Eyraud, ouvr. cité, p. 135, 136, 137 et
partit avec lui et le Frère Hugues pour le Chili. La goélette mouilla dans la rivière du Maule le 30 octobre 1864.
. De retour à Valparaiso, M. Eugène Eyraud fit son noviciat et entra dans la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie que l'on désigne souvent sous le nom de Picpus^. Ensuite il fut désigné pour faire partie d'une Mission que l'on avait résolu d'établir à l'île de Pâques.
Le 25 mars 1866, la goélette de Gambier Notre-Dame de Paix déposa à l'île de Pâques le Père Hippolyte Roussel, le Frère Eugène Eyraud et trois chrétiens indigènes de Mangareva. Ils apportaient des planches de zinc galvanisé, pour construire des habitations à l'abri de toute tentative d'incendie. Le 28 mars, lorsque la goélette repartit, deux cases étaient déjà dressées. La situation du Père et du Frère fut d'abord très critique. Les sauvages des baies les plus éloignées étaient accourus et une foule immense bloquait jour et nuit la cabane de ces deux Européens afin de la piller. Le Père Pioussel a écrit : « 11 n'y avait pas moyen de fermer l'œil ni le jour ni la nuit. Tout ce monde de grands enfants entourait la cabane, chantant, criant, tambourinant sur les planches de zinc, et faisant pleuvoir de temps à autre une grêle de pierres sur la toiture. 11 fallut tout fermer hermétiquement, au point que, pendant deux mois, j'ai été obligé, pour dire mon bréviaire, d'allumer ma lampe en plein midi. Quand il me fallait absolument sortir, j'avais à traverser une haie de gens dont l'attitude faisait assez connaître les intentions, et qui épiaient le moment où ils pourraient me surprendre et me détrousser. A mon retour je trouvais la serrure remplie de graviers, et il m'était impossible d'y introduire la clef 2. »
1. Ce ne fut qu'alors qu'il devint Frère : il ne l'était pas encore lors de son premier séjour à l'île de Pâques; s'il est désigné sous ce titre dans les Annales de la Propagation de la Foi, c'est que sa lettre a été écrite (ne l'oublions pas) à Valparaiso, en décembre 1864.
2. Lettre du R. P. Pacôme Ollivier, vice-provincial de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, à Valparaiso (Chili), au T. R. P. Euthyme Rouchouze, supérieur général de la même congrégation, à Paris. Valparaiso, 22 décembre 1866. Annales de la Propagation de la Foi, t. XXXIX, p. 251 et 252.
Heureusement cette situation ne dura pas. Peu à peu le Père Roussel prit de l'ascendant sur les indigènes. Grâce à sa connaissance du dialecte de Mangareva, qui ressemble beaucoup à celui de l'île de Pâques, il put dès son arrivée converser avec les indigènes et sa fermeté finit par venir à bout de leur caractère turbulent. Sept mois après, la majorité de la population écoutait avec respect ses enseignements. Les missionnaires rencontrèrent cependant des naturels qui voulurent défendre l'idolâtrie et leur opposèrent de grands obstacles. A la tête de ce parti se trouvait un indigène nommé Roma. A la fois méchant et lâche, il était encore plus à redouter que Torometi. 11 voulut même empêcher le Père Roussel de visiter les malades. Mais celui-ci ne se laissa pas intimider et sut se faire craindre de Roma.
Voici quelle était à cette époque la situation de l'île et de ses habitants. On ne voyait plus un seul arbre, et pourtant on savait qu'il y avait eu une belle végétation; mais elle avait été anéantie. La destruction était, avec le vol, la passion dominante des indigènes de Rapa-nui. Ils n'avaient plus qu'un vague souvenir de Makemake, le dieu qu'ils adoraient autrefois. L'île était tombée dans un tel état d'anarchie qu'il n'y avait plus de chefs dont l'autorité fût incontestée. Il ne subsistait plus que des partis dirigés par quelques audacieux. Néanmoins les naturels avaient conservé un certain respect pour le fils du dernier roi Maurata, le jeune roi Tepito, âgé de douze à quatorze ans. Ils lui apportaient les prémices des ignames. Mais ce roi ne jouissait d'aucun pouvoir : c'étaient les rois ou chefs temporaires qui gouvernaient à leur gréi.
Durant son précédent séjour à l'île de Pâques, le Frère Eugène Eyraud avait vu, à l'époque du Mataveri, les indigènes commencer leurs dévastations. Après le pillage et l'in-