‹ Histoire de la Polynésie orientaleChapitre 93 sur 124 · E. Eyraud, ouvr. cité, p. 55 et · texte numérisé non relu

E. Eyraud, ouvr. cité, p. 55 et

Pendant quelques instants M. Eyraud fut prisonnier de cette multitude, dont il parvint à s'échapper avec l'aide des indigènes rapatriés. Il courut à Anakena, où il comptait trou-, ver ses effets; mais il n'y vit que le navire qui louvoya et finalement disparut sans avoir répondu à ses signaux. Tout à coup Pana, l'un des rapatriés, arrive; il lui apprend que le capitaine a fait débarquer ses effets à Anarova. M. Eyraud est donc obligé d'y retourner, au milieu des gens qui se sont montrés déjà si hostiles. Lorsqu'il y est, il se voit entouré d'une foule bruyante qui couvre la plage et ses vêtements ont été pillés par quelques sauvages; il ne lui reste plus que des malles et de quoi se construire une case. Enfin celle-ci est dressée.

« Nous étions au soir, dit M. Eyraud. 11 m'était enfin donné de respirer : j'avais un gîte; ce qu'on ne m'avait pas volé était dans ma maison, et j'avais la clef dans ma poche. En ce moment, Temanu, un des Kanacs, vint m'offrir trois poules. Alors je fis aussi connaissance d'un homme qui devait avoir avec moi de trop nombreux rapports : mon mauvais génie venait de m'apparaître en la personne de Torometi... A la vue des poules, il s'approche de moi et les demande, « pour me débarrasser, dit-il, et pour les faire cuire ». Il m'en débarrassa en effet, et, pendant mes neuf mois et neuf jours de séjour à l'île de Pâques, le drôle continuera, avec une persévérance à toute épreuve, de me débarrasser de tout ce que j'avais apporté, et qui ne me gênait guère.

« Torometi est un homme de trente ans, grand et fort comme les indigènes de l'île. Son air faux et contraint inspire la défiance et justifie sa mauvaise réputation. On m'a dit qu'il n'appartient pas à la race de l'île de Pâques. Cependant c'est bien un Kanac i; il a ses frères et une nombreuse famille. Je m'aperçus qu'il jouissait d'un grand ascendant sur les voisins 2. . . »

1. Il ressort de la déclaration des indigènes à M. Eyraud qu'il y avait donc bien eu plusieurs émigrations à l'ile de Pâques et la remarque que fait celui-ci donne à présumer qu'elles avaient été presque toutes polynésiennes.

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