MÉRY ouvr. cité
Aujourd'hui ils passent leur temps à dormir ou à fumer, nonchalamment étendus sur des nattes. Ils habitent des cases basses et humides, aux parois de roseaux et recouvertes de pandanus. Leurs vêtements sont des chiffons et des loques couverts de crasse. Ils vivent dans la misère, quoique leur pays soit fertile; mais ils ont horreur du travail et ne veulent rien cultiver. Leur unique labeur consiste à aller chercher leur nourriture composée de taro et de poisson cru; ils la trouvent d'ailleurs facilement et en abondance. Pour se distraire, ils lisent la Bible, ou bien ils s'en vont prendre des nids d'oiseaux paille-en-queue et des bananes sauvages sur les falaises de Tîle, à 300 et ùOO mètres d'altitude. Pourtant ces falaises sont taillées à pic et surplombent la mer; mais ils s'accrochent par les mains et les pieds aux saillies des rochers et parviennent ainsi à gagner les sommets. Là, ils se promènent à l'aise et sans le moindre vertige sur des murailles basaltiques ^ Telles sont leurs seules récréations, avec la venue d'un ou deux navires (pas plus) par an. On trouvera peut-être qu'elles ne sont pas bien attrayantes et que c'est très peu. Cependant ils paraissent tous contents de leur sort et ils sont même généralement gais. Dans cette petite île, aussi bien qu'ailleurs, l'amour a son langage particulier, et lorsqu'un homme aime une fille et veut le lui faire comprendre, il fait entendre à ses oreilles une toreana, sorte de chant expressif. Comme les indigènes sont peu nombreux, ils sont maintenant presque tous parents-.
Partageant le sort de la plupart des îles de l'Océan Pacifique oriental, l'île Rapa-iti fut placée d'abord sous le Protectorat de la France, puis annexée par cette puissance. La prise de possession eut lieu au mois de mars 1881 .
1. Les naturels de l'île Rapa-nui ou de Pâques, qu'une tradition dit être originaires de l'île Rapa-iti, accomplissent aussi des ascensions semblables.
2. C. L. R., Voyage aux îles Tubuai, Raevavae et Râpa, Bulletin de la Société de Géographie commerciale de Paris, t. XI, p. 222 et 223.