IV. Mexique. — S. verrucosum Schlechtendahl, S. suaveolens
Kunth et Bouché, S. stoloniferum Schlechtendahl, S. demissum Lindley, S. utile Klotzsch, S. squamulosum Mart.
et Galeotti, S. cardiaphyllum Lindley , S .
oxycarpum Schiede.
V. États-Unis DU Sud- Ouest. — S. Fendleri Asa Gray, S, Jamesii Torrey.
Puis, pour conclure, M. Baker déclare que, parmi les vingt espèces ci-dessus nommées , il n^en reconnaît comme certainement distinctes que six, savoir : S. tuberosum L., S, Maglia Schlecht. , S . Commersonii Dunal, S, cardiophyllum Lindley, S. Jamesii Torrey et S. oxycarpum Schiede. Par suite, il considère comme de simples formes ou variétés: 1* du S, tuberosum, \q% S. etuberosum, Fernandezianum, immite, Colombianum, Otites, Valenzuelœ, verrucosum, débile^ stoloniferum, utile, squamulosum et Fendleri, et 2° du S, Commersonii, les S, Ohrondii et collinum. Enfin il admet comme une espèce nouvelle et très distincte, le 5. Andreanum, c'est-à-dire la plante que M. Ed. André avait recueillie à
Fig. 15 à 17. — Solanum- stoloniferum
de Schlechtendahl.
Sommité fleurie, avec deux tubercules (3/4 gr. nat.)
La Union, puis il rattache au S. Otites Dunal celle du Quindio e\ au S. tuberosum^ celle de Lima.
Ainsi, le résultat définitif du travail de M. Baker serait d*annujer à peu près tous les travaux de ses devanciers, en tant que distinction d'espèces afQnes du S. tuberosum et du S, Commersonii^ et de reconnaître pour la patrie de la Pomme de terre, non plus seulement TAmérique du Sud, mais l'Amérique du Nord, puisqu'on en aurait découvert de simples formes ou variétés au Chili, au Pérou, dans la Bolivie, l'Equateur, la Colombie, le Mexique et les États- Unis.
La lecture du précédent Mémoire ne laissa pas que d'émouvoir vivement A. de Candolle. Il y répondit en 1886 par une Note qu'il publia dans les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève. Cette Note porte pour titre : Nouvelles recherches sur le type sauvage de la Pomme de terre [S. tuberosum),
M. Baker avait accompagné son Mémoire de six planches représentant les six types distincts de Solanum à tubercules qu'il avait admis. La planche la plus importante devait naturellement c tre celle qui était consacrée au S. tuberosum^ espèce à' formes si multiples qu'elle devait être préparée de façon à pouvoir répondre à tous les doutes.
« A la première vue de cette planche de M. Baker, dit A. de Candolle^ il me fut impossible d'admettre l'identité avec le S. tuberO" sum cultivé... La principale différence entre le S. tuberosum cultivé et la planche de M. Baker se trouve dans la forme des lobes du calyce, aigus dans l'un, obtus dans l'autre. Ceci m'afait examiner sous ce point de vue, jusqu'alors trop négligé, des formes voisines rapportées quelqixef ois 9iU S. tuberosum. Pour plus d'informations je me suis adressé à M. le Prof. Philippi, de Santiago, et à M. le Prof. Hieronymus, maintenant de retour en Allemagne, afin d'obtenir d'eux, si possible, des échantillons du Chili et de la République Argentine. Ces deux savants ont bien voulu me communiquer, le premier des fleurs de certains Solanums du Chili, le second des exemplaires complets d'espèces en deçà des Andes. En outre, M. le D' Masters a eu l'obligeance de recueillir pour moi des informations sur les variétés cultivées de la Pomme de terre, ce dont je m'empresse de le remercier, ainsi que les honorables correspondants susnommés. Grâce à leurs documents et aux échantillons démon
herbier, je crois pouvoir affirmer, avec plus de certitude qu'auparavant, quelles formes indigènes ont été confondues avec le S. tuberosuwiy mais il n^en est pas résulté pour moi de changer d^opinion sur le type originel de la plante cultivée. »
« Quand on regarde, ajoute plus loin A. de CandoUe, les figures publiées jadis par De TEscluse (Clusius) et Gérard, on est surpris du peu de changement qui s^est opéré dans les organes aériens de la plante. Clusius décrivait la Pomme de terre introduite du Pérou dans lemidi de l'Europe au xvi* siècle, par les Espagnols ; Gérard, celle introduite un peu plus tard en Angleterre et en Irlande, par Herriott, compagnon de Walter Raleigh *. Les feuilles, fleurs et fruits sont identiques dans ces deux planches et dans la Pomme de terre aujourd'hui cultivée ■. La forme etPabondance destubercules sont telles qu'on les voit encore très souvent, mais les cultivateurs ont multiplié beaucoup de tubercules de forme, grosseur, couleur, saveur ou précocité diverses. Toutes'^les variétés agricoles reposent sur cet organe variable, dont on a intérêt à conserver les modifications. Le calyce, dans les anciennes figures, est exactement celui de la plante actuelle. Ses lobes sont des lanières allongées, pointues ou lancéolato-acuminées, quelquefois sur le même individu. La corolle variait jadis du bleu à des teintes rosées et au blanc avec raies verdâtres, mais Clusfus a eu soin de dire que des semis de fleurs colorées avaient donné quelquefois des fleurs blanches, et de nos jours la couleur varie... »
« Darwin, dit-il encore, a soutenu que les organes ou les carac-
1. — « Malgré ces dates d'introduction bien constatées par les botanistes et citées souvent par eux, disait de plus en note l'illustre monographe, on ne cesse de répéter dans des ouvrages anglais que la première introduction était celle par W. Raleigh, et dans quelques journaux français on attribue l'introduction à Parmentier, dont le seul rôle, digne de louange, a été de répandre la culture de Tespèce à la fin du xTiu* siècle. »
2. — Dans une seconde note, A. de Candolle disait également à ce propos : « Il y a probablement de bonnes, planches modernes de la Pomme de terre dans les on-
vrages destinés aux enfants, mais je n'en trouve pas dans les livres de botanique »
De quelle preuve incontestable le célèbre auteur aurait-il pu appuyer son opinion très juste de la fixité de Tespèce, s*il avait connu cette belle aquarelle de 1588 dont nous donnons la reproduction au commencement de cet ouvrage. Il n'eût, sans doute, pas réclamé non plus une meilleure représentation de la Pomme de terre. On doit avouer qu'il est vraiment singulier que pas un auteur, après De l'Ëscluse, n'ait fait mention^ de l'existence de ce dessin hisloriquo.
tères persistent ordinairement de génération en génération quand ils ne sont ni nuisibles, ni utiles à l'espèce. L'observation et le raisonnement font comprendre, en effet, qu'une condition nuisible s'oppose à la durée héréditaire d'une forme ou tout au moins la rend problématique dans la lutte entre les êtres organisés, mais qu'une condition sans danger et sans utilité pour l'espèce ou, dans le cas de plantes cultivées, pour l'homme, peut subsister en raison même de son insignifiance.
» Dans les Solarium à tubercules, le nombre et la forme des segments de la feuille, la forme des lobes du calice et leur attache sessile ou pétiolulée, la grandeur ou la couleur de la corolle, la forme ou la grosseur des baies, le nombre des graines et quelques autres caractères n'ont pas de conséquences physiologiques, attendu que la propagation se fait au moyen des tubercules, et qu'en même temps Thomme n'accorde à ces caractères aucune attention au point de vue de son intérêt. S'il Opère quelque sélection, c'est en soignant et plantant les plus gros tubercules, ce qui conduit à éliminer aussi les variétés qui fleurissent et fructifient le plus, car la fécule se produit alors dans le haut de la plante au détriment des rameaux souterrains. Les autres caractères paraissent avoir moins d'importance pour le produit et les cultivateurs ne s'en sont guère occupés,
» La règle générale est donc, si l'on veut chercher l'état primitif d\me espèce cultivée, de faire attention, surtout aux organes et aux caractères que l'homme n'a pas intérêt à voir changer.
»... La grandeur, la forme et la pubescence des segments de la feuille varient plus dans les Pommes de terre cultivées que les lobes du calyce. Ceci est conforme à ce qu'on pouvait prévoir d'après la règle invoquée tout à l'heure. Il estpossible, en effet, que les surfaces foliacées influent sur l'abondance delà fécule, ce qui a pu engager les agriculteurs à préférer telle ou telle modification des feuilles. Au contraire, les lobes du calyce ne pouvant influer en aucune manière sur les tubercules, ils se sont conservés tels depuis trois siècles.
» Cherchons quelles sont les formes spontanées de rAmérique méridionale qui ressemblent le plus au S. tuberosum cultivé.
» J'éliminerai d'abord les espèces ou variétés du Chili et des pays adjacents où les lobes du calyce sont obtus. C'est le cas, par exem-
pie, du Solarium des Andes chiliennes recueilli par Bridges que M. Baker rapporte avec l)eaucoup d'autres au S. tuberosum.
» Sa description des lobes du calyce n'étant pas tout à fait d'accord avec la figure, j'ai prié M. Baker de vérifier le caractère dans l'herbier de Kew. Il a bien voulu m'envoyer une fleur, ou plutôt un calyce qui renferme un jeune fruit, tiré de l'échantillon même de Bridges. Ce calyce est exactement celui de la figure, en particulier du fruit jeune dessiné à part. Les lobes sont ovales, obtus avec un bord arrondi, ondulé, portant quelquefois une courte dent(mucro) qu'on ne voit pas dans la planche et qui n'existe pas sur tous les lobes de la même fleur. Tube et lobes du calyce^ dans leur ensemble, n*ont pas plus de 0",003à 0",004, tandis que dans la Pomme de terre cultivée ilsontau moins 0'",006 et ordinairement 0",010 millimètres.
» D*aprës le dessin, la fleur est plus petite que dans la Pomme de terre, et surtout le calyce est plus court relativement à la corolle. En outre, les segments principaux de la feuille sont plus étroits et les petits segments sont moins inégaux que dans la plupart des Pommes de terre cultivées. La pubescence est moindre. Dans sa lettre du 11 janvier 1886, M. Baker convient que les lobes du calyce diffèrent notablement de ceux de la Pomme de terre cultivée. »
Le savant phytographe faitensuite la révision de quelques autres espèces de Solarium voisines du S. tuberosum^ et ajoute :
« Les Solarium de la République Argentine sont tous différents du 5. tuberosum^ d'après les nombreux échantillons de l'Herbier de M. Hieronymus qu'il a bien voulu me communiquer.
»... Ceux du Mexique et des États-Unis ne peuvent pas être l'origine de la Pomme de terre cultivée puisque la culture de cette plante n'existait pas dans l'Amérique septentrionale avant l'arrivée des Européens...
» Lindley et Baker rapportent au S. tuberosum d'autres formes du Mexique, qui paraissent s'en éloigner^ et comme la culture de la Pomme de terre est sortie de l'Amérique méridionale, je reviens aux formes de cette région qui ont pu en être l'origine.
» Lorsqu'on a éliminé celles à lobes du calyce obtus, et d'autres à calyce beaucoup plus court que la corolle, ayant d'ailleurs les segments des feuilles moins nombreux que dans la Pomme de
terre, on retombe sur le Solarium du Chili que Sabine, Lindley, Darwin et moi, avons jugé être le S. tuberosum à l'état spontané : ou bien sur des formes du Chili^ de la Bolivie et peut-être du Pérou que Baker a rapportées au S. tuberosum. »
A. de Candolle discute alors la valeur du rapprochement avec ce dernier type de quelques autres espèces, mais n'admet pas la distinction établie par M. Baker et Sir J. Hooker entre le S. tuberosum et le S. Maglia.
« M. Hensley, ajoute-t-il^ s'appuie sur la multiplicité des formes voisines du S. tuberosum en Amérique et sur les diversités des Pommes de terre cultivées pour émettre l'hypothèse que cellesci proviendraient de plusieurs souches américaines. La plante cultivée varie cependant bien peu, excepté pour les tubercules sur lesquels opère la sélection, et de plus, les Pommes de terre introduites au XVI* siècle, de deux pays fort éloignés, étaient semblables d'après les planches et les descriptions de l'époque*.
» En définitive, je ne vois pas de motifs suffisants pour changer l'opinion que j'ai émise autrefois et ensuite dans le volume sur VOrigine des plantes cultivées^ opinion qui était celle de Sabine, Lindley et Darwin, lorsqu'ils admettaient l'identité spécifique des S. tuberosum et du MaglUu
»... Plus on étudie ces espèces tuberculées, plus on est frappé des différences minimes qui les séparent. Ce ne sont pas des espèces analogues à celles de Linné, mais plutôt des formes secondaires, comme on en reconnaît aujourd'hui dans les RubuSy les fiosa, etc., sans vouloir cependant les qualifier de variétés. On peut les dénommer comme des espèces pour mieux s'entendre, et les classer de difi'érentes manières pour approcher d'une classification naturelle, sans jamais être bien satisfait... »
D'un autre côté, dans la Reuue horticole de 1884, M. Carrière disait : « D'après un botaniste anglais, M. Baker, qui s'est tout particulièrement occupé de l'étude des Pommes de terre, le Solarium Ohrondii serait identique avec le S. Commersonii de Dunal, ce qui est loin d'être démontré. Dans un genre aussi nombreux en espèces que l'est celui des Solarium^ il est très difficile de déterminer
1. ^ Nous Terrons, dans un autre Chapitre, qu*elles appartenaient à deux variétés fort difTérentes.
celles-ci d'après une description, et même un échantillon dTierbter ; il faut pour cela cultiver les plantes afin d'en bien suivre les raractères de végétation. »
Nous trouvons cette remarque très judicieuse. Nous avons nous-môme cultivé le S. Ohrondii et nous pouvons dire qu'il ne rappelle en aucune façon le célèbre S, Commersoniiy figuré par Lindley,et dont l'échantillon original de Commerson est conservé il ans les collections de notre Muséum d'histoire naturelle.
Voici, du reste, quelques détails sur ce S, Commersonii qui se trouvent relatés dans une lettre de Bonpland à M. François Delessert, datée de La Restauracion (Paraguay) le 2 octobre 1854, et qui a été publiée dans le Bulletin delà Société botanique de France^ t. III, p. 162.
H Cette nouvelle espèce, dit Bonpland, se trouve à Montevideo, à Buenos-Ayres, à Martin-Garcia, dans toutes les Missions jésuihques, sur la Sierra et sur les bords de l'Uruguay, depuis les Missions jusqu'à Belem, le Salto et La Concordia. Tant au Paraguay r|uedans les Missions et à San ta- Anna, j'ai cultivé ce Solanum dans l'espoir d'utiliser les tubercules, et n'ai rien pu obtenir. Les tubercules du Solanum Commersonii sont de couleur verdâtre, de la grosseur d'un très gros Pois, et offrent constamment un goût ^pre qui répugne. A Santa-Anna^ les oiseaux mangent les tubercules du Solanum tuberosum^ notre Pomme de terre, mais ils respectent ceux du S. Commersonii. »
Quoi qu'il en soit, en 1886, M. Baker publiait un nouveau Mémoire sur les Formes sauvages des Solanum tubéreux\ dans lequel il n'admet plus que cinq espèces distinctes, en considérant alors le 5. Maglia comme une simple forme du S, tuberosum. Ce dernier n'est plus pour lui qu'une sorte de type idéal qu'il appelle S. futuberosum,2L\xq\xel se rattachent comme simples formes ou sousespèces seize types secondaires, que les phytographes avaient cependant nettement caractérisés comme espèces. Nous ne pensons pas que cette manière de voir simplifie en quoi que ce soit la question. En effets ces seize formes elles-mêmes ne manifestant aucune tendance à reproduire le type général, c'est à ce type seul qu'il
1, — On the wild forms of tuberous Solanum {Gardeners' Chronicle^ t. XXVI).
faudra toujours recourir pour retrouver la véritable Pomme de terre sauvage ou S. iuberosum^.
Toutefois pour le S. tuberosum^ nous devons avouer que nous ne pouvons partager entièrement l'opinion de A. de CandoUe. Nous sommes, en effet, d'accord avec lui quant à Torigine chilienne de cette espèce. Mais nous avons été conduits à reconnaître que le S. Maglia^ loin d'en être une simple forme originelle, en est au contraire une espèce parfaitement distincte, comme Tavait établie Schlechtendahl. Darwin, dans son récit du Voyage du Beugle^ en 1835, après avoir parlé de la Pomme de terre sauvage qu'il avait découverte dans l'Archipel Chonos et qui n'était autre que celle cultivée, décrite et figurée par Sabine, c'est-à-dire le S. Maglia^ terminait ainsi le passage où il est question de cette Pomme de terre sauvage : « Il est remarquable que la même plante puisse se trouver sur les montagnes stériles du Chili central, où une goutte de pluie ne tombe pas pendant plus de six mois, et dans les forêts humides de ces îles méridionales. » M. Baker faisait, avant de changer d'opinion, très judicieusement observer, à ce propos, que « la véritable explication de ce que disait ainsi Darwin, avec une sagacité caractéristique, est évidemment que la plante des Chonos et celle des Cordillères du Chili sont chacune une espèce distincte. » M. Baker a cru devoir depuis lors changer d'opinion, mais cela ne diminue en rien l'opinion assurément fort juste émise par Darwin.
Grâce à l'obligeance de M. Blanchard, qui a bien voulu nous envoyer, de Brest, des tubercules des Solarium Okrondii, Fendleri et Maglia, nousavons pu les cultivereten suivre le développement. Or, nous sommes de l'avis de M. Carrière, les échantillons vivants nous en apprennent plus, pour la distinction des espèces critiques, que
1 . — L'idée que l'on se fait, en philosophie bolanique, d'un vérilable type spéciGquc , est sujette à de grandes controverses. Certains esprits considèrent comme espèces des formes plus ou moins stables d'un type variable : ce que nous appelons les variétés du Solanum tuberosum pourraient à ce point de vue être regardées par eux comme de véritables espèces. D'autres, au contraire, cherchent à restreindre le plus possible l'extension que Ton donnerait ainsi à l'idée de Vespèce : c'est une opinion réductrice à outrance que, suivant nous, rien ne jusliGe et qui ne pourrait avoir pour résultat que de bouleverser inutilement l'ordre systématique généralement adopté. Nous doutons fort que cette opinion soit partagée par les esprits moins exclusifs de la vérité des faits.
les descriptions et les spécimens d'herbiers, surtout lorsqu'on les cultive à côté les unes des autres. Nous avons pu ainsi constater que le S. Maglia est bien différent du S, tuberosum et cela à la première vue. C'est une plante très ramifiée, dont chaque rameau, pendant tout Tété, se termine par une cyme de grandes fleurs blanches, au centre desquels se montrent cinq étamines d'un beau jaune, non pas rapprochées en colonne autour du style comme sur les fleurs de la Pomme de terre, mais plus ou moins écartées ainsi qu'on le voit chez d'autres espèces de Solanum. Le style luimême est beaucoup plus long que celui du S. tuberosum, et chose importante à noter, les ovaires restent toujours stériles et le fruit en est inconnu. M. Blanchard, qui a cultivé la plante à Brest pendant plusieurs années, après l'avoir reçue du Jardin de Chiswick, nous écrivait ; « Les tubercules du S, Maglia sont très petits et très rares : ils sont remplacés par des stolons qui atteignent quelquefois deux mètres de longueur. 11 arrive même que les tubercules sont parfois si petits qu'on ne peut les découvrir dans le sol qui les recouvre. On pourrait la considérer comme une véritable plante ornementale, d'autant plus qu'elle peut se multiplier de boutures comme un Géranium, Mais elle est extrêmement sensible aux atteintes de la maladie de la Pomme de terre, causée par le Phytophtora infestans. » Il nous semble donc bien établi qu'il ne faut plus considérer le S, Maglia, comme pouvant être le type d'origine de la Pomme de terre, d'autant que cette espèce a été, dans les cultures, très loin de se montrer aussi prolifique que le S. tuberosum, et qu'il n'y a plus lieu d'espérer qu'on puisse jamais en tirer le même parti, pas plus du reste que des Solanum stolonife-^ rum, Fendleriy OhrondU, Jamesii et d'autres espèces de Solanum à tubercules
Avant de terminer ce chapitre, nous désirons cependant dire quelques mots d'une nouvelle Pomme de terre qu'on vient d'introduire en France. L'histoire de cette introduction a été racontée avec détails par M. A. de S*-Quentin dans la Beifue horticole des BoucheS'dU'Bkône {1896). L'auteur de l'article fait connaître que son oncle, M. Félix de S*-Quentin^ pendant un assez long séjour dans l'Uruguay, à Mercedes, avait recueilli puis cultivé un Solanum à tubercules qui ressemblait quelque peu au S. tuberosum. Les habitants du pays la nommaient/^a/?^^, autrement dit Pomme de terre
vénéneuse. M. Félix de S*-Quentin se hasarda néanmoins à la goûter après cuisson et la trouva fort bonne : aussi, au moment de son retour en France, s'empressa-t-il d'emporter une caisse de tubercules de ce Solanum, dans l'espoir de la propager. Mais le voyage fut long, et les tubercules arrivèrent complètement avariés. C'est alors que son neveu, s'intéressant à cette même plante, fit tous ses efforts pendant plus de trente ans pour l'introduire en France. Enfin, dans ces dernières années, M. A. de S*-Quentin réussit, par l'obligeante entremise du consul de l'Uruguay à Marseille, à recevoir des tubercules du Solanum en question. Du moins pouvait-il croire qu'il en était ainsi. La culture de ces tubercules finit par être confiée à M. Heckel, Directeur du Jardin botanique de Marseille, qui leur fit donner des soins assidus. La plante prospéra» se trouvant fort bien de cette chaude station; elle émit de nombreux stolons, puis des tiges qui fleurirent et même fructifièrent, et produisit des tubercules un peu plus gros que des avelines. Seulement les fleurs étaient blanches, et les tubercules assez amers, tandis que le Solanum de M. Félix de S*-Quentin avait les fleurs violettes et les tubercules d'un goût agréable. M. Heckel ne tarda pas à reconnaître que la nouvelle plante qu'il cultivait était le Solanum Commersoniiy dont Bonpland, nous l'avons vu plus haut, ne faisait pas un grand éloge ^
Il est fort à présumer que cette nouvelle Pomme de terre ne remplacera jamais non plus notre Solanum tuberosum.Mdiis alors, on pourrait se demander, après toutes les épreuves éliminatoires qui précèdent, quelle est donc la contrée d'origine de notre excellente Pomme de terre. Nous pensons qu'il convient d'en revenir aux précieuses indications de Claude Gay. Laissons de côté l'Ile de Juan-Fernandez, assez éloignée du continent pour douter qu'on soit jadis allé y chercher le «S. tuberosum pour l'apporter au Chili, et tenons-nous en à ce passade de l'auteur de la Flore Chilienne : « Dans les Cordillières voisines de celles de Malvarco^ il existe une chaîne de montagnes où les Pommes de terre sauvages sont si communes que les Indiens et les soldats de Pincheira allaient les
1. — Voir, dans la Revue horticole précitée, les Nouvelles observations sur U S. Commersonii, par M, Heckel (18^6),
récolter pour en faire leur principal aliment : la montagne y garde le nom de Pofïis, nom araucanien des Papas. »
N'oublions pas non plus que le Solarium tuberosum est un type spécifique doué d'une variation presque indéfinie dans sa descendance. On a obtenu déjà, par le semis de ses graines, plus d'un millier de variétés plus ou moins différentes les unes des autres, sans compter celles que les semeurs ont dédaignées comme inutiles à conserver. Les graines des variétés obtenues en produisent également de nouvelles, et telle est la puissance de la vitalité du type qu'on se demande où elle s'arrêtera. C'est, en effet, un de ces types de formation nouvelle, aptes à subir une évolution incessante, alors que les types spécifiques que M. Baker regarde comme de simples variétés, s'en distinguent nettement par la faiblesse même de leur constitution naturelle qui leur interdit de se prêter à toules les exigences culturales.
En effet, ces espèces affines se font toutes remarquer par leur médiocre production, soit du nombre, soit de la grosseur des tubercules, soit même des graines. Le S. tuberosum, au contraire, se maintient comme une plante toujours vigoureuse, alors qu'elle pouvait déjà, à l'état sauvage, fournir des tubercules assez nombreux et assez gros pour servir d'aliment, comme nous le dit Claude Gay, ce qu'on n'a signalé chez aucune autre des espèces voisines. Et comme la culture des Indiens devait être fort primitive, à en juger par les petits échantillons apportés en Europe et qui ont été loin d'attirer sur eux l'attention, en passant de l'état sauvage à l'état cultivé, d'abord au Chili, puis au Pérou, la Pomme de terre n'a éprouvé que peu de modifications. Aussi pouvons-nous terminer ce chapitre en disant que c'est à la suite d'une longue et sérieuse culture rationnelle, aidée par de successives sélections, que le Solarium tuberosum a fini par devenir notre précieuse Pomme de terre actuelle, mais qu'aucune autre espèce de Solarium tubérifère n'est assez fortement constituée pour la remplacer.