‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 65 sur 124 · L'ANNEXION A LA FRANCE · texte numérisé non relu

L'ANNEXION A LA FRANCE

Pomare V, roi. — Il donne ses États à la France. — Abrogation de la Déclaration du 19 juin 1847. — Prise de possession des îles Sous-le-Vent par la France. — Mort de Pomare V. — Teraupoo et ses partisans se retirent dans la vallée d'Avera.— Guerre de Raiatea-Tahaa; les Français soumettent les indigènes insurgés. — Luttes à Tahiti entre les pasteurs protestants et les prêtres catholiques. — Triomphe de culte de la Réforme et de ses ministres.

Le plan de la Mission protestante avait donc complètement échoué. D'autres se fussent découragés, M. Viénot ne se rebuta pas. Il essaya de gagner les bonnes grâces du nouveau souverain ; mais il ne put y réussir. Une fois il tenta de réconcilier le roi avec la reine : Pomare V refusa et apostropha l'intrigant avec hauteur. Ces échecs répétés ne lassèrent pa& encore M. Viénot, mais l'obligèrent seulement à attendre de l'avenir la réalisation de ses espérances : la santé du roi était mauvaise, et après le décès du monarque, le pasteur recouvrerait peut-être son influence, soit que Marau fût proclamée régente, soit que Teriivaetua, fille d'un frère de Pomare V, parvint au trône, ces femmes étant toutes deux acquises à la cause de la Réforme...

Nous touchons à l'heure solennelle où Tahiti devint colonie française. Une première tentative faite auparavant par le capitaine de vaisseau Planche pour transformer le Protectorat en annexion avait échoué. En 1880, le nouveau commandant i, INI. Isidore Chessé, la renouvela. Pomare V comprenait combien était précaire son pouvoir sur les indigènes

1. Le titre de commandant remplaçait alors celui de gouverneur.

et, prévoyant sa mort, il se demandait ce que deviendrait après lui le peuple tahitien. « Ma femme a des enfants, moi je n'en ai pas », disait-il quelquefois avec une cynique franchise en faisant allusion à la scandaleuse conduite privée de la reine Marau^. Ces motifs, surtout le dernier, l'absence d'héritier direct, le déterminèrent à écouter plus favorablement les propositions faites au nom du gouvernement français.

Il fallait aussi l'assentiment des chefs, et M. Chessé s'occupa de l'obtenir. Le consentement de quelques-uns fut assez difficile à avoir, circonvenus qu'ils étaient par le chef de la Mission protestante absolument hostile à l'annexion. Ainsi donc l'intérêt de la France ne primait pas aux yeux de M. Viénot celui du culte réformé et ce qu'il confondait avec lui, son intérêt personnel. Tout ce qu'on pouvait faire pour empêcher la réunion de Tahiti à la France, ce pasteur le fît en cette circonstance. Néanmoins le commandant sut triompher des résistances et par sa promptitude déjouer toutes les machinations des hommes de l'Évangile.

Les chefs furent invités à se rendre d'urgence à Papeete ie 29 juin à 8 heures du matin. Aucun ne manqua au rendezvous; et à 8 h. liO, au palais du gouvernement, fut signé, sous ia forme d'une Déclaration, l'acte établissant la réunion à la France des îles de la Société et dépendances. Il était rédigé «de la manière suivante :

Nous, Pomare V, Roi des Iles de la Société et dépendances, Parce que nous apprécions le bon gouvernement que la France a

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