Voir l'Introduction de cet ouvrage, chapitre I, page
veui, tentèrent de s'y établir. Mais ils ne réussirent guère mieux; et ce fut un peu de leur faute. Mal au courant des mœurs polynésiennes, ils crurent qu'ils pouvaient s'empa^'er indistinctement des femmes de l'île, filles ou mariées ; or c'était une grave erreur : si, d'après les usages, lajeune fille était libre de disposer de sa personne, la femme mariée devait, au contraire, une scrupuleuse fidélité à son mari, et celui-ci ne manquait pas de punir de mort l'épouse coupable et son complice. Les révoltés ne tardèrent pas à s'attirer par leur débauche la haine des indigènes ^ Toutefois, elle n'éclata que lorsque Christian et ses compagnons eurent construit un fort entouré d'un fossé afin de se protéger contre une attaque possible des naturels. Ceux-ci s'imaginèrent, paraît-il, que ce fossé était destiné à les enterrer et, pour échapper à la mort, ils formèrent le projet de tomber sur les Anglais à l'improviste. Heureusement pour ceux-ci que le complot fut découvert à temps par un de leurs interprètes qui le leur révéla, car sans cela ils eussent été tous massacrés. Ils résolurent alors de prévenir eux-mêmes les indigènes en prenant l'offensive. Dès le lendemain, ils les attaquèrent, en tuèrent ou blessèrent plusieurs et refoulèrent les autres dans l'intérieur de l'île.
Le succès de ce combat n'empêcha pas les Anglais de comprendre que la situation n'en restait pas moins très grave pour eux. Quelques-uns, pris de découragement, proposèrent d'abandonner Tubuai et de retourner à Tahiti; mais la majorité fut d'un avis contraire, et la tentative continua. Néanmoins elle ne dura plus longtemps. Continuellement harcelés par les naturels, les révoltés du Bounly finirent par renoncer à cette entreprise périlleuse, et décidèrent de revenir à Tahiti 2. Malgré les conseils de Christian qui leur prédisait les châtiments qui ne manqueraient pas de les atteindre s'ils
1. MoERENHOUT, Voyages aux îles du Grand Océan, t. II, p. 336 et 337.
2. Beechey (Captain F. W.) Narrative of a voyage performed in H. M. Ship Blossom in the gears 1825-1828, to ihe Pacifie and Beering's strait.
se fixaient dans cette île, la plupart persistèrent dans leur résolution. Le Boanty se rendit donc à Tahiti où la plus grande partie des révoltés descendit etresta. (Ceux-ci furent saisis deux ans plus tard par le capitaine Edwards envoyé à leur poursuite sur la frégate la \Pandora). Les autres, au nombre de huit Anglais y compris Christian, et de dix insulaires de Tahiti et de Tubuai, et douze Tahitiennes, ne s'étaient arrêtés que vingt-quatre heures à Tahiti. Après avoir partagé également tous les objets et les provisions qui se trouvaient à bord, leurs complices leur avaient cédé le navire, et ils avaient repris la mer, cinglant vers File Pitcairn^ (Eiragi). Ils y abordèrent heureusement, et, constatant qu'elle était alors déserte, ils résolurent de s'y établir définitivement. En effet, ils y fondèrent une colonie qui, après avoir accompli bien des crimes, et essuyé bien des traverses, finit, sous l'influence de la morale chrétienne prêchée par le dernier des survivants des révoltés nommé Smith dit John Adams, par devenir une petite société pacifique, simple, et vertueuse, dont les descendants réalisent presque, de nos jours, les fables de l'âge d'or.
Tels sont les seuls événements politiques de l'île Tubuai. Les autres îles de l'archipel et l'île Râpa, n'ont pas d'histoire politique. En réalité, l'archipel des Tubuai et l'île Râpa ne possèdent qu'une histoire religieuse dont les faits les plus intéressants sont la destruction du Paganisme et l'établissement du Christianisme. C'est donc de ceux-ci que je vais parler.
A Raivavae, le Christianisme, sous la forme du protestantisme, fut introduit de 1820 à 1826. En 1820, pendant un voyage que fît dans cette île Pomare II, roi de Tahiti, les indigènes, sur la demande de ce souverain, rétablirent la paix entre eux et brisèrent leurs idoles. Dans la suite du roi se trouvait un évangéliste indigène, nommé Para; les habitants