‹ Histoire de la pomme de terre: traitée aux points de vue historiqueChapitre 22 sur 72 · De' Pomi di terra Ragionamento (Naples · texte numérisé non relu

De' Pomi di terra Ragionamento (Naples

2. — Baldini 8*est inspiré, pour écrire ce Mémoire, des onmigcs de Duhamel de Monceau, et en particulier des Éléments d' Agriculture àe cet auteur, parus en 1762.

M D'autres, après avoir fumé et labouré la terre trois fois,

tracent des sillons avec la même charrue, placent les Pommes de terre à un pied de distance dans chaque sillon, et les recouvrent avec la terre des côtés. LorsquHls voient que les tiges s'élèvent de six ou sept pouces, ils remplissent le sillon avec la charrue en la faisant avec soin passer à droite et à gauche. Après cinq ou six semaines, ils fendent et amoindrissent le plus possible la terre qui est restée au sommet des sillons pour achever de les remplir *.

» Comme les Pommes de terre épuisent passablement le sol, il convient de le bien gouverner. Aussi quand Tannée suivante on en replante dans le même champ^ on doit de nouveau répandre le fumier dans les sillons où l'on veut les planter, autrement toute la force de la plante se dirigerait vers les feuilles, et les racines resteraient alors sèches et petites.

» Les Pommes de terre hâtives se récoltent au commencement de l'Hiver, les tardives en Février. On les conserve soit dans un grenier bien sec, soit dans des pots d^argile. Celles qui sont destinées à la table se n^aintiennent très bien dans une cave, ou dans un tonneau, en les disposant par couches, savoir une de Pommes de terre, puis une autre de feuilles sèches, et successivement : de cette manière on peut fort bien les garder fraîches jusqu'à la lin de l'Été. D'autres, pour mieux les conserver, les enfouissent sous terre; mais le plus souvent, il arrive qu'elles se gâtent, surtout dans les temps humides et froids.

»... Il y a peu de temps encore, la culture des Pommes de terre était tout à fait négligée; elle lé serait encore, si, il .y a quelques années, le très érudit signor Balio Sagramoso, qui se plaît à activer les progrès de la nation et ceux de l'humanité, n'en avait pas conseillé la plantation... On doit vraiment s'étonner que les Pommes de terre aient tardé si longtemps à trouver quelque crédit auprès des Italiens. »

Baldini cherche alors par des expériences assez singulières à établir la bonne réputation des Pommes de terre. Il en fait cuire, en prépare des extraits qu'il distille, en obtient une liqueur assez acide pour verdir le sirop de violette et produire effervescence dans

1 . — « ZanoD, Délia coltivazione et dell* uso délie Patate », En Italie, la Pomme de terre s'appelle encore Patata.

les solutions alcalines. Il verse ensuite cette liqueur dans du sang humain, provenant de saignées, constate la coagulation du sérum^ et d'autres effets suivant la qualité du sang.

« Toutes ces expériences, ajoute-t-il, me parurent les plus propres à découvrir la nature des Pommes de terre et à nous permettre de concevoir ce qu'elles peuvent produire en nous. En m'appuyant sur ces observations, je crois pouvoir en librement déduire que la vertu des Pommes de terre est de celles qui délaient le sang visqueux, et cela avec lenteur, quand il est devenu tel, et qui lui font prendre une forte consistance lorsqu'il est trop liquide. Donc, les Pommes de terre doivent beaucoup contribuer à adoucir nos humeurs et à les rendre meilleures. Par conséquent, elles sont très utiles à ceux qui souffrent de la poitrine ou qpi peuvent avoir des suppurations, en raison de leur principe balsamique et fortifiant.

» Étant donné la valeur de ce végétal si communément déprécié, qui ne se fût empressé d'en favoriser la culture, surtout lorsqu'il faut reconnaître que ce n'est qu'avec lui quion peut conjurer la disette et fournir alors un aliment aux familles pauvres? Certaines gens diront peut-être : Les Pommes de terre ne conviennent qu'aux pays où le climat est différent du nôtre ; nous ne sommes pas sûrs qu'elles pourront produire des racines chez nous. Mais c'est une idée fausse, puisqu'en plusieurs parties de l'Italie où Ton en a planté, elles ont merveilleusement germé.

»... D'un autre côté, l'erreur populaire que les Pommes de terre engendrent des flegmes, est née de la mauvaise habitude que nous avons, les uns vis-à-vis des autres, de décrier tout ce qui n*a pas été consacré par la coutume. Et en attendant, les bonnes choses continuent à être discréditées.

]» ... Monseigneur Bâcher, évêque de la Marche d'Ancône, a fait une découverte qui devient fort importante, et qui pourrait le devenir infiniment plus, si la répétition de son expérience venait à en prouver la constance. En effet, il a remarqué que les Pommes de terre, au lieu d'être plantées au Printemps pour donner fruit en Automne, lorsqu'elles sont mises en terre aussitôt après la moisson, fleurissaient en Octobre et produisaient de gros et nombreux tubercules bons à récolter en Décembre. On tiendrait par suite les Pommes de terre en plus grande estime, si l'on avait la

certitude qu'on peut en substituer la culture à celle des Céréales, lorsque les moissons sont trop maigres, ou qu'elles sont détruites par la grêle, ou par tout autre fléau qui les frappe si souvent ».

On n'aura pas oublié^ sans doute, que, pour les mois de culture ou de récolte cités par Baldini, cet auteur n'avait en vue que ce qui devait se passer dans le Sud de l'Italie.

Nous arrivons au xix* siècle, qu'on pourrait appeler le siècle d'expansion de la Pomme de terre. Il n'y a eu d'arrêt dans cette expansion, qu'à partir de l'année 1845, en raison des graves désastres causés par la maladie, bien connue aujourd'hui et qui esl due à l'extraordinaire propagation d'un Champignon parasite nommé Phytophtora infestans. Mais les années suivantes, les attaques de la maladie n'ont pas tardé à faiblir quelque peu, ce qui a contribué à relever le courage des cultivateurs. Puis, quelques méthodes ont été. suivies pour tâcher autant que possible de se mettre à l'abri du fléau, et insensiblement la culture de la Pomme de terre a pris une extension nouvelle. Il serait fastidieux et sans grand intérêt de suivr%pas à pas, dans tous les États de l'Europe, les progrès successifs de cette culture. Nous nous contenterons de citer ici les constatations que nous avons relevées dans le récent ouvrage de M. Charles Baltet, L Horticulture dans les cinq parties du monde (1895), en faisant avec lui le tour de l'Europe.

« Angleterre. — Les Pommes de terre qui arrivent par la Tamise sont soumises au mesurage ou au pesage par un « swornmeter » avant le débarquement, puis transportées à leur marché spécial, Great Northern, et dans les magasins particuliers « Wharves », sur les rives du Fleuve, où elles sont soumises à un criblage de classement. Le Chemin de fer Great Northern a créé auprès de la Station King's cross Terminus^ dans le West-End, d'immenses docks où viennent se ranger et les wagons de Pommes de terre, et les véhicules des acheteurs. Ce débouché permet à notre Parmentière* de figurer aux tableaux de 1891 pour une superficie de 530,311 hectares, ayant fourni un rendement moyen de 119 quintaux à l'hectare. La surface est ainsi répartie dans la Grande- Bretagne :

1. — Od sait que François de Neufchâteau avait proposé de Dommer ainsi la Pomme déterre, en l'honneur de Parmentier. Mais ce synonyme n'est guère usité

Angleterre : 143,630 hectares;

Ecosse : 56,640 hectares ;

Pays de Galles : 15,370 hectares;

Irlande : 304,660 hectares.

La Production irlandaise a été de 30,855,900 quintaux.

» Jersey. — Dans une année, Ptle a produit 50,000 tonnes de Pommes de terre, récoltées sur 125 hectares et livrées immédiatement à la consommation.

» Belgique. — Nous pouvons dire que si l'Europe produit pour 3 milliards 500 millions de Pommes de terre, la Belgique consacre à cette Solanée 6,77 pour 100 de son territoire, et dépasse ainsi la proportion des autres États européens... Un bon paquetage est indispensable. Les cultivateurs de Saint-Trond qui expédiaient jusqu'à 5,500,000 kilogrammes de Pommes de terre en Angleterre, ont perdu une partie de leur clientèle par suite d'un triage incomplet des tubercules et d'un emballage trop primitif; ils ont dû y remédier.

» Hollande. — La province de Grbningue cultive surtout la Pomme de terre ; le rendement moyen y atteint de 180 à 250 heclitres à l'hectare, évalué de 1^- à 1 fr- 50 pour la féculerie. En 1892, la Hollande consacrait à la Pomme de terre 152,064 hectares, rapportant 33,165,697 hectolitres.

» Danemark. — La Pomme de terre occupe 52,000 hectares dans les champs et les jardins, et rapporte 5,000,000 d'hectolitres de tubercules.

» NoRwÈGE. — En 1890, la Pomme de terre couvrait 36,000 hectares et fournissait 10,000,000 d'hectolitres de tubercules.

» SuEDB. — La nourriture de la population est constituée, en grande partie, par la Pomme déterre; elle y fut importée en 1725; depuis sa culture s'est développée à ce point qu'elle occupe actuellement 160,000 hectares sur 200,000 consacrés aux légumes, sur Tensembledu territoire. La production annuelle atteint 20,000,000 d'hectolitres, dont 3,000,000 pour la distillation. Parmi les 250 ou 300 sortes connues ou expérimentées, la mieux caractérisée porte le nom de Pomme de terre Munsô; puis la variété Suartsjôy et quelques types également indigènes.

» Russie. — La Pomme de terre est de préférence élevée en plein champ. Elle est aussi cultivée parmi les primeurs.

D GnàcB. — La production de la Pomme de terre dépasse aujourd'hui la consommation y et le trop plein se dirige vers la Turquie.

» Bulgarie. — La culture des Pommes déterre commence seulement à se répandre, la région montagneuse étant quelque peu en retard.

» Autriche-Hongrie. — En 1891, il est entré à Vienne 20,000 wagons de Pommes de terre... La Pomme de terre est populaire, tout en étant restreinte pour les variétés. On en transporte par charretées vers les agglomérations de population et les marchés. Les calculs de la Statistique classent le territoire autrichien secqnd parmi les États de FEurope, d'après la surface consacrée à la Pomme de terre. Cette Solanée occupe 4,8 pour 100 de l'étendue des terres cultivées, ce qui place TAutriche-Hongrie entre la Belgique et la Hollande, où le sol est mieux utilisé. L'Autriche produit pour 600,000,000 de francs de Pomme de terre par an.

» Allemagne. — La Pomme de terre figure dans tous les districts sous plusieurs variétés ménagères, fourragères ou féculières. La Statistique de 1883 fixe l'importance de cette culture à2, 907, 400 hectares, soit 5,4 p. 100 du territoire, et la production à 249,000,000 de quintaux. Le rendement actuel a conservé sa moyenne de 769,14 par hectare.

» Suisse. — La Pomme de terre dépasse 9,000,000 d'hectolitres : les arrivages allemands et français comblent l'insuffisance de la récolte.

» Italie. — La Pomme de terre forme deux séries : la première récolte est pour les amateurs de primeurs; la seconde, plus commune, arrive encore de bonne heure sur les marchés d'Europe et d'Afrique. La surface totale cultivée, en Italie, en 1890, était de 175,000 hectares, ayant produit 7,500,000 quintaux de tubercules.

» Espagne. — Dans les provinces du centre, les Pommes de terre approvisionnent copieusement les marchés.

» Portugal. » La Pomme de terre se plaît dans les sables de l'Alemtejo et fournit, en année ordinaire, 3,000,000 d'hectolitres de tubercules. »

Nous ne pourrions, faute de documents, suivre les difi^érents progrès qu'a faits la culture de la Pomme de terre dans les autres parties du monde. Mais nous croyons ne pas devoir terminer ce

chapitre sans faire connaître les constatations récentes qu'a publiées M. Charles Baltetdans son même ouvrage.

« Le Cap. — La production d'une année : 270,000 hectolitres de Pommes de terre.

» Australie. — La Pomme de terre fournit 30,000 tonnes (Australie méridionale).

» Tasmanie. — La Pomme de terre constitue une spécialité pour la Tasmanie, depuis que Tîle a été colonisée : de grandes quantités en ont été apportées dans les Gouvernements voisins. Les Pommes de terre de Brown-River sont supérieures à toutes les variétés renommées de l'Angleterre et de l'Amérique; Cucular-Head et la Côte nord-ouest fournissent aussi de gros tubercules. La production de 1891 a monté à 73,158 tonnes anglaises; Tannée précédente, il en était exporté 33,386 tonnes estimées à 101,047 livres sterling, la plus grande quantité aux Colonies australiennes de Victoria, de la Nouvelle-Galles du Sud et de l'Australie méridionale.

» Canada. — La Pomme de terre trouve au Canada des sols légers, sableux, bien égouttés, qui lui sont favorables. Parmi les recommandables, la précoce Early-rose et la tardive Garnett-Chili sont répandues partout; puis. Hâtive de Vermont, Hâtive (TOhiOy Flocon de neige, Chicago-Markety Saint-Patrick^ Rose tardive^ Mammoth'Prolific^ ClarKs^ Puritan^ Polaris,

» Etats-Unis. — La Pomme de terre, classée immédiatement après les Céréales, vient partout, mais mieux dans la région septentrionale, pour le rendement et la qualité; les autres contrées vont s'y approvisionner des éléments de plantation, La ville de Cambridge, Etat de New-York, est un centre pour cette sorte d'affaires. La température des États du Sud et du Centre nuit au développement complet du tubercule; il atteint au contraire de belles proportions dans les sols irrigués des Montagnes Rocheuses. La production annuelle est évaluée à 500,000,000 de francs. Les Etats supérieurement cotés sont : New-York, Pensylvanie, Ohio, Michigan, lowa, Illinois, Visconsin, Indiana, Minnesota, Missouri, Kansas, Nebraska, Californie, Dakota, Oregon, Montmédy, Washington. La variété dominante est Early rose. Le rendement moyen peut atteindre 500 boisseaux de 36 livres par acre de 41 ares. Sont également propagées partout les précoces Early Ohio y Early Maine^ et Lee' s Favorite\ puis Gem, Surprise^Beauty ofHebron. Parmi les

tardives, While Slar est à grand rendement et plus fine en qualité que leâ bonnes Mammoth Pearl, S^-Patrick, Grange.

» D'une façon générale, la plus grosse récolte est celle de la Pomme de terre. Une moitié de la superficie des fermes à légumes est consacrée à cette plante, dont les tubercules de semences sont souvent récoltés dans les États du Nord, spécialement celui de New- York. Ces tubercules, qui arrivent à une bonne maturité en Août, peuvent être replantés en Octobre ou Novembre par le cultivateur du Sud : la garde des tubercules de Mai jusqu'à cette date serait difficile dans le climat du Golfe. La Pomme de terre universellement cultivée est VEarly-rose^ très appréciée auxÉtats-Unis comme Pomme de terre potagère. Le sol qui la produit est fortement fumé, et le produit net à Thectare est de 700 à 800 francs. Depuis 1880, la valeur de la production a doublé.

» Mexique. — Les Pommes de terre sont installées seulement à la portée des villes et des ports de mer.

» Venezuela. — La Pomme de terre rend 30,000 kilogrammes à l'hectare.

» RÉPUBLIQUE Argentine. — La Pomme de terre fournit 400,000 kilogrammes à l'exportation.

» PÉROU. — [Région de la Sierra, partie montagneuse et culminante du Pérou, Cordillères des Andes) : Les indigènes des parties élevées du versant occidental de la Cordillère désignent sous le nom de Curo, la Pomme de terre sylvestre, distincte de celle qu'ils cultivent, appelée Papa. Par sa partie aérienne, le type primitif ne s'éloigne guère de l'espèce améliorée, mais ses tiges souterraines s'étendent considérablement. Quand les Indiens labourent la terre, ils recueillent un grand nombre de tubercules que la charrue met à découvert; puis ils parquent leurs porcs sur le terrain labouré. A 3,000 mètres d'altitude, le sol accidenté du Département de TAucucho est encore favorable à cette Solanée. Une variété spéciale « Chancha » est d'une grande précocité. Dans le Département de Puno, sur les bords du Lac Titicaca^ on conserve les Pommes de terre d'une récolte à l'autre, en les séchant au soleil ou en les soumettant à l'action de la gelée, ce qui constitue un insipide aliment qui ne peut être mangé que par les indigènes, ou par des affamés qui ne disposent de nul autre comestible. On le désigne sous le nom de « Chudo ».

» {Région de la Montana) : La Pomme de terre se présente sous différentes formes, rondes ou oblongues, jaunes ou violettes, et de moyenne grosseur. Propriétaires et Colons en tirent bon parti. »

M. Baltet a oublié de nous renseigner sur la situation où se trouve la culture de la Pomme de terre au Chili. Des renseignements particuliers nous permettent de dire que cette culture est en voie de progression, aussi bien pour la qualité des tubercules que pour leur rendement.

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