JEAN 0L4UI
Nom pôiiY(ms conclare de là que ees andîtoires
ne se coatentaient pas d une prédication médiocre ; il Mait une prédicatioii forte de structure conmie de doctrine. Un sermon froid et pauvre calomnie le ministère et la vérité. Il dépend, au reste, de tout prédicateur de ne pas foire un sermon pauvre : il n'a pour cela qu'à prendre son sujet au sérieux.
Citons encore un passage remarquable sur Tordre nature) :
a II y a deux ordres naturels, l'un naturel à l'é- «r gard des choses mêmes, et l'autre liaturel à notre « égard. Le naturel à l'égard des choses mêmes est « celui qui met chaque chose dans sa naturelle si* flc tuation , de la maniète qu'ellee sont en elles* « mêmes, sans avoir égard à l'ordre de notre connais- « sauce. L'autre, que j'appelle naturel à notre égard, ' « observe la situation qu'ont les choses lorsqu'elles « paraissent en notre esprit ou qu'elles entrent en « notre pensée. Pat exemple, dans le texte que je «t tiens d'alléguer : Par laquelle voUmti nous «finmei « sancùfiéSy à savoir par Vohlalion une seule fois fakê tf du corps de Jéiue-Chrisêf Tordre naturel des choses « veut qu'on mette la proposition en cette forme : « Par la volonté de Dieu^ Voblation du corps de Christ « nom sanctifie, ou la toUmté de Dim^ pat ïi^UaUm « de Jésus-Christ, nous sanctifie, car : 1® La volonté « de Dieu, c'est le décret de son bon plaisir, qui n envole son Fils an monde;— L'oblation do Jé- « sus-Christ est le premier effet de cette volonté; — « et 3*" notre sanctification est l'effet de Toblation,
JBAH CLAUDE. 3(9
« par cette volonté. L'ordre, au contraire, naturel « de notre coonaissance veut que premièrement nous « considérions cette oblation; en second lieu, cette « sanctification qu'elle produit, et enlin, la volonté « de Dieu qui lui donne cette eiiicace. Quand on a des ce textes où Tordre naturel des choses est différent a de celui de notre connaissance , il est arbitraire « de prendre l'un ou Tautre. Je crois néanmoins a qu'il vaut mieux suivre celui de notre connaissance, « parce qu'il est plus facile et plus clair pour les « auditeurs (1) »
L'idée qui ressort de Tensemble du livre est que le sermon proprement dit, tel que nous le comprenons aujourd'hui, n'existait pas alors; mais Claude l'entrevoit et l'inaugure, pour ainsi dire, quand il parle des sujets traités par voie de propositions (â). 11 marque ainsi la transition de l'ancienne forme de la [prédication à la nouvelle, du sermon sur un texte -au sermon sur un sujet.
(l) Œuvres posthumes, tome 1% pifcs i72^173> (S) ' Voir plus hftui, pige W.
PIERRE DU BOSG.
Sa vie a été écrite par son gendre, en un gros volume, très lourd dans tous les sens, malgré quelques traits heureujc.
Il naquit en 4623, à Bayeux, d'un avocat au parlement de Rouen. 11 était le cadet de treize entants. Il fit de raf^ides progrès dans les études littéraires. A une grande facilité de conception et d'élocution, à un esprit lumineux, il joignait les avantages extérieurs, qui ne font pas Torateur, mais qui le complètent.
Voici le jugement porté sur lui par Benoit, dans son liUioire de l'Édil de Nanle» jusqiuB à l'Édit de Révocation : « Il était fort célèbre dans la province et a ailleurs, à cause de Téloquence et de la solidité ce de ses prédications, et on peut dire sans le flatter (c qu'il avait tous les dons nécessaires à un orateur « chrétien. 11 avait Tesprit éclairé par la connaissance a des belles-lettres. Il était bon philosophe, solide « théologien, critique judicieux. 11 était fort bien « fait de sa personne. 11 avait une voix également
FISRRX BU BO0C. 35t
(( agréable et forte, un geste bien composé, un corps tt robuste, une santé vigoureuse (1). »
Nommé pasteur à Caen, à vingt-trois ans, il refusa constamment de quitter son poste, A trois reprises, l'Église de Paris le réclama en vain. La violence seule put ranacher à son troupeau.
Sa réputation était grande dans les deux partis; aussi futril Tobjet d*une malveillance plus attentive de la part de ses adversaires. Il fut plus d une fois dénoncé pour des paroles injurieuses à la religion catholique. La cause de cet acbamement est dans le poids qu avait tout ce qu'il disait et dans la peur qu'on avait de son éloquence; car, du reste, sa po* lémique est pleine de modération et de décence, et sa pratique à cet égard fut constamment d'accord avec les belles paroles par lesquelles commence sou sermon sur les deux Souverains :
tt Nous avons souvent la douleur de voir servir a cette chaire à des matières de controvei*se. J'en ce parle expressément comme d'une chose qui nous <c donne de la douleur. Car ce n'est jamais sans un a sensible regret que nous nous trouvons engagés a dans la fâcheuse nécessité de combattre des per- « sonnes qui nous sont chères et vénérables; des a personnes dont nous honorons le mérite, dont nous « révérons l'autorité et la puissance, et dont nous sou- « haitons si ardemment l'amitié qu'il n'y a rien que « nous ne voulussions faire pour l'acquérir, hormis « de trahir les sentiments de nos consciences. Bien
(0 Tome tu, partie U, page 99.
352 FIERAE DU ^^C.
« loin de prendre plaisir à ces déplorables disputes, « nous n'y entrons jamais (^u avec une répugaance <c pareille à celle qu*Abner û( paraître lorsqu'il lui <c fallut venir aux mains avec les gens de Joab, qui, tt comme lui et les siens, étaient Israélites, de même «c nation, de même pays et de méme^ qoœurs. Ce cona- « bat entre des personnes que le sang et la nature ce unissaient si étroitement lui faisait de Ia peine et a lui donnait du chagrin. Jl chercha les moyens de
« l'éviter, et quand il en vit les irisles eilets, il cria a dans ui^e émotion véhémente au général du parti « contraire : L'épie dévarfra-t^lh san» cm$? N0 9ai94u tt pas qu'il y a 4^ r amertume à la fin, el jusque^ à quand ce différeras'tu d$ dire au pmpU quil retourne de la <c poursuite de ses frères? Plût à Dieu que tout le <c monde en voulût user comme Joab fit dans cette <x rencontre ! Plût à Dieu que ceux dont notre créance a auus sépare, voulussent comme lui écouter les « prières et les remontrances qu'on leur pourrait « faire pour les conjurer de ne poursuivre plus Israâ! <c Que de bon cœur nous quitterions les armes de « la dispute pour les embrasser, pour leur présenter « la main de réconciliation, et pour bénir avec eux a le Dieu de la paix, qui nous aurait réunis dans a i|n même corps par les sentiments fraternels d'un « même Esprit (1)! »
Biem qu'il eût beaucoup de force d'esprit et qu'il fût homme d'action. Du Bosc était éminemment doux.
(1) Sermons mr diven texUi d* VÊeriture MdnU «nimimMm «h Rotterdam, i$n-i70i. Tome IV, pagw 80-99.
PIERKE DU BOSC. 353
« Sa douceur et son humUité le ineUaîeiit à couvert « de la plupart des chai^rins qui sont inévitables « aux ames Ûères et values. U sacriBait volontiers « ses intérêts particuliers à la paix et à Ja charité, « qui tenait la première place dans son cœur, C'é- « tait un homme de paix, un vrai disciple du Prince « de paix (1). »
Il fut dénoncé pour avoir, dans son sennon sur lu Larma de laîni Piarre, le premier de ses sermons qui ait été publié, reproché aux bigots « d'adorer « un morceau de pain eu la place de notre Sauveur « et de réduire ce divin Rédempteur sous «ne hostie « prétendue, où il est au plus bas degré de l'ignomi- « nie et où d'un Dieu souverainement adorable on « en fait un objet de scandale et de mépris, qui « ne peut se défendre seulement de la vermine.— « M. le duc de Longueviiie fut obligé d'employer son « autorité, pour foire cesser la persécution (2). »
Dénoncé de nouveau, et à tort, pour avoir parlé avec mépris de la confession auriculaire, il fut exilé à Châlons, en avril 1664; mais plusieurs amis ayant intercédé en sa faveur , il put revenir dans sa paroisse en octobre de la même année. La même mesure avait été prise en même temps contre plusieurs ministres, sous divers prétextes, pour imprimer de la terreur.
Sa réputation d'orateur parfait, établie de bonne heure et répandue au loin, son caractère conciliant
(0 rfe <e Pkrrt JDu te. BolMi». tm. Page m. (s) Md^ pa«n 1%
35^ ?IBRRE DU BOSG.
et son talent de négociateur, firent qu'on le chargea dcj plusieurs missions importants et difficiles. Une partie de son temps se passait en voyage^ de S09 Église à la cour.
'Çb gu'il y a de plus mémorable, c'esf l'andiencç qu'il obtint de Louis XIV, en i668, ^Q^v réclamer contre la suppression des chambres de TÉdit, ét^^lieç à Paris et à Rouen, et qui (j|eyaient ooTiqattf^ ^es causes qui intéressaient les réformés. Du Bosc prononça, à cette occasion, un très repiçjr(Çi9^ble di|coura,' qui rappelle la défense de Fouquei par P.étia^ son. te voici en entier :
« Sire,
« Nous Unissons Dieu de ce qu'il nous est penni; « d'approcher de Votre Majesté sacrée, pour lui « faire entendre la voix de notre doule\ir. Ce grao^ ce Dieu, dont vous êtes l'image vivante et glorieuse, « n'a jamais appelé les hommes à lui qjue po^i^ leur « faire du bien; et quand son Fils étemel, qui est « le roi des rois, est descendu en la terre, il n'a dit (( autre chose aux misérables qui étaient chargés « de maux et travaillés d'ennuis, sinon : Venez à « moil pour leur promettre en môme temps de \es^ « soulager. C'est ce qui nous fait espérer» Sire, «pie « Votre Majesté ayant trouvé bon que nous vinssions « nous jeter ici à ses pieds, nous y recevrons ie soi^- « lagement qui nous est nécessaire, dans l'extrémité « déplorable où nous sommes réduits, et qu'en sor- « tant de votre palais, nous aurons siyet de publier « à toute la terre que vouB surpassez de beaucoup
a cet eçûpereur de (^wj Ton a remarqué que iainais « peiçoii^e ne se présenta devai^t lui qui m s'en « retournât content.
« Npii^ u e^ti:e|f9li$ Ppi^P^ ^ftf^ (iaa3 (f)^ dé.t^l de a np^re n^is^f^ et de nps spufr^ançes, p^T^e que Yotre <5 Msylogl^ flQ^s ay^flt fait 1^ grâc^ de nommer de$
« çûif[ini^^rea Eqijç ft^ ppi^paHre, np^ çpns pro-
« n^e^ons de leur probité qu'ils yo^g en ferqnt un « rapport fidèle. Nft\|^ parifirq^a ^qpç; mainteaaot « que dci ç^fie s^pp^esçiqn çl^fi çhaq]k|>,^Q9 VMit^ « dont la douloureuse nouvellq nous cause des an- 1^ liqisses inçonqevatil^s. Qnftl|e^ p^cp.le^ nq\i^raieat « e^prinie^ not^e étonnement et flptre snrp^se, puis- « que, dans le temps même que i^ous attendions de fit y^rp ifi^jf^ ç^Qouir^ble le ç^niède à uo§ plaies, « nous recevpns un cq^p pi^prtel, qni nous frappe « (lu cœur et qui rq^^l tfi^ nps ^^xir&s çoaivi^ ipcua rablç,^ ! P.ernipUez-npns, Si^p, d'en appeler ^p yons « ^ vous-même, c'csl-à-dire d'un roi tout-puissant « ^ un i;9\ iftstci pt plus ialpjwL pi^çore de s^ i\^§ticp « et dp sa 9inc^.ifH^ qv^e de sa puissance. Caç 4epni9 ? y.o^^fi gloi'içnx avéneineflj à \a couTom^e, vouç ce a^f^ç ^n^oigi^é â| toi^l Ip mpDide qup voire inten^on « était de maintenir V^^it ^p Nap^ps. Vos (léclara- <ii, ^ipus en on^ assuv^ tftps ^ps pppples dp VÇ^irppPf
a et la depiièrp ni^p, ^oji^nép k ^m^(^xm\n en
a IGGC), bien qp'^Hç, ÇQn^iepne tant cFarticles qui « nous fojçàt g^^fi, PPtp?^ QW^^^dan^ q\^p yptrp « dessein a toujours éié d'observer exactement pet ç5 ^dlit. îiouâ ^pérofls, S\r.e, q^ç. ^\e.s pç^roles §i 4au-
356 PIBRftB BU II08G.
<c tement prononcées et si souvent réitérées à la face <c de tout l'univers, s'opposeront à celte autre pa«- « rôle qui ne s'est encore fait entendre que dans «c votre cabinet. Car il serait impossible de maintenir « Tédit en abolissant les chambres qu'il a si solen- « nellement établies^ puisque leur établissement fait <r la principale et la plus essentielle partie de cet a édit, que son grand et illustre auteur a nommé « une Un pêrpétuelle el irrétoeable.
« On a donné à entendre à Votre Majesté que ces « chambres n'avaient été créées que pour un temps « et pour subsister jusqu'à ce que le souverain trouer vât à propos d'en ordonner autrement. Mais quand « Votre Majesté daignera se faire lire Farticle XXX « de cet édity elle reconnaîtra le contraire. Elle verra m que ces chambres sont établies à perpétuité, sans « condition, sans limitation de temps, sans réser- « vation d'aucune clause qui puisse y apporter de «c changement. Elle verra même qu'à la tête de cet « article il se trouve une préface, qui en est un fon- « dément inébranlable, et une raison éternelle, dont « kl force ne saurait jamais cesser; car il commence « par ces termes : Afin que la justke lotl rendue et a administrée à nos sujets sans aucune suspiciony haine a ms faveur^ emm étant un dee principaux moyens a pour les maintenir en paix et concorde^ «otw oféftm- « nons qu'en notre cour de parlement de Paris il y aura « une chambre. C'est poser nettement que sans ces « chambres particulières à ceux de notre religion, « la justice ne saurait leur être rendue en France
PIEREE PU BOSC. 357
« sans soupçon, sans haine de la part des juges,
tf sans faveur pour les catholiques; si bien que nii- « ner un tribunal si nécessaire, ce serait infaillible» « ment retomber dans le mal que la prudence et ta « justice de Henri-le-Grand avaient voulu prévenir.
« En effet, les lois ont toujours permis de récuser « les juges suspects, parce qu'il ne serait pas raice sonnable de mettre la vie, Thonneur et les biens « d'un homme entre les mains de ceux qu'il soupa çonne d'être aveuglés ou emportés de passion con- « tre lui. Ceux de notre religion regarderont toujours flc de cette manière les parlementa, dont la plupart « des juges ont une animosiié implacable contre « notre profession, animosité qu'on n'a pas vu cesser
et avec les anciens trou])lcs de l'État, niais qui dure a encore aujourd hui dans toute sa violence. On en « a remarqué depuis peu des preuves funestes dans <K le parlement de Pau, dont Votre Majesté elle-même V a reconnu et condamné les emportements; dans c celui de Rouen, qui, malgré les arrêts et les me- « naceâ de votre conseil d'État, autorise le ravisse- « ment de nos enfents et tâche de réduire à Tau* a mône nos avocats, nos médecins et nos artisans, « en leur ôtant tout moyen de vivre par une exclu* c sion cruelle qui leur empêche l'entrée dans toutes « les professions et même dans les métiers les plus ce mécaniques. Le parlement de Bretagne a déclaré « Texcès de sa haine par un exemple des plus tratt giques, en faisant brûler un homme d'honneur pour un crime supposé, dont les auteurs furent
358 PIERRE PU BÛSG.
« ÏÏéthVLvetià ël pUnis petl de t'éiiips aptèé §a mort, u Ët, bien ^tie le ciel équitable eût justifié sà mé- « mbtire, il sb trouva néànmbitis dans cé piâUemeiit « des juges si passionnes et si inhumains que de <c soutenir qu'il avait été bien condamné et qa'U
méritait lé Teil seillèînbhl plalrce qu'il était héré- « tique. Nous abandonner à des officiers si préoccu- «c j;>és et si impitoyables, qUe seraii-cé, siiibb nous tr livreir à des ennemis Jurés, dont noué ne ik>ttirrions
attendre que dés arréls atitaût rigoureux qu'in- « justes.
« Après cela, Votre Mcijésté peut aisément juger <t si on lui a bieil représenté les choses, en lui disant «t qtii^ la suppréssîôit deâ chambres TÉdit ne c< serait pas de conséquence et que ceux de notre a ireiigioti në s'y trouveraieilt poiiit blessés. Sire, a permettez-nous de vous tenir un langage tout a contraire, pour l'intérêt de votre service, aussi « bien qùë pouir beloi de nbtre bonseryatidii, et dé c< vous dire dans une exacte vérité que nous ne « ^jfdiou» tieû dont les conséquences nous paraissent a ^\vis dàngérétiseâ, soit à TégSiiil des parlemeilts, tt sbit à Tégard des càtholiqiies, soit à l'égard de « bétut de hûtré cbmmùnion.
« Car, pour les parlehients, quelle justice en poura rons-nous attendre après celle suppression? Si, d pendant que lèâ chàmbreâ éd l'Ëdit sabsistaiënt, « ils se donnaient tatit dé licence, ils frappaient de « il ^raiîds et si rudes coups, tiuë sem-ce quand «c il n'y àiira plus rien auptës d'eux et i lëùrs cités
fisAAs DU Boac. 359
« pour Jour retenir le bras? Comment pourrait-ou <( espérer qu'ils gardassent l'Édit, puisqu'ils ne se- « ront entrés dans la connaissance de nos affaires a que par une grande brèche faite à cet édit? Entier ec dans un lieu par la brèche^ ce n'est pas le moyen « 'dé lé irespecter, mais de s'y permettre toutes « choses.
à Pouir les catholiques , que jugeroiit-ilS) Sire,
« dans tout le royaume, sinon que l'intention de « Votre Alajesté est de nous perdre, puisqu'ils ver- « font abattre notre sauvegarde? Ils prendront in- « dubitablement cette mauvaise impression, capable « de les pousser aux dernières extrémités; et, quel- « ques ordres que vos gouverneurs donnent dans «c les provinces, quelques déclarations même qui « sortent de votre bouche sacrée, ou qui émanent « de volTC autorité royale, les peuples, jugeant de a votre intention par des eilets appaients, se licence ciéront à tout entreprendre contre des personnes « qu'ils s'imagineront être désoriuais aljaadonnées « à leurs insultes. De sorte que, s'il y a des séditieux « dans l'État, comme il n'y en à que trop, la suptt pression des chambres, coutre votre dessein à «c la vérité, mais par une suite inévitable, l&chera « contre nous ces gens mal intentionnés et exposera a nos biens et nos vies à leurs furieux desseins.
« Enfin, pour ceux de notre religion, il est câra tain, Sire, et ce serait trahir les intérêts de Votre « Majesté que de le dissimuler, il est certain que «( cetté isuppression les jettera dans les frayeurs et
360 nmu dit boig.
« dans les alarmes que tous les moyens imaginabled « ne sauraient jamais apaiser. Ils considéreront ce
a changement comme le signal de leur dernière
(c ruine. Ils ne meltront plus de bornes à leurs « craintes.
« UÉdit est maintenant regardé par eux comme a une digue faite pour leur sûreté. Mais quand ils « verront faire à cette digue une si large ouverture, « ils ne concevront plus rien qu'une chute de tor- «c rents et qu'une inondation générale. Tellement « que dans ce trouble et dans ces appréhensions, « chacun d'eux tachera sans doute à se sauver par «c la fuite, ce qui dépeuplerait votre royaume de (c plus d'un million de personnes, dont la retraite a ferait un insigne préjudice au négoce, aux mate nufactures, au* labourage, aux arts et aux métiers, « et même en toutes façons au bien de l'Ëtat.
« Au nom de Dieu donc, Sire, écoutez en cette « occasion nos gémissements et nos plaintes; écoulez « les derniers soupirs de notre liberté mourante; « ayez pitié de nos maux; ayez pitié de tant de pau- « vres sujets qui, depuis un long temps, ne vivent « presque plus que de leurs larmes. Ce sont des « sujets qui ont pour vous un zèle ardent et une « fidélité inviolable. Ce sont des sujets .qui ont au- « tant d*amour que de respect pour votre auguste « personne, en qui le ciel, par une largesse non « pareille, a répandu ou plutôt rassemblé ce qu'il « y a de plus rare, de plus majestueux et de plus (( aimable. Ce sont des sujets à qui Thistoire rend
ratm ou BOM. 961
« témoignage d'avoir contribué notablement autrefois « à mettre votre grand et magnanime aïeul dans
a SfOn trône légitime. Ce sont des sujets qui, depuis « votre miraculeuse naissance, n'ont jamais rien « fait qui puisse attirer du blâme sur leur conduite. « Nous pourrions même en parler d'uue autre ma* a nière; mais Votre Majesté a eu soin d'épargner no* « tre pudeui et de louer, dans des occasions impor- « tantes, notre fidélité» en des termes que nous « n'aurions osé prononcer. Ce sont encore des sujets « qui| n'ayant que votre sceptre seul pour appui, a pour asile et pour protection en la terre, sont a obligés par leur intérêt, aussi bien que par leur « devoir et par leur conscience, de se tenir invaria* a blement attachés au service de Votre Majesté.
«c Ne craignez point , grand Roi , de faire tort à « votre gloire en changeant la résolution que vous a avez prise touchant les chambres dont nous parlons. « Dieu lui-même, la source et le centre de toutes « les grandeurs et de toutes les perfectfons, nous « est représenté dans TÉcriture sainte comme se re- « pentant, quand il a menacé des hommes qu'il voit <c ensuite s'humilier en sa présence, et nous avons en a cette rencontre un intercesseur dont le mérite rente dra glorieux tout ce que vous ferez en sa oonsidéa ration. C'est Henri-le-Grand, cet admirable héros, « que Votre Majesté , par un dessein digne de son ec sang, de son courage et de sa vertu, s'est proposée « de faire revivre en sa personne. Il vous sollicite et id en notre faveur. Il vous demande la conserva-
PIERRE f>U BOâC.
« tton â*U]i ^dii qui est le plus grand ouvrage de son « exquise sagesse, le doux fruit de ses travaux, le « j^irUicipâl foiidement de l'union et de la concorde er dè ies sujets et du rétablissement dé son État, « comme lui-môme s'en est exprimé dans la préface « de dette loi solennelle. Nous n'ajouterons irien, Sire, a à liile recommandation si puissante, cl nu us finiroiis tt en priant Dieu qu'il donne au petit-liis encore plus « Hè vertus ét plus ile irloire qu'au grand-père, et « que, prolongeant ses aimées bien loin au delà de « celles de^ soi! inviticible aïeul, il ne le retire du «t Inondé que quand îés dérnières bornes de la vie c( humaine lui feront souhaiter d'aller dans le ciel (c posséder une ineilleurë couronné que toutes celles a de la terre (1 . »-
' Au conunencement de ce discours^ le roi paraissait disti^ît; mais bletitât, àtiiré pair Téloqueiibe de Du Bosc, il Técouta jusqu'à la fin avfec une atteiition de plùs ën pluà ifaàrquée; Il Idi promit d'exàminer la ({ttëstion; Liii ayant demandé ensuite st be^ bhàlnbres tfëtaient pas établiës de telle manière qu'il pouvait, sëibh l'Édit, les révbitùèr cttiand il liii plairait, Du
Bosc aliinna ([uo TEdU n'en disait mot.
ce Permettez-moi, Sire, ajouia-t-il, de vous dire et que jé vois bien que vous êtes iln boîi roi. k'én ^ duute point, ayant eu T honneur de voir et d' entrece tbnir Vbtre Majesté; mais je ne saiâ commént il ar- « rivé, soit par là ifaaitvaise dispositidri dès peuples, « ou peut-être par l'humeur de ceux qui reçoivent
(t) vu ét Fient Du Bote, pagei
P1£AU£ DU BOSG. 3d3
a les ordres de Votre Majesté, que vo6 intentiotis no «t sont poÎQt^ suivies. Cai* on nous réduit partout à tt i'extrëniité; on rend notre condition, non-seulement « calamiteusc, mais entièrement insuppurtabie ; ou « nous ôte nos temples; on nous exclut des métiers; « oh nous ]privé dé tous les moyens de vivre, et îl n'y « a plus personne de noire religion daiib le royaume « qiii né songe à la rètfaiie. Si donc Votre Majesté « vient à frapper ce dernier coupj dans un temps si « misérable, il n'y aura plus nul moyen de rassurer ce les ésprits, bt toute votre puissance iroyaïe ne sau* « i'Iail empêcher Tépouvante et la frayeur que tous « béiit de nôtre communion en prendront. Cliacun tâ- À chël^ & se sauver^ ce iie sëra plus qii'ùîie déban* a dâde universelle. Faites-moi là grâce, Sire, de « cirbiire 4ué Je iie dis point ceci comme ministre. Je « ne donne rien à mon caractère ni à ma religion; je a dis les choses comme ëlles sont. Vous tenez la place à dé Diétl, et j'agis devant Votre Majesté comme si jé « voyais Dieu lui-même, dont vous êtes rimat^e. Je â ^i:oteste saintement en votre présence que je dis la « véHtëtëlle qu'ëliëestfl ;. »
Le roi parut louché et s'écria : a Ah! j y penserai n dbnc. Oui, je vons promets que j*y penserai. » Ayant passé un moment après dans la cliaiiibre de la reine : « Madame, lui dit- il, je viens d'entendre « rhdinnie de iiioii royauine c|ûi parle le mieux. » Et se tournant vers les nombreux courtisans qui F entouraient, il ajouta : « Il est certain que je n'avais jamais
Zfi^ f IBUn Wt BOM,
<K ouï 61 bien parler (i). » Il fut étonné, dit Benoit, « d'entendre un diseonrs d'un autre caractère que les
a harangues toutes pleines d'une fausse rhétorique «c dont il avait les oreilles souvent battues (â). » Cela n'empêcha pas que, peu de semaines après Taudience accordée à Du Bosc, les chambres de i'Édit ne fus* sent supprimées. Benoit fait bien comprendre l'importance de cette suppression et la difficulté du sujet traité par DuBosc :
« Le prétexte, dit-il, était spécieux. La chicane a abusait de la juridiction de ces chambres , et on « trouvait aisément des gens qui, par une intervencf tion frauduleuse, évoquaient aux chambres de l'É-
dit les procès prêts à juger dans les parlements et a donnaient lieu par ce moyen à des longueurs infi* « nies. On accusait aussi les juges de n'y rendre la « justice qu'à bon compte et d'y prendre des vaca- «c tions excessives. D'ailleurs il ne semblait pas qu'on a fit grand tort aux réformés de leur ôter une chama bre où ils n'avaient qu'un conseiller de leur reïi- « giun ; i'aible secours contre le nombre des catholia ques dont la chambre était composée, s'ils avaient a voulu faire une injustice. Joint que, si la présence « de ce conseiller était de quelque utiUté pour eux, « ils ne perdaient rien à la suppression de cette <c chambre, parce qu'il y aurait toujours un des réfor* « més dans chaque chambre des enquêtes (3). »
(0 TU de Pierre Du Soec, page 6>.
(2) Si9toir» de VÉdU de NinUei. ToiM m, pvtle II, pqge 1«4.
(S) JMf. Tome Ul, ptrUe-U* ptge too.
PIERUE DU BOSG* 365
Hais les réformés considéraient la chose d'une (out autre manière. Pour eux, le seul nom de Chambre de VÉdU avait quelque chose de vénérable. « Il foisait « Yoir, dit le même historien, que ces chambres a étaient comme des colonnes de TÉdit, dont elles f< portaient le nom, et que par conséquent on ne ponte vait les renverser sans donner atteinte à 1 Édit a même qui les avait établies (i). » Ce qui augmen* tait les craintes des réformés, c'était la difficulté des temps où cette suppression était proposée. Les parlements reprenaient leur ancien zèle pour extirper l'hérésie; or il était probable qu'on leur incorporerait bientôt les ckainbm mi-parùeSf par lesquelles il s'agissait de remplacer celles qu'on allait supprimer. Il était à craindre aussi « qu'après avoir fait une si ce large brèche à TÉdit, dans un article si exprès, si « positif, si important, sans prendre de détour et de a prétexte, sans se semr du voile d explication, d'in- « terprétation ou d'autre semblable, comme on avait « fait jusques à présent, on ne voulût de même cas- <c ser une à une toutes les autres concessions qui a avaient encore quelque vertu. Toutes les autres « contraventions qu'on avait faites jusques à pré- « sent à l'Édit i quoique importantes et fâcheuses i <K semblaient néanmoins respecter l'Édit, et ne lui « portaient que des atteintes indirectes ; mais ceile-d « attaquait le corps de TÉdit même, et arrachant de « son lieu une pierre de l'édifice qui servait à l'union
(t) m9imt <r# VÉm 4t NatUn. ToBt m, vwtid U, pifS itu
366 PIERRB DU B08C*
« des çiutres, il semblait qu'elle ev^ dùJL r^ii^er çlis- <K soudre tout Tassen^blage (1). »
Une autre difficulté ^tait la position de Du Bqsc vis-à-vi^ du roi. Il faU$|it ^ii(éresser,^ par unq liaraugue ol^cielle, u^ ffVïÇ^ disfrai^ fqr| i)e^ instruit 0^ la question, prévenu, d'ailleurs, et soufïlé par ses con- {lu(it^urs sjpirituels. ^rep^^ \in 0f4|§l}^ ^ ^rlé dans des circoustances plus défavorables, (j'orateur dç( la chairç a seul les covidée§ ftaoçUes; il n'a à s'in(j\^i4f8ç
q^e. de dire la y^?# «Y^^^ 9^^P!^' t-'or^t^W W9jtVffi doit conçu^ler les convenances et Tétat 4e son ç^^çli" tûir.e; il doi^ pas ^ïégliger le,s R^épf^i^Uous, les fices, et son éloquence, dans cette ppi^itip^ çout^^^pte, prend facikaicnt elle-même quelque cliosc de contfaiii^. Du BosQ est, cOet, phis fi^ture( ^a.u^ ses sermoifis que dans ce discours; cependant tout y e^t franc, sans réticences, et en mèn^f \WW g^^^® et p^rfaitemeu^ ^Pe^^^« U Y K^^^ fll^estious délicates et le (ait avec beaucoup de sûreté d'esprit et de ûu^^se. En somme, ce discouvâ es^ ^eau ^| \i est étonnant qii*il ^e spit pas plus con^u.
Nous ne rencontrerons plus Du Busc sur ce lerra^n-ià; mai^ c^t^ ocçasioii a s^uili pq^r nou^ tfiire rqcounattre eu lui un homme du monde, dans le lueil* leur sens di^ nio\. Sou biographe se plait à nous en donner des pvei^ye^. if^om^ pç^ur qu'el\ç yaut celle q^'il produit dans le récit suivant i
« Son exil ne servit qu'à faire voir combiei^ 4 « était aimé et considéré.... Uévêque du lieu, de la
(0 aiiUdre de VÉdit de Nantes, Tome III, partie U, pages 101-103.
biyiiizeo by GoOgI
PIfiRRB DU BOSC. 367
« maison de Herse Vialart, se fit aussi lui plaisir de «c contribuer à sa consolation. 11 n'y eut point d'hon- « nètetés qu*il ne reçut de cet exeellent prélat. Il « n'aurait point mangé à d'autre table, s*il en çût «c voulu croire sa générosité, e\ i\ \e faisait àem fpÂ9 € réglément toutes les semaines. Comme ce seigneur « lui montrait un joi^r sa maison, ^ont les meubles ^t c les appartements étaient superbes, il lui demanda « qu'il en pensait et si cette magnificence lui piiiais- « sait fort af<)stolique. Du |^sc, qui n^ vpu^it ni «r désobliger son bienfaiteur^ ni démentir son caraç- « tère , rt^pondit gu'il avait deux qualités dans «r Tille, qu'il étçiit çon^te e^ évéq^e dQ Châlons, e\ qu^ « sa dignité de comte lui donnait des droits et des «. privilèges tou| ^utre^ qi^e ceux (^e. V^piscopat^ qii'it ce ne voyait rie^ dans sa maison qui fût au-dessus de « la magnificence convenable à un pair de France.. « Une ré]|X)nse si çage ef si galante déplut pas au € prélat (i). »
Voici une autre parole, non mouis g<UaiiUe : a Madame la duchesse 4'4n[>^j<>i^ entrée ,< par a son mérite et par sa vertu , dans la maison de la «c reine, dont elle était dame d'honneur. Le roi, en « la lui présentant, dit : Madame, c*est la duchesse « d'Arpajon, la plus belle femme de mon i»} a unie, «c à qui personne ne Ta jamais osé dire. M. Du Bosc «c n*en fit pourtant point de difficulté, un jour qu'il la a trouva en visite chez Madame de la Luzerne, et «t elle lui témoigna fort obligeamment qu'elle n'était
(1) Fie de Pierre Du Bosc^ pages 3a-30.
36S PIERRE DU BOSG.
ce point marrie de cette rencontre. Elle était encore « Mademoiselle de Beuvron (IV »
Au reste, tous les minisires émiaents de cette époque, sans se livrer au monde, étaient hommes da monde; ils savaient « converser et vivre; » ils ne bravaient pas les convenances de la société. Us pouvaient être conduits en cela par le désir d*être utiles à leur Église, mais ils obéissaient bien plus encore à Tesprit de politesse du temps. Ils n'étaient point si farouches que quelques-unes de leurs doctrines auraient pu le faire supposer; en particulier, ils ai* maient et cultivaient les bonnes lettres. Il y avait, d'ailleurs, dans le parti pi o lestant un très grand nombre d'hommes considérables, avec lesquels les ministres entretenaient de fréquents rapports ; c'était le cas, en particulier, pour Du Bosc, qui était d'une famille très honorable, tout près de la noblesse de robe. Il paraît qu'il donna quelques moments aux muses, et même aux muses badines, si du moins il est Tau* teur, ce que je ne crois pas, de ce rondeau si connu, que sou biographe lui attribue :
A la fontaine, où l'on paise ceUe eau Qai fiU rimer et Racine et BoUeao,
n'eii bois point, ou bien je n'en bois guère; Dans un besoin, si j'en avais affaire, J'en boirais moins que ne fait un moineau.
Je tirerai pourtant de mon cenreaa nus aisément, si je veux, un rondeau»
Que Je ne bois un beau verre d'eau etaire A la fontaine.
(0 fié iêFimrê Du Mm,^Ê9^ M.
De ces rondeinx un livre foal nonvean A bien des gens n*a pas en Tart de plaire $ Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau,
Papier, dorure, image, caractère, Uoriuis les vers, qu'il fallait laisser faire A La Fontaine (4).
Du BosG ne se signala pas autant comme théologien que comme négociateur et comme orateur. Il n*a pas écrit d'ouvrage considérable sur les matières de théologie , mais des écrits plus courts , qui témoignent, ainsi que ses sermons eux-mêmes, d une érudition solide et choisie. Il est orthodoxe et ennemi des nouveautés en doctrine; mais personne n'a discouru plus éloquemment sur la grâce qu'il ne Ta fait dans ses trois discours sur la doctrine de la grâce, sa gloire et son abondance (2), discours dont le premier surtout est magnifique.
Voici comment son biographe résume les doctrines auxquelles il était particulièrement attaché : « Perc sonne n'a été plus attaché à tous les dogmes de «r notre confession de foi, et surtout à ceux qui sont « essentiels au christianisme et qui regardent la divî- «c nité étemelle du Fils de Dieu et la satisfaction qu'il « a faite à sa justice par son sang, le péché originel <c et la nécessité de lopération immédiate du Saint- « Esprit dans le cœur de Fhomme pour le conver- « tir (3). » Dans cette énonciation, ne bout pas com-
CO de Pierre I>u Boee, page m» — U tfagit dana eea tm des Mitamat' phoêeê i^Ovfde, nitcs en rondeaux par le duc de Roquclaure. {Éditeurs.) i'i) Sermone eut l*ÉfUre dewnt FmU attx Êfhésiene, RoUerdam, 1999*