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X. " CHOIX DE VARIÉTÉS AGRICOLES POUR LA PLANTATION

Ce choix a une grande importance, en raison du plus ou moins de production des variétés. A la fin du siècle dernier, on avait déjà reconnu que certaines variétés étaient plus utilisables que d'autres pour la grande culture, et Ton avait déjà commencé à se rendre compte qu'il y avait un intérêt majeur à se préoccuper du rendement. Ces tendances n'ont fait que s'accentuer avec le temps, et les désirs de l'Agriculteur se sont trouvés peu à peu avec ceux de l'Industrie en conformité d'intérêts. Des évaluations expérimentales ont fini par s'établir dans les cultures soignées, et aujourd'hui telle variété est estimée d'une façon précise, à la fois par son rendement en poids de tubercules à l'hectare et son produit net en fécule. Il y aura par suite toujours là un mouvement à suivre, en raison de l'affaiblissement du produit des variétés existantes et de la force nouvelle dont seraient douées les variétés nouvellement créées.

Nous nous en tiendrons ici à ce qui se passe actuellement dans le mouvement de ces variétés, les anciennes n'étant plus intéressantes à connaître à ce titre. En 1892, dansLe^ Plantes fourragères^ M. Heuzé citait comme variétés de grande culture, recommandées aux Agriculteurs : ldLS/iaw[oix Chave), la Ségonzac [ow Saint-Jean), la Rose hâtive [on Early rose), la Patraque jaune (ou Grosse jaune)^ la Saucisse (ou Généreuse), la Chardon^ la Magnum bonum, la Van der Veer, la Champion (ou Champion d Ecosse)^ la Farineuse rouge (ou Boule de farine, ou Red Skinned flour ball)^ et la Patraque blanche (ou Ex-Noble, ou Grosse blanche) dont on commençait à abandonner la culture. De son côté, en 1893, M. Henry de Vilmorin signalait dans sa Conférence précitée, comme Pommes de terre

fourragères à recommander pour leur bonne productivité, les variétés suivantes : la Chave ou Shaw (et ses quasi synonymes, la Saint-Jean, la Ségonzac, la Deuxième hâtive des environs de Paris) ; la Chardon^ la Jeuxey (Jeancé ou Vosgienne); la Canada; Y Institut de Deauvais; la Merveille d'Amérique ; la Meilleure de Bellevue. Il citait ensuite comme Pommes de terre industrielles : la Richters lmperator\ la Géante sans pareille \ la Farineuse rouge (ou Red Skinned flour bail); YAspasie, de M. Paulsen; la Géante bleue (ou Blaue Riesen). M. H. de Vilmorin faisait ensuite connaître les résultats suivants d'expériences comparatives, faites dans sescultures expérimentales à Verrières, avec ces dernières variétés.

Poids de tubercules Fécule Fécule

à l'hectare (en kilogr.) p. 0/0 à Thectare (en kilogr.)

Géante bleue ......

Imperator

La Meilleure de Bellevue .

Géante sans pareille

Canada . .

Aspasie* .......

Farineuse louge 23,150 16.7 3,850

M. Aimé Girard, dans ses Recherches sur la Culture de la Pomme de terre industrielle et fourragère^ que tout Agriculteur ne peut manquer de consulter pour se rendre compte des meilleurs procédés à employer dans ses travaux, avait déjà publié, en 1889 et en 1891, les résultats comparatifs de ses cultures expérimentales à Joinville-le-Pont et à Clichy-sous-Bois, obtenus en 1888. Nous en extrayons le tableau suivant qui nous paraît très instructif :

Richter's Imperator (4 ares cultivés).

Id. (1 hectare) ....

Id. (2 ares)

Id, (2 ares 50 centiares).

Red Skinned (2 ares)

Id. (2 ares) .....

1. — «Le rendement de cette variété s'est trouvé, en 1892, plus faible accidentellement qu'il ne l'avait été en 1891 ».

Rendement à l'heclare

eo poids

en fécule anhydre

(kilog.)

(kilog )

ares 50

Rendement à l'hecUre

Red Skinned Magnum boDum .

centiares).

en poids

(kilog.)

en fécule anhydre (kilog.)

Gelbe rose

Id.

Aurora. .

ares 50 ► ares).

centiares).

Alcool ....

Jeuxey

Id.

Id.

Idaho . .

ires 50

1res) ,

ares) .

centiares) .

Magnum bonum

Kornblum .

Canada* . •

Eos

Aurélie

Infaillible. . .

Fleur de pécher Daberche .

Rose de Lippe

Van der Weer

Boursier

Chardon . . .

Ce Tableau nous apprend que le rendement à rhectare, bien que les cultures aient été Tobjet des mêmes soins, varie dans d'assez notables proportions : cela peut, en effet, dépendre de la nature du terrain, de l'exposition, dé la qualité môme des tubercules plantés, des maladies dont ils peuvent être atteints, etc.; ensuite que, nonobstant ces différences dans la productivité des mômes variétés, il existe, entre les diverses variétés des différences très sensibles dans le produit à l'hectare et dans celui de la fécule. Entre Y Imperator et la Chardon^ la différence est de moitié !

On ne doit pas être surpris que M. Aimé Girard ait été frappé de ces résultats et ait été naturellement conduit à préconiser la culture de la première de ces deux variétés, qui l'emportait pour le rendement sur toutes les autres.

« Parmi les variétés que j'avais cultivées dès 1885, dit M. Aimé Girard, il en était une particulièrement remarquable, qu'un cultivateur regretté, Boursier, de Compiègne, avait à peu près à la même époque que moi, importée d'Allemagne, mais dont la con-

naissance était restée limitée à son voisinage. A cette variété on donne le nom de Richter' s Imperator -, je Tavais vue, dans de bonnes conditions de culture, fournir à l'hectare 40,000 kilos et même 44,000 kilos de tubercules riches, quelquefois, à près de 20 pour 100 de fécule.

« J'ai pensé que de si hauts rendements feraient sur Fesprit de nos cultivateurs une impression profonde, et j*ai été ainsi conduit à prendre celte variété comme type pour la vulgarisation des procédés culturaux dont Texpérience m'avait fait reconnaître Tefficacité.

« Je trouvais ainsi l'avantage de faire connaître, à la fois, d'un côté la meilleure variété rencontrée jusqu'à ce jour, d'un autre les procédés nécessaires à la production des hauts rendements.

« Sur la récolte faite en 1888 à Joinville, j'ai été autorisé par M. le Ministre de l'Agriculture à prélever 6,000 kilos de plant sélectionné par mes soins pour en confier la culture à une quarantaine d'agriculteurs qui, répartis sur divers points de la France, voulaient bien apportera la poursuite de Tœuvre que j'avais entreprise le concours de leur haute expérience.

« Ces 6,000 kilos ont été distribués par lots de 100 à 300 kilos, permettant par conséquent de planter, suivant les données indiquées par mes recherches sur la culture de la Pomme de terre, des surfaces de 3 à 10 ares. C'est d'ailleurs vers des régions diverses, principalement vers le Nord, l'Est et le Centre, que ces lots ont été dirigés. Les résultats obtenus par mes collaborateurs ont, en général, dépassé mes espérances... »

Il y a lieu de féliciter M. Aimé Girard d'avoir entrepris cette campagne, féconde en résultats productifs, en faveur de Vlmperator. Cette variété, du reste, a des qualités intrinsèques qui la recommandent à tous les cultivateurs. Elle a figuré d'abord sur des Catalogues horticoles de bonnes maisons qui la préconisaient comme variété potagère, en raison de sa chair légère, très féculente et de bon goût. On peut dire même qu'elle est supérieure à ce titre aux autres variétés agricoles, qui presque toutes sont fades et se ramollissent par la cuisson.

Mais les beaux résultats que nous avons cités plus haut avaient été tous obtenus^ avec VImperator, en terres fertiles. M. Aimé Girard a demandé à plusieurs de ses collaborateurs de vouloir

bien en essayer la culture en terres médiocres ou pauvres. Or les résultats de cette culture ont été encore très rémunérateurs : ils ont varié, comme rendement, de 17,000 à près de 20,000 kilos à rhectare, avec 17,16 à 19,92 pour cent de fécule, soit à Thectare de 3188 à 5202 kilos de fécule. D'après des calculs établis par M. Aimé Girard, les terres médiocres peuvent ainsi fournir une récolte à'Irnperator d'environ 756 francs à l'hectare .

Toutefois cette excellente variété ne serait-elle pas appelée à dégénérer, si Ton continuait de la cultiver, même sur des sols différents, chaque année, en se servant pour cela de tubercules pris dans la récolte précédente? M. Aimé Girard, pour répondre à cette question, a cultivé pendant cinq années successives, de 1886 à 1890, Vlmperator^ en appliquant ce système. Les rendements obtenus ont été variables, mais celui de 1890 était supérieur à celui de 1886. M. Aimé Girard en conclut que c'est à la négligence apportée au choix du plant, que la dégénérescence dont on s'est plaint dans certaines cultures doit être imputée : elle est accidentelle. Il serait, en effet, très surprenant qu'une bonne variété, d'obtention récente, pût dégénérer si rapidement.

Actuellement, ÏImperator conserve encore sa bonne réputation. Mais voici qu'apparaissent de nouvelles variétés allemandes, dont nous avons donné les noms dans un précédent Chapitre, que Ton annonce comme pouvant rivaliser avec elle, ou même la surpasser. Il faut attendre que des essais comparatifs soient établis de façon à ce que cette question soit clairement élucidée.

Nous croyons ne pouvoir mieux terminer ce paragraphe qu'en reproduisant ici le résumé des conseils, que donne M. Tibulle Gollot, un de nos plus intelligents Agriculteurs, dans une Note récente sur la Culture de la Pomme de terre. « Cette culture, dit-il, ne peut donner de grands rendements, et, par conséquent, ne peut être lucrative qu'autant qu'on observera les conditions suivantes : Choisir des variétés nouvelles, appropriées au but que Ton poursuit. Déterminer par essais répétés les races convenant le mieux au sol dont on dispose. Ameublir, par des façons culturales bien faites, les terres destinées à la plantation. Ne pas ménager les engrais, et surtout les engrais phosphatés. Planter à des distances convenables. Tenir le terrain propre de mauvaises herbes par des façons culturales, à la houe à cheval entre les

lignes, à la main entre les poquets. Dans ces conditions, à moins d'une année absolument défavorable, on est certain d'obtenir une récolte abondante et rémunératrice ».

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