JEAN MSSTBEZAT
vertir facilement en éloquence. Il suffisait pour cela
de passionner les argaiiients, à la manière de Bourdaloue » dont la dialectique est toujours oratoire ; mais Hestrezat n'en prend pas la peine, et nous ne comprenons guère aujourd'hui qu'une vogue soutenue ait pu s'attacher à ses prédications.
Ce qui , à notre avis , le distingue , c'est d'abord une saine et belle théologie et une connaissance approfondie du système de la religion; ce sont des pensées larges et élevées , qu'il ne doit pas exclusivement à la nature de son esprit,, mais auâ^ à la scrutation attentive de l'Évangile et à la force de sâ méditation. 11 b eiève parfois a une hauteur de vues et à une respectueuse hardiesse , qu'on ne trouve pas d'ordinaire chez ses ccmtemporains. Aucun d'eux , par exemple , ne rend hommage comme lui à la valeur de la preuve interne ou immédiate de la vérité religieuse. Cett^ preuve n'est pas identique pour tous : TeiTet en est subordonné à un certain état de l'Âme; mais dans ces limites elle est très forte, elle est la plus forte, et si l'on ne commence pas toujours par là, c'est en tout cas par là qu'il laut finir, /avais oui parkr de toi de mes oreilles y mais maintenanl mes yeux t*ont vu. (Joh, XUI, 5.) Cette idée est impliquée dans le passage suivant, tiré du premier sermcm de Mestreeat sur rÉpitre aux Hébreux : .
« Je dis donc, pour revenir à cette Épitre aux c Hébreux, que, bien que nous ayons grande obli* « gation aux anciens Pères grecs , qui ont universel-
« lemenl tenu celle éphre œmme divine , et qui « fioaiement ont été suivis de tous les latins; néan* « moins maratenant nous disons franchement que u ce n'est plus pour leur témoignage que nous la « croyons diviue, mais pour elle-même, et pour sa « lumière céleste qui resplendit aux yeux de nos en-^ (c tendemenls. £t faisons ici ce que jadis un ancien « disait : Nous mettons en avant la majesté des Ëcri- « tures, S! Tantiquité d*icelles ne suffit à montrer <i leur divinité. Nous mettons en avant la majesté « sublime de cette épitre, et proposons la merveille « des révélations qui y sont ( onteniiee , lesquelles « ne ressentent rien de Tesprit humain. »
Quant à la manière dont Mestrezat traite ses textes, elle ne diiïère pas par la nature, mais par le degré seulement, de la pratique constante des pré'^ dicateurs de cette époque. Nous avons vu chez Du Moulin et chez Le Faucheur une iidélilé respectueuse à suivre pas à pas rÉcriture; mais plus qu'aucun Mestrezat serre énergiquement et interroge avec obstination chacun de ses textes, s'y tenant collé d'un bout à Fautre du discours. Une analyse exacte sans sul>lilité et sans minutie met en valeur et en relation mutuelle les différentes parties du texte, saAs que Tauteur vise à une unité factice. Le tissu du discours est serré, le dessein ferme et constamment suivi ; la traversée est laborieuse pour le lecteur et ne s'accomplit pas sans un 'certain effort. Si une prédication pareille ne fatiguait pas alors,
comme elle fatiguerait aujourd'hui, il faut croire
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qu alors les facultés logiques el Tinstrument dialectique étaient plus généralement cultivés. La pensée se portait sur moins d'objets , mais avait plus d'intensité. Les gens du monde faisaient leur lecture favorite d'ouvrages que nous ne lirions aujourd'hui qu*à titre d'étude, et la prédication même était sous ce rapport une vigoureuse palestre.
La manière d'écrire de Mestrezat esi vénérable ^ mais rteiî de plus; son style est inculte; sa parole grave, mais pesante et nullement oratoire. C'est, à tout prendre» un commentaire, dans lequel on a mis infuser un peu de rhétorique , bien peu : quelques apostrophes, quelques transitions en font la façon. Le sentiment oratoire et le vrai tact de la chaire semblent manquer à Mestrezat. Même dans les sujets de morale, où l'on s'attend à rencontrer un style phis actif et plus agressif, il se borne d'ordinaire à exposer, ou bien il entremêle Tapplication et l'explication, sans souci du lieu et de la gradation. Il a Tair de penser que la vérité se ^suffît toujours à elle-même.
Du reste, il ne fait pas de l'érudition ni de la dialectique en pure perte et pour s'amuser. Il n'est ni scolastique ni aitiiicici. liiiiiii il controverse sobrement et à propos.
En résumé , Mestrezat est grave , mais point touchant; il n'est pas orateur, comme Le Faucheur, et ne songe pas à l'être; mais il est très bon à étudier pour ia douLime, pour les pensées, pour le raisonnement.
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Passons maintenant à Tanaiyse de quelques-uns de ses discours, et d'abord de sob sermon sur Hébreux, lîï, 1,2: Parquoi, frères saînis^ qui éies partkipantê de la vocation céleste^ comidérez ra^pôire il souverain soerifiaUeur dê notre profeuion^ Jétm-ChriUy qui est fidèle à celui qui ia établi , ainsi que Mme «iwst élaii fidéU en toute la maiion ^ieelui (i).
L'orateur commence par un exorde de dix pages {^). — Tout ce qu'il y a de bon et de beau dans les créatures ne saurait, étant rassemblé, four» nir un terme de comparaison la perfection divine y qui offrirait toujours quelque chose au delà, n y aurait toujours la différence du pîncipe aux effets; en louant ces choses, c'est Dieu même qu'on loue; il n'y a donc proprement pas de comparaison. Autant en faut-il dire de Jésus-Christ, en qui toute la plénitude de la divmité réside. Le monde entier échouerait à lui trouver un semblable. — L'Ëcriture, obligée de représenter les choses divines par les choses humaines, prodigue, pour honorer Jésus- Christ, tout ce que la nature et la vie humaine peuvent offrir tour à tour du içrand, d éclatant, de tendre, d'excellent. C'est ce que nous voyons dans rÉpttre aux Hébreux, où parait à chaque instant quelque nouveau^ tableau, quelque nouvelle compact'' De la Révérence et obiissance due à l'Évanglfe , ou Sermons sur les dtapUres Ul, IV, V et M de l'É^iUrr aux Hébreux, (irn. vc. ir,s5. Pajifs i-5 2.
(2) Meslrezata tuuIu 8aUi»fairt: aui coiiiliiioDs du gcurc en luisant dt-sejardes ntme quand md plan ii*en comportati pas ; aussi les prend-il parfois un peu ea ddion «la wyet.
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raison, pour décrire les perfections de Jésus-Christ le médiateur. Dans le chapitre deuxième, nous avons trouvé trois images : celle du premier homme, celle du premier-né de chaque famille d'Israël en Egypte, celle du souverain sacrificateur. Maintenant, c'est celle de Moïse.
Le but de toute Tépitre est d'imprimer un grand respect pour Jésus-Christ. L'Apôtre Ta mis d'abord au-dessus des prophètes et des anges ; à présent il le met au-dessus de Moïse. Son but est non-seulement d'exhorter les Hébreux fidèles , mais de convaincre les Juiis incrédules, dont la foi s'obstinait à ne point dépasser Moïse. 11 montre à ceux-ci que le Messie a dû être à la fois semblable à Moïse et plus grand que lui : semblable^ car Moïse lui-môme Ta dit ; plusgrande car il est fils de Dieu et maitre de la maison où Moïse n'a été que serviteur. « Il s'ensuivait dono € que les Juifs ne devaient point trouver étrange si « on leur proposait Jésus-Ohrist et son Évangile , et c( si on préférait FEvangilc à la loi. Car c'est comme « si l'Apôtre disait ; Toutes les prédictions doivent (c être accomplies ; or, il y a des prédictions du i< Messie semblable à Moïse et toutefois plus grand «c que Moïse ; donc il £aut que cela smt accompli, et «( par conséquent que l'Évangile , qui est la parole i< du Messie , soit reçu et préféré à la loi. » — L'Apôtre ne laisse pas à ceux qu'il réfute la ressource, dont on se faisait fort contre les premiers chrétiens^ de l'accuser de manquer au respect du à Moïse; car il le déclare fidèle en toute la maison de J)ieu
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€t le compare au Messie; il laisse à la loi de Moïse rang et son importance ^ et se borne à la subordonner à rÉvangile , comme la figure à la réalité.
Aeiiant au texte, l'orateur considère trois points :
L Les titres que TApôtre donne aux Hébreux ;
U. Uacte qu'il requiert d'eux;