‹ Histoire de la prédicationChapitre 46 sur 55 · Revenons toujours à ces deux points, la mort et · texte numérisé non relu

Revenons toujours à ces deux points, la mort et

(1) Ton» ni, pagM U-M.

Daniel ds supsaviixE.

le jugement. Que penserons-DOus de notre choix au

momeol de la moi l, a 1 licurc du jugement ?

Terininons par deux citations, qui nous permettront de mettre en parallèle Superville et Saurin. Ce dernier a traité le même sujet d'après le même texte; seulement il en a négligé la première partie, s*attachant uniquement à montrer la grandeur de Tâme^ grandeur qui ressort de ces trois faits : 1*^ l'excellence de sa nature ; 2* Tinfinité de sa durée; 3° le prix de sa rédemption. On reconnaît bien là l'orateur.

Le passage de Saurin que nous voulons citer est le commencement de la troisième par lie. Mais voyons d'abord le passage de Superville. C'est le développe^ ment de la première réflexion de la première partie du sermon que nous venons d'analyser ;

« Pour comprendre rexcellence de notre âme, « voyez ce qu'elle est en elle-même et ce que Dieu « a fait pour elle. Elle est intelligente, libre, im- <r mortelle. Nous ne connaissons qu'imparfaitement « son activité et Tétendue de son intelligence, parce « qu'elle est rétrécie et diminuée p^' l'esclavage du « corps. Cependant combien de choses, combien d'i- « dées, combien de sensations, de connaissances, de «c raisonnements, de sciences différentes dont elle est « capable! Avec quelle promptitude « quelle force « agit-elle, se porlc-t-elle vers la vérité et le bien! « Considérez de quelle augmentation d'idées et de « connaissances elle sera susceptible dans l'autre vie ce et successivement pendant toute T éternité ! Consi-

562 DANIEL DE SUPBRVaLB.

c dérez le privilège qu^etle a d*étre l^re, oomme une

« reine sur le trône, qui ne doit reconnaître qu'ua « seul Seigneur : c'est Dieu, parlant par la raison et « par rÉcriture; et d'être tellement libre qu elle ne « peut proprement ni ne doit jamais être gênée ou < contrainte. Est«ce encore pen de chose que d*avœr « une durée qui ne sera point mesurée par les années « ou par les siècles, pendant que tous les corps 'sont « dévorés par le temps, et que toutes les parties de a la matière s'altèrent, changent de forme successioc vemeiri. , se désunissent et se détruisent? Enfin « pen6e*t<»n bien ce que c'est que d*étre capable de a plaisir et de mille différents piai^irs, qui naissent « ou de ses diverses sensations, on de ses différentes « réfleidons, et ce que c'est que d*êlre capable de « joies multipliées pendant l'éternité? Quand l'éter- « nité s'attache à un bien ou à un mal, pour petit « qu'il soit, elle le rend infiniment plus grand. Par « exemple, le plaisir d'uu jour est un bien, le plaisir « dPB deux jours est un bien deux fois plus grand, le « plaisu' de quelques années est un plaisir autant de « fois plus grand qu'il est multiplié de jours. Ëi la « joie d'une éternité, que doit-ce être? Quelle pro- « portion avec les plaisirs présents? Quelle chose « donc ioî-bas peut ^ler le prix de l'âme capable « de cette étevnité?

« Assurément les biens du monde ne peuvent pas a valoir autant, ni considérés en eux-mêmes, ni con- « sidérés par rapport à nous. En eux-mêmes, ce sont « des choses mortes, sans intelligence; ce ^ont des

XKàKIfiL SUPERVILLE. 563

« choses corrii[)tibIet>, sujelles au temps cl qui chauvi geot tous 1&6 jours. Cela peiU*ii valoir une àme im* « mortelle? Ils ne peuvent pas non plus être d'un a aussi graud prL\ par rapport à nous. Car le monde « ei ses biens sont hors de nous; ils ne peuvent pro- « fNT^ent entrer en nous; bien moins s'unir étemel- <c lement à jqous. ils ue nous causeraient jamais au- « cun plaisir si nous n'avions point d'âme. C'est a l'âme (jui sent la joie; c'est Tâme qui en peut sentir « sans aux et après eux; c'est l'ame qui est à nous, te qui est en nous, qui est nous-mêmes. Aussi nous « trouvons dans saint Luc qu'au lieu du mot d'âme, « qui est dans notre texte, il y a celui de loi-mAne. « Que profiie-t'il à Vhemme s't'l gaqiM tout le monde a et qu il fasse perle de soi-même? Comment le monde « entier serait-il comparable avec notre âme?

a Considérez aussi, je vous en conjure, tout ce que « Dieu fait pour elle. Aâu de savoir la juste valeur « d'une dose , il faut s'en rapporter aux connais- « seurs. Chrétiens, qui pourrait mieux connaître le fc prix des âmes que celui qui les a faites? £t jugée «r combien il les estime par tout ce qu'elles lui coA* a lent. C'est pour sauver nos âmes que le Fils de «c Dieu est venu au monde. Notre àme est la drachme c( perdue qu'il est venu chercher, la brebis égarée « ^près laquelle il court, il sue, il travaille. C'^st «K pour notre Ame que le Père a donné son Fils et son « Esprit : la lumière de son Evangile pour l'éclai- « ler, k grâce de son Ësprit pour la sanctitier, le « sang de Christ pour la racheter. Seigneur, eom*

56^ DANIEL DE SUPEHYILLB.

€ ment demandes - tu : Que donnera Vhmme pour

<c échange ou pour récompense de son âme? Tu le sais ff bien^ ce qu*ii faut pour la payer, c'e&i iou sang. Il flc est vrai, Tbomme seul n*a rien à donner ; car le « rachat de son âme est trop cher et il ne le fera jamais, a Elle ne peut être rachetée m par or ni par argent^ a mais elle Test par h sany de l* Agneau sans macule € et sans tache, L'Homme-Dieu a donné ce que nous «r ne pouvions trouver dans tout le monde sans lui « et ce qui vaut mieux que tout le monde. Ëh quoi ! « chrétiens, nous inéprisons, nous négligeons ce que a Jésus-Christ a tant estimé et payé si cher : cette a âme, dont le Fils éternel veut bien faire son ce épouse, que Dieu veut renouveler à son image, « faire le sanctuaire de son Saint-Esprit et rarcLe où «r il habite; cette âme qu il veut sceller de son sceau, « remplir de sa grâce, introduire dans sa gloire; <c cette àme pour laquelle il a fait un paradis si nous « le voulons, ou un enfer si nous sommes assez in- « sensés pour vouloir nous perdre ! Elle ^t donc « pour nous une chose vile, indigne de nos soins;

elle est pour nous moins précieuse que le monde (c qui passe, que les richesses qui périssent, que le <c corps qui meurt. Ah! quelle folie! quel renversece ment de raison! Car que profUeH'il à Vhomm til € gagne tout le monde et quil fasse perle de son « âme (1)? >

Écoutons maintenant Saurin :

tf EnQu nous faisons une réflexion d un autre

(I) TOBM nf,-paflw tUMis.

DAmBL DB 8UPERVII.LK. 565

a genre, pour vous convaincre de la grandeur de u vos âmes et pour vous persuader que rien ne peut « être donné de trop précieux pour leur échange. « Elle est prise des merveilles que JJieu a faites en « leur faveur. Et pour nous borner à une seule idée, « elle est prise de rinestimable prix que Dieu a payé a pour les lacheler et elle roule tout entière sur ces « paroles de l'Écriture : Vous aoez été raeheUs par a prix; vous avez été rachetés de votre vaine cotiversa^ a tion^ non pas par or, ou par argent^ ou par quelque If chose de corruptibU^ mais par le précieux sang de Jé^ « sus-Christ.

« Peut-être quelqu'un de vous nous dira-t-il qu'é- « tant contraints par les limites de ces exercices de « ne produire à vos yeux qu'une des merveilles que flc Dieu a faites pour sauver vos âmes, nous devions « choisir du moins celle qui était la plus propre à « vous frapper, au lieu de nous arrêter à ramener « ridée d'un sacrifice qui ne fait désormais plus que « des impressions superficielles sur les esprits. Peut- « être si nous vous avions dit que, pour sauver vos « flmes. Dieu a bouleversé jadis toutes les lois de la « nature, ou pour parler avec un prophète, qu'il a tt ébranlé les deux, la ierre, la mer et le sec ; peut-être «c si nous vous disions que, pour sauver vos âmes, « il diffère la consommation des siècles, éloigne ces « dernières vicissitudes qui doivent mettre fin à la «c durée de cet univers, il est patient mms tous, selon « Texpression de saint Pierre; peut-être que si nous « vous disions que, pour sauver vos âmes, il vien-

Ô66 DAMifiL DE SUFBEVILLS.

« dra un jour porté sur les nuées du ciel, assis sur un « trÔDe^ entouré dea anges de sa gloire, accompagné a de voix retentissantes, afin de les déliyrer wree a plus de pompe et de les sauver avec plus d éclat; a peut-être qu'en retraçant toutes les merveilles £aiites « pour vos âmes, nous^ous dovnerions de plus vives « idées de leur grandeur que par celle que nous «r avons choisie et à laquelle nous voulons nous bor- « ner. Mais surmontez, si vous le pouvez, l'indolence « que vous donne la coutume, et formez-vous une tf idée de la grandeur du sacrifice de Jésus-Cbrist, « afin de bien concevoir la grandeur de cette âme tt dont il a été le prix.

«c Allez rapprendre dans le ciel. Voyez la Divinité, a Approchez- vous de son trône. Voyez ces milliers a ^iU mvent et ces dix mille milliers qui sont conU^ <£ muHUmenit demtU UU. Regardez ces feux étincelants a qui partent de ses yeux, cette majesté et cette force « qui sont autour de son sanctuaire, et par la gran- « deur de la victime sacrifiée, jugez du prix du sa- « crifice.

«c Allez rapprendre dans toutes les économies qui

et ont précédé ce sacrifice. Voyez ces types qui l'ont « figuré, ces ombres qui l'ont tracé, ces cérémonies « qui Tout dépeint, et par la grandeur des préparait tifs connaissez celle de la merveille préparée.

Allez rapprendre sur le Calvaire. Voyez les <K foudres et les carreaux lancés sur la tète de Jé- <c sus-Christ. Voyez ce sang dégouttant en terre, « cette coupe d*amertnme où votre Sauveur est

DANUL Bl SIJffiRyntl. Ml

« abreuvé. Regardez ces mains et ces pieds cluués, <i ce ooips qui n'est bientôt qu'une plaie, celle fo- «t paiace effrénée, acharnée à sa croix et assouvie de « ce qu'il y a de barbare dans son supplice ; et par « l'horreur des causes qui ont contribué à cette « mort, jugez de cette mort même.

a Allez l'apprendre de l'incrédule. Faites réflexion « que c'est par là qu'il a attaqué la religion cbré* « tienne, et il a eu lak^on; cn i > \\ y a quelque côté «c par où Ton puisse attaquer cette religion avec «c quelque ombre de succès, c'est ce côté. Om,. si « les preuves de la religion chrétienne n'étaient pas « au-dessus de toute contestation, s'il y a un article « dans rÉvaugiie où Ton ail besoin de tonte la ào^ « cilité de son esprit, de toute la soumission de la « £ûi, de toute sa déférence pour Tautorité d'un Dieu « qui parle, c'est l'article du sacrifice de la croix. « Pesez ces objections, et par la grandeui' des diffi- « eultés jugez de celle du mystère.

« Pensez que Dieu n'a pas cru devoir refuser le a sang de son Fils pour Le rachat de nos mues. Il a fallait que ces âmes fussent bien précieuses aux « yeux de Dieu, puisqu'il les a rachetées par un si , « grand prix. Il lallait que la misère où elles allaient a être plongées fût bien afireuse, puisqu'il a lait « mouvoir de si grands ressorts pour les en ti^ « rer. Il fallait que la £éiicité dont elles étaient sus- « oeptibles et à laquelle il Toulait les élever fût bien « estimable, puisqu'il lui en a tant coûté pour les y «c faire parvenir. Car qu'y a-t-il de plus précieux que

568 DANIEL m SUPERVILLB.

« le sang du Fils de Dieu? Disparaissez, toutes les « autres merveilles faites eu faveur de nos âmes, « prodiges miraculeux opérés pour la confirmation « de rÉvangilo, retardement de consoiumaiion des « siècles, signes éclatants et terribles qui devez prête céder la seconde venue du Fils de Dieu, dispa* « raissez devant la merveille de la croix : cet objet « vous offusque tous; cette lumière fait évanouir « toute votre lumière, et je ne trouve rien de grand « quand j'ai rempli mon imagination de la grandeur « de ce sacrifice. Mais si Dieu, si le juste estimateur «f des choses a tant estimé nos âmes, les estimerons- « nous si peu? S'il a tant donné pour elles, croironsc nous pouvoir trop donner pour elles? S*il a sacrifié a pour elles ee qu il y a\ait de plus grand dans le « ciel, croirons-nous qu'il y a quelque chose dans le flc monde de trop grand pour les échanger (1)? »

Voici l'autre passage dans lequel les deux orateurs se rencontrent. C'est le second point de la conclusion de Superville :

« Si c'est une extravagance que de hasarder son « Ame, même pour le gain de tout le monde, d'où « vient que nous la perdons la plupart pour infinî- « ment moins, et que nous la vendons à beaucoup ce meilleur marché? Quelqu'un disait que s'il fallait « violer le droit et fouler aux pieds la justice, il fal- « lait que ce fût pour régner; mais il y a peu de « ces gens qui ne se donnent que pour des cou-

(1) Le PHx dê l*âme» Sermom «ur diverê Uxte* tfc VÉerUuTÊ «om/e, im Jaoqms Saumn. Édilion d« Ptris. Tome U. page» SBO-su.

« ronnes. Ceux-là s'cstiineot au moins assez pour ne « vouloir pas se perdre sans se faire acheter fori « cher. Mais d'où vient que presque tous les chré- « tiens sont encore plus insensés? Car, je vous prie, « qu'est-ce de vendre son âme avec Judas pour c< trente pièces d'argent, avec Achan pour une man- « teline et un lingot d'or^ avec AcUab pour la vigne a de Naboth? Qn*est<;e de la risquer, comme nous « faisons tous les jours, pour un petit gain, un petit « plaisir? On s'étonne quelquefois comment on trouve «( tant de soldats qui, pour une petite paye, veulent a aller hasarder leur vie; mais il y a bien plus lieu « de s'étonner comment, pour nne récompense aussi « médiocre que celle que le monde nous peut donflc ner, on voit tant de cluétiens qui veulent bien « risquer une Ame rachetée par le sang de Christ. « Ton âme, mon frère, est aussi précieuse devant « Dieu que celle des plus grands monarques, et tu «c la risques presque pour rien!... N'est-il pas temps a de voir notre aveuglement, d'en rougir, d'en avoir « honte, d'en revenir promptement, de nous hâter tt de penser à notre salut, de peur d'y penser trop « tard (1)? »

Voici comment Saurin aborde les mêmes idées : « Nous voulons bien le reconnaître, si nous étions « dans le cas supposé par Jésus-Christ, s'il était à ce notre choix de gagner le monde entier en perdant « nos âmes, ou qu'étant actuellement monarques uni- « versels, il fallût sacrifier ce vaste empire pour ra-

(0 Tome UI, pages ii-ii.

576 DAimc BB fOFlRYIll.B*

« cheter des âmes déjà perdues ; si, éblouis de Toffre « qui nous serait faite, ou épouvantés du prix iin- « mense de notre rançon, nous préférions le monde à « ûos ànies, nous pourrions alors, lûnon disculper « notre conduite, du moins lui donner quelque eou- «r leur; nous pourrions, skion gagner notre cause, a du moms la [)lai<lor avec vraisemblance. Une raison « d*État, un motif de politique, comme oehii de ré- «• gner sur tout l'univers, doivent naturellement « être d'un grand poids sur nous. Ces titres de sou* <r yerain, de potentat, de monarque doivent natu- « rellement charmer de petits esprits tels que nous «( sommes. Ces palais somptueux, ces superbes équiic pages, cette multitude de oonrtisans dévoilés, « abattus, prosternés, et tout cet éclat extérieur qui « environné les grands de ia terre, doivent natu- <r rellement éblouir de faibles yeux et frapper des « imaginations comme les nôtres. Et encore une « fois, si c'était à la conquête de l'univers que nous « sacrifiions nos âmes, nous pourrions, sinon dis- « culper notre conduite, du moms Lui donner quel- « que couleur; nous pourrions, sinon gagner notre € cause, du moins la plaider avec vraisemblance.

«[ Mais est-ce là notre cas? Ëst-il en notre pouvoir c de gagner tout le monde? Est-ce à ce prix que a nous vendons nos âmes ? 0 honte de la nature hu- <r maine! 0 lâcheté plus capable de nous confondre <r que tout ce qui peut jamais nous être reproché! <c Cette âme intelligente, celte Ame immortelle, cette a âme qui a été estimée digne d'être rachetée par le

« saag du Sauveur du monde, nous la doanons « souTent pour rien et pour maîn» qoa rien. Dans « Tétat où nous sormacs pour la plupart, placés « comme nous sommes pour la plupart dans une c eonditîon médiocre, quand, à force de distraction « et d'indolcDcey dinjustice et d'iniquité, de malice c et d'obstination^ nous aurons, tiré du crime toutes « les récompenses que nous en pouvons prétendre, « qae. gagoeronsHioub? i)es villes? des pi^ovinces? c des royaumes? .un règne long et heureux? Dieu « n'a pas laissé ces choses a notre choix. Sa charilé « n'a pu permettre qu'il nous exposât à une si vio- « lente tentation. Aussi ne mettons-nous pas nos « âmes à un si haut prix. Pour quel prix donne son « âme ce Tieiilard plus mort que vivant, accablé a d'années, courbé, déjà comme descendu vers le « tombeau? Pour quatre» jours de vie, pour quelques « plaisirs, s'il faut ainsi dire, afifoissés sous le poids a des ans et ensevelis sous les glaces de la vieillesse. « Pour quel prix donne sou âme ce guerrier, qui ce croit seul connaître la véritable grandeur? Piour la a fausse gloire de jurer avec facilité, de blasphé- «r mer avec politesse. Pour quel prix donne son âme « cet artisan? Pour quelque arpent de terre, pour « avoir une cabane plus commode et moins reste serrée.

a Lâches, si nous voulions renoncer à notre grande deur, que ce fut du moins poiu* quelque grandeur « apparente! Esprits rampants, si nous voulions nous

« désister de nus pie tentions, que ce fût du moins

572 DANIEL DB SCPBRVILLB.

c< pour d'autres prétentions qui eussent quclqiK k a- <c lité! 0 cieuXj soyez élotmés et (lyez-m de ïkorreur; « car mon peuple a fait deux maux : ils mont 06011- « donné, moi qui suis la source des eaux mves^ pour se « creuser des eiUmes crevauées^ qui ne conliennetU « point éfeau, Sent^-vous, mes frères, l'énergie de «f cette plainte, que Dieu faisait anciennement a son (c peuple et qu'il vous fait aujourd'hui? Ce n'est pas € le génie ni l'érudition qui peuvent nous l'expli- « quer ; en ce cas vous pourriez peut-être espérer de « l'entendre. C'est une certaine élévation, c'est une (c certaine grandeur d'âme, ce sont certains senti- « ments du cœur, qui peuvent seuls servir de comte mentaire à ces paroles; voilà pourquoi je crains a qu'elles soient inintelligibles à plusieurs de nous. « O deux, soyez étonnés et oyewti de V horreur; « car niO)i peuple a fait deux maux : ils viunl abana domé^ mot qui suis la source des eaux vivesy pour se « creuser des dtemes crecassées, qui ne contiennent c( point d*eau. Dieu nous aime; il veut être aimé de «c nous. Il fait tout pour se concilier notre amour. « Pour nous, il fait venir son Fils au monde. Pour « nous, il désarme la mort. Pour nous, il trace le « chemin d'une éternité triomphante, et tout cela «f pour se rendre maître de nos cœurs et pour nous « engager à lui rendre amour pour amour et vie « pour vie. Nous résistons à ses attraits, nous lui « préférons d'autres objets. xN importe, il nous pas- « sera cette ingratitude, si les objets que nous lui « préférons sont capables de nous rendre heureux,

DANIEL DE SLTERVILLB. 573

« s'ils ont du moins quelque apparente proportion à « ceux qu'il offrait à nos espérances. Mais ce qui « rirrite, mais ce qui routrage, mais ce qui excite « ces reproches qui devraient percer nos cœurs s'ils « étaient encore sensibles, c'e&l le vide, c'est ie néant « des biens que nous lui préférons. Cette âme, pour « l'échange de laquelle le monde entier ne serait <c pas un assez grand prix, nous la donnons souvent « pour ce qu'il y a de plus bas, de plus vil, de plus « méprisable dans le monde même : 0 deux, soyez « étonnés et ayez-en de l'horreur; car mon peuple a fait « deux maux : iU m'ont abandûnné, moi qui suis la « source des eaux vives, pour se creuser des citernes <c crevassées^ qui ne corUierwent point d'eau (1). »

L'observation principale que la comparaison de ces passages nous suggère, c'est que Saur in a de plus que Supervilie la première condition de l'éloquence : l'intuition, la perception immédiate des choses. Supervilie les connaît, il en sait la forme et les dimensions, mais il ne les voit pas; tout au moins il n'a pas cette imagination qui en reproduit les détails et les différentes faces. Peut-être a-t-il un sentiment plus sérieux des vérités évangéliques ; mais il s'agit ici du point de vue oratoire et non du point de vue chrétien, il s'agit d'imagination et non de conscience. Tous deux sentent en chrétiens, mais Saurin sent de plus en orateur , il voit. L'orateur ressemble au prophète : conune lui, il a des visions. Aussi chez Saurin quels tableaux animés! L'imagi-

(0 X« Prix de l'émt,^ Sermoiu de JAOQm Saumn. Tome II, ptics S»4^.

nation donne des ailes à la pensée dmétieme. CSiez

Superville rien de semblable, mais des pensées élar borée&9 oomme loujouiSy avec i>eaacoiiqp de soin et de conscience*

Quant an discomB ImHnénie^ nous avons nne observation £j;énrnik' a faire. Il v a une nianière naïve de saisir, de coiLcevoir les textes âe l'Écriture, qui n'est |ias à l'usage de tous les prédicateurs et qui est cei^ndant une des premières concilions d'une éloquence dont la base est un texte. Or ia naïveté appose la passivité. Comprendre un texte de cette manière, c'est en être Irappé conmie on le serait sans aucune préoccupation homilétique; c'est s'en laisser dominer et imprégner; c'est en saisir non-seulement l'idée, mais ia iorme, le sentiment, le mouvement, de telle sorte que ce texte fasse corps pour l'orateur et se présente a lui d'une manière concrète. Pour arriver à ce résultat, M. Curlat, avant de traiter un t^te, se le répétait souvent à haute voix.

U ne suflit pas de dé^àger la pensée principale d'un texte, il £mt en rendre Jindividuatité. Pour construire un jardin, on peut soumettre toutes les ondulations du terrain à un pian œnçu d'avance, flamWant les parties basses et abaissant lee points plus élevés; on peut aussi accepter toutes les conditions du , terrain, mais en tirer le meilleur parti possible. Ce dernier système sera celui de l'orateur de la chaire. 11 ne s'arrêtera pas toutefois a enseigner à .propos de tous les détails. Il doit tendre à

DANIEL DS SUPBRVILLE. Ô75

wi but el construire un ehemra qui y conduise à

travers les sinuosités de son texte.

Supervilie ne saisit pas le sien avec assez de naï- Teté; il le développe méthodiquement, mais le mouvement, la vie manquent; il abandonne son texie dès qu'il en a tiré l'idée principale, et le sermon sort comme la chenille de sa peau, — nous ne disons pas comme le papillon de sa coque, parce que réelle ment il n'«n sort pas avee des ailes«

Il faut recueillir la première émanation de la parole sacrée; ce qui vient après est moins exqnis. Quelle est l'idée immédiate et naïve du texte? L'Apôtre dit : « Que sei viraii-^il à l'homme dé gagner b monde eniier i'U perd sm dîne? » Ëh bien! voilà le sujet. Il faut prouver d'abord qu'il ne sert de rien d'avoir gi^né le moade entier si, en le gagnant, on a perdu son ftme ; — mwuite, que quiconque voudra gagner le monde perdia son âme.

I. Jésus-Christ ne parle pas proprement de l'dme, mais de ia vie {i). Cest une similitude. Tous les bieiis du monde sont nuls pour un mort. Il les laîssi A|Nrès lui, et il y a souvent, sur la tonilie des morts, joie et tumulte des survivants qui en héritent.

Or la vie de Yime est la véritable vie, et la perte de l âme est la véritable mort. Comment il faut entendre oes mots i h perte de l'âme* Il est question d'une perte définitive et absolue. L'&me est perdue

(0 B n'y a|»M de niiQa êb ttadiiiie an vcnel M '^vjfy ifêt trie, ^itu w- Ml M par âme.

576 DANiBL DB 8DPBRVII.LB.

quand elle est privée de Dieu. Elle en est privée, elle est donc perdue, mais non absolument, avant l'offre du salut; mais elle est perdue d'une autre manière, véritablement perdue, quand le salut lui a été inutilument offert.

Or si, en gagnant lout le monde, on a fait cette perte, à quoi sert ce gain? Pas à plus que ne sert à un mort d'avoir été riche, d'avoir laissé de grands biens. Il n'y a rien de si pauvre qu'un mort.

De quoi ces biens lui serviront-ils, son âme étant perdue ?

Malheur de Tâme impie, au milieu de tous les biens. Us ne remplissent pas Tâme, ils la creusent ; iis ne la rassasieiii pas, ils Taffament. Biens empoisonnés par le remords et la terreur.

Ils ne suivent pas l'âme dans l'autre monde, ou s ils la suivent c'est pour Faccuser; car ils augmentent notre responsabilité. Le souvenir même de les avoir possédés est uue partie de notre enfer. (Le mauvais riche.)

La perte du monde peut être balancée par des compensations infinies; celle de l'âme est immense et irréparable. Que damera Vhomme m iiAa$ige de ion âme î — A lui d'abord, à Dieu ensuite, à qui cette âme appartenait? Quoi? ses biens? mais iis sont à Dieu, et ils sont hors de proportion avec Tàme (i ); quoi? le gage de miséricorde donné par Dieu lui-

(0 Ici serall le Uni de parler de la valeur inlrinst'^que de l'âme; mais nous uous garderions d'en faire, comme SupcrTÏIIe et Saurîn, le saei domilHOIt; car te texte ne parie que de la valeur de l'&me pour Tbomme.

AAinBL DB SUPBRVILLB. 577

même en la personne de son Fils? mais précisément on a refusé de s'en prévaloir; il y a plus : ce grand fait a augmenté la valeur de râmc et rendu son rachat impossible : le rachat de leur âine esl trop cher et il ne se fera jamais,

IL Mais, dit-on, nous avuus supposé que c'est en gagnant tout le monde, ou pour Tavoir gagné, que nous perdons notre âme ; n'est-ce pas une supposition gratuite? Qu il y ait des hommes qui, en gagnant le monde, perdent leur âme, c'est possible; mais ces deux faits ne sont*ils pas indépendants ? ne peut- on pas aussi conserver son âme en gagnant le monde ? — Nous répondons que cela n*est pas absolument impossible, quoique peu probable; nous répondons qu*ii y a peu de gens qui aient possédé, nous ne disons pas tout le monde, mais une certaine abondance de biens (nous entendons par là les richesses, rhonneur, la gloire, la puissance, tout ce qui platt au monde), et qui ne se soient engagés dans une voie dont il nous est impossible de croire qu'elle conduit au salut. Mais nous répondons sur^ tout qu*il est question ici de gens qui veulent gagner le monde (et même tout le monde, car personne ne souhaite moins, et c'est la même chose de le vouloir tout entier ou d'en vouloir une partie ; car une once d'acide prussique tue aussi bien qu'une livre). Or les gens qui veulent gagner le monde perdent leur âme, parce que l'amour du monde est ininnlui avec Dieu.

On dira : Mon, ce n'est pas ceux qui veulent gagner le monde, mais ceux qui sacrifient Dieu ou leur

578 DANIEL DE SUPEaVlULE.

âme au monde. — Mais nous répondons que quicûoque ne sacrifie pas le monde à son âme, sacrifie nécessairement son âme au monde. Il n'y a pas de partage. Il faut que l'équilibre soit rompu.

On dira : Hais nous ne voulons pas gagner le monde entier ; nous ne voulons qu'un peu de considération, de gloire, de richesses. — Quiuiporle? entre les modérés et les extravagants, il y a inégalité de bon sens, de sagesse humaine; mais aux yeux de la vérité et de Dieu, il n'y en a pas. Le monde entier, ou une partie de ses richesses, n'importe : l'amour du monde est le même chez tous ceux qui cherchent autre chose que Dieu. La mondanité n'est pas dans la mesure, mais dans la vivacité et dans l'impatience du désir.

Ici le prédicateur peut serrer de près ses audileurs, dont il a ivïuié toutes les objections; il peut leur demander, fussent-ils même d'entre les plus pauvres, à quoi ils sacrifient leur âme. Alexandre attendait en échange le monde entier; la plupart en rabattent beaucoup : un peu de crédit, une place, un coin de terre, un cep de vigne .. C'est toujours le même inconcevable aveuglement.

Nous terminerions en conjurant les auditeurs de se défendre de leurs illusions et de considérer ces choses au point de vue de la mort, qui est le vrai point de vue d*où il faut juger la vie.

Nous nous occuperons moins longuement du sermon sur Y Importance du salut.

DAKiBL D9 SOrBRVlLLB. 579

En Toici le texfo : Comment échapperons- nous, si nous négUgtms un si grand salui? (Hébreux, 11, 3.) L'orateur y trouve trois choses :

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