‹ Histoire de la prédicationChapitre 52 sur 55 · IA0Q6I6 SAURIN · texte numérisé non relu

IA0Q6I6 SAURIN

« cère aveu qii'un prophète met dans la bouche de « l'Église : l^Éiemei €$i juBUf car je me iuiê rébelUe « eantre lui.

« Mais dans tout ce texte, nous considérons Dieu « camme père, et nous disons qu'il n'a point démenti « celte qualité dans ses châtiments même ies plus « rigoureux. L'amour qu'il avait pour irons Ta porté < à employer les moyens extraies pour irons rap- « peler à lui. Vous le savez, mes frères, et vous ne a le savez que trop, la facilité avec laquelle on jouit « de la présence de Dieu diminue souvmt à nos yeux <c le prix de cet avantage. J en appelle à l'expérience. « Rappelez.à votre mémoire ce temps qui lui est si « cher, ce temps où la religion était prêchée dans les a lieux de votre naissance et où Dieu, par une bonté 4t admirable, vous accordait fout ensemble et les biens a spirituels et les prospérités terrestres. J'en atteste a vos consciences.: connaissiez- vous alors tout ce que «c valaient ces faveurs? N*étiez-vous jamais dégoûtés a de cette manne qui tombait chaque matin à vos a portée? Ne disiez-vous jamais, commoles Israélites:

« Nos yeux ne voienl que manne! Il a fallu, pour ra- « nimer votre zèle, que Dieu vous ail ôté son change délier; il a fallu que la difficulté de travailler à « sauver vos âmes vous en Ht sentir la nécessité et « que l'absence de l'Époux mystique embrasât votre « ferveur. Alors la piété a redonUé au milieu de « vous, et quoique les malheurs des temps nous aient « Mi voir tant de preuves de la fragilité humainei « c'est pourtant à ces mêmes malheui» que noos de-

«t vons CCS beaux exemples dont la memaue passera « à la postérité la plus recalée.

« Reconnaissons-le donc, mes frères, et rendons K hommage aux droits de Dieu, après avoir osé y « porter atteinte. Dieu n*a rien bit à l'égard de son

V peuple dont il ait lieu de se plaindre ; dans toute « sa conduite il lui a montré ia protection d un Dieu, «r la fidélité d'un époux, la tendresse d'un père, et « nous n'avons rien à répondre a la voix qu'il nous

V adresse : Mon peupU^ gue ioiirjt faU f En gwn (aifê ff tfmaiUél Bipmiê-miÂ.

« Mais si Dieu a répondu aux plamlea du peuple, « voyons maintenant de quelle manière le peuple rétt poudra aux plaintes de Dieu; voyons ce que nous « répondrons nous-mêmes à celles qu'il nous iait en* « tendre. D a écouté les nôtres : refuserions^nous a d'entendi'e les siennes? Achevons d'instruire cet m étonnant procès^ qui est entre Dieu et son Eglise. « VÉterml a \m procès avec son peuple, VÉlim^ Mtif « plaider avec Israël (1). »

Le caractère dramatique est un des plus frappants de Téloquence de Saurin. On rencontre sum eut ciiez lui des dialogues d'une inTentaon fort heureuse : dialogues entre Terateur et Dieu, entre Torateur et son troupeau; dialogues de F auditeur avec lui-même. La vérité en est toujours le charme, comme elle est l'excuse de ses élans les plus audacieux; la sincérité de son émoti(m le préserve de l'exagération, car i'exagé-

(1) ÉdiUop d« P«ri». Tome Vlll, pages U3-ti4. — Sermons choiaia, pag«8 407- 499*

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ration n'est possible que quand cette sincérité manque» ou quand l'exaltation de l'esprit n'est pas soutenue par l'exaltation du cœur.

Citons un exemple, qui sulFirait seul à justifier ce que nous venons de dire et que nous empruntons encore au sermon sur la Pénitenu de la pédiemu :

a Directeurs rigides, qui rétrécissez les portes de a la TÎe, TOUS qui, par vos effirayantes maximes, se- « mez de ronces et d'épines le chemin du paradis; « messagers de terreur et de vengeance, semblables « à cet ange formidable, qui, avec un glaive flam- « boyant, interdisait à l'homme coupable l'accès au « jardin d Éden ; vous qui ne dénoncez qu enfer et «c qne damnation, venez recevoir ici votre leçon, ve- « nez apprendre et à prêcher et à écrire et à parler a dans ces chaires à un auditoire et à consoler dans <t un lit de mort un homme cpii a son Ame sur le bord a de ses lèvres. Vovez le Sauveur du monde, voyez « avec quelle facilité et avec quelle indulgence il re^ «r çoit cette pénitente. A peine a-t-elle versé quelques « larmes, à peine a-t-elie répandu sur les pieds de « Jésus-Christ quelque parfum, quHl couronne sa re- « pentance, devient son apologiste, pardonne pour « un instant de repentir les excès de toute une vie et u daigne reconnaître pour membre de celte Église a pure, êam ridêê et tane taches, une femme, et quelle a femme 1 une lemme coupable peut-être de prosti- « tution, peut-être d'adultère, certaiilement d'impo- «r ret6 et de fornication. Après cela déclamerez-vous <f avec tant de violence contre la conversion, sous

a prétexte qu^elle n'arrive pas précisément dans le « temps qu'il vous avait plu de lui marquer? Refîi*

« serez-vous encore dis dénonciations de grâce et « d'absolution à ce pécbeur qui véritablement a ff croupi toute sa vie dans le crime, mais qui, quel- . « ques moment avant que d'expirer, revêt tout l'ap- « pareil de la pénitence, se couvre de larmes et de «t deuil, comme la pécheresse de rÉvangile, et vous « dit qu'il embrasse avec lerveur les pieds du Ré- «c dempteur des hommes?

a Me Irompé-je, mes frères? Il me semble que je « vois Tatteation redoul)ler dans cet auditoire. U me « semble que cette dernière réflexion est du goût <c de plusieurs de mes auditeurs. II me semble que « j'en aperçois quelques-uns qui me tendent la main « d'association et qui me félicitent de ce que j'ab- « jure publiquement aujourd hui cette morale fn- <c neste et atrabilaire qui est plus propre à déses- « pérer les pécheurs qu'à les ramener.

« Mais quoi, mes frères, depuis tant d'années que «c nous vous portons la parole, serions-nous assez tf mal connus de vous pour que vous pussiez nous « soupçonner d'avoir proposé ces pensées dans un a autre dessein que d*en faire s^tir le faible? Ou a plutôt connaîtriez- vous assez mal votre religion, a connattriez-vous assez mal Te^urit de rÉvang^ile « et de mon texte yuuv en tirer des usages si opposés

aux vues du Saint-Ësprit qui les a dictés? Ët où « sonirils donc ces hommes barbares? Oik sont-ils ces « messagers de vengeance et de terreux ? Où sont-ils

« ces casuistes, dont les maximes ferment tous les « ch^mim do. la vie?. Où soat^iis, pour exciter de c cette manière votre edère et votre indignation? « Quoi ! cet homme qui creuse depuis cinquante on « 9oix9nte annéee dans les replis da oGBor humain, m eet homme qui vous assnre qu'après des recher* « cbe» exactes, qu'après mille soins réitérés, il trouve M enoore dans ee oœnr des profondenis impéné-

u trahies, cet homme qui tire de la difiiculté de ses a travaux des arguments pour vous engager à ne « pas vous omtenter d'un examen léger de votre « cousdenoe, à porter le (lambeau de rÉvangiie « jusque dans les endroits de votre cœur les plus « cachés, cet homme qui vous avertit, qui vous « répète et qui vous réitère que si vous vous con- « tentez d'une étude superficielle de vous-mêmes, a TOUS tomberez dans mille el mille illusions, vous a prendrez io iantome de la pénitence pour son véa ritable corps, vous vous croirez rtehe «I dm$ foa bon(kum lorsque vous serez mmrahle^ axeuglt, nu, c est-ce là ce casuiste rigide, qui vous scandalise et « qui vous irrite? Quoi! cet homme qui vous dît que, a pour être en droit de s'assurer qu on est en état « de grâce» il î»xA avoir pour Dieu un amonr de « préférence, qui nous fasse mettre son servu au- « dessus de celui des créatures; cet homme qui, « jugeant par mille et mille présomptions que vous « préférez le service des créatures à celui du Crea- « teur» conclut de ce triste phénomène que vous avei a lieu de trembler; quoi, cet homme qui veut que

MGQtns SAimur. 661

« vous passiez huit jours dans le recueillemeat et la a retraite avant que de parlioiper an sacrement de « la sainte cène; cet bomme qui veut que Toas pu* « niiiez ces mains sanglantes du meurtre de vos « frères et ee cœur brûlant de haine et de ven«* a geance, et mis par cela même dans le catalogue 4x des cœurs mêwrtriers selon Tespiit de rÉvangile; « cet homme qui tous interdit l'accès à Teudianatie a tandis que vos commerces ne sont que suspendus, mais non pas rompus^ tandis que vos concussion» « ne sont que suspendues, mais ncm déracinées» « esl-co eiicure là ce casuiste rigide, qui vous bcan- « daiisô et qui vous irrite? Quoi! cet homme qui « vous a assistés trois, quatre, six fois au lit de la a mort; cet honiuie qui vous a vus alurs toujours OE couverts de larmes, toujouns reconnaissant voa « crimes, toujours attestant le ciel et la terre du « dessein où vous étiez de vous corriger, mais qui « vous a vus repr^idre incontinent votre premier « genre de vie, comme si vous n'aviez point versé « de larmes, point formé de vœux, point prêté de « serments; cet homme qui conclut de ces tristes a phénomènes que les résolutions de ceux qui sont « mourants ou qui croient l'être doivent étie tou- « jours extrêmement suspectes ; cet homme qui « vous dit que, depuis qu'il assiste des malades, il « n'en a presque pas vu un seul qui se soit converti « par la maladie (et pour nous, mes frères, noua « sommes garants de ce triste fait); cet homme que « ces exemples affreux épouvantent, et qui est moin»

Û6à lACOOBS SAOUH.

« empressé à dénoncer la grâce de Dieu à des mou- « rants d'un certain genre» est-ce là encore ce caa suiste rigide qui vous scandalise et qui vous irrite? « Quoi ! cet homme qui voit écrite sur votre visage « la sentence de mort, cette maison d'argile prête à « crouler sur ses fondements; cet homme à qui vous a paraissez plus un squelette qu'un corps vivant; ce cet homme qni craint que dans trois, ([ue dans a quatre jours on ne vienne lui dure qu'on vous a « trouvé mort dans votre lit, et sans avoir eu d'antre a maladie que celle que vous nourrissiez déjà dans « vos entrailles, que dis-je? que celle qui est peinte a sur votre visage, que celle qui afflige vos amis, « qui couslerne votre famille; cet homme qui est « effirayé de ce que tout cela ne fait aucune impres* « sîon sur vous et de ce que vous vivez dans une « distraction et dans une sécurité qm ne serait pas « même pardonnable à celui dont les forces et la « santé sembleraient lui promettre une longue vie; « cet homme qui vous crie : Réveille^if toi qui don, « te rdévê éP entre les morli, et Christ ^éclairera: « mets à profit ce reste de vie qui t'anime, ce souille « qui Cempèche de tomber encore, s*i\ ne t'empêche « de chanceler, est-ce là ce casuîste rigide qui vous « scandalise et qui vous irrite? Ces maximes, ces c discours, ces livres, ces sermons, sont-ce là ces a systèmes de murale (jui confondent et qui désesa pèrent? Et où sont-ils donc les pécheurs que ces casuistes ont désespérés? Où sont-elles ces con- « sciences bourrelées, tourmentées? Pour moi, je ne

« vois prescfuc partout qu'un sommeil funeste, je ne « vois que sécurité, que létliargie, qa'eudurcis&e- « ment. Et quoi, estpce donc l'histoire de notre a texte ? Est-ce cette voix de Jésus-Christ : Ma fUU^ « ta foi t'a sauvée; vori'm en paixl Estrce la voix de « la Vérité étemelle, qui vous porte à nous faire « ainsi des objections de mensonge et d'illusion? Et « ne Yoyez-vous pas des différences sans nombre « entre votre cas et celui de la pénitente, entre « Jésus-Christ et ces casuistes (i)? »

A quoi bon, dira quelqu'un, énnmérer tous ces moyens d'invention de l'éloquence? L'invention n'est-elle pas un don? Oui, mais c'est un don accordé à celui i\m médite et creuse laborieusement son sujet. Sans la méditation, sans cette incubation persévérante, sans ce mariage de TAme avec le sujet, le talent le plus remarquable reste dans le trivial. C'est l'invention que nous admirons surtout chez les grands orateurs; mais pour trouver, il faut chercher, et en cherchant avec labeur, en mettant toute leur vie dans leur travail, des hommes même sans talent se sont avisés de choses excellentes. Ainsi ne nous contentons pas de répéter Tadage : Gautdeam hm$ nati; mais disons plutAt : Bienheureux ceux qui ne laissent pas leur cliump en friche.

La beauté des exordes de Saurin est une des particularités de son talent. Peu d'orateurs en ont d'aussi frappants et d'aussi hardis. Ils sont tous

f ) Édition de Paris. Tome H, pages 420-424. — Strmons chauU, peges

marqués au coin d'un esprit supérieur, sauf quand il u'y a pas d exorde du tout, ce qui arrive au mmm une fois. Il faut que Forateiir compte sur sa force pour débuter comme il le fait ordinairement. Lisez, par exemple^ Texorde du sennoo sur la SaimMi (1). Voici celui du sermon sur le Comique de Siméon :

a Qu^j0 meure cette [oisy puisque fai vu ton visage € elque tu vie êmarel Ce fui le cri d'un père tendre, « nous poumons Llire, d'un père faible, dans une cr circonstance mémorable de sa vie. Si ce xnouve* « ment n'était pas héroïque, U était du moins na- « turel. Joseph avait été le centre des complaisances « de. Jacob. Jacob avait cru pendant plus de vingt « années que ce fils avait été dévoré par une bète « sauvage. 11 donna toutes les marques d aUlictioa « qu'on pouvait attendre d'un père qui vient de 9 perdre son fils et un fils favorisé. Après tant 9 d'années de deuil» il apprend que ce fils vit, qu'il « est élevé aux postes les plus éminents de TÉgypte, a qu'il mande son père. Tous les moments paraissent « désormais des siècles à ce bon vieillard. Tout ce « qui retarde ses espérances lui semble les tau e a évanouir. U craint la longueur du chemia; il 9 craint les périls du voyage; il craint sa propre a vieillesse. Il part, il arrive enfin; il voit de ses « yeux cet objet de tant de vœux. Il aent Joaeph « qui l'embrasse et qui le couvre de ses larmes. La <c joie lui coupe la voix, et il ne peut prononcer «c d'autres paroles cpie celles-ci, que Moïse semble

CO ÉdiUoa de Paris. Tome

a avoir décrites, s'il faut amsi dire^ du sein des en* c iraille» patemenes : Que je meure eeOe fàtê, puiêfuê ce fat m ion visage et que tu Dîe mmre.

« Mes frèreâi il y a ici plus que Jacob, surtout il « y a ici plus que Joseph. Siméon avait reçu de « Dieu la promesse de vivre ]iis(|u'à ce qu'il eût vu « le Messie. De i accompiissemeut de cette promesse m dépendait la décision de ces questions les plus a grandes que pût agiter la misérable postérité c d'Adam. Y a-t*il quelque adoucissement à al* « tendre à cette fatale sentence : Au jour que tu mana géras du fruil de l'arbre du bien et du mul, tu mour» « roi de meri? Tant d'oracles, qui promettaient un « Rédempteur, yenaient-ils de Dieu ou des hommes? « La charité de Dieu peut-elle aller jusqu à immoler « son Fils à la place des coupables? En un mot, «t Tattente d'Israël est-elle fondée ou chimérique? « Elle s'accomplit enfin cette promesse \ il parait en- « fin ce divin enfant, que Dieu avait préfuiré devant a la face de tous les peuples, pour éclairer toutes les no- * « lions f pour être la gloire d* Israël. Déjà im ange a an- « nonoé sa venue aux bergers; d^ des années oé» « lestes ont fait retentir les airs de ces triomphantes a voix : GUnre soit à Dieu aux lieux très hauts, et en « Une paix enoere lei hommes de bonne veHonté; déjà « des sages d'Orient sont venus lui rendre les hon- « neurs suprêmes comme à leur Souverain. Que c reste*t4i à Sbnéoo, après avoir vu le Sauveur, que a d'entrer en possession du salut? Aussi prend-il cet « enfant entre ses bras : sa foi e^ changée en vue et

« âOD espérance en possession, ei ii â éche ; Stûftuva'^ « im hauMÊg mmimum aUer ton scrwlmr e» f>dar, ich»

a /(i y aï oie; car mes yeux ont vu ton &alut 1 . b

La majesté ei i aulorité qai distia^ent Saurin se retroaTent parfoat dans ses exordes; an y lémangue aussi le trait caractérbiique de son tait ai oratoire : I mTentioii. Soos ce rappori chacim de ses exordes Tant tout un d^coars. H n'eôt eerfes pat goûté le conseil de ïhéremin, de tirer invanable» meni Texorde dn contexte. Ordinairement il lui est fuui ni par un souvenir biblique. Cesl une heureuse idée, de préparer à la tractation dn texte par le dé- TeloppLinent d'une portion parallèle de l'Écrilnre sainte. Ainsi, dans son sermon ^ur la Péniieuce de la pédureMy il avait le moyen le plus direct d'entrer en matière, et cependant îl demande à l'ancienne aiiiance le sujet d'un exorde dont vous remarquerez la beauté et la parfiiite convenance :

« Je te prie, que je tombe entre les mains de l Éter- « nely parce que ses compassions soiU m grami nombre; « mais que je n$ tombe poini enire les mmm dm kommm. a Ce fut le vœu que forma David dans ia plus fu- « neste circonstance de sa vie. Un prophète, émis- «r saire dn Dien des vengeances, vient lai apporter « ce sinistre choix : Je te propose trois choses; choisis c PwM éteUeSf afin qu'tUB t^anive : ou la famine dor « rani r espace de trois ans; ou d'être consumé durant « trois mois, m sorte que l épée de tes ennemis l'ai' a teigne; ou que fripée même de fÉtemd joîf dluronl

(i; ÉdilioB de Paris. Tone iT, piitt

« trois jours dans le ^ays el^ que l'Ange de l' Éternel « fane U dégâi dans touta les emUrées d^Jêraël. B»^ « ffarde et que f aurai à répondre à celui qui m'a «fier voyé.

ff Quelle proposition pour un homme accoutumé

<c à regarder le ciel comme la source des bénédic- « tions et des grâces, qui ne le voit désormais que « comme le séjour des foudres et des carreaux, prêts « à être lancés sur sa tete! Pour quel de ces fléaux o penciiera-t-il? Quel d'entre eux pourra-t-ii clioiâir, < qui ne lui donne sujet de se reprocher qu'il s'est « déterminé pour le plus funeste? Et qu'eussiez-vous « choisi à sa place, mes û*ères? — Vous fussiez-vous « déterminés pour la guerre? Auriez-vous pu seule* « meut soutenir cette idée? Les armées d' Israël jadis « voyant la victoire constamment attachée à leurs a pas; elles-mêmes menées en triomphe; l'arche de « TËteruel captive; un soldat cruel et barbare met- « tant le royaume en cendres, rasant ses forteresses, «r ravageant la moisson et enlevant dans un moment « l'espérance de toute une aunéc! — Vous fussiez- « vous déterminés pour la famine? Eussiez-vous a choisi les deux devenus d'airain, la terre rendue ce de ferf les champs dévorant le grain qui leur avait (f été confié, Us sauterelles hrwOctni les restes du hurbeCy « et le hanneton le reste des sauterelles; les hommes ff s'arrachant le pain des mains, ne poiivant ni vivre « ni mourir, et devenus hors d'état de se nourrir, « pour avoir été trop longtemps sans prendre de « nourriture? — Vous fussiez-vous déterminés pour

068 JACQW SAOBIV.

a la mortalité? Eussiez- vous choisi ces affreux temps, cr OÙ la contagion, comme sur les aile» du veat^ « porte son venin mortel, avec la rapidité de l'éclair, a d une ville dans une autre ville, d'une maÛMMi c dans une autre maison; temps où Ton vit sans ce secours, où chacun, occupé à se garantir soi-même « du périly ne peut s'employer à garantir les autres; « où le père fuit l'entretien du fils, le fils celui da a père, Tépouse celui de F époux, l'époux celui de « réponse; où Ton se redoute, lors même qu'on a b aime tendrement, et ou 1 on se communique mu- « tuellement des souines mortels et empoisonnés?

« Ce sont les funestes fléaux que Dieu mal au a choix de David coupable, afin qu'il les pèse à la « balance et qu'il agite la triste question qud des € trois sera son partage? Il se détermine pourtant : « Que je iombef je le prie^ entre les maim de rJÉfercc tial, pom gue m eompasiiaw eanl m yamd mmbre^ « plutôt qu entre les mains des hommes. Il lui semble a que les coups partant immédiatement de U mam « d'un Dieu miséricordieux, quoique irrité, seioni <c les plus faciles à arrêter. Il ne conçoit rien de « plus affireux que de voir entre IHeu et lui des « hommes, qui lui interceptent ses regards et qoi « lui ferment l'accès au trône de la grâce.

< Mes frères, le souhait de David eeostetné doit « régler le nùU'c a Tci^aid de chacune des taches « dont noire vie a été souillée. Il est vrai que les « yeux de Dieu sont infiniment plus purs que les « yeux des hommes. U est vrai qu'il découvre dans

4A€Q0BS SAIÏRm. 668

« notre vie des faibles qui nous avaient échappé, et fE que $i noire cmir noui eotuiamne, Dieu est plui grand « que noire eomr. B est vrai qu'il a des M«ax p6ur « nous punir, intimment plus redoutables que ceux , « des hommes, et qu'au lieu que les hommes ne ^ « peuvent tuer que h corps, Dieu peut jeter Véme dane « la gêne. Mais pourtant ce Dieu fort, ce Dieu ven- « geur, ce Dieu terrible, est un Dieu miséricordieux; « ses compassions sont en grand nombre, au lieu que a les hommes sont cruels. Oui, ces honuues, qui se « doouent eux-mêmes les licences les plus criantes, a ces homnios qui ont tant besoin de support, ces « hommes qui méritent eux-mêmes les châtiments « les plus rigoureux, ces honmies sont pour l'ordîa naire sans miséricorde pour leurs semblables. Eu a voici un fameux exemple. La pécheresse de l'É- «c vangîle fait Texpérience de Fun^t de Fautre de ces « detix états. Elle éprouve tour à tour le jugement a de Dieu et le jugement des hommes. Mais elle y «( trouve un traitement bien différent. Entre les « mains de Jésus-Christ, elle voit à la vérité un lé- « gislateur sévère, qui la laisse pendant quelque « temps verser des larmes et des larmes très amères , « un législateur qui l'abandonne quoique temps à la « douleur dont elle est pénétrée, qui peut v4>ir ses « cheveux épars, son maintien troublé, mais qui <c bientôt prend sdn d'essuyer lui-même ses larmes « et qui lui feit entendre cette douce voix : Ma « file, va-t'en en paix. Eutic les mains des hommes, a au contraire, elle ne trouve que cruauté et que

<• iiarbarie. Elle entend un pliarisien orgueilleux, « qui voudrait armer contre elle, même le Rédemp- « tenr do gmre humain; lai foire entendre mi ar> « rèt de mort, iiièuic dam l'exercice de la pemtence; « exciter et bire sonidre la oondamnatioii da aeis « mtoe de la grâce et de la miséricorde. — C'est c cette instructive, c'est cette coosoiauLe luâtoire, m que nous rappelons anjomxi*hm (1). »

Saurin fait un usage abondant et judicieux de l'Écriture sainte, il l'emploie d'une manière directe, et non par des allusions fines on ingénieuses comme Du Bo&c et Superville. 11 a moins d'esprit qu'eux, on en Cût moins. En général, les grands écrivains ne font pas de l'esprit, et quand il leur arrive d'en £ûre, on le remarque comme une taclie. Ce n'est pas que Saurin n'ait aussi des emplois ingénieux de 1 Ecriture sainte; uiais il est alors plutôt poétique que spirituel. Ainsi dans le sermon jMMir U Jeàne d» i 706 :

cr Lorsque la colombe rencontre hors de rarehe « les vents déchaînés, les eaux débordées, les bondes « des cieux ouvertes, l'univers entier enseveli sous « les ondes, elle cherche son refuge dans l'arche. « Mais lorsqu'elle trouve d^ plaines et des cama pagnes, elle s'y arrête. Mon âme, voilà Ion image, a Lorsque le iiionJe te propose des prospérités, des « dignités, des richesses, tu écoutes la voix de a chanteur et tu te laisses surprendre à ses charmes, c Mais lorsque tu ne trouves dans le monde que

(0 Édiiioo de Paria, Tome II, pages 390-393. — Semions choisis, p«ces 34t-

a pauvreté, que dégoûts, que misère, tu tournes tes tf yeux vers le ciel, pour y chercher la félicité dans « son centre »

Ainsi encore dans le deuxième sermon sur le Uenvoi de la eouMnion :

« Nous devons agir dans l'ouvrage de notre salut «c comme à l'égard de noire santé et de notre vie. « En vain travaillerions-nous à nous les conserver, « si Dieu même ne nous prêtait son i)ras : 1 au:, la « nature, les éléments, tout conspire à nous enlever « au monde; nous nous évanouissons comme de a nous-mêmes, et 0ieu peut seul retenir ce souffle «r qui nous soutient. Un roi d'Israël fut blâmé pour « avoir eu recours au médecin sans recourir à TËter- « nel. Mais ne serions-nous pas des insensés si, sous « prétexte que Dieu seul peut conserver notre vie, « nous nous précipitions dans un abime; si nous nous ut abandonnions aux flots de l'Océan; si nous ne precc nions ni aliments, lorsque nous avons de la santé, a ni remèdes, lorsque nous sommes malades. Ainsi, «c dans l'ouvrage du salut, nous devons, lors même a que nous implorons le secours du ciel, travailler « à cet ouvrage. Nous devons imiter l'exemple de « Moïse attacjué par rAnialécile : il partage avec tt Josué l'ouvrage de la victoire. Moïse monte sur la

montagne, Josué descend dans la plaine; losué a combat, Moïse prie; Moïse tend ses mains supff pliantes au ciel, Josué lève un bras guerrier; c Moïse oppose sa ferveur au courroux du ciel, Josué

(0 BdilioD dA PttriÉ. Tome Tlll, |Mge km. — Smhwm ektiâtê^ pa|Q ios.

« opf)ose ses armes et son courage à Tennemi du m peuple juif; et par ce sage godcou» de phèies et « d'actioD, de ooBfianee et de vigilnoey hraél « tnomphe, Amalec est mis eo déroute (1). »

Saann ne fiiit pas, comme d'aulres, aaltre le aoarire par des rapprochements spirituels (notis ne le rej^ettûDS pas, car Tesprit, en s^nblabie matière, rniît m sérieux); en levandie, sa manière d*employer la liible est noble, large et franche, ingémense quelquefois, éicNjuente presque toujours.

Quant à sa langue, elle n'est pas sans défectoo» sités. Tant mieux pour ses compétiteurs ; car si chez lui la forme était en harmonie avec le fond, Bossuet seul poiiiiaii lui tenir tèle. Sa langue est d'une admirable clarté, d une concision rapide, d'un mouvement pressé et entraînant; mais elle a des allures un peu brusques, quelque chose de liaclie dans la coutexture, peu de rhythme, peu d'élégance^ peu de soupière; elle est moins riche que celle des prédicateurs catholiques; elle n'a pas non plus les articulations douces, les inflexions moelleuses de la langue de 3Iassillon, ni la liberté et Tampleur de celle de Bourdaloue. Le séjour de Saurin à Tétranger a exercé sur lui à cet égard une influence Htcheuse : son style est un style réfugié, tout au moins pour le choix des expressions, parfois impropres, triviales on peu pr^ises. Il faut signaler aussi chez lui une sorte de tic, qui consiste à ouvrir la plirase cinq ou six fois de suite par les mêmes mois. Il peut

(i; iiMkifM de ^«m. Tome !•% page S6.

JÂCQVMB SikUniH. 678

y avoir dans cette forme quelque chose qui attire l'attention et grave les idées dans la mémoire; mais

Sauriu en a abusé et ses copistes après lui.

Disons qnelcfnes mots de qualités qui appartiennent plus directement au caractère et à Tâme. L'éloquence est en elle-même un trait du caractère plutôt qu'un don intellectuel; mais on peut néanmoins distinguer ce qui est de Tart, du talent, et ce qui est de l'individualité morale, c'esirà-dire de riiomine lui-mrmo. C'est l'homme que nous voulons considérer maintenant plutôt que l'orateur. Avec peu de piété, Saurin aurait pu être ce que nous l'avons vu, tant le talent sait bien imiter -, mais l'autarilé de sa parole nous fait reconnaître en lui le vrai chrétien, et elle nous empêcherait, à elle seule, d'admettre les imputations fâcheuses dont il a été l'objet. L'accent de l'autorité est chez lui plus énergique et plus frappant peut-être que chez aucun autre.

Nous n'en citons que deux exemples. Le premier est tiré-du deuxième sermon sur 2e Bmm de la con-

version :

« Ces réflexions doivent disculper les ministres « de l'Évangile qui savent soutenir la majesté de (c leur emploi et répondre à leur caractère. Si elles « ne nous disculpent pas dans vos esprits, elles nous « justifieront au moins dans ce grand joui ou les « choses les plus cachées seront mises en évidence. « On n'a point d'idée de notre ministère. On nous

M. appeiie chez uq mouraDt, que nous savons avoir m été un. 'Scélérat, ou du moins avoir été très éloigné a de remplir les conditions de ralliance de grftee. a Ce scélérat, aux approches de la mort, se corn* 4!c ffM)oe, ne parle que de repentir, que de miaérieoide, a que de larmes. On voudrait qu'à la vue de cet « 'extérieur de eonversion, nous supposassions qu'un M «tel homme est plus que oonrerti et que, dans celle « téméraire supposiliou, nous lui offrissions les pre- -9 mières {ilaces dans le séjour des bienheureux.

ce Mais ^malheur, maliioiir à ces ministres qui, par « une -oracle t douceur, précipitent des âmes dans tf 4^nfer, sous prétexte de leur ouvrir le paradis! « Malheur au ministre de FÉvangile qui sera bi Ji- « béral xles faiseurs de Dieu ! Au lieu de parler de

pak à un tel homme, je ertmii à plein s^omr, 9i j'élèverai ma voix comme un cornet (Esaïe, LVill, i); « je censui^rai, je tonnerai, je décocherai coulre lui « les flèches du Tout-Putssant^ je lui en ferai sucer a lout le venin (Job, YI, 4). Heureux si je me iais '4c jour là trai^rs'tant de passions invétérées, si je jc sauve par frayeur, et si j arraclie comme du feu «c un cœur endurci dans le crime.

« Que SI, comme i! arrive pour l'ordinaire, le « .mourant ue donne à sa couveision que les restes «.d*un corps usé et les derniers soupirs d'une vie « mourante, malheur, malheur encore au ministre < de rÉ«angiie.qui, par une lâohe politique, viendra, «r «pour ainsi dite, canoniser ce mourant, comme s'il « était ej^piré de la mort <hs justes lEi qu on ne dise

« pas : Que voulez-vous? Voulez-vous troubler les

a cendres d'un mort? Vouiez- vous désespérer une « femille? Voulez-vous mettre une Dote d infieunie « dans une maison? — Ce 4110 je veux? Je veux sou- K tenir les iotérèto de mon maître; je veux agir eo « digne ministre de lésns-Cbrîst; je veux vous fiilFe « éviter de pr^dre pour une bonne mort, une mort a antichrétienne; je veux mettre à profit la perte

que je viens de faire, et que la proie que le démon i< vient de m euiever épouvante les assistants^ une « famille, toute une Église (1). »

Notre second exemple e^t lire du sermon sur les MmUions pmêog^eê ;

fc Nous entendons, par cette piété qui est oomme a la rosée de l aube du joui qui n'en va, celle qu ex- « citent pour lordinaire les catastrophes publiques. « Un État prospère, son commerce fleurit, ses arec niées triomphent} son suffrage douue le branle à m l'univers. Les vices, suites ordinaires de la prospé- « rilé, naissent du sein de la prospérité même. La « conscience dort au milieu du tumulte des pas- « sions et, à mesure que la corruption grossit, la a sécurité augmente. La patience de Dieu se lasse « et, par les coups dont elle frappe, ou par ceux « dont elle menace de frapper, elle enlève cette « prospérité, du moins elle menace de l'enlever. € Les sinistres messagers de la vengeance de IHeu « viennent signifier leur coniiuission fornudable. Ces a vmtSy dont il fait ses anges, font déjà entendre leurs

(t) ÉditioD de PtfifcTone l*', pages 78-79.

6V6 JACQUES SALRIN.

« sons affreux; ces fiammes de feu^ dont il fait su

« ministres, font déjà voir leur épouvantable lueur. « La peste, la guerre, la iamine, exécuteurs de ces « arrêts du courroux céleste, préparent leur redou- « table ministère. Un personnage appelé la Mort et un « autre appelé Sépulcre reçoivent cet ordre sangui* « naire : Allez, courez, exterminez, par la moruMié^ a par L'épée et par la famine la quatrième partie de la « terre. Chacun voit dans le malheur public sa perte « particulière. Capema&m^ élevée jusquee au eiél, s*ea « va précipitée jusqu aux enfers. Les Jouas se proa mènent dans Ninive et font retentir ses murs de « ces sons lugubres : Encore quarante joure, et Ninive a sera détruite» Ou, pour laisser les noms empruntés « et pour rapprocher nos portraits des originaux qui «f nous en ont fourni la matière, vos pasteurs, afce franchis de leur timidité ou de leur lâcheté natu* a relie, méprisant ces petits tyrans, dirai-je? ou ces « vermisseaux, qui voudraient qu'au milieu d'un « peuple tout libre nous fussions les seuls esclaves; « que, tandis qu*on voit les vices courir déchatnés, « la Parole de Dieu fût liée et que, dans Texercice « d'un ministère de réformation, nous fussions plus ' « lâches que des évêques de cour ou des prédica- « teurs de princes ; vos pasteurs vous font entendre « leur voix, etc. (i). >

A Tautorité ajoutons la hardiesse, nonnseulement celle des idées, mais celle de 1 homme. 11 est hardi

(0 EOiiion d« Pirit. Tome 11, pages ii5-ii«. — Sernum* choisù, pages 21»-

pour la cause de Dieu. On a rarement porté plus haut ce que nous pourrions appeler, faute d*un meilleur mot, la fierté chrélienne. Nous eu trouvons un exemple dans le passage suivant du sermon sur la Tran-

quillité qui nait de la charité :

« Je sais bien qael est le goût de la plupart des « chrétiens sur ce sujet, et je sais les croix aux-

« quelles on doit s'attendre lorsqu'on refuse de s* y « conformer. On croit avoir flétri un ministre de

• rËvangile, quand on a dit de lui : Il trouble, il

« épouvante, il atterre. Reproche glorieux! flétris- « sure honorable 1 Comme si, pour décrier un homme <K versé dans la science du corps humain, on disait : « Il coupe, il tranche, il brûle ! Eh ! c'est parce qu'il « est versé dans cette science, c'est pour cela qu'il « agit de cette manière ; c'est pour cela qu'il est aussi « prodigue du sang corrompu qu'avare de celui qui « est pur; c'est pour cela que, malgré la fureur et « les hurlements d'un malade, il va chercher, avec le a fer et le feu, à travers les parties les plus saiues et « les plus sensibles, celles qui sont infectées et qui al- « laient communiquer leur venin à toutes les autres.

« Et voilà le devoir d'un ministre de Jésus-Christ; « et j'en atteste le Dieu immortel, voilà le modèle « que nous voulons suivre. Nous irons, jusque dans € l'intérieur de vos demeures, troubler cette fausse « paix dont vous jouissez^ Nous irons au milieu d'une a maison de deuil, parmi les larmes et les cris d une « famille éplorée, à la vue même d'un héritier avide « et moins agité de la crainte de voir mourir un ma-

cr lade que de celle de lui voir restâtuer avaaC sa mort

«• une partie du bien mal acquis, prêcher la restituer tioD. Nous craiodroQS plus, pour nos pénitents, le « feB de Tenfer que cehii de la fièvre, que no» exhora talions pourraient augmenter. Nous aurons pi us <r (f égard à la v<nx d'un apôtre, qui veut que Boas ce sauvions certains bomines par la frayetar, qu'aux a instances d'une femme mal instruite de ses devoirs « et des nôtrei^ et cpii voudrait que Bous calmassioiis « une âme qu'il est nécessaire d'agiter. Et croyez- <c nous, mes irères, si Dieu nous dcmne d'exciter un « trouble salutaire dians une âme, il nov» cbanera a bien de Tapaiser. Nous saurons bien ranimer des « consciences que nous aurons abattues. Quand bous <c aurons atterré des pécheurs et que nous les aurons « mis au terme où était saint Paul dans le chemin de (c Damas, nous saurons bien les relever. Quand, du « fond d'une âme saintement effrayée des jugements « de Dieu, vous direz ; Misérable que je suis^ fut «i# «r dêHt/nra de e$ corps de mort? O IMeu, à îopesS tajns^ a tice^ à moi la honte et la confusion de face! O Eternel^ ^ fi si tu prends garde aux iniquités^ qui est^ qui fuftitf- « term? — alors, nous vous ferons éprouver qu'il y a a une* cruauté charitable, comme il y a une charité « cruelle; alors nous exercerons les fonctionft les pid» « douces de notre ministère; alors nous déférerons « avec des transports de joie à cet ordre du eiel : «r ConsoîeSy eoneole» mon peuple! Alors nous vous tire- « rons des gouffres de cet enfer, dans lesquels nouo yom avions fait descendre par 1» peneée, de pmr

« qvra vous n'y fussiez précipités rédfeineiU';. alors

« nous bannirons la crainte de vos cœurs, après y* « ayoir produit la charité. Cest ainsi que se concilie « l'Écriture a^ee Fficriture^ notre immstèDO avee « noir& ministère (1). »

Saurin a*-t-il de Fonction^ c'est-à<*dire ce composé de suavité, de douceur, de tendresse, d'entrailles paternelles, qu'on désigne sous le nom d'onction? Il sc^ rait injuste de la lui reftiser tout à ùli (pveuve en soil le sermon sur le Cantique de Siméon^ que nous avons déjà signalé sous ce rapport) ; mais ce^ n'est pas là ce qui' le distingue. Il ravit les âmesipav la; violence^ plutôt n'y pénètre par la douceur.

Uade ses titres d'honneur, c'est d'a\soir autant de tolérance qne de franchise. C'est bien en son nom qu'il parie, dans ce passage du sermon sur lt& Pr<h fimdeurn dimna :

« Les profondeurs divines doivent confondre le z6> « lateur indiscret, ceux qui décrient, qui deciiireni « les opinions différentes de leur, système, sur des « malières en elles-mêmes obscures et ténébreuses; « Ici nous versons notre douleur dans.le sein de nos « frères de la confession d'Augsbourg, dont (pie^oes « docteurs nous dépeignent avec de noires. couleurs, « trempent leur plume dans le fiei lorsqu'ils écrivent « contre nous, nous taxent de faire de la Oémité un « Dieu cruel et barbare, un Dieu qui est l'auteur du

péché et qui autorise lui-même par ses. dâereta le <i ceUdiement et. la corniptioni des hofluneft. Yousi le

(1) Ëdilion <le Pan». ïani« Vl,p«g«»

680 S4cmoi.

« Toyez, SI c'est là notre doctriiie. Vans le Yoyes

« si Dons ne joigiiou:» pa^ nos voix à celles des c sérapliiiis et si nous ne fidsons pas résonoer nos « auditoires des cris redoublés : Smmi, utint, saînl c esl rÉtemd des armées! Vous le voyez, si oous « n'exhortons pas nos penjAes à Mirer pœr fa porlt « étrmle^ à ^nnaUkr à leur $aha wm trmniê H tnm < Hmmt. Mais les conséquences (jue nous vous un* « patons» nous dites-^voos, ne soiTent-elles pas de « vos principes? Je veux pour uu moaicuL qu tlks eu « suivent. Ne suffît*ii pas que nous les désavouions, « que noQs les condamnions? Une pareille réponse de « votre ix)uche sur un autre dogme ne nous a-t-elle « pas satisfaite? Accasez-nons d'être de mauvais logi- « ciens; mais ne nous accusez pas d'être de médiants «c hommes. Accusez-nous de mai raisonner ; mais ne « nous accusez pas d'exercer un ministère infidèle. « Mais, direz-vous, vous avez des docteurs parmi « vous qui empcHsonnent eux-mêmes les oontro- « verses, qui réfutent avec aigreur, qui exconmin- « ment ceux qui ne sont pas de leur sentiment sur c la prédestination, et qui voudraient ponvoir mettre « tout à feu et à sang. Avons-nous de ces docteurs? «t Ah I Dieu veuille nous en délivrer ! Mais ils sui- « vent lear propre esprit et non l'esprit de nos Égli- « ses. Nos Églises n ont jamais séparé personne de « leur communion, pour ce point seul qu'on n'était « pas de leur sentiment sur la prédestination. Vous « le savez par expérience. Ne vous ouvrons-nous pas c notre sein ? Ne vous recevons-nous pas à notre com-

JACQUES SAUaiN. 681

« munion? N^ayons-noiis pas un désir sincère, ar-

« denl, de nous réunir avec vous? Oh! si Dieu voua lait exaucer nos vœux I 0 Épouse de Jésus-Christ^ ce si Dieu youlait terminer ces guerres intestines qui « te déchirent! 0 enfants de la Réformatiou, si vous «r saviez unir vos efforts contre le vrai ennemi de la « Réformation et des réformés ! C'est la matière de « nos souhaits. Ce sera sans cesse la matière de nos <it prières (1). »

Tolérant envers les protestants qui ne partagent pas toutes ses vues, serait-il intolérant envers les catholiques, ainsi que Faffîrme le cardinal Maury? Celui-ci est souverainement injuste envers Saurin et cherche de toute manière à le rabaisser. Ainsi il indique les sermons sur la Sagme d$ Sahmm (â) et sur le Discours de saint Paul à Félix et à Drusille (3), qui n'ont rien de remarquable, comme « les chefs-d'œuvre « de son talent. » 11 y a là une smgulière prévention, si ce n'est un mis» i able calcul. Il se livre ensuite à de minutieuses investigations pour trouver Saurin en défout et pouvoir lui reprocher des invectives contre le catliolicisme. Citons un passage du chapitre qu il lui consacre :

a On croit assez communément, sur parole, que « Saurin ne s'est jamais permis des déclamations «E contre l'Église romaine; mais, au contraire, je « n'imagine pas que l'inconséquente contradiction

(1) Éditiui à» Par». Tome pages i6i-iS2. — SeirHons dm$i$^ pages 163-

(a; lidiiion de l'arib. ïome Vil. (Sy 1*W.

082 JACQUES SAlilUN.

« qn'oD découvre avJBC tant' de- surprise parmi les

« pruUîbtants, quand ils allient trop bouvent les pria- « cipes et le langage de la tolérance avec la conduite « et la fureur du fiuiatîsme, puisse ddater avec plu» « d'emportement et de scandale que dans ses série mon» sur la Comicraiion du. lampla de Woorimrg^ <c sur les Malhewn de TÉglise, sur Fwfondmur» « dî'rmrs, sur le Jeune célébré avant la campatjne de « i 706. On y retrouve la violence et la frénésie des « premières explosions qui avaient signalé, dana le ce seizième siècle, l'espiit révolutionnaire de la prête tendue réforme (1). >

Nous déclarons que ces accusations n- ont pas Tom»bre de fondement et que Saurin montre bien plutôt, en parlant des persécuteurs de ses firèrev^ une modération admirable et un esprit de charité et de pardon. Jugez-en vou6-mémes. Voici quelques-uns des pasr sages dans l^quela Maury a vu pareur dm fmiar

tisme.

Dans le sermon sur les Frofondtun dwines : / «La Providence est la troisième veîto qui noua

a conduit à Dieu, et qui nous donne de nouveaux « sujets d'adorer ses perfections, mais qui confond m notre esprit et qui nous, fait sentir que Bieu a- est « pas moins incompréhensible dans la manière dont « il gouverne le monde, que dd^ la manière dont il « l'a formé. C'est ce qu'il serait aisé de pBouvco*, si « les bornes qui nous renfernieul nous permettaient « d'examiner les resâCMFta àoaî la Providence se sert

H ) Mauhy. £»mi sur l'éloquence de ia chaire. CbapiUe xxxo.

^A€QIES SAURIN. 683

« dans le goweinemenli de cet umnera. Contanlez-

« vous de jeter les yeux un moment sur la conduite «r de la Providence dans le gouveroemeat de Tiigiiâe ce depuis un aiècW et demi.

a Qui eût cru que, dans un royaume voisin, un

roi cruel et superstitieux ^ le plus graud ennemi 0» que la RéfiMinatîon eut jamais, lui qui, par la ftia reur de ses armes et par les productions de sa «r pluHW, s'opposait à ce grand ou^n^ge, réfutant « œnx €[u*il ae pouvait persécuter, persémtaut ismx « qu'il ne pouvait réfuter; qui eut cru que ce mo- <c navque servit le premier au desseîa qu'il voulait « renverser, frayât le chemin à lut Réformation et, « en secouant le joug du pontife romain, exécutât le « plan de la Providence, lorsqu'il semblait ne faire « qu'assouvir sa volupté et son ambition (1)?

« Qui eût cru que Tambitieux Clément (2), pour « soutenir des droits chimériques que Torgneil du « clergé a formés, et auxquels la lâcheté des peuples « et la mollesse même des souverains les soumet; m qui eût cru, dis-je, que cet ambitieux pontifé, en

lançant les foudres du Vatican contre ce roi, eût ifr perdiu tout un grand royaume et eût porté ainsi le «( premier coup à la tyrannie qu'il avait dessein d'af-

feniaÉr?

m Qui eàt cru que Zvvingle eût eu de si grands « saeoès, au milien du peuple de Tunivers le plus m*

« violablement attaché aux coutumes de ses pères; a d'un peuple qui retient avec scrupule jusqu'à la

(0 Henri VUL (»>Cléiiie»lVU.

6ë4- JACQLES SâURUI.

« forme des habits de ses ancêtres ; d'un peuple sar-

« tout si ennemi des innovations en matière de reli- « gioa» qu'il peut à peme souifrir uue explication c nouvelle d*un passage de l'Écriture, iin'argumeni •c qui n*avait point encore été employé, une remar- « que de critique; qui eût cm qu'on eût pu lui per* « suader une religion si diamétralement opposée à a celle qu il avait sucée avec le lait?

« Qui eût cru que Luther pût triompher de tant « d'obstacles, qui s'opposaient au succès de ses pré- € dicatious en Aliema^ae, et que ce superbe empe- « reur, qui comptait parmi ses captifs des pontifes « et des rois, ne pût triompher d'un misérable « morne? •

c Qui eût cru que ce tribunal barbare de llnqui* « sition, qui asservit tant de peuples à la si][)(3rsti- « tion, eût été dans ces provinces uue des premières c causes de notre réformation?

« El peut-être que de celle nuit ténébreuse qui a enveloppe aujourd'hui une partie de TÉglise, va «r s*élever la lumière. Peut-être que ceux qui parie- « ront après nous sur la Providence auront lieu de c mettre dans le catalogue de ses profondeurs la ma* c nière dont Dieu aura délivré la vérité opprimée, a dans un royaume où elle fleurissait avec tant d*é- « clat, et que ces coups redoublés qu'on porte contre c les réformés ne serviront qu*à affermir la Réfor- « mation (1). »

(1) EdiUon de Pans. Iom« 1", pages 139-140* — ■ Sermons choisis, pages I40-

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