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MOÏSE AHÏlUtT. 257
a Daniel a jamais eu la yeriu de communiquer TEs-
ce prit dont il recevait les iiibjjualiuns , comme ont a eu les apôtres de Jésus-Cbristy quand, après avoir « amené les hommes à la foi, ils ont invoqué son « nom sur eux, comme nous en voyons tant d'exem- « pies? A Tun de ses serviteurs Dieu adressait au- <c trefois une vision, à l'autre il faisait voir un ic songe, à Tautre il faisait entendre un oracle des a cieuxy à Tautre il envoyait un ange, et cela suc- « cessivement et de temps en temps , seulement « comme qui allumerait une chandelle en un lieu ce obscur , à laquelle on en substituerait incontinent a une autre, lorsqu'elle serait usée. Mais quand l'É- «c vangile de Christ a été prêché, douze apôtres ont «( été remplis de TEsprit de Dieu , septante diacres « en furent illuminés iiicontment après; je ne sais «c combien de prophètes furent suscités en même « temps; mille et mille personnes parlèrent langages «c étranges. Un enthousiasme saisit ici l'un , une ré- «c vélation est là adressée à l'autre ; tant de gens exce périmentent ces divines inspirations qu entre les « Corinthiens l'apôtre saint Paul se sent obligé de a. leur donner l'ordre de parler langages, de prophète tiser, d'interpréter successivement, pour éviter la « Gonfiision que la multitude de ces choses engencc drait à leur Église. De sorte qu'il en fut de cette « première naissance de l'Église chrétienne comme « de la formation du ciel, où Dieu sema cette infinie ce multitude d'étoiles que vous y voyez en un jonr
«c et en rendit toute cette belle voûte resplendissante.
â58 moïse auyiuut.
«c Quant à ce qui eai de la aanctificatioii) qui con-
« siste en la vraie charité, feuilletez, je vous prie, « toute l'histoire de l'Ancien Testament et m'y trou- «( vez, si Yous pouvez, quelque chose de semblable « à ce qui nous est raconté des premiers chrétiens « au commencement du livre des Actes; que tant de a gens se conveilissent à Dieu et renoncent à leur ce péché par une prédication seulement, comme si a une nation naissait en un jour; que leur dilec* a tion se porte en si peu de temps à si haut point a que de perdre et la souvenance et le sentiment « de tous les intérêts humains , que de ne posséder a rien à soi , que d'apporter tout son bien aux pieds « des apôtres pour la nécessité des souffîreteux; que « tant de milliers de personnes ne possèdent, par c manière de dire, qu'un même cosur, ne soient tou- « chées que de mêmes affécttons et aient leurs âmes ce comme mêlées et iuiidues ensemble! Non, non, ce mes frères, il en n été de la connaissance et de « b sainteté qui la suit à peu près de même Ihçon. « Le prophète, nous vouiiint représenter les divers « degrés de la révélation qu'il a plu à Dieu donner « de soi et de sa vérité aux hommes, jusques à ce « qu eniin li eu a manifesté la plénitude eu l'appacr rition du Rédempteur, dit que Dieu lui fit voir « deb eaux, qui lui venaient premièrement aux chea villes des pieds, et que puis après elles montèrent « aux genoux, et de là arrivèrent jusques atix hanches, puis qu'entin elles montèreut si haut qu'elles a vinrent jusques aux aisselles, en sorte qti'il y m*
HOÏâS AttlUAUï. " i69
« geaît tout à son aise; c'est-à-dire, que de fort a petits coQimencemente ^ comme étaient ceux des « révélations adressées à Nbé, à Abraham, à Moïse, (c aux autres prophètes subséquents, Dieu a amené « la connaissance de sa vérité à tel point, qu'eu « lieu que du temps des patriarches et des prophètes a c'étaient comme de petits ruisseaux, à l'avénemeut « du Rédempteur ce devaient être cc»nme dé pto- « fonds abîmes. Ainsi a crû la mesure dé la sanc- « tification, à proportion de celle de la lumière de c la fbi^ et an lien de quelques flammes, belles , a pures et lumineuses à la vérité, que Dieu en a al- « lumé dans le cœur de ses serviteurs autrefois, ce « que les apACres en ont senti, ce que les fidèles en K ont expérunenté à rappariliou du Sauveur, a été a comme un grand embrasement , qui a couru tout a d un coup, non la Judée seulement, mais toutes « les nations circonvoisines.
« Enfin , pour ce qui est du sentiment de la eon^ a solatiou, qui nait de la connaissance de la satisfac- « tion, représentée ici sous le nom de sang, il feut « bien que les fldèies du Vieux Testament en aient « goûte quelque chose, autrement ils eussent clé en- « gloutis dans le désespoir. Mais, 6 Seigneur Jésus, « que les etï'ets de la prédication de ton Évangile, a oii la miséricorde de ton Père nous est montrée « tout à nu ; que les consolations de ta croix, où on « l a vu répandre ce pur et précieux sang qui a fait « la propitiatioit des péchés, ont bien été sans com^ « parais<»i plttô ilhis^s et {rfus s^sibies que tout
200 MOÏSE AAIYHAUT*
« ce que les fidèles en ont jamais expérimenté sous « la dispensation légale l Sachez, frères bien-aimés, « que jamais on n'entonna aux oreilles des Israélites « ces paroles de la loi : Maudit est quiconque nest per^ < manent en toute» les dmes de cette loi ! quelque adou- «c eissemeni qu'y apportassent les déclarations de la « Parole de Dieu et les oracles qui concernaient le € Messie^ qu'ils ne sentissent en leurs cœurs quelque « chose de ces tremblements, de ces éclairs, de ces « tonnerres , de ces cris d'cpouvautement et de ces ce voix de frayeur et d'alarme qui accompagnèrent la « publication de la loi sur la montagne; au lieu (juc «t ces mots ; Grok et tu seras sauvé, ont apaisé en un « moment dans les esprits des fidèles toutes ces émo- « tions et y ont produit une paix qui surmonte tout « entendement, une joie inénarrable et glorieuse. « Voyez, frères bien-aimés, jusques où va la force « de ce témoignage que saint Jean attribue ici à a TEsprit, à Teau et au sang, pour attester que Jésus <c csl Je Fils de Dieu et le Sauveur du monde.
m Je dis que quand en ces premiei's temps du « christianisme vous ne considéreriez que les apôtres « seulement, la merveille de leurs révélations, la suie blimité et profondeur de leurs connaissances, Tar- « deur et la constance de leur charité, la pureté « incomparable de leur vie, la paix et la tranquillité ce de leurs esprits, la fermeté inébranlable de leur « consolation, leur zèle, leur piété, leur espérance, ce tt mouvement par lei^uel ils ont anticipé du désir et «c de la pensée la félicité des cieux et souhaité la dis-
« solution de leurs corps pour en être jouissants, sont tt des grâces qui n*ont pu être communiquées à au- « cun homme moiiel, que le temps des propliétics ne « fût accompli et que le Fils de Dieu n'eût été révélé <c au monde (1). »
III. Le consentement des témoins. — « Ces (rois-U « se rapportent à un, dit TApôtre. Ces trois choses, a FEsprit, l'eau et le sang, ne sont ni personnes sub- « sislautes, ni choses de me^ine nature proprcincnl, « mais néanmoins elles ne laissent pas de s'accorder a entièrement en la certification de cette môme \6u rité. » Elles ne sont pas un. La cause est la même, c'est l'Esprit de Dieu; mais la façon ou le mode est si différent qu'on pourrait dire que le principe même dilfère.
Preuve pour les trois choses : « Comment est-ce
tt que l'Esprit de Dieu produit la consolatiuu en nous? « En ce qu'il ouvre les yeux de nos entendements^ « pour nous faire voir la vérité de l'Évangile, qui « nous enseigne que Jésus est le Sauveur et que ce quiconque croit en lui n'a désormais flm rien à « craindre. Ainsi c'est proprement la Parole de Dieu « qui console nos cœurs, quoique c'est l'Esprit de <c Dieu qui ouvre nos entendements, afin que nous « puissions apercevoir la vérité de cette Parole. Et ce derechef^ comment est-ce que le Saint-Esprit nous « sanctifie? En ce qu'il nous fait voir la beauté de « la sainteté) telle qu'elle nous est représentée en (c rÉvangiie de Jésus-Christ, et rexcellence du mo-
(I) Pages 440-445.
ic dèiô de la mortiiication du vieil homme et de la « Tiviflcation du nouveau, que nous avons en sa If mort et eu sa résurrection. C'est doue l'Esprit qui u ouvre les yeux de nos entendements, pour aperce- « voir en cette Parole les motifs de notre sanoti*- « lication; mais c'est la parole de rÉvangile qui « nous en fournit les motifs et qui par conséquent « nous sanctifie; c*est pourquoi saint Kerre dit « que twus avotu été régénérés par la parole de Dieu^ « kufueUe âmmintt étermlknmt^ et les autres apôtres « de même (i). »
Mais, quoique dili'érentes, ces choses concourent unanimement à la confirmation de cette double vérité :
1** Que celui qui les a apportées est le Messie, ou le Rédempteur. fPour cela il montre Tétat d'ignorance, de corruption et d'eâ'roi où le monde était avant lui, et rapproche ces témoignages de ceux que Dieu a donués do lui dans la nature. )
T Que c'est le hls de Marie qui est ce Rédempteur.— Ces trois choses conspirent à en rendre témoignage.
a) N'est-ce pas lui qui a envoyé le Saint-Esprit, et ceux qui Tout reçu ne lui ont4ls pas rapporté cet
envoi ?
h) Les plus sanctifiés n'en ont* ils pas rapporté toute la gloire à Jé8us^(%rist?
c) Va pour ce qui est de la consolation qui nait de la rémission des péchés, d'oil est-elle née que de
(0 Pages 44M48.
!a satislaction que ce Jésus a riuduo à la justice divine?—-impuissance de la révélation naturelle et de la révélation judaïque pour consoler.
Application. Saint Jean ne produit pas ces témoins seulement pour confondre rincrcdulité, mais pour confirmer la foi des disciples.
Qu'on ne dise pas que ce triple témoignage est moina clair aiiyourd'hui, Si noua n^avons plus les apôtres parmi nous, nous avons leurs divines paroles, dans lesquelles nous reconnaissons « les ravisse- « ments de TËsprit de Dieu et du médiateur de la « nouvelle alliance. » L*auteur cite ensuite l'exemple des réformateurs pour prouver que le témoignage de TËspht n'a pas manqué dans les temps plus récents; « et sachez, ajoute -t- il, que ces beaux dons « de savoir, d'éloquence, de vigueur, de prudence, « de dextérité, de sainteté, de sincérité, que les tt adversaires de FÉvangile sont contraints de recon- « naître en ceux qax le voiis annoncent ordinaire* « ment, sont autant de beaux et de lumineux rayons «c de cet Esprit, qui éclatent au milieu de cette géné- « ration ténébreuse (1). »
Quant à la sanctification, ce témoin ne manque que par notre faute. Hendons^lui la voix« Cela fera revivre le troisième témoin, « qui consiste en oonso* « iatiou. »
Nous trouvons dans le même volume six discours, purement théologiques, sui* la distriliutiou et la com-
(I) Page 4$P.
2^ MOÏSE À^ïnAUT.
municatîoii du salut (i). Amyraui y embrasse Yolontairement toutes les diffîcultéb du sujet. Jl dit luimême que la matière de ces exercices « est un peu « extraordinaire (2 ). » Il avertit aussi ses auditeurs qu'il s'écarte dans ces discours de sa méthode habi* tuelle, qui est la dissection du texte. « Nous yous « prions, leur dit-il, de ne trouver pas étrange si « nous ne suivons pas noUre méthode accoutumée <e en cette sorte d'actions, et si nous ne tâchons pas « à anatomiser ce texte en toutes ses parties (3). »
La plupart de ces discours sont des dissertations, plutôt encore que des sermons synthétiques. L'auleur saisit dès l'entrée Tidée générale renfermée dans la portion de TÉcriture qu'il a choisie, sauf à redescendre ensuite de cette idée vers les parties logiques ou verbales du texte; on voit qu'il ne pense nullement à faire un sermon, mais à édaircir une vérité et à la prouver.
Les questions qu'il traite sont fort ardues, et en thèse générale la prédication doit peut-être se les interdire. Autre chose est, en effet, de jeter aux pieds de Dieu toutes nos couronnes, de proclamer
sa pure et libre grâce, autre chose de discuter curieusement en chaire la distribution de cette grâce.
La dialectique d'Amyraut est habile, stricte ; mais qu'est la dialectique sans la spéculation? Ses raison-
(i) Pm^i's 37 à 'l'y) (le la seconde édition- — Ils avaient, en insR, ét»^ piibli»''s sé- |iar(^iivMii ri Sanmur sous ce litre : Six sermons de la nature^ éUndue^ néce&ulé^ dispensa (loii et eHicace de l'^vaugile, (Éditeur»,)
i'î) Page 250.
(S) Page T6. Voir «tissi page 40.
nemeaU ne sont pas toujours très solides, et beaucoup de ses ai^umentSy poussés un peu plus, se retourne* raient contre lui. I! y a diez Amyrant deux hommes, qui n'eut pas le sentiment de leur désaccord : le libre spéculateur et le dialecticien attaché à une certaine doctrine. Le premier dépasse le second et avance souvent des choses que celui-ci contredit, quand il vient à dominer. Voici, par exemple, Tidée qu'il donne de la foi ;
a Le mot de croire n'a point besoin de particulière ff considération; car est-ce pas celui duquel TÉcriture « sainte se sert ordinairement pour exprimer la conic dition que Dieu requiert de nous en l'Évangile? Ët 4c n'y a personne qui ne sache que croire est être a persuadé de la vérité d'une chose qui nous est pro- « posée à entendre, mais, dis-je, être persuadé de la a vérité seJon la nature de la chose môme. Car autre ic est la persuasion que nous a\ oiis que récli[jse du <c soleil vient de Tinterposition de la lune entre lui et et la terre, et autre celle que nous avons que Dieu est « souverainement aimable et que la créature lui doit « la reconnaissance de tout ce qu'elle est. Cette pre« « mière sorte de persuasion s'arrête là et ne tire après a soi aucune action en conséquence. L'entendement, «c ayant trouvé cette vérité, se repose là-dessus et « s'en contenle. L'autre sorte de persuasion, si elle « est telle qu'elle doit être, tire après soi nécessai- (c rement l'amour de Dieu, et la déférence que la « créature lui doit rendre en est par-dessus toutes ff choses. Or est notre Seigneur Jésus, mort pour
« l'expia tion de nos oifenses et ressuscité pour l'as» « Borance de notre justification, un objet de cette na- « turc, que la foi par laquelle on Tembrasse ne cona SIS l e pas seulement en quelque vague pensée de sa tt vérité, mais est une persuasion vive, profonde, qui «r descend si avant en l'âme qu'elle la pénètre, qui « tire après soi toutes les affections et emmène pri- « sonnières toutes les pensées des hommes (i). »
Cette idée de la foi est parfaitement juste; mais Amyraut perd souvent de vue les notions qui en découlent.
L'Esprit de Dieu n'est pas lié; dans un certain sens, on peut en dire autant de l'esprit de Thomme, et rfivangile est mesuré à ce besoin. Il ouvre à la spéculation, tout en lui traçant des limites, un espace plus grand que celui que lut aurait ouvert la pensée libre. Celle-ci est toujoin s renfermée dans des limites conventionnelles. 11 s'est écoulé des siècles, pendant lesquels on croyait penser librement; puis est venu un homme de génie, comme Bacon ou Descartes, et il * a brisé le cadre de la tradition, qui enfermait cette philosophie préfendue souveraine et spontanée.— Toujours il y a eu, toujours il y aura pour la philosophie une autorité; l'esprit humain accepte, sans y prendre garde, le joug d'un élément historique et dominateur; puis, quand la révélation se présente, il se récrie sur ses limites. S'il y en a, elles sont le &it de rhomme, qui rétrécit l'Évangile ; mais l'Évangile par lui-même est immense, et chaque théologie parties Pages 253-254,
mcSn iMïRAUT. MF
cuiière n'en présente qu'un aspect. Amyraut avait auBfli la aianue; car quel est rhomme qui peul em*
l)^ as^;er tout l'Evani^^lo? Mais le cliristianismeducœur élargissait sa peosée et lui donnait un caractère spéculatif. Les discours dont nous avons à nous occuper sont d'ailleurs l'œuvre d'une réaction, qui tenait compte de bien des paroles de rÉcriture sainte négligées auparavant, tout en en iiéglitî:eant d'autres à son tour. L'adversaire qu'Âmyraut combat ici, réellement, quoique indirectement, est le supralapsarîsme.
Le premier discours traite de la miséricorde, comme attribut particulier du Dieu de l'Évangile. Le texte est tiré d'Ézéchièl, XVIII, 23 ! Frmàrai-je m aucune façon plaisir à la mort du méchant^ dit le Seigneur l'Élemely M non flum qu'il m détourne âê khi trtdn el qu*H mveî L'orateur repousse, comme une horreur et un blasphème, ridée que Dieu veuille le péché des hommes. Il montre que Dieu prend plus de plaisir en Texereice dû son amour qu'en échu de sa justice. Il distingue ensuite deux miséricordes en Dieu : Tune qui destine le salut à tous les hommes qui croiront, l'autre qui donne à quelques-uns de croire.
Ici, son argumentation est faible, et il donne beau jeu à ses adversaires, (fui le forceront à revenir à eux ou à se jeter dans une extrémité dont il a horreur autant qu'eux. Cependant la manière dont il expose bcs idei s est originale et intéressante.
« Certes, dit-il, comme il n'y a point de contracc diction entre ces deux sortes ou ces deux degrés de « miséricorde, aussi n'y en a-t-il point entre les deux
988 MOISB AMnUCT.
a volontés qui eu dépendent. H veut que tous a hommes soient sauvés. Il est vrai, et le veut avec
« affection; mais c'est selon cette miséricorde qui ce présuppose la condition et non autrement. Si la ce conditî<Mi ne se trouve pas en eux, il ne le veut pas.
II veut que peu d'entre les hommes soient sauvés, ce li est vrai; mais c'est selon cette seconde sorte de « miséricorde, qui n'exige pas la condition, mais la « crée; qui ne la présuppose pas, mais la fait en c( l*homme. Ël pour expliquer cela plus populai- « remeni, nous ne craïudions pas de nous servir des et comparaisons de l'Écriture, prises des aifections ce que les hommes ont pour rechercher les femmes a en mariage. Un homme peut-il pas aimer une ûlle a jusques à ce degré que de la vouloir épouser « pourvu que telles et telles conditions s*y rencon- « ti'ent? Il l'aime et l'aime môme avec quelque véhéa mence; mais il ne l'aime pourtant que jusqu'à ce « point. Si ces conditions ne se trouvent en elle, il ne a contractera point avec elle ses alliances, c'est-à-dire, a il ne la prendra point pour sa femme; au contraire, a il la prendra en liaine, si elle vient à mépriser sa « personne et ses recherches. Là où ce même homme (c viendra à en aimer une autre tellement que, encore cf que ces conditions n'y soient pas, il la veut épou- « ser. Si on lui dit : Elle n'a pdnt de bien ! il ré- « pondra : l'en ai pour nous deux. Si on ajoute : Elle « n'est pas de bonne extraction ! il dira : J'ai de la tf noblesse assez pour elle. Si on presse encore : Mais « elle n'est pas belle ! posé qu'il ait la puissance de
MOÏSE AUYRALÏ. â68
c( Texécuter, il dira : Eh! je la ferai belle. Quoi que
« c'en soit, je la veux épouser, et Ja veux épouser «c pour ce que je l'aime, et l'aime pour ce que je « Taime. — De cette première sorte d'amour Dieu a a aimé luui le genre iiumain. De cette seconde il « a aimé son Église (1). j»
Mais, aurait*on pu dire à Taufeur, tous étant également incapables de croire, ou tous également capables, ce qui revient au même, Dieu pourrait sa* tisfaire sa miséricorde^ en donnant à tous de cioirc. Pourquoi ne le fait-il pas? Est-ce que sa justice en soufirirait? Si tous dites qu'elle en souffrirait, ne soutîre-t-elle pas déjà de tout exercice de miséricorde? Est*ce que, quaud tous croiraient, il ne serait pas juste que tous fussent heureux?
Le second discours, sur Romains 1, 19, 20, fait voir que Dieu a manifesté ses perfections, et notamment sa miséricorde, hors de l'Évangile, ou dans la révélation naturelle. Amyraut décharge Calvin d'avoir enseigné, comme Ten accusaient les catholiques-romains, que Dieu a prédestiné la plus grande partie des hommes aux peines étemelles, sans considération de leur péché :
« Môme, ajoute- t-il, il ne les prend pas, coiunie «c on dit, au pied levé, ne les punit pas tout aussi- «t tôt qu'ils ont péché, mais les attend en grande pa* « tience, et par la démonstration de ses vertus émer- « veiilables en ses ouvrages, et par les bénédictions « temporelles qu'il leur envoie continuellement, et
(0 PaVBi <i-M>
370 MOÏSE AMfRAUT*
« par ia longue attente dont il use envers eux. Avant
« que de veiiii* à mettre la main à ses foudres , il a fait , sinon ce qu'il pourrait (car s'il voulait ^ que m ne pourrait-il point davantage?) au moins certes a ce (lui suilit, selon cette sorte de miséricorde, pour « fondre leurs cœurs, s'ils n'étaient point si endur* « cis, el les iréduire à repentance (1\ »
Néanmoins « il a été absolument impossible que ff les hommes vinssent à la sahuaire connaissance de « Dieu par ce moyen-là (2). » — Mais alors comment kspaï^s demeurent «ils sans excuse, et comment Wre disparaître l'odieux afin que (3), qu'Amyraut hiimème repousse? Au reste, il convient qu'une connaissance distincte de Jésus-Christ n*est pas nécessaire au salut, ou qu^une connaissance non-distincte de lésus^lilinsi peut sauver, et que Dieu ne nous rend pas responsables d*une erreur involontaire.
Nous voyons dans ce discours la lutte dont nous avons parlé, entre les doctrines d'Amyraut et son christianisme personnel.
Le troisième discours a pour sujet la folie de la prédication, d'après I Corinthiens, I, âi. Ce discours est bien fait et renferme de beanx morceaux. Nous en citerons seulement une page :
« L'effet de la mort de notre Seigneur Jésus se « doit considérer, ou en l'assemblage du corps de ce rÉglise en généra], ou en la plénitude de la foi et « de la connaissance de chacun de ses membres. Et
(0 PigB 99* (3) Page 100.
(S) « Jfin fn'Uf foieat repdiis iMseuMbks. •> (BomalM,' I, 30») (ifritl««r«.)
mistiL AMÏUAti. 271
a quant à rasgemblage de rËglise , il était absolu*
tf ment nécessaire pour le composer que la croix de « Christ fût prêchée par Tunivers. Car poaé , mes « frères (et nous verrons tantôt ce qui s*en doit tenir), a que Dieu eut voulu amener bes elu^ a la joui^ance « du salut, en ouvrant seulement à chacun d'eux « reiitciidcmoul par la puissance de sou Esprit, afin « d'apercevoir sa miséricorde en sa patience et en sa tt Icmgue attente, et les convertir ainsi à repentance: a quelle communion eussent pu avoir les fidèles entre « eux, quelle connaissance de leur loi et mutuelle « charité, ([uelle consolation de se voir avec plu* a sieurs auties participants d uue même espérance? « Certes, ce n'eût pas été comme quand le peuple d'Israël voyait clair en Gosceu, tout ctant plein de «t ténèbres au resta de l'Ëgypte; car ils étaient tous « ramassés en un corps et avaient la eonsdation de « s'entrevoir et de s'entrecounaitre. La condition de* « chacun fidèle eût été oonune d'un homme chemi- « nant tout seul de nuit à la lumière d'une clian* « délie en un désert, où il n'entendrait rien que « hurlements de bêtes sauvages, tant le monde était a couvert d'épouvantables ténèbres d'ignorance, d'i- « dolàtrie, de superstition et d'erreur ^ tant cette fe ignonnce avait rendu les nations, en ce qui re- « garde Dieu, sauvages et barbares. Un chrétien qui « voyage seul parmi les ToujMnambouts a sans doute « bien de Fennui de sa solitude et peut bien dire « avec liavAd * Combien de temps habiterai -je encore « tnân lu fenlM ife Kééwr H 4e Mieeeeî Mais au moins
^72 MUÏâB AUXRAUT.
« a-(-il cette consolation ([u'il ^ini bien qu'il y a des « chrétieDs en un autre lieu ; il enlretieut coiuuiu- « moù avec eux des mouvemeuts de sa pensée; Fes^ « pérance lui demeure toujours de retourner en son a pays 9 ei plus il en voit grande la difficulté, plus « l'envie qu'il en a devient-elle véhémente. Que si la « mort le surpreud entre les barbares, il sait qu'il « trouvera aux cieux Abraham, Isaac et Jacob, et « s'asscycra là-liaiit à table avec notre Seigneur Jétt sus-Christ même.
« Mais un homme illuminé de TËsprit de Dieu jwh « ques à ce point (jue de pouvoir leconnaUie sa puisce sauce, sa sagesse, sa bonté, sa justice et en quelce que façon sa miséricorde, par les voies de la nature « et de la Providence , et qui au reste n'a rien da- « yantage, quelle consolation pourrait-il avoir, ou de « la communion de la foi de ceux qui ont été devant a lui , qu'il ue peut avoir connue ; ou de ceux qui (c vivent en même temps que lui, qu'il ne peut cona naître non plus; ou de rassemblée des esprits d^'à « recueillis dans les cieux, dont il n'aurait jamais ouï « parler; ou de l'inestimable douceur de la présence « de notre Seigneur Jésus, le nom môme du(|uel il « n'aurait jamais entendu de ses oreilles? 11 fallait « donc, comme dit saint Paul, que le$ «ni fustmU doute nés pour être apôtres^ Us autres pour être prophètes, les tt autres pour être évangélisiesj el Us autres pour être et pasteurs et docteurs^ pour Vassmblageâes saints, pour « Vœuvre du ministère, pour i édijicaùon du corps de <c Christ f jusqu'à ce que nous nous renetmlrions tous m
« f unité de la foi et de la connaissance du Fils de DicUj a en Aomme parfaii la mesure de la parfaite nature « de Clu ist, Aulremeni, tous les meuibrcs de ce corps eussent été dissipés, sans aucune couDaissaoce les <c uns des autres^ par la terre (1). »
h^i quatrième discours , sur le ministère de la lettre et celui de Tesprit, d'après 11 Corinthieus, 111» est fori remarquable et peut servir de modèle.
Le iincjuième est sur ces paroles de saint Paul : O profondeur de» richesses et de la sapienee et de la connaissance de Dieu î Que ses jugements sont incompréhensibles el ses voies impossibles à trouver. (Homaius, XI, 33.) C'^t uue reveodicatioD de la liberté de Dieu :
« Il a montré son inclination à la pitié envers les « pécheurs repentants a toutes nations. Et loulelbis oc c'a été de son bon plaisir qu'aux uns il ne l'a fait « voir que fort obscurément, et encore pai la voie n naturelle de la conduite de sa providence, aux « autres il Ta voulu faire paraître par une révélaa tion plus claire et par une voie extiaordiuaire et surnaturelle. Enfin il a voulu accompagner la pré- « dication de sa miséricorde révélée en son Fils de <x l'efficace invincible de sa grâce en quelques-uns, a et néanmoins c'a été de la liberté de sa volonté ce qu'a dépendu qu'il ne l'a pas fait sentir aux « autres. Que si de ces choses vous nous demandez a les raisons, que vous pourrions-nous répondre, site non : O profondeur des richesses et de la sapicnce « de JHeul çue ses jugements sont ineompréhensibUs et
(1) Pages i42-t44.
fnk HOill AMTRAUT*
a ses voies impossibles à trouver / C'est ce qui nous a « fait choisir ce texte, mes frères, pour vous parier « plus au long de cette liberté de Dieu s non en examicc nanl chacune de ses paroles à pari ; beaucoup moins « en essayant d'approfondir les abîmes que l'apètre a saint Paul dit ici excéder de si loin toute cuunaisa sance; mais pour remarquer les occasions pour ce lesquelles il s'écrie ainsi, afin d'apprendre, à son tt exemple, à ne rien penser des actions de Dieu œ qu'avec respect , n'en rien dire qu'avec toute so» «c briété, n'en cheroher point de raisons qnand H ne a nous en propose point d'autres que sa volonté et , « en réprimant la curiosité et la témérité naturelle « de nos esprits, adorer ses secrets en un profond a silence (i)* »
Yoici comment Porateur explique les paroles qui précèdent son texte : Dieu a tout enclos sous rébellion^ afin quU fU miséricorde à iouê :
« Depuis que Dieu avait choisi la postérité d'Abratt ham, afin de lui faire des traités particuliers avec a elle et commettre la garde de ses oracles, il avait « laissé cheminer les nations en leurs voies, se contt tentant seulement de la révélation qu'il avait faite ce de soi en la nature et en l'administration de sa pro* tt vidence. Et au reste, cette révélation étant si india guoment méprisée par les gentils, Dieu avait versé « sur eux son ire d'une façon épouvantable, les u ahantloimant à toutes sortes d'atl'ections infâmes , « de sorte que, comme à l'envi et à qui en ferait
(i> Pagi^s 2ii-'m.
MOiSB AIIIIUIIT* 275
« JH6 y ils avaient mené une vie, non licencieuse et « débordée seulement , mais entièrement horrible. « £a Judée il n'en était pas ainsi. D'un côté, il y ff avait plusieurs gens de bien et véritablement fia dèles, en qui les promesses du Rédempteur, acte compagnées de la vertu de rËsprit^ avaient eu ta une grande efficace. D'autre c6té, il y en avait plu* t< sieurs cpii , bien qu'ils n'eussent que l'esprit de «K servitude, qui était destiné au ministère de la loi, « sans rien sentir de la vraie sanctification , (pii fait « embrasser la parole de la grâce, si est-ce que le « frein de la loi réprimait l'impétuosité de leurs <c cupidités et empêchait que, quant à rextérieur, ils «c ne menassent une vie fort sujette à répréhension. « Et de cette sorte étaient tant de pharisiens, tant . ce de scribes, tant de docteurs de la loi, tant de gens « de cette nature, dont rhypocrisie est si souvent « et sî sévèrement taxée en rÉvangile. Le reste du « peuple vivait en quelque obéissance des lois, et « peut-être que le peuple n'était pas la pire partie « de la nation judaïque. Partant, à faire comparai- « son de ces deux sortes de peuples ensemble, les Juîfii et les gentils, il eût pu arriver, par la dis^- « semblance de leur vie, à l'estimer par l'extérieure « conversation , qu'on eût cru les Juifs beaucoup « plus honnêtes gens que les gentils , et que , ou « bien ils n'eussent point eu all'aire de rédempteur, 1 ou que, s'ils en eussent eu affaire, c*eAt été beau* « coup moins que les autres. De lac on que peut-être « le salut des Juifs, à le considérer en soi-même,
S76 X moïse ahyiuut.
«c eût été cru foadé en quelque iaçou eu la miséri> a corde de Dieu ; mais à le comparer avec celui des « gentils, il eût pu sembler tenir autant de la justice <r que de la miséricorde. AÛa donc de faire paraître « clair comme la lumière que ui les uns ni les autres « ne pouvaient être sauvés que par une pure et « simple miséricorde. Dieu, par son juste jugement, K a permis que les Juifs soient tombés en cette ex- « trème rébellion, et par cette rébellion en une sorte « de vie qui n'est en rien meilleure que celle des « gentils, pour infâme qu'elle puisse être. Ainsi, « quand Dieu viendra à les relever de la ruine en « laquelle ils sont tombés, alors toute âme, quelle tt qu'elle soit, sera contrainte de confesser qu'en cet «c égard les Juifs n'ont point d'avantage par-dessus « les gentils, et que ce que les uns et les autres sont a sauvés, c'est de pure miséricorde. Ces mots donc : <c à cdU fin de faire mUérkwrde à tous , se doivent « entendre, non de la chose en elle-même, mais de a la déclaration et manifestation de la chose ; comme « il est assez ordinaire en la langue hébraïque, dont a le Nouveau Testament imite les phrases , de dire «c que les choses se font à l'heure qu'elles paraissent «c et viennent en évidence. Ainsi est-il dit que le frire a et Vami naimnl au jour de VafUiciion^ pource que « c'est alors que se montrent ceux qui le sont vérita« a blement, et que Christ a été engendré le jûur de sa « résurrecUon, pource que lors tout le monde a dû re- « connaître qu'il était sans doute le Fils de Dieu (i). »
MOÏSE AuviiAirr. SfH
Parlant des œuvres de la sagesse de Dieii, Torafeur dit qu'elles sont de deux sortes :
CI II y a quelques-unes de ses œuvres qui décou*
« vrent les raisons do la ^apieiuc fine Dieu a obser- «c vées en leur production, et font que nous Ty admi- « rons à la vérité, mais que nous Fy admirons avec « con naissance, (^onime, par exemple, ce que la terre «( tient au monde le lieu le plus bas y c'est bien une «c œuvre de la sagesse de Dieu, mais c'est en telle « façon que nous apercevons la raison de celte conte stitution des choses. Car Dieu y a eu égard à leurs « (jiialilés et les a agencées selon lenr nature. La a terre étant un élément si pesant , il fallait néces- « sairement qu'il occupât le lieu le plus bas du a monde... Mais il y a quelques autres ouvrages de ce Dieu dont nous ne comprenons nullement les rai- « sons et où par conséquent nous admirons sa saa gesse; mais c'est' sans comiaissance, en une huce milité profonde , comme à Fégard de choses qui « excèdent infiniment toute intelligence iV »
Cette idée n est guère juste. Ou peut admirer qud" que l'on ne comprenne pas, mais non parée que l'on ne comprend pas, puisque 1 adniiialiuii n e>l (jue le plus haut degré de l'approbation, qu'approbation implique jugement, et jugement connaissance des deux termes. Nous ne connaissons, il est vrai, que les bords des œuvres de Dieu, mais cela suffît pour nous permettre d'en apprécier l'étendue.
Le plus intéressant de ces discours est le sixième^
(0 Pifles 942-114S.
278 MOÏSE AMYRAUT.
sur ce texte : Quiconque a oui du Pén et a appris meni
à moi. (Jean, VI, 45.) L'orateur examinera : « Pre- <c mièrementi que c'est que venir à Christ; secoBde- « ment, qiie c'est qu'ouïr du Père et, apprendre; et c( en troisième lieu , comment quiconque a ouï du « Père et a appris vient à Christ (1). »
Il veut prouver qu'on ne peut être efficacement enseii^né que de Dieu et que toute l'œuvre de notre foi lui appartient. Il combat ceux qui prétendent (jue cet enseignement de Dieu se termine à mettre l'homme en état de croire s'il veut croire; en telle sorte fjuo l'objet de la foi viendrait de Dieu, et la foi même de nous, et que l'enseignement étant le même, la capacité de croire la même» d'un individu à l'autre, c'est la volonté qui fait la ditTérence.
A quoi il objecte :
1** Que croire ne peut être, en aucun cas, le fait
de la volonté;
Que quand même la volonté disposerait de rentendoment, encore faUfr-il que cette volonté soit déterminée par un motif, qui est la vérité ou l'utilité , desquelles deux choses c'est Tentendement qui juge ;
30 Que si la volonté pouvait se décider sans raison , ce ne serait que dans les choses d'une minime
conséquence ; or il est ici question de choses d'une conséquence infinie ;
4" Que vainement ils diront que la volonté, en se déterminant à croire, suit l'invitation des raisons que
(i^ Page 251.
moïse amïraut. â79
rentendement lai montre, puisque, selon eux, toute» ces raisons ne peuvent avoir d'ellel que de mettre la Tolontô dans un état d'indifférence : or nous cher**» chons eomment elle sortira de cet état pour se diri« gervers la foi, et on ne nous l'apprend pas;
5» Que l'indifférence de rentendement est inoom* patible avec son illumination, c'est-à-dire avec la oonnaissance certaine de Jédus^Chi'ist comme noire aouYerain bien;
6° Que quand il s* agit de rÉvangile,^ cotte indifférence ne peut être qu'un grand péché; c'est donc jusqu'à un état de grand péché que rillumînation divine nous aurait élevés;
7* Qu'il est impossible que la volonté se tire elle» tnême de cette inditlércnce. Pour le prouver, l'orateur invite à considérer deux choses :
« La première est qu'Adam étant autrefois en état « d'intégrité, et néanmoins en une condition mual)le, Cl pour entier qu'il fût, la tentation n'a pas laissé de le « corrompre et Ta Mt passer de cette bonne constl- (i iution en une mauvaise. Si donc l'homme étant en fc une bonne constitution n'a pu s'y maintenir» com« ce ment est-ce qu'étant vu une mauvaise (car nous « avons vu que cette indifférence rest), il passera de « soi-même et par la seule liberté de sa volonté en a une bonne? Les tentations sont-cUcs à cette heure 4c moins puissantes qu'autrefois? Le diable est-il tf moins vigilant à prendre les occasions de nous « subvertir? £t quand cette inditTérencc ne serait « point si mauvaise qu'elle est, serait-il pas plus aisé à
280 MOÏSE AHITRAUT.
flc rennemi de tirar à soi la volonté, quand elle branle
« encore irrésolue entre les deux partis, qu*il ne lui « a été autrefois de tirer la volonté d'Adam au mal, ce du bien vers lequel elle était déjà excellemment dé- « terminée? L'autre chose est que nui ne doute que rhomme n'ait de soi-même de mauvaises habitudes « en la volonté, comme l'avarice, l'ambition, et en « un mot les inclinations merveilleusement violentes « à toutes autres choses mauvaises. Je demande donc « si, quand Dieu, par rillumioation de rentendenieot, ff met la volonté en indifférence, ces mauvaises habi- <c tudes sont corrigées ou non. Car si elles sont déjà « corrigées, vu que la sanctification de l'homme conte siste en la correction et amendement des mauvaises « habitudes de la volonté, Thomme sera sanctifié « auparavant que d'avoir cru; car celui-là n'a pas a cru qui est encore en indifférence. Or esirce chose « prodigieuse en la théologie qu'un homme soit sanc- « tifié avant qu'avoir la foi. Si elles ne sont point c< encore corrigées, vu que s*il y a chose aucune qui « selon nature soit capable de déterminer la volonté, a ce sont les habitudes dont elle est imbue de longue « mam, et ({ue les mauvaises notamment la tiennent «c comme liée sous leur joug, comment est-ce que « d'elle-même elle se pourrait déterminer au con- « traire (1)? »
C'est donc par la vertu de Dieu que nous croyons. Si nous y perdons notre liberté, à la bonne heure ; maiâ nous ne Ty perdons pas :
(I) Pageft vn-vi9.
MQlâE AMYHAUT. 2Si
« Cest cette prétendue liberté qui nous fait escla\ es « de péché. Yaudrail-il pas mieux sans comparaison cr eo ètie délivi*ésy pour être faits serfs de Dieu et de te justice? Certes ceux qui le servent, et qui ie ser- « vent de cœur et d'affection^ voire qui le servent en <c telle façon qu^ils ne peuvent cpills ne le servent, « ceux-là non-seulement sont libres, mais ils régnent.
Serions-Dous donc si affolés de cette vaine liberté « que nous ne voulussions pas ôtre mis en la condi- « tion en laquelle sont les anges? que nous dédai- « gnassions d'être conjoints aussi indissolublement a avec Christ comme les esprits bienheureux qui sont ce recueillis là «haut? que nous nous plaignissions ec qu'on nous mit en Tétat auquel notre Seigneur <c était quand il cheminait en la terre? qui ucu-seuie- « ment n'a point péché, mais n'a pu pécher ; qui oc pour cela ne s*est point plaint d'être privé de sa « liberté, a pensé qu'eu cela consistait, après cette « admirable union avec la divinité, tout i*ornement « et toute rexcellencc de sa nature humaine.
« Mais quoi, mes frères, ne craignons pas que cette a invincible vertu de la grâce de Dieu en nous nous a ravisse notre vraie liberté. Elle nous dompte, elle a nous captive, elle se rend maîtresse de nous abso- « lument, elle plante son enseigne en nos cœurs, elle « triouiplie de nous et de toute la puissance (pie le <c péché avait en nos âmes. Mais pourtant Faction par « la(iuelle elle fait toutes ces choses est si douce, si « agréable, remplit nos esprits de tant de joie et de <c (Consolation, engendre en nos volontés des mouve-
182 MOÎBE AVÏRAUT.
a ments si véhéments et si ardents vers notre salut a et son auteur, et nous remplit au reste d'une telle tt connaissance de l'excellence de la chose que nous « embrassons, qu'il est impossible qu'elle ne nous et dérobe à nous-mêmes. Ce ne sont pas charmes; a car les chaniies fascinent les yeux, et la grâce de « l'Ëvangiie les nous ouvre. Ce n'est pas contrainte « ni violence, qui nous entraîne malgré que nous en a ayons; car toute contrainte est importune à l'esprit ce humain, et ce que nous croyons en Christ, que « nous venons à lui, que nous nous y collons, est « conjoint avec une incroyable allégresse, une joie « inénarrable. Cest néanmoins quelque chose de plus « puissant que les contraintes les plus violentes, quela que chose de plus doux que les charmes les plus « attrayants, (juehpie chose en somme qui tient tout u à fait de la manière en laquelle Dieu se commuui- « quera à nbus dans les cieux et retiendra nos yeux « en l'admiration et nos affections en Tamour éler- « nel de ses vertus émerveillables (1). »
Un discours prononcé par Amyraut aux eaux de Bourbon (â) nous conduit à un autre pôle de son esprit. Il s*y écarte des habitudes de la chaire; mais il est bon pariois que les esprits soient dépaysés : une secousse brusque peut réveiller quelque partie endor^ mie. Le discours d'Amyraut n*est pas même un ser-
(i) Pages
{'i) Dans le volume miilulé : Cinq sermons prononcés à Charenton ; ensemble un à'acmtt thritU» prononcé à Bourbon. Cbarcnlon» i658.
MOÏSE AUVRAtT. ^3
mon proprement dît (1). i/oratenr eommence par Aiessiews et u ludique pas de leAte; toulelois li développe dans toutBOD discours cette parole de l'Écriture :
Si quelqu'un a soif, quil vienne à moi et qu il boive.
L'orateur applique d abord les symptômes la soif à la soif spirituelle^ et dit comment cette dernière doit chercher à se désaltérer. Il signale ensuite les ressemblances et les diâiérences qui existent eutre les eaux de la grâce et les eaux de Bourbon.
I. Ressemblances. Ni les unes ni les autres ne sont un produit de l'industrie humaine.
Cette eau est chaude par l'effet de sa ( ombinaison avec quelque minéral. La chaleur de la loi, c'est la charité.
Quelques autres éléments lui communiquent des vertus médicinales.
Cette source est aussi ancienne que le monde^ et pourtant ses vertus ont été longtemps inconnues*
Les gens du pays en usent peu.
Elle est abondante et bouillonne incessamment.
Nul n'est exclus de la participation de ces eaux.
On les donne pour rien.
On prend de la nu uie façon ces eaux et celles de la grâce : H en faut boire et en boire largement. Il faut s'y baigner pour en tirer la chaleur ët la vigueur. Il
faut quelquefois qu'elles tombeul d'en haut avec impétuosité.
(i; M. Vinct njout<' «mi note : « Vx\ ancien propriétaire de mon exemplaire a écrit à la marge de i < vi riU- ; « (.<• (lis( (Mir« f<»l irt'^ bon, Iri'? «olidf. on peul u en Taire un Irés bon sertuoii. • Ai^ourd liui on dc lui refuserait pas ce lîlre. • i£diteurs.)
284 wân airraot.
IL Biffértmu, Ces eaux sourdent de la terre et
les autres du ciel.
Ces eaux ne sont pas bonnes pour toutes les maladies..
L'usage de ces eaux a quelque chose d juiportun. Il faut se vider le corps de ces eaux après les avoir prises.
Ceux qu elles ont guéris peuvent retomber maladesy et dans tous les cas ils mourront.
III. Conclusion. Nous avons laissé nos familles et nos affaires pour venir à ces eaux. On en parle beau* coup, tandis qu'on les prend. Quand on en a été son* lagé, on en parle à son retour. En sortant d'ici, on emporte des ordonnances auxquelles on se conforme. Ceux qui ont été soulagés exhortent les autres. — En tout cela nous avons des images de ce que nous devons faire pour les eaux de la grâce.
Cherchons pour nos âmes des sources nouvelles, comme l'on chercherait les sources thermales qui pourraient encore se trouver dans le royaume, et apprécions ces eaux salutaires, comme des eaux thermales se recommandent à nous par les forces qu'elles communiquent à nos membres.
A côté d^excel lentes idées, ce discours en renferme dont ringéniosité fait sourire*, Timpression toutefois est sérieuse.
Faisons mention encore d'un discours prononcé en 1658 pour la convalescence du roi, qui était alors âgé
de vingt ans et dont ime grave maladie a\ ait menacé les jours. Les protestants montrèrent un grand cm-
h > %mm » • Il il
MOÎIE AUfRAUT.
pressement dans cette circonstance. Amyraut s excuse
dans son exordc de se trouver en retard, en même temps qull témoigne de l'affection et du zèle de ses frères pour ce monarque bientôt persécuteur. — Nous avons remar(jué à la ûn de ce discours cette prière : « lL>onne4ui de reconnaître que c'est à Tamplification «t et À faflfermissement du règne de notre Seigneur « Jésus-Christ qu il doit employer la puissance et « Tautorité du sien» et d'avoir soin que tous ceux «t qui te servent en pureté jouissent do repos et de «c tranquillité dans les lieux de son obéissance. »
A tout prendre, Amyraut est bien moins remarquable comme prédicateur que comme écrivain polémique et comme moraliste. On peut dire que c'est moins un pasteur qu'un docteur en théologie, qui porte ses discussions dans la chaire. 11 se montre dans ses sermons dialecticien exercé, subtil et [)our« tant loyal. On soil en lui un esprit habitué à la méditation et à l'analyse, versé dans la philosophie, choisissant des sujets et des points de vue où il s'agit plutôt de convaincre que de persuader et de toucher. On s'aperçoit qu'il n'a pas exercé longtemps le ministère; il lui manque ce (jui doit manquer plus ou moins à tout pi*édicatcur non pasteur : l'expérience. Il y a des choses qu'on ne sait bien qu'après les avoir expérimentées. Amyraul a i)C)ur(ant pariois les vrais accents de Féloquence pastorale.
Examinant de plus près la forme de son esprit, on y trouve en «petite mesure l'élément de Tintuition
MOÏaE AllïHAUX.
immi'diate, celle perception vive et rapide des objets, cette synthèse ÎDstantanée» qui présuppose ranaiyse, mais n'en laisse pas paraître les éléments distincts. Ses idées lui sont fournies par le raisonnemeot, le syllogisme, et non par l'intuition. Il est moins préoccupé de la substance des idées que de leur rapport logique.
Il y a chez lui peu de mouvemeut oratoire, point de pasMon. Son diflcoum est une exposition, queU quefois animée ; mais il ne sort généralement pas de la forme axpositive. Un de ses grands déduis, c'est le manque de proportion et de perspective dans les développements. Son langage est siiiaiinc, plus ancien que celui des autres prédicateurs de son Église, son style néghgé, sa phrase embarrassée dMndden* tes. Il n'a nul sentiment de la période; il a peu de sentiment du style parié, mais de temps en temps des passages d*un style ferme, net et rapide, et des phrases bien frappées.
Un caractère distinetif d*Amyraut est le plus parfait naturel. Il a su se préserver, comme du reste la plupart de ses contemporains protestants, de cette rhétorique de mauvais goût qui feisait invasion à cette époque. 11 a peu d'intentions oratoires, mais des traits ing^ieux et une éloquence parfaitement vraie, . quand il lui en éehappe quelques jets.
Quant à sa théologie, elle parait claire au premier iregard, beaucoup moins au second. Elle revient par un détour anx difUcultés ([u'elle a voulu éviter, et fait seulement sentir Timpossibiiité d'un moyen terme en certaines questions^
RAYMOND GACHES.
Noua Bavons peu de chose de Rsytnood Gâches (
mais lu taU qu'il fut pasteur à Cliarcntoii montre asëez que c'était un homme distingué* il desservit cette église de 1634 à i606, époque de sa mort. Il a publié, outre un cerUiin nombic de bcnuous détachés ^ un volume intitulé : i^eiss iehnotu stir dtWs Usctu
dû VÈeritun $aini9 (t), imprimé à Genève en 4660.
Il n'est ni diaieclicieu exercé, ni lliéologieu pro* fond, comme plusieurs autres ; la justesse du juge* ment el la sûrilc des vues lui iiiauquent souvent ; mais il a une belle et riante imagination^ qui sait tirer parti dto la poésie du christianisme, tout à fait négli* gée par ses coutemporains. il a aussi de la sensibilité, <Mi pourrait presque dire de Tonetion. Ainsi dans le
(i ) La plupart des sermons détachés ont été compris dans ce recueil. Une partie d'entre euK avaient été réunis précédemment sous le titre de Dcca-ft de strmoM 9ur divers textes de V Écriture xniulc. Charminn, ifi'^e. Les quatre premiers sermons sur la deuxième EpjLr<; de $jiiU ^'iene, qui (urmitieut déjà aloit «u r(H;ueil diMiucl, {ont partie de ceUc décwle. [^Èditmrs.)
âSS RATHOND GACHBS.
passage suivant, tiré du bcrmou sur II l%rre, ï, i, 2 : <c L'Église de Dieu retentit, mes frères, de contiff miellés bénédictions ; les fidèles unissent leurs a cœurs et leurs voix pour bénir l'Éternel leur Dieu; «c l'Éternel fait descendre ses bénédictions sur les « fidèles; le pasteur bénit le troupeau, le troupeau « bénit le pasteur, et les Mêles, par des vœux mu- «c tuels, se bénissent les uns les autres. Il n'en est « pas aiusi de la société des méchants : vous diriez « que ce sont des bêtes sauvages, qui hurlent ou « qui rugissent dans les antres ou dans les forêts; a ils se niaudisseut dans leurs querelles les uns les « autres ; ils font des imprécations contre eux-mêmes « dans leur impatience et dans leur désespoir; ils « maudissent Satan qui les presse, et Satan les mau- « dit de toute sa fureur, et les enchaîne enfin avec « joie dans les enfers, qui sont un lieu de malédica tion et d'horreur. Que la paix, que la charité qui « règne dans FÉglise est une chose bien aimable ! tt Qu'il est (iuux et de bénir et d'être béni! Mais la « bénédiction encore qui est donnée par la bouche « ou par la plume d'un apAtre a quelque chose de ce plus doux ; comme ils sont établis dispensaleui*s « des grâces de Diûu , il semble que 'leurs souhaits ce sont efficaces , et que les bénédictions qu'ils pro- « uoncent sont suivies de leur eii'et. 0 vous dom, qui «r avez obtenu une foi de pareil prix avec les apA- « très , recevez la bénédicdon que vous donne auoc jourd hui un grand apôtre, qui vous souhaite ce « que le ciel a de plus précieux et ce que la terre a
ce de plus agréable : Oràce et paix vous $oil mulc itpWe(l). »
Ce style est à peu près nouveau dans la chaire protestante. Le Faucheur est éloquent, il est vrai; on tiouve chez lui une abondance d'images; mais il n*a pas la grâce, le coloris aimable et la poésie de Raymond Gâches. Celui-ci a quelquefois aussi de Télan et de la hardiesse. Le passage suivant nous en fournit un exemple :
c( De quelque eôté que je porte ma pensée^ je ne « vois que des trésors et des trésors de lumière, que fit des couronnes, mais des couronnes de gloire, que « des fleuves, mais des fleuves de délices : en un « mot, que des biens, mais des biens éternels, mais <c des biens infinis, qui .sont offerts à Tespérance du « fidèle. Ouvre ta hmehê, disait TÉternel à son peu* «c pie, je la remplirai. Mais qui avait jamais cru ce qu'on pût remplir la bouche de notre cœur et sa- « tisfaire à tous ses désirs ? Peu de chose apaise la «c faim de nos corps; mais qui avait cru que la faim « de notre Ame pût être jamais apaisée? Ouvre néan- « moins Ion âme, fidèle ; conçois des souhaits dignes a de celui qui a un Dieu pour père ; élève ton espèce rance ; forme Tidée d'une grande félicité ; joins « les plus éminents honneurs à Tabondance des rite chesses, une santé pleine et riante à un conten- « tement de Fesprit qui ne soit jamais interrompu; « donne des rayons a notre visage; donne la connais-
(i) Premier sermon sur la deuxième Éi>itre de taint Pierre* (PagCSM-in dU recueil des quatre premiers sermons sur ceile ÉpilreO
MO RAÎKOND eAOHBB.
«' sauce (le tous les secrets à dos esprits ; fais naître a dans UD beau séjour ou des lis ou des roses; Ms « que Tair y soit embaumé de rôdeur du musc et « de Tambre; présente mille beaux spectacles à tes <t yetix; et^ ayant uni toutes ces choses ensemble^ si « tu t'écries : Oh ! (jui me donnera tous ces Wens? et nous te répondrons, de la part de Dieu , que plus « grande est encore^ et mille fois plus grande, la îé* a licité qu'il te promet. Avare, voici des trésors qu'on « ne te saurait ravir; ambitieux, Toici deH triomphes, « voici des couronnes ; voluptueux^ voici des plaisirs « plus purs, mais plus doux, des délices plus inno* « centes^ mais plus durables. 0 hommes^ Toici la vie a et la gloire, mais une vie éternelle et une gloire « infinie. Oh l conikien $oM ffrands kê hien» que iu as « préparéê à mm que iu aï mt i, 6 Êtémei t Mon âih$ ie « désire en cette terre déserte. Puisque je souffre et que « je pèche ici-tea, puisque je dois régner et t'obéir If parfaitement dans le ciel , oh / quand entrerai* je et « me présenterai* je devant ta face? Mes frères , votre r cœur ne brûle^t^il pas quand tous pensez à la « grandeur et au prix de ces divines promesses? Ce « que le monde a de plus grand ne vous parait^il pas < méprisable? Ce que le monde a de plus précieux ne n vous semble-t-il pas de nulle valeur? et vos yeux, « éblouis des lumières du paradis, que votre foi le commence d'apercevoir^ ne trouvent-ils pas triste « el sombre oe que la terre a de plus beau »
f •) Deuxième sermon sur la deuxii me. Épilre de ëainl Pierre» (Pages <ïH>d du recueil des quatre premieri sermont sur celle epUro.)
■UYMOIfD «MUnS» itl
Gâches ii*aiteiut pas toutefois les sommités de l'éloquence. Il y a eu lui le germe des plue grandes
beautés, mais sans la force de le développer en plein; c'est le bouton d'une fleur qui, à peine ouvert^ se referme.
Il a plus d intuition que quelques autres et Uoure^ sans le labeur du raisounemeot , par une sorte de rapide synthèse (1)) de belles idées ^ de beaux traits « tels que oelui^ci i a Merveille de la « bonté de Dieu 1 II nous pi^pare tovs ses ttésors, et et nous donne même la main pour les recevoir; il « BOUS donne toutes choses , et nous donne nous- « mêmes à nous-mêmes (2). »
U a de l'éloquence, mais quelquefois la rhétorique parait. On sont oheis lui^ eomma chea Charles Dr^ lilieôuri) Tinfluenoe du père S^ault^ alors très en Yogue^ Comme lui. Gâches aime les citation!» et les allusions historiques^ T^ditiott oniée< Vofea^ par exemple, dans le sermon sur U Triante de TjÉvan- §iUf les passages suivants :
a Le prhioe des médaeiiiBy le grand Hippoerata» a dans le traité des aliments^ nous enseigne que « lorsqu une penonne abattue par k fiiim a besoin « d'être promptement seooume ^ pour rappelar plue e tôt ses forces , il faut lui donner des choses li- « quidesi 0U| pour agir aTee un succès plus présent» « il faut se servir des odeurs^ Démoarite «oaserva
(i) Entre Mvoir et connaiire, S ft une grande différence. Oottnlllrei identifier avec 8oi-aieme ; U n'y a que Tàme qui puisse bien connaître.
r/i} Premier sermon sur U fU uxième Èpitre de taittt Pitrre* (Page 33 du recueil des quatre premiefs mmoui sur cette «pitri.)
t9S HlTMOHD «ACHES.
«( trois jours sa vie par la seule odeur du pain chaud, « et ron croit qu'Aristofe reçut un pareil secours de « l'odeur des ponunes. Pour remettre bientôt une « âme 9 pour la nourrir et la fortifier dans la vie de
« la grâce, Todeur de la cunnaibbauce de Dieu est « le salutaire aliment qui lui peut donner des forces, « qu'elle diercherait en vain dans les sciences bu- « maines. Ce n'est pas tout encore; car vous savez « que les odeurs purifient Tair, et pour cette raison * « les Ëgyptim se partonaient au matin avec quel- « que espèce de résine, et au midi avec de la myrrhe. « L'on emploie parmi nous les parfums de bonne « odeur contre les ravages de la peste. El l'odeur de « la connaissance de Dieu n'écarte-t-ellepas le venin « qui donnerait la mort à nos âmes, et ne nous pré- « serve -t- elle pas de la contagion de l'erreur (1)? »
— « Sur toutes choses, que l'avarice ne tente ja« « mais vos cosurs. Pour monter au ciel , Élie laissa flt toutes choses, jusques à sa mauteline. Nous ne sau- « rions voler vers le paradis avec ces ailes d'or dont « parle un poète grec , faisant de la matière la plus « pesante ce qui doit être le plus léger. Cédrénus « rapporte que cette belle perle dont un roi de Perse « faisait son plus précieux trésor, avait un chien ma- « rm pour sa garde, si bien que celui qui entreprit « de la pécher n'eut que le temps de mettre le bras « hors de Feau, pour la bailler à ses compagnons, « et ce chien le dévora sur T heure. Les richesses ont « un démon à leur suite ; ceux qui se tuent pour les
(0 X« Xriomfhe dâ l'ÉvtmgOt, CbanaUm, 16». Hgm M-».
&AYM01CD GACHES. 2d3
« acquérir, à peine les possèdent-ils un moment^ à « peine ont-ils le loisir cFen disposer en faveur de « leurs héritiers, et voilà ce démon les entraîne dans « les abîmes et se repaît de leurs tourments (1), »
Je ne trouve Raymond Gâches qu'ingénieux, sans ^ort et sans étalage, dans le passage suivant du même sermon :
a Je sais bien que les apôtres ont été les plus «r pures et les plus brillantes lumières de TÉglise, <c que leurs noms ont été écrits sur les douze fonde- « ments de la Jérusalem céleste, et qu'ils doivent « être assis sur douze troues pour juger les douze « lignées d'Israël. Ils ont été des flambeaux digne- «t ment élevés sur le chandelier du temple de Bien, « qui, répandant leur lumière de toutes parts, ont « dissipé la nuit du paganisme et les brouillards des « hérésies. Leur bouche était une source d'eau vive, a une veine de la fontaine éternelle, et la terre a a pris plaisir à s'enivrer de Tabondance de leurs <c eaux. Je sais bien que ceux qui vous aunoncent « rÉvangile ne sont pas apôtres, et je confesse que, «c lorsque vous détournerez vos regards de ces étoiles « de la première grandeur, la lueur des moindres ce astres n'est que pure obscurité. Néanmoins les pau rôles de notre texte peuvent, sans qu'on leur fasse ce violence, être appliquées généralement à tous les « ministres de la grâce, pource que, si les apôtres « ont eu un emploi et des grâces extraordinaires, en tt quoi nous ne leur succédons pas, nous leur succé^
(1) Le Triomphe de l'Évangile. Pages 82-63.
9SI lUIJIOMD GACHIS.
« ()oBft pourtant, par la miBérieorde infinie du Père
<c céleste, en l'œuvre du ministère et en la dispeuâa^ « tion daa aecrete de Dieu. Si vos pasteurs n'ont pas « reçu les mêmes dons, ils -vous présentent néan-
« moius le même ^alul, et si ces vaisseaux ne sont « pas d'une matière aussi précieuse» vous y trouves a néanmoins les mêmes trésors, qui peuvent enrichir « vos âmes. Le Seigueur Jésus est toi^ours la ma- « tière de leurs prédications, la sainteté est toujours a le chemin qu ils vous appionnent, et le ciel est tou-» « jours le but auquel ils vous veulent amener. S'ils ne guérissent pas miraeuleusement les malades de a même que les apôtres, uéaiunuins de même que les « apôtres ils convertissent les pécheurs; s'ils ne don^- « nent pas la vue aux aveugles, ils éclairent Tintelli* (c gencû des errants; s'ils ne raësuscitent pas les <c morts» ils relèvent les hommes du tombeau du vice, ft et s'ils ne chassent pas les démons des corps qui a en sont possédés, ils renversent le trône de Satan a et élèvent celui du Seigneur Jésus dans la conte science des liommes. Encore que Dieu répande fc souvent du sein des nuées ces eaux précieuses qui a font la fertilité de nos champs, néanmoins il rema pUt ordmairement nos fontaines par des canaux ce secrets, que nous avons bicQ de la peine à découa vrir. Mais, soit que les eaux tombent sensiblement a des airsi soit qu'eileâ semblant naître de la terre» «c elles découlent toutes également de la mer, elles a boni toutes également conduites par la Providence « divine. Nous pouvons dire la même chose des eaux
RAYIIOND GACilEi. Ml
« de la grikce. ElleB ont été veiBées e&traordiiiairô-
a ment du ciel, d'une façon plus auguste et plus ada mirabley sur lee apôtres; elle» «ont ooiaiBuoiquée» « aujourd'hui aux ministres de Christ par des secrets «c canaux, avec moins d'éclat et avec moins d abon^ « danoe; mais elles descendent toiyours de la même « source de gmce, et elles soûl toujours adressées
« à i'édiâcation des croyants (i), »
Le style de Raymond Gaches^est bien plus coulant^ plus pur, plus agréable que celui de la plupart de ses contemporains; il ne donne ni beaucoup d'aliment ni beaucoup d'occupation à Tesprit; mais il Tatlire et 1 eutraine doucement sur ses pas, d'autant plus que la marche de ses idées est simple, nette et facile* Aujourd'hui encore il se ferait lire avec plaisir.
En résumé, pendant cette première période >
Le ^eure aiiah tique domine.
2"" Là morale descriptive, ou la philosophie . mo«* raie n'abonde pas. — Abondait-elle davantage ches les contemporains catholiques? C'est ce que j'ignore. En tout cas, il ne serait pas équitable de mettre ei| regard de Bourdaloue Daillé, Gâches ou Amyraut ; car à la mort de ceux-ci, liourdaloue commençait seulement à poindre.
Arrêtons -nous quelques instauLs iiu ces deux faits, pour les déterminer et en mesurer la portée.
La méthode analytiq»$ consiste à prendre le^ unes après les autres les différentes parties du texte, dans
(I) tê THomphe de CivangiU, Pages i2.|5.
296 RATHOIO) GACHES.
l'ordre où elles 8e trouTeni, pour en donner à Tandi-
teur le sens conipiet et le résultat. Cette méthode n'a pas un caractère si passif et si serviie qu'il le semblerait d'abord : il est impossiblé, en effet, que le prédicateur lie mette pas beaucoup du sien dans le travail qu'il doit faire, ne iftt-oe que pour oirconserire et diviser son texte. Cependant il y a toujours une grande diiiérence entre le sermon a$ialyiigue et le sermon ufmhétique. Dans oe dernier, le prédicateur est plus indépendant, mais sa tâche est plus forte; il est moins gêné, mais il est aussi moins aidé.
Dans le Traité de Claude de la cmnposition d'un sermon, on trouve quelques détails qui peuvent s^vir à nous faire connaître la méthode du temps. Claude distingue quatre manières de traiter un texte (1) :
l*' La voie d'explicaliony qui suppose un texte obscur, ou difficile, ou profond, ou vaste. Cest une étoffe roulée sur elle-même, et dont on ne peut voir les dessins qu'en la déroulant (ea^lieando)^ en en exposant à la lumière du jour toutes les parties. Claude voit dans cette forme la forme normale et le point de d^art des autres; c'était aussi, à ce qu'il paraît, celle qu'on préférait alors.
T La voie d'obeervatiom, qui n'est qu'une nuance de la précédente. Ici les textes né sont pas difficiles à comprendre, mais il y a des observations utiles à faire sur les mots.
3* La voie d'application perpétuelle, dai^s laquelle,
(t) Claddi. Traité de la composition d'un sennon, cbaptires Y-Y1II| dans le UHne 1 des CB%ivn$ poHhmnu, pages 205, 309, m et Vt9.
RAYMOND GAGHBg. S97
laissant les explieatiolia et les obsemtkms qui ne
sont pas importâmes, ou applique le texte aux auditeurs et on les exhorte.
4* « A ces trois manières il faut en ajouter une a quatrième, qui consiste à réduire son texte quela ques propositions, deux au moins et trois ou quatre <r tout au plus, qui aient entre elles quelque dépen- « danee et quelque subordinatic», et ensuite les trai- «t ter fortement et fiiire toute son action sur cela.... ce Quand on prend cette voie, on a beaucoup plus de a liberté que dans les autres et Ton se fait un ehamp « plus étendu. Dans les autres, vous ùtes restreint à (c votre propre texte, et vous ne pouvez ni expliquer ff ni appliquer que votre texte, ni faire d'autres a observations que celles précisément qui s'y râper portent. Mais ici votre sujet, c'est la matière « contenue dans vos propositions : vous les pouvez « traiter à iond et les pousser aussi loin qu'il vous è( plaira, pourvu que vous ne choquiez pas les règles <c générales d'un sermon. Et il faut alors se proposer et de traiter non le texte, mais les ciioses que vous a avez choisies entre toutes celles que le texte con» « lient. Les voies d'explication sont plus propres « à donner l'intelligence de l'Ëcriture et celle de « la théologie méthodique. La voie d'application a regarde plus la pratique que la théorie. Mais oc celle^i, que nous pouvons appeler la voie des pro- «t positions ou la voie des points, est plus propre à a donner la connaissance de la théologie métho- « dique que celle de l'Écriture, et elle peut éga-
RATHOIID 6AGUES.
« lemant servir à la théorie et à la pratique »
Cette dernière méthode est celle qui a Uni par prévaloir. Du reste, Claude n'est pafi d'avis qu'on doive en employer une è l'exclimon des antres. « Il ne tf faut pas penser, dit-il, que ces quatre manières de a traiter les textes soient tellement séparées qu'elles « ne se puissent mêler l'une avec l'autre. Au. con- « traire, il y a peu de textes où il ne faille se servir « de deux ou trois de ces - manières, et quelquefois « mèine de toutes quatre (2). » Mestrezat lui-même réduit chaque partie de son texte à une proposition, et son sermon, si sévèrement analytique, n'est qu'une série de plusieurs sermons syntiieiiques. Amsi, au fond, cela revient au même. Dana le sermoi^ analy-» tique, comme dans le sermon synthétique, il y a <lo la synthèse; mais dans le premier elle s'attache à des parties du texte, et dans le second au texte tout entier. Il y a toutefois cette différence capitale que, dau^ ie sermon synthétique, on trait0 moins les élé* ments verbaux que 4a proposition du texte. Quand on veut faire un sermon synthétique, il faut donc, tout en tirant parti autant que possible de tout ce que renferme le texte, éviter de se laisser embarrasser par les détails et ne pas sacrifier l'unité.
La prédominance de la méthode analytique, à l'époque dont nous parions, n'était pas une affaire de système, mais une nécessité du temps. Il fallait alors, avant tout, expliquer l'Écriture, parce que le plus siiupie devait, à l'occasion, rendre compte de sa foi.
(i) Pagei (9) Paie 404.
Tout ce qu'on m lui prouvait pas par rËcritiire
n'exifitaH pas puur lui.
Nous avoua dit, eu seix>nd liau, qu'il y a peu de morale dans let semons de cette époque. Ceci a besoin d'être expliqué; car, dans un sens, c est le contraife qui est vrai. Ce qui domine ebea oes hommes, c'est le désir d'implanlor les dogmes dans le cœur, de transporte!* la vérité dans la vie; or rien n'est plus abondant en morale que le dogme chrétien. Nonseulement la iiiomlo en découle, mais chaque dogme est une vérité moralOi un fait moral, qui s'accomplit en Dieu ou en l*homme, et où la volonté, la conscience, l'aUectioa intervieimeal en première ligne. Cependant on peut considérer la morale aous un au Ire point de vue. Elle est la science des mœurs, c'est-à«dire des habitudes de Tàme; et il se pourrait qu*ou eût traité abondamment les vérités du christianisme, et qu'on eût donné peu de place à cette science des mœurs. C'est le cas pour les prédicateurs dont nous nous sommes occupés : ils forgent à grands coups r homme nouveau sur repclume de la conscience, mais ne complètent pas leur œuvre par un travail plus délicat. Ils réveillent Ja conscience eu gros, sans se soucier du détail. Souvent cela suilit, et ce premier travail est en tout cas nécessaire : avant de modeler et de limer cè fer, il faut qu'il ait passé au feu de la Parole. Cependant, à lordmaire, il ne faut pas s'en tenir là.
La morale est de trois sortes dans la prédication et en elle-même.
RATMOICD GACHES.
Il y a d'abord une nmah descriptive, qui retrace les faits du monde intérieur, soit qu'ils restent cachés dans l'âme, oà le moraliste ya les chercher au moyen de la conscience, soit qu'ils se produisent dans le monde extérieur. On peut distinguer deux formes de la morale descriptive t la première, qui s'attadie à peindre des caractères généraux, est celle de La Bruyère; l'autre est celle des poètes qui ont pour but de peindre non l'espèce, mais les individus, en revêtant d'un certain caractère un personnage qu'ils font vivre devant nous. Il nous serait utile d'étudier avec sérieux sous ce rapport Shakespeare, Racine, Molière. Ce procédé n'est nullement méthodique, mais il est peut-être le meilleur : il donne des faits moraux une intuition vive, plus vive quelqueiois que celle que donne la vie; mais nous n'avons pas à nous eu occuper ici.
La morale explicatmj ou philosophie morale, passe des faits aux idées; elle range les &its, les coordonne, en tire les conséquences : en un mot, elle construit le corps scientifique de la morale. Ëlie étudie toujours les faits, mais elle distingue soigneusement les faits inténeurs et les faits extérieurs, et dans l'une et l'autre de ces classes, elle distingue encore entre l'homme en état de péché et l'homme en cLat de grâce. Il y a un point où elle cesse d'être morale proprement dite et où elle devient spiritualité : c'est quand elle suit le filou précieux de l'influence divine dans rhomme régénéré, quand elle explique et classe
les faits intimes qui se succèdent dans sou àme et renrichissent.
Enfin, la morale prescripUve donne des directions, générales ou particulières, sur la conduite de la vie. Le prédicateur ainsi devient conseiller.
Oij conçoit quelle abondance de laits el d'idées la morale prête à la prédication. Mais iant^il s'engager dans cette voie ou s'en tenir éloigné? Il s'est formé sm* ce point deux écoles : l'une, objective , s'attache uniquement à Tobjet de la religion révélée; l'autre» lubjective, s'attache aussi à l'homme, qui devient ainsi le texte vivant de la prédication. Celle-ci a, dans ce dernier cas, deux objets : Dieu et Tbomme, placés en présence l'un de Tautre et s'expliquaaL mutuellement.— Mais, on Ta dit avec raison, il faut prendre garde de ne pas se perdre dans la contemplation de l'homme; on pourrait exciter ainsi une curiosité profane et dangereuse. L'homme est préoccupé de lui* même et aime qu'on lui parle de lui, fût-ce pour en dire du mal. Cest, en particulier, un des caractères de notre époque, qui veut tout comprendre sans rien juger, tout expli(jiier, sans jaiiiciis conclure; mais ces révélations sur l'homme, qui abondent dans les écrits du jour, sont une « voix de la terre. » Transportez ces écrivains dans le domaine des vérités révélées, objectives, et vous les trouverez misérablement insipides et indécis.
On peut sans doute se défier aussi d'une prédication qui abonde en peintures morales. Évidenunent ce n'est pas tout; mais peut-on dire que ce n'est
RAlMOnD 6ACMB0.
rien? Une pi*édicatioii qui dit saos cesae « Tu es eei fwmme-làî peut avoir ses dangers; mais^ pour la rejeter^ il faudrait être sûr que la méthode objective n'en présente aucun) or elle en présente autant que l'autre, avec moins d'avantages psut-Mr^. I^e meil^ leur moyen est de les combiner, et de réunir la douée contemplation du Diau qui tious a aimés et la dcmloureuso contemplation de Thomme qui ne l*a pas aiméi
Les prédleatëûfs que nous iVotis vus jusqu'ici ont
employé surtout la metiiode objective; lis ont peu analysé le cœar humain; ils avatetit autre choée à faire, et ils l'mit bien fait. Nous allons voir maintenant la prédication subjective se faire jour chez leujijs silceesseuis.
lt>19 — 1687.
Nous arrivons avec Claude a la seconde période de la pFôcLkaUoa réformée au dix^sepUème ëièoie. La transition toutefois n'e»t pat bniaque, et Ton pourrait dire piesque aussi bien qu'il termine la premère période. Mais on aperçoit dans ses sermons les premiers symptômes de la révolulion liomilétique qtii s'accomplit. L'analyse devient synthèse. Jusquelà rexpiieation avait dominé^ explicatton docile et suivie d'un texte ordniaircnient étendu. Ou s'efforçait sans doute de lier entre elles les différentes parties et de leur donner un biit final, mais cet efiort n*éiait pas très énergique. De là jusqu'au sermon proprettbent dit, qui dâns un tente saisit Une idée^ il y a une grande distance, remplie par des intermédiaires. Claude en est un« 11 ne se détache pas de l'ancieune méthode, il la modifie. Dans cette conciliation qu'on essayait alors, on \ cul avant tout donner une explication fidèle, solide et détaillée du texte, mais en même temps déTetopper tine idée^ dont on fait le sujet du discoms. Lu tache était difficile et ne pouvait guère
304 JBAH cutnm.
s'accomplir saos nuire en quelque degré à cette simplicité d'allures qui sied à la chaire. Les écrÎYains sacrés n'ont pas écrit dos textes pour nos .sermons. Si nous voulons développer notre idée, il faudra donc souvent faire abstraction de certaines ciroonstances du texte; si nous voulons expliquer celui-ci, il faudra faire abstraction de notre système. Les pré* dicateurs protestants n'ont pas toujours évité le danger de la méthode qu'ils ont choisie, et ils ont souvent été conduits à tordre ou leur esprit ou leur texte. Cela valait mieux, il est vi*ai, que la méthode des prédicateurs catholiques, qui se moqoenl du texte et ne le traitent pas.
Un autre caractère des sermons de cette seconde période, c'est que la controverse y occupe de jour en jour moins de place.
Jean Qaude fut ThoBune le plus éminent de ÏÊn glise de son temps; les catholiqnes l'appelaient le fa- ' meux miniêtre Claude. 11 naquit en 1619, à La Sauvetat, dans le Rouergue, où son père était ministre. C'est sous la direction de celui-ci, homme d'un grand mérite et d'un grand savoir, qu'il fit toutes ses études, même celles de théologie (1), bien qu'il eéi désiré d'aller à Sauniur, où l'attirait l'élégance des mcBurs et du langage. Après sa consécration, il de*
La j-rancê ProUstunte donue des reoseigoemeub uo peu différcDls dans M» arlide tar Quaêe : t Son père le diarga 4» M Ôotmer la ptanière ida- I tore des MIct-lellnf» qa^il émût et qtfB eoHHail tai-Mtee atee wteei», et « apr6l IhL a?«ir Ibil biredeboHMsluMnaaild^il f earoy» éludlBr h phBoiOfMe < et U théologie i Montaubsoi, sous Garisolles et Charles. • Ces détail^ sont eropnmlda iVJkréfééelûFiâ^ M, Oemb^par A. B. 1*D.L.]>. P. (^«<m.)
i£AN CLAUBI. 305
irmt pasteur de la petite Église de Sainte- Afrique, dans le Midi, où il put donner à Tétude une grande partie de son tempe. Appelé comme pasteur à Nimes, en 4654, il y enseigna aussi la théologie avec succès.
ii présida le synode provincial de Niiueâ en iiibi et s*y opposa à des projets de réunion qui couvraient des vues d'oppression prochaine. On voulait, d'un côté diviser, de l'autre diminuer la force morale d'un 4M>rpe dont toute la force était morale. Claude déclara que ïen reluîmes ne pouvaient consentir à unir la lumière avec les ténèbres, Christ avec Bélial, et, malgré Toppoeition du commissaire royal, il fit insé* rer cette déclaration dans le protocole. A la suite de cette opposition courageuse, le ministère lui fut interdit dans le Languedoc^. Il se rendit a l'aris pour réclamer, mais ne put réussir à faire lever cette interdiction.
C'est alors que s'ouvrit pour Claude la carrière des controverses, dans laquelle ii rendit de grands services à son Église. Madame de Turenne le pria de réfuter un traité manuscrit, qui avait été composé en vue de la conversion du maréchal. Sa réponse se répandit au loin avant d'être imprimée. C'est de là que date son illustration.
Il réfuta ensuite le livre de ia Perpétuité de la foi SU)- l' Eucfiarislic, dans le piol Aniauld et Nicole soutenaient que le dogme de la présence réelle a été de tout temps admis dans la chrétienté. Les lésuites travaillèrent cux-mômos à répaiidre la réponse de
Claude, s'en faisant une arme contre les Jansénistes.
300 JKAN CLAUDE.
Il est curieux dp rapprocher cette tactique des Jésuites de la décision suivante, prise par le synode national de Montauban, en 1594 : « Ceux de l lie «( de France seront vivement censurés de ce qu'ils « ont proposé à cette Compagnie s'il serait bon d agir « politiquement contre le pape .avec ceux de la re- « ligion romaine de ce royaume, pour maintenir les « libertés de l'Église gallicane. U sera écrit aux dits « sieurs que leur proposition a été jugée indigne a d'être mise en délibération (1). »
Boileau est souverainement injuste et même injurieux envers Claude, dans ces vers qui commencent l'épître à Arnauld sur la mauvaise honte (ICiTo; :
Oui, sans peine, au travers des sopliismes de Claude, Arnauld, des novaleurs tu découvres la fraude, El romps de leurs erreurs les filets cîiptieux. Mais que sert que la main leur dessille les yeux, Si toujours dans leur àme une pudeur rebelle, Près d'embrasser l'ÉgUse, au prêche les rappelle ? Non, ne crois pas que Claude, habile à se iromper, Soit insensible aux traits dont lu le sais frapper; Mais un démon l'arrête, et, quand ta voix l'attire, Lui dit : Si ta te rends, sais-tu ce qu'on va dire? Dans son heureux retour lui montre un faux malheur. Lui peint de Charenton lliérétique douleur. Et, balançant Dieu même en son âme fioiianle, Fait mourir dans son coeur la vérité naissante*
Claude eut encore une autre controverse avec
Nicole, écrivain ingénieux, qui a rendu des services dans le champ de la morale, mais qui se montre trop souvent subtil. Dans ses Préjugés légitimes conirê le$
(t) At]ioir« Tous U$ Synodu nothmatai^ Tome I, page I90.
JBAH CLaCDB. 307
calvinisles, il avait pris à partie la lléturnie dans son ensemble, l'attaquant avec beaucoup d'habileté. Claude répondit par sa Défense de la Réfàrmatim. Cet ouvrage capital étendit sa réputation parmi les protestants et parmi les catholiques.
Nommons encore un livre posthume de Claude, sa Héponse à un irailé de V Eucharistie ^ traité attribué au cardinal Le Camus, alors évéque de Grenoble. Cette conlruverse s'engagea, comme beaucoup d'au«> très, à la demande d'un protestant de haut parage, qui bientôt passa au catholicisme. Plusieurs grands seigneurs se trouvaient mal à l'aise dans une religion disgraciée; mais il fallait, pour la quitter, sauver les bienséances et observer certaines formes. De là ces controverses, ([ui ne pouvaient pas aboutir, mais qui étaient toujours des événements.
Claude fut nommé en 1666 ministre à Paris. Dès lors son importance fut grande dans les conseils des réformés. Il était le chef et l'âme de son parti. On le mettait en avant dans toutes les occasions importantes. La plus célèbre est la conférence qu'il eut avec Bossuet, sur l'invitation d*une parente de Turenne, IMademoiselle de Duras. n'élait qu'un spectacle, mais qui fait dire involontairement : Heureux ceux qui y assistèrent! Il n*est pas facile de savoir qui l'emporta; mais Bossuet dit lui-même, en parlant de Claude, dans la préface de sa relation : « II « me faisait trembler pour ceux qui Fécoutaient. »
A la révocation de l'édit de Nantes (itiSa;, il fut distingué dans la proscription générale. Tandis qu'on
accordait aux autres ministres un délai de quinze jours pour sortir du royaume, Claude dut partir dans les vingt -quatre tieures. H fut accueilli partout sur sott paâsage par des marques de considération, de la part même de catholiques. Il se retira à La Haye, oà il coiiliiHia à prêcher, tout en s occupant d'antre» (ra- Yaux. II y mourut au bout de dix- huit muis^
iNous n'avons à nous occuper ici que de ses sermoitôy qui mallieuieuseiueDt sont eu fort petit nombre. Ceux qui nous eut été conservés sont presque tous renfermés dans un volume intitulé : Recueil de sermons sur divers iexle$ de l'Écri^re miniej pronvnei» par Jean Claude (1).
Claude appartient décidément^ par la langue el te style, à cette époque littéraire qu^on appelle le siècle de Louis XIV. U a le goAt pur des grands écrirains de ce siècle^ un langage classique et T horreur de tout faux brillant.. Il exprime lui-même» dans le passage suivant du premier discours sur la Parabole des. noces^ sou averdion pronoiicée pour k sabtihté et la minutie :
« Je ne m'arrêterai pas à vous faire, ici un paraia lèle importun-, composé de toutes, les conftnriDité^
(i) Genève, diei Samuel De Tournes, mn* — Ce volume renferme : daq fermons sur la pmlMle des noces ; cinq anirps sur Proverbes, XVI, 6, T; sur Éph^ sien^, IV, 'Jo; sur la «eftion l.Uh du calci liismc (coiiiniuiiion soiw les deux espèce* el manière dunl Jêsus-Cln isl esl présenl dans l'acU*. de rcucliarisiie^; ?iir Ercl^siasle, VH> H; sur &isUhieu, X, 32, 33-, enlîn, Yexhortaiim jiour ceux de sort tnmpemt de l'è^lise de Pariai, sur Geu se, XVU,. 7, 8. — i.e i>«ul seroion que nottveoBiieisMoi» en dehors de celte liste est un seimon sur Uatibieu XVI, tt, PHbM i'RoliardeM en ifti'. {Êdittm)
jiau claon. 309 « qui se peuvent trouver entre une noce et rÉvangile « du Sauveur du moude, et beaucoup moius m apte pliquerai-je à pousser avec exeès celle figure de « la noce et à la convertir en allégorie. Ces manières « allégoriques et paraliéliqueB, si j'ose ainsi parier, « sont d'ordinaire de méchants jeux d'esprit, qui « ont ce malheur de ne plaire à personne, mais qui a de plus u'édiûent nullement la conscience (1). »
Claude est encore consciencieusement attaché à ia méthode analytique, mais tend ceptudant vers le sermon synthétique. Il est fidèle au texte et Tépelle comme ses devanciers; mais il ne se contente plus de le suivre pas à pas, il cherche à le résumer dans une ou deux idées, à le ramener dans la forme d'un sujet : en un mot, il a un plan. Il Ténonce d'ordinaire au commencement de son sermon. Ainsi, dans le serond sermon sur la Parabole des noce» (sur Matthieu, XXli, I à 7) : « Venez ici, chrétiens, apprendre deux im- « portantes vérités : Tune, ce que peut la corruption « de rhomme privé du secours de la grâce, et Tautre, m ce que (ail la justice divine lorsque l'homme ahantt donne son devoir. Ce sont les deux points que nous « avons à traiter. Nous avons à voir, premièrement, « ce que tirent les conviés, lorsque le roi leur envoya « ses serviteurs pour les appeler; secondement, nous « avons à considérer ce qui leur en arriva (2). »
Nous n'avons rien vu de semblable chez aucun de ses devanciers. Gtons encore la manière dont il
(0 jL« Parabolê dn mtet» expHquie m cinq «crmoM. Saumur, 16TO. Page iT. {9} pages
8i0 JnUN CLAUDB.
énonce son sujet cl son plan dans le troisii'me de ces sermons (sur Matthieu, XXli, 8 à 10) : « Ces paroles « se divisent d*eUes-mèines en deux points : le prett mier contient ce que le roi dit à ses serviteurs, ce et le second ce que les serviteurs firent pour exéa cuter Tordre qu'ils avaient reçu. Uun est la voce cation des gentils, en tant qu'elle a Dieu pour « auteur, et Tautre cette même vocation, en tant « qu'elle a été exécutée par les ministres que Dieu a avait choisis pour cela (1). »
Ët dans le cinquième sermon (sur Matthieu, XXII, 14) :
a Plusieurs sont appelés^ mais peu sont élus. Cesi K en effet la conclusion que notre Seigneur tire de « tout ce qu'il avait dit dans sa paral>ole, et c'est <c la raison qu'il donne de ce que les Juifs avaient <t I ejeté son Évangile, et de ce qu'entre les gentils « qui rayaient reçu extérieurement, il s'en était «c trouvé quelques-uns qui n'avaient pas apporté à « son divin banquet les dispositions qu'ils devaient. « Pour traiter plus distinctement une si grande ma- « tière, nous la diviserons en deux points. Le premier « sera de la vocaliuii et de l'élection considérées en « elles-mêmes, car il faut expliquer ce que c'est;
<€ le second regardera leur étendue selon les bornes
« que notre texte leur donne : Plusieurs soni appelés et peu soni élus (2). »
Du reste, nous ne trouvons rien de bien remar-
(i) La Parabole des noces. Pages 9r»-!;6. {2) Ibid. Pag<» if3-'l»S.
mu cuvin. 811
quable chez Claude dans la décomposition de ses textes et de ses sujets. Il a peu d'invention, mais il
est judicieux et pénétrant. Ce qui frappe aussi en lui, c'est un bon sens imperturbable et une fermeté d'esprit que rien ne déconc erte.
Son style est précis^ net et prompt ; cliaque pUrasOi ofaaque mot va droit au but, ad êtentum fulmal. Il se distingue aussi par une correction en généi'al irréprochable.
« Il ne regardait pas le public, dit l'éditeur de ses « œuvres posthumes, avec cette fière sécurité que « nous voyons en plusieurs auteurs, et il ne s*esti- « mait pas assez infaillible pour devoir acquiescer à « ses premières pensées. Son principe était qu'un « homme ne peut jamais trop réfléchir sur ce qu'il « écrit et que, quand il est question de paraître « aux yeux de tous, on ne saurait s'y présenter m « avec trop de chasteté, ni avec trop de sagesse. « C'est ce qui 1 obligeai l a repasser souvent sur ses « productions et à les retoucher avec sévérité (1). »
Quant à l'imagination, il en a peu, soit de celle qui invente des idées, soit de celle qui invente des images; mais il a de l'autorité et de la vigueur. 11 était naturellement sévère ; Benoit l'appelle avec rai» son ïinjlexible Claude (^2;, et il ne trouva que trop d'occasions de montrer sa sévérité. L'état de l'Église réformée était désespéré, à l'époque de la révocation de i'édit de Nantes; Le caractère protestant s'était
(j ? Les Œuvres posthumes de M. Clnmln. Totûo I, pn^face, pagp i,
i'i) Histoire de l'ÉdU de Nantes. Dcin, i695. Tome 111, parUo 111, page m*.
détrempé; Tenseinble de l'Église s'était peu a [ tu endonni : de là, à côté d'actes héroïques, le grand nombre d'actes de faiblesse que la persécution provoqua. II n'y eut pas autant de défections que les flatteurs de Louis XIV voulurent bien le lui faire croire; toutefois elles eurent lieu en masse, et dans telle province, à peine la trentième partie des réformés demeura- 1- elle Mêle à son culte; les grands sei* gneurs s'étaient laissé gagner par Tappât des faveurs de la cour. Ce fut le cas, sans doute, pour Turenne, dont la défection (1669), trop semblable à celle de Henri ÏV, fut d'un exemple désastreux. D'^autres défections célèbres suivirent. De leur coté, les industriels et les négociants protestants, les plus riches du royaume, devaient supporter avec impatience leur état d'humiliation, et beaucoup ne se résignaient qu'avec peine à rester en dehors d'un cercle où tout les conviait à entrer. La r(3voca(ion fut, dans la main de Dieu, une verge pour quelques-uns, en même temps qu'un moyen de fortifier les autres.
Comment s'étonner qu'une situation sembiable ait inspiré à Claude des paroles sévères? Ce ne sont pas des lieux communs ; son caractère, modéré et plutôt froid qu emporté, nous garantit aussi que ce ne sont pas des exagérations, mais un portrait fidèle de la situation morale de ses auditeurs. Il montre dans ses réprimandes une hardiesse tout apostolique, sans âpreté, et parfois il s'y élève jusqu'à la véritable éloquence.
Ainsi» après avoir parlé de la ruine du peuple
d'Israël après la mort de Jésus-Christ, Claude s'adresse en ces terioes à son auditoire :
« Apprenons, mes frères, de ce grand et terrible « exemple, à connaître et à craindre la justice dite vine; et voiis, profanes, soyez-en saisis d'étonnett ment. îl n'est plus ici question de chicaner et « d ergoter bur la religion chrétienne; il s'agit de K trembler à la vue du plus épouvantable objet qui a se présente jamais aux yeux des liommes. Quand « un pyrrhonien est seul et eu repos dans son ca- « bînet, il peut philosopher à son aise et diercher « des arguments pour révoquer eu doute les choses « les plus sensibles; mais quand il est en plein air « et qu'il voit Torage crever et le tonnerre tomber a auprès de lui, que le tonnerre fracasse les grands « arbres et embrase les maisons, qu'il voit dans un « tremblement de terre le feu qui descend du ciel « et qui monte en même temps de i'abime, et des « villes entières englouties ou consumées, alors il « ne s'agit pkis de faire le subtil, il faut être effrayé, c il faut sentir malgré qu'on en ait reifet de ce « qu'on ne veut pas croire. Fl en est ici de même. <c S'ii s'agissait de dogmes et de mystères, nos es- < prits forts pourraient faire les chagrins et les dif- « ficiles; mais il s'agît d'une foudre qui est partie « de la plus puissante main qui soit dans tout « Tunivers; il s'agit d'une plaie incurable, qui sai* « gne encore et qui a saiî^é depuis seize cents ans; «c il s'agît d'un incendie qui fume à nos yeux et qui « Aimera jusqu'à la fin du monde : et qui peut n'en
314 JSAH CLAUDS.
« être pas épouvanté? J'avoue que Dieu ne déploie <f pas tous les jours ses jugements d'une manière « SI éclatante; aussi ne s*en pré8enle-t*il pas tous les te jours de semblables occasions ; le Fils de Dieu ne « descend plus sur la terre pour être personnellement « crucifié. La ruine des Juifs fut un ( véncmenl sin- «c gulier, et de là vient que l'Écriture nous la repré- « sente comme une image du jugement dernier et « de la lin du munde. Mais, en gardant la propor- « tion, je dis que Dieu ne laisse point les crimes des hommes impunis et surtout ceux qui outragent « ou qui mépriseut son Évangile; et si nous vouiiouo « ouvrir les yeux pour reconnaître les voies de sa « providence, tous les siècles, et le nôtre même, « nous en fourniraient des exemples assez remar- « quables. Apprenez donc à craindre, et sachant «t ce que c'est que de la frayeur du Seigneur, souf- <K frez au moins qu'on vous induise à la foi. Peudaot <c que Dieu se tient caché dans la nuée de sa misé- « ricorde et de sa longue attente, et qu'il a, pour « ainsi dire, les bras liés, vous ne concevez ni sa « puissance, ni sa colère, ni sa justice; mais sachez « que si vous vainquez sa patience par votre dureté, « la victoire vous en coûtera cher. Souvenez-vous de « ce que Dieu disait au méchant dans le Psaume L; tf car, après lui avoir représenté ses péchés, il « ajoute : Tu as fait ces ckoêes, el parce que je m'en $ui$ « lû, tu as cru que j'étais semblable à toi ; mais je t'en a rédarguerai et je déduirai le tout par ordre en la pré- « senee. Il est vrai que Dieu a mis également nos
JSAN CLAUOR. 31 S
« maux et nos biens, nos punitions et nos récompeaa ses eotre les idées de raveoir ; mais ce que saint <x Paul a dit pour la consolatioD du juste : Si h 5ei- « gneur tarde, allends-le^ car il viendra et ne tardera « points nous le pouvons dire encore à plus forte <c raison pour imprimer de la terreur au méchant : « Si la justice divine tarde, elle viendra et ne tardera «c point. Cest à mon avis ce qu^on peut dire à plus « forte raison des effets de sa justice que de ceux <K de sa bonté ; car il n'y a rien dans le méchant qui « ne hâte sa justice, au lieu que sa bonté trouve dans « les plus justes mille sujets de retardement.
« Mais, dira-t^n, pourquoi nous parlez-vous ainsi? <K Nous ne sommes, par la grâce de Dieu, ni mé* « cliants, ni profanes, ni infidèles; nousduyons en « Jésus-Christ et nous avons fait profession de son
Évangile! — Mes frères, je sais que nous faisons « tous profession d ctre chrétiens, et que s'il ne s'a- « gissait que de condamner l'action des Juifs, aucun « de nous ne vondraît en entreprendre la défense. Je « suis môme persuadé qu'encore qu'il y ait parmi « nous plusieurs profanes et plusieurs mondains qui « ne font aucun état de la religion, il y a pourtant a plusieurs bonnes âmes qui désirent de faire leur sais lut; et si cela n'était pas, Dieu ne nous conserverait « pas comme il fait le ministère de sa parole. Mais ne « nous rendons-nous pas, pour la plupart, tous les « jours indignes de sa grâce par ce grand nombre « de péchés que nous commettons, et par le peu
de compte que nous faisons de l'Évangile? Nous
316 JEAN CLAUDB*
« sommes intéressés et avares, durs et inflexibles, in- « justes et violents, ûers et arrogants, seosuels et «E adonnés à nos plaisirs, enyieux, médisants, malins, a implacables comme le reste des hommes; et com- « ment pouTons-nous nous glorifier de notre cbnstia-* « nisme? Cest sur cela que Dieu nous fait entendre sa «( VOIX depuis fort longtemps; il nous exhorte, li nous « censure, il nous presse, il nous sollicite, il nous « châtie, il nous supporte, et cependant combien sont « petits les fruits qu'il a recueillis jusqu'ici de tant de « soins? Nous avons donc un juste sujet d*appréhen* « der qu'enfin il ne s'irrite contre notre négligence ce et notre ingratitude, et nous Tavons d'autant plus « que, quelques menaces qu'il nous en ait ^tes et a quoi qu'il ait déjà commencé d'exécuter contre «c nous, on n'en voit nul amendement au milieu de « nos troupeaux. Nous sommes déjà tout meurtris « des coups de sa verge, et pas un de nous ne se « met pourtant en peine de Tapaiser. On ne songe « pas môme à sa colère ; car on est si fort occupé tt des idées de la terre, on a ses yeux si attachés sur (c les causes secondes, qu'on ne s'élève presque ja- •t mais jusqu'à la providence divine pour en recon- « naître les voies dans les afflictions publiques qui c nous arrivent. Que pouvons-nous donc espérer, « ou, pour mieux dire, que ne ' devons- nous pas ic craindre de notre état, puisque nous sommes sourds «c à sa parole et aveugles à ses jugements, également a insensibles à sa voix et aux coups de sa verge? Un « des plus mauvais signas qu'on puisse i^ttnarquer
itàK eiKvm, 317
« dans un malade est qne les remèdes qu'on emploie « pour sa gnérison, au liea de lui profiteri ont ub «t effet tout contraire à la pensée du médecin; car « c'est une marque infaillible que la nature défaut ce et qne la mort approche. Je ne sais ce qui nous « ariivera; mais il est vrai qu'on voit en nous quel- « que cliose de Ibrt semblable. Les remèdes que Dieu « a jusqu à présent employés pour notre convennon « n'ont point produit d'autre eflet que de nous ente durcir de plus en plus dans nos vices; il semble « que nous soyons cette terre dont saint Paul parle 4X au sixième de TÉpître aux Hébreux, laquelle boit «r êçuvmU la pluiê qui vient sur dle^ maii qui m produit « pourianl que dt» épines et des ékardwks. Car quant « à la parole, soit qu'elle soit forte ou qu'elle soie « douce, ii n'importe; soit qu'elle se tienne dans les 4!c simples termes de Texhortation ou qii*elle aille « jusqu'aux censures et aux menaces, tout est égal : « elle n'a plus d'efficace sur nous. Nous ne la regar- « dons plus que dans une seule vue, qui est celle de u notre divertissement, et désormais ce n'est plus à 4c la consci^ee qu'il faudra prêcher, c'est à Tesprit « et à rimaginalion. Et quant aux aillictious <iont a Dieu nous visite, elles n'ont pas un meilleur « succès. D'un côté, il nous dépouille peu à peu «c de nos biens temporels, il appauvrit nos luaiilles « à vue d'œil, il lait tomber sa verge sur ce que « nous aimons le plus, sur nos maisons, sur nos a champs, sur nos afl'aires, sur nos prétentions. Mais « que produit celai si ce n'est le malheur ^e nous
318 JKAR CLACOE.
« rendre plus ardents et plus attachés à la poursuite « de ces faux biens ? Plus ils fuient, et plus nous les « suivons. Nous courons et nous crions après celui « qui nous les emporte commé après un ennemi, de « la même manière que Laban courut après Jacob « en lui disant : Pourquoi m'€U'tu dérobé me» âimxl m Mais il n'eu est pas de même lorsque Uieu nous <x châtie dans les choses qui appartiennent immédia- « tement à la religion; comme lorsqu'il abat nos « temples, qu'il nous ôte en plusieurs lieux la liberté a de nos assemblées, qu*il nous ravît les moyens « de nous avancer dans la connaissance de ses mys- « tères et ceux de nous fortifier et de nous conte soter nous-mêmes dans nos angoisses. Car, à cet « égard, au lieu de nous faire courir avec plus « de force après ces biens célestes et de nous les « faire désirer plus ardemment, ce qui serait le K juste eilet que cette affliction devrait produire en ^ nous, elle n'«n produit point d'autre que de nous « accoutumer à leur privation et de nous faire re- <£ garder notre religion comme une religion mou- « rante, à qui nous disons : VaA'm en paixl — Mais, (c misérables, si elle s'en va, que deviendrez-vous? «c Pourrez-vous bien vivre sans elle, et ne craignes « vous point de tomber dans cette faim terrible de a la parole de Dieu dont les prophètes menaçaient « autrefois les Juifs? Ët quand vous pourriez vivre «t sans elle, pourriee-voiis bien mourir sans elle, et % ne la regretterez- vous pas quand vous serez sur « le poini d'aller comparaître devant le tribunal de
JSAN OAVOB. 319
a votre souverain juge? Ne vous souvenez- vous point <c de létat où se trouvait David, lorsqu'il faisait son « séjour au milieu des Philistins et qu^il élait privé tt des consolations de sa religion? Comme le arf, dil-iïy « brame apréi le déc<mr$ des eauxy ainn mon àmt atpire
après toi, 6 Dieu ! Mon âme a soif de Dieu^ du Dieu a fort ei vivant. Oh! quand enlreral-je el me présente^ «c rai'jé dwanl la face de Dieu? Mes larmes m'ont été « en lieu de pain jour et nuit, lorsqu^on me disait : « Où est ton Dieu (1)? »
Claude a partout aussi l'éloquence de la raison» mais celle de l'âme émui-, de roueùun, lui manque presque entièrement*
Sa théologie est celle d'un vrai, théologien, ce qui était le cas ordinaire chez les pasteurs de ce temps-là. Elle est orthodoxe et d'une orthodoxie intelligente. Claude ne redoute pas les questions difficiles; il était, au reste, plus ou moins forcé de les traiter. Ainsi, dans le cinquième sermon sur la Parabole des noces^ après avoir exposé la doctrine scripturaire de l'élection : « J'avoue, ajoute- t-ii, que si nous étions assez a sages, il ne faudrait pas aller plus avant; cela de- « vrait suffire pour notre édification, et une âme qui « craindra Dieu ne trouvera rien dans cetlc conduite « à quoi elle n'acquiesce, et qui ne soit digne de « la sagesse, de la justice, de la bonté et de la mate jesté do son Créateur. Mais 1 esprit humain, qui « est toujours inquiet et toujours ennemi de son ce repos, s'est si Ibrt agité sur celle malièrc et il l'a
(0 La ParàboU tfet noeê$ (S«mM U). Vages $2-ti».
a tournée de tant de côtés, qu'enfin il lui a fait proa duire plusieurs questions et plusieurs diflTicultés « épineuses, qui sont devenues importantes par la a contestation. Ces questions et ces difticultés sont « à la vérité pour la plupart des fruits de Tégaremenl « et de la témérité; mais comme elles ne laissent « pas de faire de la peine à la foi et de troubler « même quelquefois la tranquillité des plus gens de « bien, vous ne serez peut-être pas fâchés que nous « employions ici quelque temps à les éclaircir (1). »
L'Église de ce temps-là ne pouvait subsister que par la théologie; tous les protestants étaient plus ou moins théologiens, et plusieurs de ces questions difficiles étaient intéressantes pour eux comme le sont pour chaque habitant d'une ville les fortifications, qui ceignent la ville entière et non chaque maison.
Claude traite ces questions avec candeur et loyauté, mais non toutefois sans préoccupation. 11 se \)u\ue de courber la raison sous le joug de TÉcriture, et néanmoins se sert quelquefois d'arguments purement rationnels, sans citer, au moins pour les expliquer et les ramener à son sens, les passages de l'Écriture allégués par les adversaires (2).
Ses sermons sur la Parabole des noces sont les plus connus. Le dessein de ces discours est indiqué dans le premier comme suit :
a La parabole se divise en deux parties générales.
(1) Ln Parabole des noces. Page 216.
(2) Voyez, par exemple, dan» le cinquième sermon sur la ParaboU de$ noces, le plus ihéolugique de tous, commcnl il réfule Topinion que la grâce une fois reçue peut se perdre. (Pages '218-222.)
JBAM GLâUM» 321
<t La première contient l'histoire de ceux qui avaient « éié au comiBencefiieDt conviés aux noces du prioee, et et la seconde celle de ceux qui y furenl ensuite « appelés, sur le refus que les autres Orenl d'y venir.
La première propose- quatre grands mystères sous « quatre (]Kffi§rentes images : la manifestation du Me»* « sie, sous rimage des noces d'un iiis de roi; laa Yocaiioii des Juifs, sous l'image des conviés qui a furent appelés aux noces; la réjection que ces « mêmes Juifs liienl du Messie, sous l'image du « refus que les conviés firent de venir à ces no* « ces; la puiiilion exemplaire do ce peuple, sous « rimage du châtiment que le roi fit de ces cou- « vîés. La seconde partie représente quatre au- «c très mystères également importants sous un pareil a nombre d'images : la vocation des Gentils, car « c'est ce que signifie cet envoi des serviteurs pour «c appeler ceux qui étaient aux carrefours et aux «c grands chemins; le succès de cette vocation, qui « est (jue le lieu des noces fut rempli de gens qui «étaient à table; le mélange des hypocrites, des fc mondains et autres pécheurs avec les vrais fidè» « les dans une môme proiession extérieure de TÉ- « vangile, ce- qui est représenté par la rencontre « que le roi fit d'un homme qui n'avait pas la robe « de noces; la punition de ces pécheurs et de ce» « hypocrites, car le roi dit à ses serviteurs : Liei-le a pieds et mainSj et le jetez muÊ ténèbres de dehors. «c Ët enfin, après tout cela, il y a une conclusion
<x que Jésus-Christ tire de toute sa parabole :^ Ptu-
322 JEAN GLAUDB.
c fiVuri, dit- il, $(mt appelés et peu gant étus (1). »
11 règne dans ces discours beaucoup de simplicité et de majesté; ils sont éloquents» si l'éloquence peut être autre chose que le brillant du style et de I exposition, li y a de [éloquence dans celte suite de pen* sées rapides, bien liées» dont le ton mâle et sérieux saisit la conscience. Le fond môme est très instructif; on n'a rien écrit sur ce sujet avec plus de justesse et de clarté; c*est un modèle d'explication de FÉcri* turc. Le caractère de ces discours semble dogmatique, mais la tendance en est essentiellement pratique.
Jusqu'ici nous avons vu Claude revenir à quelques égards à la méthode analytique; nous allons le voir maintenant sur un autre terrain, oà nous le trou- Terous plus maitre de sa marcbe et se lapprochant davantage du sermon systématique. C'est dans le sermon sur les Fruits de la repenfance (2). J 'cmiplûi de ce titre montre déjà l iuleution de l'orateur de prêcher sur un sujet. Le sujet, du reste, déborde le texte. Il y aurait là la matière de trois sermons.
Le texte est cette parole de Salomon : Il y aura prapHiation pour l'iniquilé par gratuité et téritéy et par la crainte de V Eternel on se déiourne du mai. Quand L E^ terael prend plaisir aux voies de lltommej il apaise même envers lui ses ennemis. (Proverbes, XVf, 6-7.) . Exorde. Sur les déclarations générales qui promettent des bénédictions à la repentance.
(i) la PanAdé ée» fMOr*. Pages «-7.
(3) Les Fruits de la rvpentanee. SerwMt prcnonci à Ckarentm^, le 3 aisril i<76j Jour dejeûHs, Chvealoiiy teT9.
Division : Trois effets de la repenlance : 1. A Tégàrd de Dieu.
IL A l égard de nous-mêmes, ni. A l égard de nos' ennemis.
I. A l* égard de Dieu : le pardon ou la propitiation. Observation préliminaire. Cette doctrine est chré-
lienue, qiioiqae nous la tirions d'un livre de Salomon.
1. Celle propitialion est parfaite, s*app!iquant à toute espèce de péchés, et à nos péchés passés et futurs.
2. KWe a pour condition, de notre part, la ^rratuité et la vérité (c'est-à-dire la miséricorde et la sincérité).
II. A i* égard de noue-^émee : la crainte de Dieu. — Il la dt'finit : c'est la [)iété.
Observation préliminaire. C'est par la seule crainte de Dieu qu ou se détourne du mal.
i . Tous les autres principes ne sont pas assez forts. « La seconde raison est que quand ces prin- « cipes [)roduiraient en nous tout ce qu'ils préten* « deiil, ils ne sauraient former une véritable vertu, « parce qu'ils ne l'inspirent pas. Ils inspirent tout au « plus one certaine honnêteté morale et civile, pour a m rien taire qui soit ii:digne de rexcellence de «c notre nature, ou qui choque le commerce que nous a avons les uns avec les autres! Mais ce n'est pas là « la véritable vertu. Il n'y a point de véritable vertu « que celle qui est l'image et le fruit des vertus di- « vines. Otez à la créature la relation qu'elle a à son « Créateur, ne lui laissez que les relations qu'elle « a ou à elle-même, ou aux autres créatures, vous lui
3^ tU»iCUBWU
« ôtez la véritable vertu, et ne lui en laissez qu'une e ombre, une matière infonne, ud: corps mort et a ioaDimé. Qu'est-ce donc que la • véritable vertu? « C'est l'impression de Dieu dans, toute râine de « rbomme. Si Dueu tiIbu est. et la>cause etje^motify a et rexemplaire et la fin, il n'y a point de véritable « wtu. Salonio»a;VOulu dire cela m è me. par ces pacc.roil^ : Ei par lOfjeramlê d&'l'Éientei on se- détourne « du mal (1). »
Or cette crainte de Dieu est un fruit de Ja pro«pitiation :
€k) Car déjà notre repen tance, qui est elle-même une ^condition de lapiopitiatian, nous y dispose, en contient le germe, etc.
b) jLa propiùation elle-même, fruit de la repentance, nous engage à craindre Dieu : le péché nous* parait plus odieux et déshonnète qn'auparavantv
c) Elle fait . plus, elle produit en nous la crainte , de Dieu, en nous étalant toutes les- perfection» de
Dieu et toule notre misère.
(loi Ciande présente un caractère tout nouveau dans la chaire. Il explique, par un procédé percep* tible à l intelligence, l'opération du Saml-E^^piit dans Toenvre de la conversion* On avait été conduit, par le désir de tout rapporter à Dieu, à soutenir que ïkfm est tout à fait passive et n'offi-e au Saint-Esprit autre chose qu'un espace à remplir; mais on n*èle rien à la gloire de Dieu en reconnaissant avec Claude que ràme aussi est active ^daos cette œuvre. Cet eilbrt
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-ISlIf CIAUDK. 325
■ pour se rendre compte des causes est l'entrée d'une sorte de. philosophie du christianisme, eipressioD que, »du reste, Ciaude eût repoussée de- toutes ses forces.)