'Assemblée n'a pu manquer d'être frappée de la bonne foi et de la charité avec lesquelles on vient d'apprécier mes paroles. Quelle aménité, pour un homme d'église !... (Bruit.) L'assemblée me permettra, je l'espère, d'en appeler à sa loyauté... A-t-on fait l'apologie de l'ivrognerie! A-t-on patronné la débauche... prêché le meurtre et la destruction, ou bien a-t-on seulement réclamé, au nom de la liberté et de la raison, l'exercice d'un droit naturel qu'on peut contester, sans flétrir ceux qui l'invoquent ?. . . Y a-t-il de la dépravation à demander qu'un Tahitien soit traité comme un Européen, avec qui il est appelé à Advre côte à côte?... Est-ce donc une monstruosité que d'aspirer à la liberté dont on jouit dans les pays civilisés, ces pays qu'on nous propose continuellement pour modèles, qu'on veut nous faire imiter en tout... (Non ! non ! on discute, on n'injurie pas !) Dans les pays civilisés, l'ivrognerie et le scandale public sont réprimés par les lois : on punit l'abus ; mais on ne sévit pas absurdement contre l'usage... Que la loi attende que le mal se soit produit avant d'infliger le châtiment ; alors elle sera dans son rôle. — Si boire de l'eau-de-vie était un crime, nous ne verrions pas tous les Européens, nos modèles en civilisation, en boire journellement parmi nous. Il n'y a donc de punissable que l'excès, le scandale... Eh bien ! attendez l'excès et le scandale pour les pu-

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nir; mais ne confisquez pas un droit naturel, par prévention ; ne nous garrottez pas les deux jambes, de crainte que nous ne fassions un faux pas... (Mouvement.) Osez donc être justes et raisonnables; ne vous laissez pas intimider par les clameurs des dévots... Au surplus, ces déclamations sur le meurtre, l'incendie et la désolation, à propos de Teau-de-vie, ne sont que des exagérations oratoires. L'eaude-vie, dont je suis le premier à blâmer l'abus, a bien pu, de temps à autre, produire quelques désordres ; mais ces désordres ont été réprimés... Rien n'a échappé à la sévérité des tribunaux, et si le pays n'avait pas été désolé par d'autres fléaux, nous serions aujourd'hui plus avancés en richesses, en propriétés et en civilisation. On sait malheureusement qu'il n'en est pas ainsi... Ceux qui viennent parler de mort, d'incendie et de destruction semblent avoir perdu la mémoire des malheurs qu'ils ont causés... Ils ont l'injure et l'accusation à la bouche, comme s'ils étaient irréprochables !... Pas tant de clameurs à propos d'une tombe qui s'ouvre par accident, vous qui en avez couvert le pays!... (Sensation.) Faites le tour de notre île.., interrogez tant de lieux funèbres, arrosés de sang et souillés de tombeaux... (Profond silence sur tous les bancs.) Le nom de Mahaena n'éveille- t-il pas de souvenirs !... Venez ici, veuves et orphelins... Demandez à ces tombeaux qui les a remplis d'ossements? Est-ce l'eau-de-vie?... Qui a soufflé la haine dans les cœurs?... Qui a égaré le patriotisme d'une population ignorante pour lui mettre les armes à la main... pour la déchaîner contre nos protecteurs calomniés?.. Qui a donné le signal du carnage?... Qui vous a conduits prématurément à la mort?... Est-ce l'eau-de-vie ?... Répondez... Ah! les tombes sont muettes... Mais, si elles pouvaient parler, ce serait à d'autres qu'à moi de trembler en ce moment !

A ces mots un frémissement courut dans l'Assemblée ; presque tous les regards se portèrent sur Fareahu, l'un des instigateurs les plus fanatiques et les plus opiniâtres de la guerre civile qui avait désolé Tahiti '...

J'ai tenu à donner ces nombreux extraits parce qu'ils montrent bien comment les Tahitiens savaient et savent encore parler. Il y a dans le dernier extrait une éloquence digne des plus grands orateurs de l'antiquité, et cet exemple n'est pas isolé comme on pourrait le croire : les beaux dis-

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