III. Moyen d* éviter le diàtimeni. — «c Si tous tous
<i repentez véritablement , jeûnez Pleurez sans
-a cesse et vos péchés et vos malheurs avec ces « mêmes yeux qui vons les ont causés. Tout ce que « janaais ils ont eu dé vain, d'arrogant, d impudique, « qu'il soit noyé aujourd'hui dans leurs larmes. Que « Yotre bouche, qui a si longtemps été l'organe du <( diable pour blasphémer mon nom, pour blesser ix l'honneur de vos frères, ou pour les porter à mai- « faire, lamente ses propres péchés, avec un yœa € solennel de ne vaquer plus désonnais qu'à la célé- « bration de ma gloire y à l'édification de vos pro- « chains, à l'instruction de vos domestiques. En un <t mot, que tous vos membres, qui ont servi jusques ici « d'instruments d^iniq^idté au piehé « servent doréna-
136 mcBBi. ts wàxamam»
« ymi d'instrum^ts de justice. » Mais que tout cela Éoit sincère ; offrez la moelle et non Técorce; car mi ne peut en imposer' à Dieu. Changez de vie. AkNrây4it Dieu, je vous accueiiieiai, e( vous me tiouYerez plus abondant en gratuités qae vous ne l'avez été en ingratitudes.
Malheur à ceux qui s'endurciront! Car, la tempête Tenue, ils auront beau crier; leurs cris, n'étant soutenus [)ar aucun changement de vie et de cœur, m seront point entendus. Arrachons donc le mal qui est en nous; arrachons-en, s*il le faut, jusqu'à nos propres entrailles; extirpoos soigneusement le mal qui se cache.
« Les ennemis de Dieu, qui nous mesurent à leur (c aune, nous calomnient d'ordinaire quand nous jeu- « nous, et disent que c'est pour quelque grande en- « treprise contre nos concitoyens ou contre l'État. « Mes £rères, ce n'est pas assez que^ par notre iidé* «c lité au service du roi et de notre patrie, nous lea « fassions mentir ; il faut encore , si nous pouvons , a tirer pmfit de cette calomnie. Ils parlent d'entre» « prise : faisons* en une, non telle qu'ils la disent a (Dieu nous envoie plutôt la movl et tout ce ejue « leur passion nous souhaite de pis!), mais chré- « tienne, s{Mrituelle, digne du nom que nous pora tons, qui sera d'amender tellement notre vie que Cl nous mortifiions tout à fait notre chair et nos ooih m yoitises, que nous ammumê priionmèru imUe$ nw $i passians ouo» pieds de Jésits^ Christ , que nous ga- « gnmn&y par nos vertus, tous nos frères à Dieu^
«t que nous érigions en nos jours, à la gloire do « i\bvangile et à la consolatiou de la postérité ^ ua « grand et magnifique tropliée de nos -vices et de « leurs erreurs, et que, respirant tous ensemble un « même zèle, aussi bien qu'un même air, nous «c emportions par force et par tioknee le royaume dee « cieu$i, »
Recommandations particulières : Pardonnez à vos
ennemis ; restituez le bien mal acquis ; renoncez aux voluptés chamelles; abstenez- vous de la médisance; artisans, travaillez pour nourrir vos ^milles; riches, secourez rEgli^e et les pauvres; pères et mères, que vos maisons soient de petites Églises ; consacrez vos cnfonts à Dieu et iiourrtssez-Ies de sa parole.
« Vous tous, chrétiens, avec votre salut, procurez a celui de vos frères 1 Que lé voisin veille sur son c voisin, non par curiosité, mais par charité. Qu'il c ne vous arrive jamais, comme à Gain, de dire: a 5ttM-^ la garde de mon ff^? Oui, vous Tètes, el tt ce vous est beaucoup d'honneur d*être, coaHue les « anges, eiwa/géM paur^serrir^ pour l'amour de ceux qui « dohetH recevoir ^héritage du eaUuL
a £t vous qui avez le pouvoir et l'autorité
• publique en main, quand on vous avertit qu'il y a « des personnes scandaleuses dans la ville , qui corci rompent la jeunesse, qu'il se fait des débauches où « vos habitants se ruinent, qu'il est entré des violons « ou Ues comédiens et d'autres tels ministres des vo- « hiptés et des dissolutions publiques, jetez prompte^ « ment tout cela hors de vos murailles, afin que.
138 MICHEL LB FàUCHVIR*
« par votre indulgence, on ne fasse point de la « maison de Dieu uu bi elaii, un cabarel ou un autre « lieu infâme. Si cet horloge public se détraque , « on ne s'en prendra ni à la faibl de ses resa sorts I ni au défaut de ses poids et de ses roues , « mais à vous seuls ^ qui avez la cliarge de le con- « duire. Quand, au contraire, vous tiendrez la main « à faire que la ville soit exempte de toute dissolu* « tion , la sainteté publique sera votre louange parce ticulière. » , Alors non-seulement nous serons préservés des ehètiments de FËternel, mais TÊglise étendra ses limites. Qu'est-ce qui la retient dans des bornes si étroites? C'est le spectacle de notre vie. « On récite <t que Stralonicus, marchant, en une saison très ar- • <c dente, par des déserts, avec une fort grande soif» « et ayant rencontré un fossé plein d*eau, s'enquit « d un paysan si elle était bonne. — Nous n'en bu- « Yons point d'autre, répondit-il. — Sur quoi, lui, « regardant le visage pâle, jaune et h&ve de ce pau» « vre homme : A compte, répliqua-l-il , elle ne « vaut rien ; et il n'en voulut point boire. Qu'est-ce « qui empêche les adversaires d'embrasser la relire gion, que la face hideuse de notre vie? A notre c occasion, malheureux que nous sommes, tous les « jours le saint nom de Dieu est blasphémé par eux, « au lieu que nous devriouâ les couliaïudre de dire, «t en voyant la pureté de nos mœurs et les preuves .« de notre zèle : Voilà sans doute une bonne et sainte « religion, puisqu'eUe produit de tels fruits. »
MICBIL d F4UGBIUR. fîl9
Que ceux qui oDt été lâches deviennent vailianls, conune le soldat qui, ayant failli, rachète sa faute par
des actions de valeur! Que les innocents, s'il en est, s'excitent à bien vivre !
A tout prendre, ce discours n'est remarquable ni par la conception générale, ni par la composition. On peut en dire autant de tous les discours de Le Faucheur : c'est dans le détail, dans l'exécution, qu'il fout chercher son principal mérite. IL a dans la succession des idées cet écoulement rapide, où le flot presse le flot, ou, si Ton veut, cette jonction serrée des membres par des articulations vivantes et d'un jeu facile, en un mot, ce mouvement continu qui est essentiel à l'éloquence. Le discours que nous venons d'analyser est, sous ce rapport, égal à lui-même d'un bout à l'autre; mais quant à l'intérêt des idées, on n'en peut pas dire autant. Peut-être cela était-il difficile à éviter. La partie des griefs et des repro- ' ches était, en elle-même, plus propre à frapper l'esprit et à fixer l'attention; ce qu'il y a de sûr, c'est que les grands traits et les grands mouvements sont dans cette première partie.
Il semble que l'auteur n'ait pas senti assez la né* cessité de renouveler par la tournure ou par les idées accessoires le fonds des deux dernières parties. C'était difficile , mais fort important. On dira qu'en Soi-même rien n'est plus touchant que les menaces de la deuxième partie et les instances de la troi* sième. Je réponds, d'une part, que des griefs spé-
140 WCnt LE FAUGBm.
ciaux et bien articulés ont, sous le rapport oratoire ^ vi grand .avantage; en second Heu, que rien n*a plus besoin d^être renouvelé pour la forme que les menaces et les exhortations. La partie des menaces, dans oe sermon, a l'avantage d* être spéciale. La partie suivante n'a pas cet avantage et roule lout entière sur le lieu commun. L'énumération des devoirs à remplir et des classes de personnes appelées chacune à des devoirs particuliers^ n'a pas l'intérêt ni la grandeur d'un appel collectif.
Taîmerais , d'ailleurs , qu'on ne recommandât pas immédiatement des œuvres, mais des principes, des sentiments, une manière^ non de faire, mais d'être. FatVe vieni d'^(re, e< faire no«« fott éirt. Ce point ,dô vue me parait trop négligé dans la prédication de eette école. Sans méconnaître que les œuvres sont des manifestations de l'état de l'âme, ils font un peu comme s'ils le méconnaissaient : ils s attaquent aux .œuvres et remontent trop rarement à la source.
La diction , et particulièrement la structure de la phrase^ ont reçu dans ce discours des soins qu'il est fiftcile d'apercevoir. Ce n'était pas un petit mérite alors. La phrase française n'était pas encore formée» La seule chose qui ait feit vivre le nom de Balzac est d'avoir contribué à la former ; mais on peut con** tester à sa période la qualité oratoire. Le Faucheur a très bien assorti la forme et te mouvement de sa phrase à l'esprit et aux besoins du genre oratoire. £ile a bien le rhythme du genre*
Il a heureusement employé son imagination |.
lUCHJEU. LB FAUCHEUR. |(1
eomme un eoin, à frapper de vives empreintes de ses idées. Quelquefois pourtant ce sont plutôt des traits d'esprit que des éclairs d'imaginatioii , et les rapprochements sont quelquefois plus ingénieux que naturels. Les souvenirs classiques de Tantiquité, qui était très femilière aux prédicateurs de ce temps, maïs surtout à Le Faucheur, font trop souvent les irais de ces rapprochements, et, du moins à notre point de vue, donnent à son éloquence quelque diose d'un peu gourmé.
Gtons-en quelques exemples :
« Thémistocle fit autrefois punir de mort , par un • décret public, un truchement venu en la ville « d'Athènes , à la suite des ambassadeurs du roi de « Perse, pour avoir osé employer la langue grec- « que à exprimer les commandements des Barba- « les; et Dieu ne nous punirait-il point de ce que a nous employons tous les jours contre lui cette « langue que nous avons reçue de lui, faisant servir « Torgane de sa gloire aux blasphèmes de son ad- « versaire. »
c Comme anciennement les Romains , assiégeant
« une ville, en évoquaient premièrement les dieux, « qu'ils croyaient en être les protecteurs, aussi Satan « a toujours tâché d'évoquer du milieu de nous la « concorde, vertu tutélaire de cette Église et la « mère de sa sûreté, pour nous surmonter ensuite « sans peine. »
« 11 y en a tel qui dierche à s'en venger (des € censures des pasteurs) par les injures et par la mé-
« dîsance. Ainsi dit-on que les Tartares tirent des
« flèches contre le soleil , quand il les picque avec « des rayons trop ardents^ et que le singe casse le « ftiiroir où il Toît sa laideur (1). »
Eu somme y Le Faucheur me parait un fort bon prédicateur parénétique. Dans l'exhortation et dans l'inslance, il a la vivacité, la rapidité, la franchise, l'abondance et en général la mesure, qui est une condition de la force. Par exhortation, je n'entends pas la prédication d'appel au sens du réveil religieux^ c'est-à-dire la prédicatiou adressée aux non- convertis. Chez les prédicateurs du dix-septième siècle, on ne voit pas cette distinction entre les convertis et les non-convertis. Pour eux l'auditoire est homogène. La distinction est entre ceux qui vivent bien et ceux qui vivent mal. Il y a une grande analogie entre leur point de vue et celui des prophètes de Tancienne alliance.
Le Traiié de i action de l'orateur, de Le Faucheur, a été attribué à Gonrart (2). Il est plein d'atticisme et fort agréable à lire. On peut dire autre chose sur le sujet, mais on ne peut pas dire mieux. Le faucheur V donne le résultat, non-seulement de sa lecture, mais de sa pratique. On y trouve une connaissance approfondie de l'antiquité.
(0 Ces trois oxomple? sont tirés du dernier sermon analjftê. (Sermonê êur tfivers texlt s, tome 1, pages 3fiti, ico et 387.)
('2) Ce Traité^ donl U première édilion est de i657, fui attribué fausscmeni à Gonrart par CraoMHftf dans rédilion qu*a en donna en ittae. L'erreur a été relevén, dès l'année 1M8, danala prdkce des Œuvre* poêthwmeg de CUmde* (^É^Utemn,)
JEAN IIESTREZAT. ,
Jean Mestrezat^ né à Genève en 1592, mort à Paris en 1657, la même année que Le Faucheur, se distingua par un développement précoce. A dix-huit ans , il était déjà professeur de philosophie à Sau-^ mur. Il fut appelé très jeune à Gharenton (1) comme pasteur, sur Taudition d un seul sermon. Il se rendit célèbre par des conférences ou disputes publiques, où il fit preuve de hardiesse et d'habileté.
L'admiration qu il avait excitée à son début se soutint pendant toute sa carrière. « 11 n'y a point , « dil liaylo, de sermons qui contiennent une théo- « logie plus sublime que ceux qu il prêcha sur « rÉpitre aux Hébreux. On dit qu'ayant rencontré tt dans la me un ecclésiastique de sa, tomiaissance « qui avait prêché un Carême avec applaudissement/ ic et Ten ayant félicité : J'ai {nis dans vos sermons, a lui répuudil l autre , tout ce que j'ai dit de meil- « leur (2). » Sa théologie pouvait, en. effet, se con*
(i) Charcntoo, à deux lieues de Paris, accordé pour le cu\u^ en ttot. (2> JHctionmir$ Matorigue et critique, Arlicle : Mesirezat,