‹ Histoire de la prédicationChapitre 24 sur 55 · I. Invention · texte numérisé non relu

I. Invention

Sous le premier point de vue, Ttnven^ton, Du Bosc

(1) Voir dans la Fnmce protestante la Ifsie dei aeriDons de Du Boac d*abord imprimés siparémenl, el ceUe 4w réimpramioiM de ses diven recneib. (ÉdUemn,)

PIEBRE DU BOSC. 993

se distîngne avantageusement de tous ses devanciers ; il combine mieux, dans ses sujets, les deux éléments capitaux de la science religieuse : le dogme et la morale. Chez lui, la th(^ologie ne reste pas un moment à Tétai de dogme ou de spéculation ; le dogme se traduit immédiatement en morale; aussi est-il édifiant d'un bout à l'autre de ses sermons, même les plus dogmatiques. Il est difficile d'en extraire des morceaux qui appartiennent exclusivement au dogme ou à la morale : c'est une théologie nourrie de morale et une morale nourrie de théologie.

On doit s'attendre h renconlicr de la controverse dans ses sermons, mais elle n'y surabonde pas. Cest surtout eu exposant la vérité, qu'il combat rincrédu* lité et les erreurs du catholicisme; et du reste, quand il aborde la controverse proprement dite, elle est toujours grave et décente. Dans son exil , son langage est un peu plus âpre, mais alors même les personnes sont ménagées; Taccent de la haine ne s'aperçoit nulle part; la rudesse ne va jamais plus loin que dans le passage suivant de son discours sur la Conversim dmandée à ZKeu, prêché à Rotterdam en 1687. « Comparez, dit-il à ses auditeurs, votre condition et votre état avec celui de ces pauvres misérables « qui sont demeurés dans la Babylone dont vous êtes « si heureusement sortis. Se peut-il jamais Je cala- «r mité pareille à celle qu'ils éprouvent inaintenant? « Je ne parle pas de la rigueur des prt^oiis qui les « renferment dans l'obscurité de leurs cachots, le « ne parle pas non plus de l'horreur des couvents

^jQ^ PIERRE DD BOSC.

« qoi les enserrent dans Timpiloyabl^ clôture de leurs « cellules. Je ue parle pas même du supplice des ga-

V. lèves, qui les tiennent encliuînés dans la cruauté « de leurs fers. Ce sont véritablement des souffrances « qui font frémir et où l'on ne peut penser sans éton* « nemeut. Mais ils ont encore d autres maux beauc ODup plus insupportables à endurer tous les jours. « Quelle pitié d'être privés absolument de la pâture « de vié^ de jeûner entièrement tous les jours du pain « céleste de la Parole de Dieu, d*ètre dénués de tout « exercice public de sa religion et de sa foi! Et si Da- « vtd criait autrefois si amèrement : Jei auielf , 6 Éier- « nely tes auHisî parce qu'il en était éloigné et qull « ne savait plus où les prendre pour s'y adresser, « quelle doit être Tamertume de ces pauvres âmes, « qui, ayant perdu leurs sanctuaires et ne trouvant <K plus en la terre d'église où ils puissent faire leurs c dévotions, crient dans une douleur inconsolable : « Tes temples, ô Dieu, tes temples, tes temples, où «c sont-il^ maintenant? Il n*y en a plus pour nous. — « S'ils en vexent, ce sont des temples profanes, où l'i* ce dolâthe règne a\ ec éclat, où les images blessent « les yeux des gens de bien, où le langage non en- « tendu étourdit les oreilles, sans instruire ni édifier « l'esprit, où Terreur répand ses faux dogmes, où un . « Dieu de pain et de forine reçoit les adorations et les « hommages, où Tinvocation religieuse des hommes « morts rend abommable toute la dévotion des vic vants, où les os secs et pourris des reliques tournent « eu ridicule toute la vénération qu on leur rend.

PIERRE DU BOâG. dd5

« Quelle misère d*étre réduits dans un si pitoyable

« état» de ployer les genoux devant le bois et la ce pierre, d'adorer un ol^et que les rats et les souris ff peuvent manger, d*invoquer des saints prétendus, a qu'on sait ou n'avoir jamais été dans le monde, ou a y avoir été de grands et misérables pécheurs ! Si « vos frères captifs et persécutes s'accomnwdeiit de « ce culte et s'ils le pratiquent, ce sont des idolâtres, « possédés d'un esprit d*étourdissement, qui les rend a au double enfants de la géhenne ^ s'ils ne le veuu lent pas pratiquer et si leur conscience n*y peut c consentir, ce sont des misérables qu'on accable de « miile tourments, qu'on jette dans de noires et af- « freuses prisons, qu'on dépouille inhumainement de a leurs biens pour les réduire à Taumône, qu'on sé

pare de leurs femmes et de leurs familles, qu'on a prive de leurs en&nts, qu'on tourmente dans leurs <« maladies, qu'on Uainc ou (ju^oa jette à la voirie « après leur mort, et à qui un peu de terre estimée a infâme, pour leur servir de couverture après leur « trépas, est souvent déniée ou passe pour une faix veur considérable, si on se relâche jusqu'à leur ac* « corder cette horrible consolation (1). »

Du Bosc laisse voir qu'il a beaucoup d'érudition; il en profite pour fortifier son raisonnement et multiplier les aspects de sa pensée; mais il n'en fait pas un usage indiscret et puéril; il s'abstient entièrement de cette érudition oiseuse qui prenait

^1) Sermonâ $w diiftrê fextti eem9enàbie$ oa» tsmfi$. (ÉdiiMNi d'Àmlerdam, t7i6.) TooM Ul, pages S»4-t96*

396 FISRRB DU BOSC.

beaucoup de place dans les sermons de cette époque, et donne ainsi un exemple dont Saurin aurait dA profiter. Il en parle lui-même dans un discours sur cette parole de Michée : Écoulez la verge et celui qui Va asêignée. Après avoir exposé brièvement les différents sens qu'on peut donner à l'original et avoir conclu en faveur de la version reçue : « Yoilà seua lement» dit -il, ce que nous dirons pour justifier <c notre version; car de s'étendre ici sur de Thé- « breu, du chaldéen, du syriaque, du grec ou du « latin y ce serait abuser de cette chaire, qui est K destinée, non à des leçons de grammaire ou à des « recherches de langues, mais à des leçons de piété « et à des doctrines propres à sanctifier les con- « sciences. Il ne faut ici que la science qui édifie a et qui peut rendre les hommes sages à salut et « accomplis dans les bonnes œuvres. Toute autre « science est indigne de ce sacré lieu; car elle est <c ennuyeuse aux doctes, qui ne la cherchent pas « ici, et inutile aux simples, qui pour la plupart ne « l'entendent pas et qui, après avoir ouï bien des « citations ou des remarques de littérature, s'en re- « tournent Tâme vide et affamée, parce que ce sont « la des viandes qui ne sont pas à leur usage et dont « ils ne sauraient tirer de suc ni de nourriture (i). »

Les sermons de Du Bosc témoignent-ils qu'il possédait ces connaissances variées, nécessaires au prédicateur : connaissance du monde de la création et de la civilisation, de i^homme individuel et de

(a) Sermon» tur dhen twta wwmtMei au temps. Tome UI, paies t^n.

FIXRAS DU fiOAC. 397

rhomme social, des faits et des idées, des choses et des livres? Cette condition est capitale; ou ne peut pas dominer la multitude sans la surpasser* De nos jours, où chacun sait un peu de tout, il serait particulièrement fâcheux que le prédicateur ne sût pas ce que doivent savoir ses égaux dans ia hiérar» chie scientiflque; toutes les vérités, d ailleurs, sont les humbles servantes de la vérité et doivent lui prêter leur appui à leur heure. Du Bosc est sur ce point au niveau de ses coiilemporains ; mais, au dix^septieme siècle, cette science générale est moins forte qu'au siècle précédent; les prédicateurs, et Du Bosc avec eux, se concentrent davantage dans la science théologique; de là des lacunes regrettables, qui font tache dans leurs sermons. On souiU a quelques allusions de Du Bosc aux sciences qui lui sont étrangères, à la médecine, par exemple.

Il est une connaissance particulièrement importante pour le prédicateur, mais que les livres oe dour nent pas : celle du cœur humain. Du Bosc le connaît fort bien dans ses grands traits, et mieux que beaucoup de psychologues et de philosophes, qui n'ont pas, connue lui, la Bible pour les diriger; mais il ne se soucie pas de connaître l'homme tel qu'il est dans les détails de la vie et dans les replis de son cœur. Il a les clefs des grandes issues, mais non peut-être celles des guichets, par lesquels on pénètre plus fecilement dans la place. C'est par le détail qu'on rend la vérité sensible aux intelligences inférieures. Une idée générale est pour elles comme un instru-

386 rmiui bu bosc.

ment trop gros sous la main d'un eniant : pour qu'il ne lui s(Ht pas inutiiey il £8tu4 y ajouter une petite pièce, que sa main puisse saisir. Si l'on yeut que 1 homme se reconnaisse au tableau de sa misère, il liaut entrer dans les particularités. C'est ce qui maii<« que a Du Bosc et à la prédication protestante de son temps, comme nous avons eu déjà Toccasiou de le dire. Les protestants avaient à opposer à une prédi* cation qui négligeait la Bible, une prédication qui s'appuyftt sur la Bible; ils invoquaient en même temps le témoignage général de la conscience, mats sans pousser comme les catholiques jusqu'aux détails intimes, sans faire comme eux un appel incessant au témoin intérieur. — On peut prouver la vérité par des preuves qui la laissent toujours hors de nous ; la plus grande, la meilleure preuve est la preuve intérieure ; c'est par elle seule que la yérité pénètre réellement en nous. Si un homme, après avoir étudié avec soin les preuves que Tapologétique rassemble, vient ensuite à être persuadé dans son cœur, il pourrait perdre la première partie de son trésor et n'en demeurerait pas moins en possession de la vérité. Or puisque cette preuve si excellente est à la portée des plus simples, il fout l'administrer autant qu'il est possible de le faire. Les prédicateurs protestants de cette époque en appellent bien à cette preuve mtérieure, mais sous ce ra(^rt ils sont relativement pauvres. ' Nous en trouvons un exemple dans le passage suivant du sermon sur l'Amendmeni provisoire. Du Bosc demande pourquoi le péché contre le Saint-

fiËARE DU BOSC* 390

Esprit est irrtoissible. « C'est, répond -il, que le « Saint-Esprit étant la troisième personne et la der-> « Qièrç en ordre, il D'y en a plus diantre après elle a par laquelle on puisse obtenir le salut. Quand « on a offensé le Père, on peut recourir au mérite « et à la justice du Fils ; quand on a rejeté le Fils, « on peut êtie converti par la vcrlu du Samt-Espht; « mais quand on a outragé TEspril lui-même, vers « qui désormais se tournerait-on et de quelle per- « sonne divine pourrait-on après cela espérer sa « délivrance (i)? x» — Il y a là moins de psychologie et de [)liilosuphie que dans la Bible. 11 fallait faire r^sortir la vérité contenue sous ces paroles et montrer, par exemple, que le Sainte-Esprit étant à la base de l'œuvre chrétienne dans Tbomme, œuvre qu'il commence et qu'il achève, offenser le Saint- Esprit, c'est rendre iuipobsiblc la conversion; au lieu de se contenter de donner la formule de la vérité, il Mbit la feire sentir; car sentir est le vrai nom de connaître.

Nous ferons la m^ne remarque à propos de ce passage du même sermon :

« Le cœur de l'homme est naturellement dur et « insensible. C'est un coeur de pierre et de roche, « d'où vient que TÉcrilure, pour exprimer la con- « version du pécheur, dit que Dieu lui été le cœur a de pierre et lui en donne un de chair et suscep^ble tt des bonnes impressions de sa grâce. Cependant, «c bi^ que ce soit là la disposition naturelle de nos

(0 Sermons êur divers iexUs convenables au temjps. Tome Ul» pa(s^ 2è3»

400 riEflRE DU BOSC.

ce ftmeSy cette dureté criminelle s*accroU encore tous a les jours ; elle s'augmente par la coutume, par la oc persévérance dans le mal, par Tobstinatioii dans a le pécli6, par la réitération des mciiics actes via cieux, qui ajoutent un nouveau cal à la conscience « et la rendent entièrement, impénétrable à tous les a aiguillons de la piété. Car il arrive à nos cœurs « comme aux pierres qui s'endurcissent avec le temps « et qui sont plus tendres au sortir de la carrière a que quand lair et le soleil ont donne dessus, ou « comme à l'ambre, qui est mou quand il sort du « sein de la mer et qu'il commence à paraître sur (( le rivage, d*oi!i vient que les mouches s'y attachant « y laissent souvent leur figure imprimée au naturel; te mais il durcit ensuite et acquiert cette fermeté que ce Ton y rejoaarque. Ainsi le cœur de l'homme dans « son enfance est moins dur, et l'on peut alors lui oc donner des impressions plus lacilement; mais sa fit dureté se renforce avec les^ années, et plus il conti- « nue à pécher, plus il s'affermit dans le vice (1). »

Il faut que le prédicateur nous lasse faire. des expériences séance tenante; et comment cela sera-t41 possible si la vérité demeure toujours à distance de nos cœurs? 11 faut que chacun de nous, dans le temple, ait non-seulement entendu et compris, mais vécu« Le temple est un grand atelier ou 1 ou lurge les con- SQÎences; il faut frapper à coups redoublés, pour qu'elles prennent sous le marteau une nouvelle forme.

(0 Sermons sur divers lexttë conveiiabies au tej)ipi>. iome Ul, pages 297-298. — Vojes autti, dans le même volume» le sermoD sur la RésolittUm du fidèle Miitwieamil.

FIMRB ma KMC. 401

Peu de prédicateurs sont aussi riches que Du Bosc en pensées justes et ingénieuses, mais elles sont rarement profondes. Son argumentation est généralement solide et persuasive ; il n'a guère que des sophismes offidels et en quelque sorte obligés, qui ne sont pas de lui, mais de son époque. Il a traité, comme tons les prédicateurs de son temps, les ques>

tions difiiciles de la grâce, de la prédestination et de la liberté; il l'a fait en marchant sur les traces d'Amyraut, dont les doctrines, d'abord proscrites, avaient fini par devenir doctrines de l'Église et étaient professées à bouche ouverte par le plus grand nombre. Mais les attaques de l'école de Saumur contre le supralapsarisme sont d'une extrême faiblesse; le tempérament qu'elle a cru trouver n'est pas heu* leux : ce n'est qu'un palliatif.

Dans le sermon sur ÏÉUciion éternelle en Jésui- Christ^ nous trouvons des distinctions semblables à celles d'Amyraut et également impuissantes :

« Si vous me demandez, dit l'orateur, pourquoi « nn tel est sauvé, je vous répondrai fort bien que « c'est parce qu'il a cru en Jésus-Chiist et qu'il a a mené une bonne vie. Mais si vous me demandez « ensuite pourquoi il a cru et bien vécu, je ne vous « en saurais plus rendre d'autre raison, sinon parce « qu'il a plu à 'Dieu lui donner la foi et TEsprit de « sanctilication. Je te rends grâces, ô Père, créateur « du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces « choses aux sages et aux entendus et les as révélées « aux petits enfants; il est ainsi, Père, parce que tel

tt a éié iou bon plaisir. Ou vous devez remarquer « que ce bon plaisir dont il parie tt'est pas ce qa*il « a plu à Dieu sauver le^ uns et Uamucr les autres; « ce n'efil paa de quoi il s'agit; uaiâ de ce qu'il « lui a plu donner wol uas sa coDMmaem» 9k an tt au très non..

«c Cette diatinctkwji vea ârères,. d'éleetioB à kt ffrim « ei à k gkwe est nécessaire po«f adoucir ee^ ipa a se trouve de rude et de choquant daiË^ k predes- « lûaattoa. Car si l'on élaèlit une feb (pie fiievi se « soit pruposé tout droit de sauver les uns, on dira « de mèjm qu'il s'est f£opo&é de damner ks att&resv e El c'est là ce qui parait si étrainge eli si étonnant; m cQiii là ce qui scandâ^ise et ce qui eâaroucbe si tf fort les espiita^ el eartes avec raison; car qpwMa « apparence que Dieu, de gaieté de cœor et saa» m. tt jet, ait voulïi. perdie ses créatuies, qu'il les- ail « sacrifiée» à se» plaisiri et qne, sans; auto rnon (€ que sa volonté sainte,, il les ait de toute éternité tt .condauinée& à des flamme» immortelles? David , « voyani autrefoia les calamités de son peviple et ûm « sou Etat, s'écriait : 0 Dieu, aurais^li^ créé m min «. kft ^ d« hauum» et où iotU^ S^^fnmry. m sampaa « Êwmî Biais si Dieu damnait les âmes sana^ anm« tt considération de leurs péchés^ combien pliis y au^ « raiit^il aiget de lui dire : 0 Diea^ auraia-tu créé* les « hommes, non-seulement en Tain, mais en mal, a pour prendre pkisir à leurs tourments éternels? « Et QÉt saraifiDt tea^nuséricordesy eà sacait niéiie ta « ju^tiue, Si lu eii useub dii la sorte ? Que t'aide fait,

« pourrait dire im iiomiDô ainsi damné^ sam qu'il « y êfti de sa faute; que t'^ai-je fait pour èl#e à jamais « i'objet de ton iixlignation et de ta vengeance? Je c suis sorti du oémt ? est-ce tin criiae? Ët ^ c'en « était un, ee n*est pAs moi à qiii il s'en faudrait « prendre. Tu m'en as tiré sans moi^ et tu pouvais «e m'y laisser. Ne Fas-ttt done fait que pour te direr<^

• tir de ma misère et à me voir brûler dans les enfers? K Pour éloigner dono ce scandale^ qui donnerait

« saiiie doute » jns^ svjet d'eintoe à Tespnt et à « k rakon, il faut établir celte tliéologie, (jue Dieu « m s'est proposé ni de saftrrer ni de dannier les « hoames wms sujet; qu'il iBfë résola à& les sanvet « que dans la vue de leur foi et de leurs vertus ^ « qa'jà n'a ed deasem de les damner qne dans la vue

• de leurs erimies et de leurs péchés, dé leur incré* < dulitéi de leur impénitence, de leur obstination et «r de lenf persévérance dan» le Viee. Jusque-là « l'esprit hainain ne saurait rien trouver à redire.

c It faut ajouter ensuite que Dieu s'est proposé

• de donner à quelque&^uns la Ibi él lai sainfefé, ce « qui proprement constitue rélection et la séparation « des hommes; qu'il s'est proposé au contraire de <r laisser les aiitres dans leur corruption tiaturefle, « ee qui proprement fait la réprobation. Kt en cela « on ne peut raisonnablement trouver rien* k biâmer « ni de quoi so plaindre. Car qu'est-ce que vous pou- « veas reprendre dans ce procédé de Dieu? Est-ce (ju'il « ait voulu doBner à quelques-uns* son Ësprii de ré- « génération pour les sanctiiier? Non, ce n'est pas

kOk Fuuuus DU Base.

« là un sujet de piaiute, mais plutôt de remerciment « et d'actions de grâce. Ësirce qu'il ait voulu le re- « fuser aux autres? Mais prenons les choses comme a il faut et jugeons de Dieu seuiement comme noui» ce faisons tous les jours des hommes. Y a-t-il' dans a ce refus d'une grâce particulière de quoi pouvoir « former la moindre accusation contre Dieu? Chacun m ne peut*il pas faire du sien ce qu'il lui plait, selon a la maxime du père de iaiaille dans l'Évangile? Les « grâces ne sont-elles pas absolument libres? Ne « peut^on pas les accorder ou les dénier sans que a personne s*en puisse formaliser? Et si les hommes «t ont ce droit et ce pouvoir^ quelle injustice, quelle « insolence, quel aveuglément serait-ce de le contes- « ter à Dieu, dont l'empire surpasse iuliuiuient celui « des plus grands monarques mêmes? Si l'on disa t « que Dieu damne les hommes et les destine aux (« supplices éternels sunpiement parce qu'il lui plaît, « ce serait ce qui pourrait donner lieu aux plaintes « Mais que Dieu ait voulu priver quelques-uns d^B « honmies d'une grâce qu'il ne leur devait pas et « dont même ils étaient indignes, c'est de quoi sans « doute on ne saurait murmure r sans traiter injua rieusement la Divinité, sans prétendre l'assujettir « à nos fantaisies, la rendre esclave de nos intérêts a et exiger tyranniquement d'elle plus que nous « n'oserions faire du moindre prince, du moindre a homme de la terre, puisqu'il n'y en a point à qui « on ne laisse la liberté de ses grâces. a Yoilà, mes frères, comme, à bien concevoir, à

PIRRRE DU BOSC. 405

« bien eonsîdérer les choses, le mystère de la préd este tination peut contenter également la foi et la rai- « son (1). j>

Voici, dans le mémcî sermon, im raisonnement qui a été fourni à Du Bosc par la tradition de son Église et non par l'Écriture sainte :

« La gloire de Dieu, qui consiste dans Texercice <c et dans la démonstration de ses vertus, requérait (c qu'il disposât des hommes de la manière que nous « venons de remarquer, clioisissant les uns et aban- « donnant les autres; car sans cela il n'aurait pu «c exercer ses deux principales vertus, qui sont sa a miséricorde et sa justice, dont Tune ne lui est pas « moins essentielle que l'autre. S'il eût damné tons <c les honmies, il n'aurait point déployé sa miséri* ce corde; s'il les eût tous sauvés, il n'aurait point ce mis en œuvre et fait édater sa justice. Mais par « l'élection des uns et par la réprobation des autres, « il a satisfait également ces deux grandes et admira- «( bles vertus, qui sont les deux plus illustres carac* « tères de sa divinité, les deux plus vifs rayons de « sa gloire, et les deux pôles sur lesquels roule «c toute la conduite du Souverain envers ses créa* a tures. Saint Paul, au neuvième des Romains, nous «c enseigne expressément que c'a été là la vue de ce Dieu dans ce mystère, quand il dit des vaisseaux « préparés pour la perdition, que Dieu les a faits « p6ur montrer en eux sa colère, c'est-à-dire sa « justice, et des vaisseaux de miséricorde préparés

(0 ScmMUt «»r VÉfitrt otur ÈfhMitnê» Ton» 1*% pifet dT-f l*

« pour sa gloire, qu'il les a faits pour donner à con- « naître en eux les richiesses de $a grâce. D'où vient « que saint Augustin s'écriait, dans la méditation de « cette saii)te matière ; Voilà la miséricorde et le ju- « gement, la raiséricprde dans l'élection, et le jugci- « ment et la justice dans ceux qui sont aveugles (1). »

La miséricorde de Dieu et sa justice étant toutes deui^ infinies, sont égales; il devrait donc y avoir, d'après Je raisonnement de Du Bosc, le môme nombre d'élus et de réprouvés (2).

Son exégèse est en général très bonne et très belle ; nous y avons cependant relevé quelques imperfections. Voici, par exemple, une explication fautive du passage : Comme en Adam tous meurent, pareillement aussi en Christ tous sont vivifiés :

a De tous ceux qui sont en Christ de cette ma- « nière, l'Apôtre nous assure qu'ils sont vivifiés, oui, « tous généralement et sans exception; car comme « tûus meurent en Adam, il faut aussi que tous soient a vivifiés en Jésus-Christ, puisque le second Adam, <f qui est d'un ordre incomparablement plus noble et a plus excellent que le premier, ne doit pas avoir ce moins de force pour nous sauver que l'autre en « a ep pour nous perdre. Il est vrai que l'universalité

(1) Seimons sur VÊpltre aux Éphésiens. Tome I*', pages 59-60.

(2) Voyez encore, tome 111 des Éphèsiens, pages 82 et 83, où il présente les palipi^s ipus ce ppint de vue Taux qui les fail envisager comme des ipdividus, pour la moralité et la responsabilité ; — tome ]" des Sermons sur divers textes^ page 65, oi'i il Inue Dieu de n'avoir pas mis Adam « au rang des taureaux cl des « éléphant), et même des chenilles et des limaçons ; • — et, dans le même Yolpmo, page 11, sur la sortie do Pierre de la maison de Caïphe, et page 373, sur cei mots : qu'il toit unê nouvelle créaturt.

PICRRR DU BOSG. 407

a de ceux qoi sont vivific'^s en Jésns-Christ ne s'étend « pas si loin que la généralité de ceux qui meurent « en Adam, parce que celle-là est fondée sur la na- « ture, qui est commune à tous les hommes, au lieu « que l'autre est fondée sur la grâce, qui est parti- « culière seulement à quelques-uns. Mais quoi qu'il a en soit, l'Apôtre a raison de se servir du mot de « tous en l'un et en l'autre, parce qu'il n'est pas « moins vrai que tous ceux qui sont en la commu- « nion de Jésus -Christ sont vivifiés, qu'il est vrai « que tous ceux qui sont dans la communion d'Aa dam meurent. Dans ces deux communions, tous se a ressentent également de leur principe. Dans celle a d'Adam tous meurent , comme Adam est mort;

dans celle de Jésus-Christ tous sont vi\ifiés, comme « Jésus-Christ a été vivifié. Et comme en Adam nul « n'est exempt de la mort, quelque grand et quel- « que considérable qu'il puisse être, puisque la cou- « ronne même n'en dispense point les rois, ainsi en « Jésus -Christ nul n'est privé de la vie, quelque a petit et méprisable qu'il puisse être, puisque les « pêcheurs mêmes ont été les premiers sous l'Évan- « gile honorés de cette admirable vie. Même on peut « dire que l'universalité de la vie est encore plus a absolue en Jésus-Christ que celle de la mort ne « l'est en Adam; car encore y a-t-il eu quelque a exception pour la mort parmi les enfants d'Adam; « deux hommes au moins en ont été dispensés, l'un « sous la nature et l'autre sous la loi : cet Enoch « dans le premier monde et cet Élie dans le second.

408 FHERRK BIT BOBG.

« qui ont été ravis tout vivants dans le ciel, pour « ne sentir jamais la main du sépulcre. Mais en Jé-

« sus-Christ , la vie est assurée saus nulle exception ft à tous ceux qui lui appartiennent. Nul en aucun et temps, nul en aucun lieu, nul depuis le commen- « cernent du monde jusqu'à la ûn^ ne manquera a jamais d'obtenir cet avantage; car en Jétw-ChriH « iùus sont vivifiés (i), y»

Voici comment Du Bosc explique les derniers mots de ce passage aux Ëphésiens, I, 4 : Afin que nouê futsions saints et irrépréhensibles devant lui en charité : « La charité, en cet endroit, n'est pas celle de « rhomme ; c*est celle de INeû , celle dont il nous « aime, l'amour qu'il nous porte par un principe de « charité, par un mouvement de compassion et par « un sentiment de miséricorde* Ainsi saint Paul « veut dire que nous sommes irréprehensiljles devant « Dieu^ non en sa justice, mais en sa charité. Sajus- « tice nous confondrait, mais sa charité nous ex- « cuse (2). » — C'est extrêmement forcé.

Citons enfin la manière dont il interprète les mots : sans Dim au monde, daiib le sermon sur VAlhéisme des pt&êns (ÉphésienS) llf i%) :

« Cest ce que remarque TApôtre que, parce qu'ils « avaient adoré ei servi la créature, en délaissant le «c Créateur, qui est béni éternellement, Dieu aussi, « par une juste rétribution, les avait livrés à leurs af- « fections iniàmes, et ailleurs, qu'il avait laissé toutes

(0 Sermort4 sur Jh-ers l^.vtea convenables au temps. Tome IV, pages 68-fl7t i%) S0rmen» mr l'Mpitre aux Bphéùm», Tome It VHfi

« les nations cheminer dans leurs voies d'ignorance « et de perdition. Toutes les nations, dit ce saint « apôtre, toutes à la réserve d'Israël, qui n'était <c qu'un petit peuple et une poignée de gens au mi- « lieu de ce grand globe de- la terre. Et c'est ce qu'en- « tend ici notre saint auteur en disant que les gentils « étaient sans Dieu au monde, c'est-à-dire par tout a le monde, dans tout l'univers, à l'orient, à l'occi- « dent, au septentrion et au midi, n'y ayant point de a peuple alors sous le ciel qui ne fût dans Tignorance a et dans l'abandonnement du vrai Dieu (1). »

La cause de ces erreurs est dans le peu d'usage que Du Bosc et ses contemporains faisaient de la philosophie. La vérité veut être pensée. Il paraît fort simple à quelques-uns de dire : « Je m'en tiens à ce qui est a écrit. » Mais comprennent-ils réellement ce qui est écrit? Et d'où vient que d'autres ne le comprennent pas comme eux? Us ne le comprendront comme il faut qu'en le pensant. Le but de Du Bosc et de ses collègues était d'échapper à la tradition; mais si la tradition doit souvent être épurée, il ne faut pas toutefois la dédaigner; dans un sens, elle est la pensée elle-même, ce qu'on a pensé sur TÉcriture sainte , le mouvement de l'esprit de l'homme, la vie elle-même. En voulant à tout prix échapper à toute tradition, ces prédicateurs tombèrent dans un littéralisme outré.

Parmi les éléments ou matériaux du discours, il en est de palpables : les idées , les arguments , les faits, etc. ; mais il en est d'autres qui sont impalpa»

(i) Sermon» mr VÉpUre aux Éphésiens. Tome UI, page 78.

410 FMM! WJ MO.

hUm. Quand m disque m corp6 mori, on y trouve dm os y des uerfB, des fibres , des Teines, des liquidai ; mais il est échappé quelque chose, un je ne 9m quoi auquel on a domié diSérm^ noms , maie qui n'est autre chose que la vie. De même dans un sermon^ il y a la xîbarpeola ou ie corps; mais il y a aussi la vie qui anime ce oorps, la subjectivifé, le sentiment du prédicateur. C'est ce qui constitue la plus exeeltodlie des matièree du discours.

Les sentiments qui respirent dans la prédication de Du Bosc sont la gmvité^ l'autorité, la modération et une espèce d'urbanité. En lisanl^^ee qu'A tKt, sur la manière de prêcher la doctrine de la grâce, on se sent bien loin des premières nideHen élfy^f^M^^^ '

«t Je sais biffliy ditril, qu'on ne peut défendre cet « aphorisme sacré sans combattre le sentiment de « plusieurs^ qui ne défièrent pas à la grâce autant « qu'ils le doivent; mais néanmoins je ne \iens point «c ici maintenant avec un esprit de contention et de « controverse. Je n'ai pour but que la vérité et je me « la propose simplement en elle-même, sans aucun a dessein de ttcher ni de contredire autrui. Mon in* « tention n'est que de m' attacher à saint Paul, et si, « en le suivant, je m'éloigne de quelques-uns, qu'ils « s'en prennent à cet ap6tre et non pas à moi, qui « ne ferai qu'observer ses pas et que marcher sur « ses traces. Au reste, me souvenant que je traite « aujourd'hui de la grâce, j'agirai comme étant dans « le sein même de la grâce. Bien loin d'apporter de « Taigreur dans une matière qui est toute pleme de

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a (iouceur, toute découlante de Jait cl ùc miel, je n'en «c parierai qu'eu â/^ tenue» couvenable^ à la béoé» « gnité de ]a giAce ; je maintiendrai ses droite sang a oflenser ses adversaires, cuuime eu efliet, bieu loin a de ies baïr et de vouloir le» déaobltger» nous priop» 9 THen avec ardeur qu'il lui plaide de les eombler de

tout^ le^ béuédictîQo» de cette grâice qiie nous au^ « DouçûOB et qu'il les sauve un jour eu sou royauipe « céleste, par cette même g^'âice que &amt Paul yiè^ «c chBf e|t mm ^près lui (})«

£e qui frappe ebez les prédicateurs protestants de cette ep/Dque et cbez Du Bogc eu partiii^uiier, c'est Tabsçpcç de jtout esprit sectaire ou séparatiste. Cet esprit se earact^se psr le besoin de séparation, je dis le besoin et non le tait, puisque le pi^ristiar oi^me, en fait» ^st nm sépariation. C'est un esprit da

division, qui cherche plulùt des adversaires que d^

«iSQ^iéSy ^ plutôt des associés que des frères; c'est un désir de distinction, et pour se maintenir il faut qu'il insiste perpétuellement sur ce qui distingue, sur ce qui divise, sur des curiosités ou des subtilités. Le christianisme en lui-même a beau être une chose extraordinaire, une folie, al(m même qu'il affi^onte Fhomme naturel, il se fait comprendre de lui, il in^ téresse les adversaires malgré eux, il est franchement humain, fit si Fou dit : mais le christianisme, pour n'être exposé qu'à une élite de vrais croyants , en est^il moins le christianisme? nous répondons que la supposition de cette assemblée d'élite, supposition

(i) Stmtm êur éi»m U9kt eonvtntibUt w l«flyw. Tone I«, pige

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toujours téméraire, toujours fausse jusqu'à un certain

point (car toute assemblée est une multitude, et tout individu, en quelque sorte; multitude), oblige à laisser dans le silence une foule de choses dont, pour Ijicn faire, il faut parler à tout le monde. Tout le christianisme est fait pour tout le monde. En avançant dans Ja carrière, on acquiert de nouvelles idées, on possède mieux certaines vérités, mais on ne répudie rien. La vie chrétienne est une et indivisible ; elle a des nioiacDfs et non de?> parties; sous des noms divers, on exprime la même chose par conversion, régénératbn et sanctification. Ces distinctions sont nécessaires dans le développement de la doctrine; mais la vie chrétienne n*en doit pas moins être considérée comme une chaîne non interrompue. Ce qui intéresse le chrétien à l'entrée de sa carrière l'intéressera toujours ; ce qu*on dit au chrétien très avancé sera plein d'intérêt et d'instruction pour le chrétien qui débute, et pour celui-là même qui n'a pas encore débuté. Aussi rien de plus grand, de plus riche et de plus complet que la prédication adressée aux multitudes. Ce n'est pas qu'une multitude soit égale à une autre, que le nombre des chrétiens vivants ne puisse augmenter dans un troupeau, et la vie dans chacun d'eux, et que la prédication ne dcMve s'y proportionner^ mais le caractère demeure; c'est toujours une multitude, c'est-àdire, quel que soit le nombre, une réunion d âmes à qui l'on ne demande rien que d'écouter, parmi lesquelles personne n^est de trop, et où, dans des proportions variables, tous les degrés et toutes les formes

de vie peuvent se supposer. Ce qui profite particulièrement aux uns n est pas perdu pour les autres, et le sentimeot de l'auditoire auquel on s^adresse communique au discours beaucoup de simplicité et de largeur. Or, Du Bosc est esseuti^Uemeut et iranchemeut un prédicateur de multitude. Tous les grands prédicateurs l'ont éiôy et c'est ce qui leur donne cette ampleur, cette simplicité, qui les font lire dans tous les temps et par tous avec un vif intérêt.

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