I. Sam espérance. — Non pas absolument
1. Mais ils n'étaient pas d*accord entre eux. a Quelle espérance d'une autre vie pouvait avoir le « peuple, pendant que les philosophes ne s'accor- « daient pas sur Timmortalîté des esprits, et ce qui « est encore bien plus remarquable» pendant que « ceux qui paraissaient l'enseigner ne s'accordaient «pas avec eux-mêmes. Que croirai -je, disait un « pauvre gentil, puisque nos docteurs ne savent ce « qu'ils doivent croire? Comment me déterminerai-je « entre Zénon et Plafon qui se disputent, entre Arisr « tote et i^picure qui se querellent? £t quand je vou- «t drais me ranger du parti de ceux qui prétendent a 1 àmo iaimortelle, comment le pourrais-je, puisque « je les vois se couper, se contredire, s'èter toute « créance eux-mêmes, et que leur discours est « comme une eau agitée qui change continuellement « de face et où un /lot efface i autre ? »
2. La nature de leur espérance nous empêche de lui donner ce nom. Ils n'attendaient, en eiîet, que la réunion de leur âme à l'âme universelle du monde, ou son passage dans un autre corps, c'est-àdire un état î»aus personnalité ni vie.
3. Leur attente d'une autre vie n'était qu'incertitude, quant a l'immortalité do l ame et quant à la
FIBIUIB DU BOSC.
résurrection des corps. Ils en entrevoyaient bien quelque chose; mais le peu d^assurance qu'ils en avaient les rejetait aussitôt dans le doute. Ce n^était pas l'ancre ferme et assurée dont parie l'Apôtre; ce n^était pas réellement une espérance.
IL Sans Dieu, — « Le mot employé dans Torigi- « nal est celui d*athéesy parce que ce terme signifie « proprement ceux qui sont sans Dieu. Ce n*est pas « que les païens fussent des alliées, à prendre cette « parole dans le sens qu'on lui donne ordinairement. t< Pour éclaircir cela, je distinguerai quatre sortes « d'athées fort diliérents. n
Les premiers nient l'existence de Dieu; les deuxièmes nient sa providence ; les troisièmes méconnaissent sa nature; les quatrièmes le nient en action. — A ces différents égards, les païens étaient sans Dieu,
Ils étaient saus Dieu au mondcy c'est-à-dire « par « tout le monde, dans tout Tunivers, à l'orient, à « l'occident, au septentrion et au midi, n'y ayant ce point de peuple alors sous le ciel (à la réserve <c d'Israël) qui ne fût dans rignorauce et dans l'aban- « donnemenl du vrai Dieu. Cest ce qui étonne, mes a frères, c'est ce qui surprend et donne lieu à plu- «r sieurs questions. Car on demande ici pourquoi a Dieu a voulu laisser périr tant de nations, durant <c un si grand nombre de siècles? »
Du Bose veut qu'on adore sans expliquer. (Il eût bien du se le }enir pour dit.) a Imitons, mes frères, « la sage retenue de ce saint apôtre; admirons et a adorons ce que nous ne pouvons comprendre.
riE&as DU B03C. &27
« N'entreprenons pas de sonder ce qui passe la perce tée de notre esprit; piéierons là-dessus l'humilité a respectueuse de l'ignoraoce à la curiosité téméraire « du savoir. Ne soyons pas si pn'jsomptueux et si a vains que de vouloir mesurer les décrets de Dieu à « Taune de notre faible raison humaine , puisque la <K distance est si prodigieuse entre ces deux choses, a que les voies de Dieu ne sont point nos voies et « que ses pençées sont plus éloignées de nos pensées « que les cienx ne sont élevés par-dessus la terre. « Qu'il nous suffise que Dieu ait voulu une chose^ a pour nous la faire trouver juste et raisumiahle , « puisque sa volonté est la source de toute sagesse. <c II «si ainsty Père, parce que tel a été (on hm plaisir. »
Où pourrait demander aussi pourquoi il y a si peu d'élus. Mais ce serait quereller Dieu sur ses grftces dont il est le maître. « C'est à nous, non à mui murer <c de ce qu'il en a sauvé peu, mais à le remercier «t éternellement de ce qu*ii en a voulu sauver quela ques-uns et ne nous perdre pas tous, comme il « Faurait pu faire sans reproche. C'est à nous à lui « rendre des grftces immortelles de ce qu'il ne nous « a pas traités comme les anges rebelles et apostats; « car il les condanma tous sans exception» les précipi- « tant touSj depuis le premier jusqu'au dernier, dans a les abîmes éternels, pour y souffrir à jamais la pu* ce nition de leurs crimes, au lieu que les hommes « ayant imité leur révolte et s'étant rendus coupa- «c bles comme eux. Dieu, par sa grande miséricorde^ « en a daigné sauver une partie, et des enfers qu'ils
4^ PlBaaE DM B080.
<c avaient mérités avec les démons, élever dans le « ciel, pour y régner avec les anges saints et fidèles, «c Ce noua esl un sujet inexprimable de bénédictions « et de louanges, surtout en ces temps bienheureux, (c où nous vivons sous la nouvelle alliance de Jésus- «c Christ; car la différence des nations étant abolie « par la prédication de 1 Évangile, qui appelle tous « les hommes indifféremment au saint, il n*y a plus « de peuple en la terre qui soit absolument sans « espérance et sans Dieu au monde, puisque l'espé- « rance de la vie étemelle est ouverte à tous les hu- « mains par tout l'univeis. 11 les reçoit tous égale- « ment en son Fils , qui nous a rachetés de toute ec tribu , de toute nation , dé toute langue , par son a sang, et en qui il n y a plus ni Juif, ni Grec, ni Scy- « the, ni Tartare; mais tous sont un en ce divin Ré- « dompteur. »
En bénissant Dieu pour les privilèges qu'il nous accorde, nous devons «c prendre bien garde de ruiner « nos avantages par notre faute et de tourner notre
bonheur contre nous-mêmes par notre mauvaise « conduite. Il est vrai que nous ne sommes plus sans (i Dieu comme les païens, par la privation et l'ex- « clusion de^ son alliance. Il est vrai que nous ne « sommes plus sans Dieu comme eux, par Tigno- (i rance de sa nature adorable; nous le connaissons <c tel qu'il est, nous en avons des sentiments justes « et raisonnable?, et nous ne faisons aucun tort, dans « les maximes de notre théologie, ni à runité, ni à la « spiritualité, ni à l'immensité, ni à la sainteté, ni à
PlIiiaE DU BOBG. 4i9
« la toulo-puissance , ni à Ja gloire de son cire. » Mais nous sommes eocora exposés à Tathéisme du senrice de Dieu : <r quand on nie la divinité en la « servant mal, ou en ne la sei vaiU point du tout, en « lai faisant la guerre par des mœurs contraires à « ses Yertus, à ses volontés, à ses lois. Hélas! cet « athéisme dure toujours, et la ru me du paganisme ce n*j a presque rien changé. Les hommes sont tou- « jours gentils à ce malheureux égard ; ils vivent à la « païenne dans la religion de Jésus-Clirist, et il y aura « mém^ des milliers de païens qui s'élèveront un jour «r en jugement contre les chrétiens, parce qu*ils se a trouveront avoir été beaucoup plus sages, plus « justes, plus sobres, plus chastes, plus réglés dans « leurs ténèbres, que nous dans toute la splendeur de « nos lumières. »
Le discours se termine par des menaces et des exhorta lions.
Toutes ces idées sont bonnes, mais il faudrait leur donner une inflexion différente. Il y a deux choses dans un texte : la pensée, l'idée pure, abstraite, et rintenti(»i de celui qui Ta exprimée, Tétat d'âme dans lequel il se trouvait. Cette intention, cet état d*âme doivent se refléter dans le discours, cini ne peut pas traiter de la même manière une exclamation et une simple affirmation. Du Bosc, lui, se borne trop souvent à ridée abstraite, et c'est ce qu'il fait, entre autres, dans le discours que nous venons d'analyser. Il semble avoir oublié que Paul déplorait l'état des païens et ne se bornait pas à constater un fait et à
490 FIBftBI DU B08C.
exprimer une vérité métaphysique. Cette espérance dont parle l'Apôtre n'esi-elle pas un bien réel, et la privation de cette espérance, un malheur qui doit uous émouvoir? Être avec Dieu, c'est un bien aussii c'est le bien suprême. Être sans Dieu, c'est n* avoir point de Dieu; or Dieu est la lumière, la loi, la vie, la satisfaction de l'âme. Quel état que celui d'un homme sans Dieu, d'iiii liomine livré au désespoir sourd, morne et stupide de Tathée! Et il s'agit ici de tout un monde, de générations entières, tombant Tune après l'autre dans le goulFrc de l'athéisme et du desespoir. N'y a-t-il pas là quelque chose pour l'éloquence? Cependant le discours de Du Bosc n'est pas touchant. Au lieu de s'élever et de nous émouvoir, il discute. L orateur, c'est-à-dire l'homme qui sent, fait défaut.
Analysons encore le sermon sur les Pauvres m esprit (i ).
Texte : Bienheureux sont les pauvres en esprit, car le royaume dee deux est à eux, (Matthieu, Y, 3.)
Exorde : Opposition entre le monde et Jésus-Christ.
Division : I. Quels sont ces pauvres dont parle le texte.