Ce mot, en effet, xi*a jamais celte signification
dans l'Ecriture.
2. De plus, celte déclaratioa est un paradoxe; or il n'y aurait pas de paradoxe si pautre signifiait humbh,
3. L'autorité de saint Luc décide la question, car rapportant la même maxime, il se sert purement et simplement du mot pauvre, sans ajouter m esprit.
C'est donc bien de la pauvreté qu'il est question. Mais il y en a trois sortes : une pauvreté maudite, une pauvreté forcée et une pauvreté volontaire : — la première envoyée comme punition; la seconde qui est une dispensation de la providence de Dieu pour faire éclater sa sagesse, ou même un effet de sa bonté; la troisième, qu est-elle?
Ce n*est ni la pauvreté philosophique, que plu* sieurs des païens ont recherchée, pour philosopher plus à ['aise ; — ni la pauvreté ascétique de quelques sectaires de Tâge apostolique, — ni la pauvreté dont les moines font vœu.
(c Quelle . est donc celte pauvreté que nous enten- <t dons sous le nom de volontaire? C'est, mes frères, a celle qui consiste à tMi c eiïectivement pauvres et « à le vouloir bien être; à porter volontairement « cette condition et cet état, quand Dieu nous y as- «r sujettit; à vivre content dans la disette, sans être « rongé ni de chagrin, ni d'envie, ni d'inquiétude, ni « d'hnpatience; à bénir le Seigneur sous le chaume a de son petit toit, sous la bure grossière de son « pauvre habit, parmi les herbes et les légumes de « ses plus simples repas, comme si Ton était dans toute
kZ^ PIEURE DU BOâC.
« l'abondance du monde. C'est là ce que notre Sei- ^ a gueur appelle ici pauvre en esprit. Car dans l Écri- <K ture Tesprit se prend souvent pour l'affection et la « volonté, comme quand Salomon, dans ses Proa verbes, dit que ï homme qui na point de pouvoir a sur son esprit est comme une vilh sans murailles; (c c'ost-à-dirc qui n'a point de pouvoir sur sa volonté « et qui n'est pas maître de ses passions ; et quand « saint Paul veut que la vierge soit pure de corps et a d'esprit <l\ Corinthiens, VII, 34), c est-à-dire, nonce seulement de fait, mais aussi d'affection et de vo- <r lonté. De même donc, paêtores m esprit^ cela veut « dire pauvres dalTection et de volonté, pauvres ac- « quiesçant intérieurement à leur pauvreté et s* y ce accommodant sagement, airec des âmes respec* « tueuses et soumises. Car c'est que le Seigneur veut ce distinguer deux différentes sortes de pauvres. Les a uns qui le sont par nécessité, et c'est là une pau- « vreté sans louange ; ceux qui la souffrent sont des « pauvres purement, parce qu'ils le sont à regret et « malgré eux ; ils en gémissent d'ennui, ils en pleu- « rent à toute heure, souvent même ils en fréa missent de rage, comme un lion affamé, qui rugit « quand la proie lui manque, ou qui ronge les bap- « reaux de sa cage, quand la faim le presse dans sa a prison. Les autres sont pauvres, mais en esprit, par « un consentement libre de leur esprit, qui embrasse « volontairement Tordre de la Providence envers cr eux. »
Cette pauvreté est louable dans tous ses degrés.
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Le premières! de ceux qui, nés ou tombés dans ia pauvreté, la supportent avec patience. Le second, de ceux qui, pouvant s'enrichir par
du mauvais moyens, aiment mieux demeurer pauvres.
Le troisième, de ceux qui, se voyant enlever leurs
biens d cause de leur lui, aiment mieux abandonner leurs biens que leur foi.
Le quatrième est de ceux qui n'attendent pas qu^'on leur ravisse leurs biens , mais qui les quittent volontairement eux-mêmes, par amour pour la vérité ou par zèle pour leur salut. Cest ce que firent les apôtres (Malthien, XIX, 27 ) et les premiers chrétiens. (Actes, IWf 3é.)
a Voilà donc, mes frères, quels sont ces pauvres a qu entend ici notre Seigneur. Ce sont des pauvres a non sans esprit, sans courage, sans aiection et sans a volonté; mais des pauvres en esprit, qui conser- « vent toujours leur esprit dans leur pauvreté ^ qui « ne le perdent point dans la perte de tout le reste, « qui en demeurent toujours en jx)ssession et en « fond, et qui se servent de cette pièce admirable « pour soutenir courageusement leur misère. Voilà a ceux que le Fils de Dieu prononce bienheureux. « ^Mii^retu;, dit-il, iont les pamru $n «^tl, et c c'est ce qu'il nous faut examiner maintenant. »
IL « Ce n'est pas que ce mot de bienlieuretju: doive «c vous faire ici concevoir cette parfaite béatitude, « qui consiste dans une entière exemption de tous
« maux et dans une pleine possession de tous biens;
>&â4 F1£ARE DU BOSC.
« ce bonheur souverain qui, bannissant toutes les a douleurs et toutes les craintes, ue laisse pas même a de lieu aux désirs » paroe que l'immensité des fé- « licités qu'il renferme passe l'étendue de tous les « souhaits. 11 est évident que la pauvreté est incom-
patible avec une telle béatitude, puisque l'indi- « gcnce est toujours un mal, un manquement, un « défaut, qui nous met dans la nécessité et dans le «c besoin et (piî ouvre la porte à mille désirs. C'est « une privation importune , une souffrance ena nuyeuse , une incommodité pénible. C'est une « source malheureusement féconde d eiimiis et d'in- « quiétudeSi et souvent une ibntaiue de larmes amène res. Mais aussi faut^il distinguer deux sortes de « béatitudes : Tune de la patrie, et l'autre du pèle- « rinage. Tune du but et l'autre de la voie. Celle-là « est la béatitude du ciel et celle-ci de la terre, ce Celle-là est un bonheur en effet , en réalité, « en jouissance ; celle-ci en attente et en espérance a seulement, suivant ce que dit saint Paul ; Nous « sommes sauvés , en espérance, »
Quand l'Écriture parle de la seconde comme d'une béatitude céleste, c'est ou par opposition à d'autres personnes plus misérables, ou par la délivrance de quelque grand mal ou péril, ou parce qu'on est dans le chemin du bonheur et dans le tram qui y mène, ou enfin seulement parce qu'on est destiné et disposé à ôtre heureux.
C'est dans ce dernier sens que les pauvres en esprit sont bienheureux; c*est que la disposition
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où lis se trouvent les rend propres au royaume des deux.
Ce que c'est que le royaume des eimx. « Il signifie « Tempire du Messie, ce bienheureux règne qui de- « Tait être établi sous la aouvelle alliance, avec les « grâces qu'il confère et les gloires qu'il promet. » S*il n'en est pas question dans l'Ancien Testament, a c'est que, tant que les Israélites possédèrent la « terre de promission, ils ne c<uiMdérèrent le ciel « que sous Timage de cette bienheureuse terre... «r Leurs auteurs parlaient alors d'hériter la terre, de «c voir les biens de Dieu en la terre^ de manger les fruits «c de la tirre, et ils les entretenaient sans cesse du a troue de David, du sceptre de Sioii, de la domicc nation de Jérusalem, parce que c'étaient en ce ce temps-là les idées ordinaires sous lesquelles ils « se promettaient les félicités du ciel. » Quand ils perdirent ces biens terrestres, toutes leurs espérances se toiirntrcnt du cùle du ciel. « Ce fut seule- « ment dans le temps de la captivité de Babylone, « lorsque les Juifs étaient chassés de leur pays, tt qu'on mit en usage ces mots de royaume des deux. a La première mention qui s'en trouve, c'est dans le ce prophète Daniel, qui était lui-même du nombre des 4c captits de Babylone. Cai* dans le chapitre second ce de son livre, voulant prédire la venue du Cbnst « en la terre, il disail : En ces jours-là le Dieu des « deusc suscitera un royaume, ce que les Hébreux « prirent comme si Bien avait dit que Dieu suscite- « rait un royaume des cieux. Alors donc, se conso-
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c lant 4e la perte de leur terre par Tespérance du
c ciel, ils commencèrent à parler du royaume des « deux, et depuis il n'y eat rien de plus eonmim « dans leur langue. Les docteurs, le peuple, tous a généraiemeni avaient ceâ termes contimieUement « à la bouehe, de «orte qae lésus-Cfarist yenant au a monde, il trouva parmi eux celte expression éta- « blie. C'est pourquoi H s*en senrait si souvent; c'est « pourcfuoi aum sou précurseur remployait dans a ses prédications, en criant aux troupes ; Amendez- « «pm, car U royaume €ki deux têt approché* Ët tf quand le Maître voulut faire son premier sennon, « il débuta par là même : Bimkcurmx^ dit* il, comt « h$ poMcm m €$prk, car h rm^oMmc dm eiem « à eux. »
Ce règne^ cpn aj^iartieut aux pauvres, les ricties en sott^ils exchis? Non, car Abraham, lob, Joseph d'Arimathée étaient riches. Les paroles de Jésus signifient donc seulement que c'est aux pauvres pri» cipaiciiicut et d al>ord que ce règne est offert. Preuve de fait dans Texempie des bergers de iietidéhem^ des apôCree et des Corinthiens. (I Corinthiens, I, 26.)
Jésus-Christ en cela n'a-t-il pas fait tort à son Église, à qui les rit^s auraient communiqué de la force et de Vautorité^ Maisi l'esprit parle là-dessus autrement que la chair et le sang. Quatre raisons justifient ki déelavation de Jésus-Christ dans le sens que nous venons de lui donner ;
« La première est prise de la contrariété qui se a trouve entre les richesses et la pîélé, dans la dis-
« position ordinaire de l'esprit humain; contrariété c 81 grande que le Fiis étemel de Dieu D*a pas fait <c difficulté d'allii mer quil est plus aisé qu'un chameau « (ou un càhie) passe par le ir&u d^une aiguille^ fu'un <r riche entre dans le rtfyawne de Dieu, Car il est cera tain que les richesses, par un ellet presque iné- <c vitabley gâtent Tesprit de rhomme. L'or et Targent a ne salissent pas tant les mains qn'ils souillent les a âmes de ceux qui les manient; ils engendrent et toute sorte de yices, parce qu'ils en allument la « convoitise; ils en facilitent rexéeution et ils en « fournissent les moyens. (Citation de I Timothée, « VI, 9.) Les païens mêmes ont remarqué que, «( quand Plutus, qui selon eux était le Dieu des ria chesses, entrait chez quelqu'un, il y menait avec « lui le faste, Tarrogance, la mollesse, la fraude, et « qu'il avait toujours une infinité de crimes à sa « suite. Il ne faut donc pas s'étonner si le royaume « des cieux est pour les pauvres... Ils trouvent dans tf leur condition beaucoup moins d'obstacles à la « piété, moins de tentations au vice, moins de liens « qui les attachent au monde, moins d amour pour « le siècle, et plus de penchant vers Téternité, oà « leur état même les fait aspirer. »
La seconde raison se tire de la diversité des deux aTliances. Sous la première, avec ses bénédictions temporelles, Dieu traitait les honmaes comme des enfants.
« Une troisième raison de ce procédé se prend « de la conformité qui doit être entre le roi et le
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a royaume des deux, entre le prince et ses sujets. » •^De combien de manières Jésus-Christ iut pauvre.
« Enfin, la dernière raison de ce choix, c*est ia tf considération de la gloire de Dieu... Quoi qu'en « puisse dire laxhair ambitieuse et mondaine, elle ff éclate mille fois mieux dans la pauvreté de ses « enlànts qu'elle ne ferait dans leur opulence. »
Cette vérité prouvée, il reste à en tirer trois leçons :
i. Ne point se scandaliser quand on voit dans l'Église de Jésus-Christ des personnes pauvres, ab*
jectes et de peu de considération dans le monde.
â. Ne pas mépriser les pauvres.
3. Se persuader que le vrai bonheur de rhoinine ne consiste pas dans les biens périssables (en d'autres termes : ne point mépriser la pauvreté).
« Riches, qui vivez dans l'abondance des biens de « la terre, vous possédez beaucoup de choses, mais or une seule vous est nécessaire : c*est la foi vive et a elBcace, qui produit ia sanctification. Sans cela voce tre opulence n*est que disette, votre gloire que « confusion, votre félicité que misère, vos délices et a vos plaisirs qu'un vain chatouillement, qui vous a fera mourir en riant. Vous êtes pauvres, si vous « n'êtes fidèles à Jésus-Christ. Vous êtes misérables, « si vous n'êtes gens de bien. Vous n*avez rien qui « vaille en faire cas, si vous n'avez la foi et la piété. « Pensez donc moins à remplir vos coffres d'or et « d'argent qu'à remplir vos cœurs de la connaissance a de Dieu et de son amour. Travaillez moins après la
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« viande qui périt qu'après celle qui est permanente à a vte étemeUe. Soyez plus soigneux de la mauue du <K ciel que de ia graisse de la terre, et proposez-vous a surtout d*être riches en bonnes œuvres.
« Par ce moyen-là , mes frères, qui que vous « soyez, riches ou pauvres, grands ou petits, vous « serez tous opuleuU, tous iufailliblemcnt heureux, «c puisque le royaume des cieux sera à vous; vous « en posséderez les bénédictions et les grâces en la « terre, qui vous rempliront d'une joie inénarrable, « et enfin vous en obtiendrez les gloires dans le « ciel, (|ui vous mettront dans ia pleine et parfaite a béatitude, dans cet état admirable où, la félicité <c étant consommée, vous n'aurez plus ni de maux ce à craindre, ni de biens à désirer, parce que vous « y posséderez toutes choses dans une perfection a sans mesure et dans une éternité sans fin. A ce « grand Dieu, qui nous en a donné Tespéranee, « Père, Fils et Saint-Esprit, soit bonnear et gloire «c dès maintenant et à jamais! Amen. » •
Le sermon intitulé : Les trois fléauœ de Dieu (1% sur II Samuel, XXIY, 12-14, fut prononcé en i66â.
Exorde sur la verge veiUanUj dont parle Jérémie. Elle veille toujours. Preuve en soient les fléaux qui viennent de fondre sur ce royaume. Dieu vous prêche, non plus par notre parole, mais par ses fléaux.
Division : T. Les trois ûéaux proposes à David.
IL Le choix qu'il fit.
^0 Sermons sur divers Uxtes convenables «m temps. Tome Ul, pages Z-^i.
440 PiERRE DU BOSG.