‹ Histoire de la prédicationChapitre 53 sur 55 · JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUES

Dans le sermon pour h Jour de la muéeraiùm du tmpU d$ Woorhurg :

a N'attendez pas que je cherche à rouvrir des « plaies que le temps a déjà fermées, qu'en rappe* «r lant à vos esprits les effrayantes scènes dont nos « i^giises furent ensanglantées, j'examine si ce sont 4e les désolations de la Jérusalem ainsi proprement a nommée, ou celles de la Jérusalem mystique, qui « ont dû laire répandre plus de larmes. Puisse l'idée «e de ce lorrent de maux dans lesquels nous avons été « plongés, n'exciter dans les entrailles du Dieu misé- « hcordieux que des mouvements de miséricorde! « Pui8se-t*ily en couronnant ceux qui les ont souf- « ferts, faire grâce à ceux qui les ont fait souffrir!

« Je me borne à l'objet que la solennité de ce jour « rappellerait à vos esprits quand même j'entrepren- « drais de les en éloigner : je veux dire à la perte « de nos temples et aux coups qui ont été portés à «r la religion. Les couleurs dont Jérémie s*est servi « pour tracer les malheurs des Juifs ne sauraient « rien avoir de trop vif pour dépeindre ceux qui fon* <r dirent sur nous. Pendant une longue suite d'an- « nées, un fléau succédait à un autre fléau, un ahime « app$laU un autre abtme au ton de tes canaux. Mille « et mille coups furent portés à nos malheureuses « Églises avant celui qui devait les réduire en pou- « dre, et, s*il est permis de parler ainsi, on aurait dit « que ceux qui s'étaient armés contre nous, non con- « tents du plaisir de voir notre ruine, voulaient en- « core avoir .celui de la savourer.

€ TanlAt on publiait des édits contre ceux qm, pré-

« voyant les maux qui ailaieat fondre sur nos Eglises « et ne pouvant les détouruer» allaient chercher la « triste consolation de ne pas en être les témcMOS; « tantôt contre ceux qui, ayant eu la lâcheté de re- « nier leur religion» ne pouTaient soutenu les re* a uiords de leur conscicnoe et se relevaient de leur « chute; tantôt ou délendait aux pasteurs d exercer « leur discipline contre ceux de leor lioupeaii qui a avaient abjuré la vérité; lautot on permettait aux « enfants de Tège de sept ans d-embras&er une doo- « trine, dans la discussion de laquelle on soutient ce que les adultes mêmes sont incapables d'entrer; c tantôt on sufqpriœait un collège^ lantAt on inter-

« disait une église Quelquefois on nous chassait

« du royaume, quelqueiois on nous détendait sous « peine de mort d*en sortir. Ici vous auriez vu des « trophées dressés a la gloire de ceux qui avaient « trahi leur religion; là vous auriez vu traîner dans •« les cachots, sur Téchafaud ou sur ht galère, ceux « qui avaient le courage de la confesser; là des corps « morts traînés sur la claie pour avoir expiré en la « confessant. Ailleurs vous auriez m un mourant « aux prises avec les ministres de Terreur, parti tagé entre la crainte de Tenfer, s'il persistait « dam son apostasie, et la crainte de laisser ses enn fauts sans pain, s'il employait ces derniers mo- « ments que les trésors de la .Providence -et de ta

a loii^uc allunlc de lui iaissaieiit encore j>our

«c s*en relever. Dans un autre endroit» des pèces et

« des mères s'arracher à des enTants, sur lesquels la « jcvahile d^èire séparés d*eux dans rétemité leur fai- « sait répandre des larmes plus amères que celles de « s'en voir séparés pour cette vie. Ailleurs des fa- « milles entières arrivant dans des pays protestants, « le cœur pénétré de joie de revoir des temples, et « trouvant dans ces objete de quoi adoucir ce qu'il « y avait de plus amer dans le sacrifice qu'ils avaient « fait pour les posséder. Tirons le rideau sur ces lu- « gubres images. Nos. ^malheurs, comme ceux des « Juifs, ont eu un caractère d'horreur : c'est ce qu*îl a fallait, c'est ce qui n'est que trop facile à ^prou- « ver (i). »

Est-ce un crime de gémir ainsi sur les malheurs de ses frères? — Le seul passage où nous voyons Saurîn se départir de sa modération ordinaire, est l'apostrophe qu'il aJrcsso à Rome dans son sermon sur la Pénitence de ia pécheresse :

« Rome, quelle occasion ne me serait point ici « offerte de le confondre? Ne pourrais-jc pas pro- « duire aux yeux de tout l'univers ta honte et ton «r infamie; la prostitution mise parmi tes revenus,; « les prostituées et les prostitués te servant de nour- « rissons et^de nourricei^, et le saint siège entretenu - <t en ipartîe par le salaire des chiens et des femmes «ma |)urcs (Deutéronome, XXITI, 18), poui* me servir « d'une cKpreseion de r;£!oriture (2) ? »

(I ; Édition de Paris. Tome viu, pages ii'-im. — Voyez encore le sermon mu le* Nouveaux maUtturs de l'Ét/Use^ tome VUl, pages 4t0-<42t, de la Jatau

(9) idiUoB deParii. Tmm U^ |uif» M7. — SÊmmi «Mfia, ytseJi»*

688 fACQinB 8AUR11I.

Maury est particulièrement injuste dans FallusioA

qii*il fait à la péroraison du sermon sur les Dévotiom passagères :

a Saurin, dit-il ^ se transforme, il s'élève dans

« (pelques moments à la véhémence de Déraoslht Qe, « quand il parle de l'émigration des protestants, sur- «c tout quand il tonne contre Louis XIV; il n'est ja- « mais plus éloquent et plus sublime qu'en exhalant « sa rage contre ce monarque, dont le nom revient « sans cesse dans ses discours et principalement dans a les sermons que je viens de citer. On peut y distinct guer cette virulente apostrophe : -Et loi, prince re- « doutahky que j'honorai jadis comme mon roi, et que fit je respecte encore comme le fléau du Seigneur, etc. « Saurin termine une diatribe si forcenée en disant « qu'il fait grâce à Louis XIV ; mais il s* en faut de « beaucoup qu'il cherche à inspirer cette insultante « modération aux calvinistes hollandais (1). »

Citons en entier çe beau passage, que Maury s'est bien gardé d'achever. Il suffirait seul à montrer à quel point ses inculpations manquent de bonne loi et de sens commun :

« £t toi, prince redoutable, que j'honorai jadis « comme mou roi, et que je respecte encore comme <K le fléau du Seigneur, tu auras aussi part à mes «c vœux. Ces provinces que tu menaces, mais que le t bras de l'Éternel soutient; ces climats que tu peu- « pies de fugitifs, mais de fugitifs que la chanté « anime; ces murs qui renferment mille martyrs

MOQUES SAtmnf. 689

a que tu as faits, mais que la foi rend triomphants, ce retentiront encore de bénédictions en ta faveur. « Dieu veuille faire tomber le bandeau fatal qui cache « la vérité à ta vue ! Dieu veuille oublier ces fleuves « de.sang dont tu as couvert la terre et que ton règne «t a vu répandre! Dieu veuille effacer de son livre les c maux que tu nous as faits, et en récompensant ceux « qui les ont soufferts, pardonner à ceux qui les ont « fait souffrir! Dieu veuille qu* après a\uii ùic pour ce nous, pour TÉglise, le ministre de ses jugements, « tu sois le dispensateur de ses gr&ces et le ministre « de ses miséricordes (1). »

Résumons en quelques mots notre jugement sur

Saurin. — lia enrichi la cliaiio (riiric grande variété de sujets nouveaux, particulièrement dans la morale, avant lui tout à lait négligée. Son recueil est un cours presque complet de théologie et de morale. Sa pensée a quelque chose de plus libérai et de plus rationnel que celle de ses prédécesseurs. Sa théologie est orthodoxe ; mais elle didère de celle de ses devanciers par une réaction contre la dureté de certaines vues dogmatiques, et de la théologie mêAodiête de nos jours en ce que la pensée de la justification par la foi est chez lui beaucoup moins explicite, et que la séve du salut par grâce circule moins abondamment dans ses discoui's que dans les prédications du réveil. La conversion est pour lui un fait complexe, dans lequel ne ressort pas assez la foi simple et vivante

(1) Édition éb Pwii. Tome II, page |4$. — Serwmu thoiëit, pige m

ea Ciirisi; il moou e ies fruits de la foi, sans la ma&« tuer asses dte-néiiiey et se prive par là de ee je ne sais quoi qui tonclie, qui enlève el qui de tout temps a converti les âmes.

Il a slnott ntfodoit, da moina aecvédité Je semoii synlhétiqne.

Ce <^ le distiagoe dans Vexémlioskj c'est Tin* veotion, et parlîcolîèranent Fkmal«i orateire, une

diaiectique loyale et rïgoormise, une admirable darlét nne anarclie rapide, nn style plein de moa* vement, toujours direct et allociiùl, la force des idées et des images, la hardiesse et quelquetbîs la sublimité oratoire. Il n'y a rien chez lui de petit, de me - qniû, de Joli. Quaot à l'esprit, il u'a pas le temps d*en avoir.

On peut lui reprocher une dialectique trop formelle, l'abuâ de l'exégèse et de rérudition. Abordant par une sorte de prédilection les soiets de haute

spiiiUialité, il y emploie la mttaphvsique et l'analyse plutôt que rinspiration mystique (ainsi dans ses sermons sur la Vimm hiatifique de la Dkimké (1), sur la plus sublime JJéwtion (2), etc.). U n'est pas assez immédiat dans ces maires. H montre une forme au l«n, toocèante ou sublime; on espère toujours la voir de plus près et la toucher; mais elle se dissipe comme une ombre. Il y a sous ce rapport une continuelle déception.

Sa langue est dénuée de charme, peu ridie et par là même défectueuse sous le rapport de la jus-

(1) Édite éfSfBiê, IcmbttL (»> Mi, T«aw fi.

lesse (ear la richesse et Textrême justesse se tou« chenlde près); elle est un peu rode ei inculte; mai»

elle est remarqiiablo par sa clarté et abonde en ex« presaicNfts d'une Drauclûsd et d'une énergie admirables.

Les sermons les plus remarquables sont, me semble-t-ii, les soivanta : Le» troia senuona sur h Bmim de la emmenim^ les sermons mr VAmmAm^ sur la Suffismce de la liévèlaiion, sur le iJanlique de Siméotij sur k Fri» d$ Vé/mê, me U» MMUimê jnv-* sagères, sur la PéniUincê de la pédmimf et le wermoj» pour le JeùM de 1706 (i).

Analysons maintenant le |»remier des aetinonfl sur

U Renvoi de la cotmrsioUf sur ce texte : Chercher VÉtemtl pendant qu'il h trouve, infooquexrk tanàU qu'il est près. (Ésaïe, LY, 6.)

Saurin rappelle au commencement de son exorde cette parole de l'Ange^ dans TApocalypse, qu'tl nTy aura plus de temps,

a Quand le pécheur s'obstine» quand il résiste» <c quand il diffère de se conyertir, Ciea ferme les « entrailles de ses compassions, et refuse d*en- (c tendre la voix de ceux qui s'endurcissent à la « sienne.

a C'est de cet eûï ayant principe qu*Ésaïe tire la « conclusion qui 6iit la matière de notre texte :

(I) Tous ces sermons, exceplé le premier sur le Renvoi de lu crmvcr.^on, et ceux sur le Cantique de Siméon cl sur le Prix de l'dme^ fte irouveat dans le TMueil é» SertHMU MtU de Jacques- Smrn^ VuUié «B m4 M. W«iM.

699 #ACQm BAimm.

« Chirchez VÉtmiel pendant qu'il se trouve^ invoquez-U « tandis qu'il esi prés* Dispensez-nous d'une exacti-

a tude trop rigoureuse. Nous ne nous arrêterons « pas à vous expliquer ce que c'e&t que cherchtr « TÊiemel et qa*inw>quer VÉtêrnel (1). Quelque îllua sîon que nous soyons sujets à nous faire sur cet « article, quelque penchant que nous ayons à con* a fondre l'apparence de la conversion avec la cona version même, il faut Tavouer, ce n est pas ià ce « qui perd le plus grand nombre. Nous nous proa posons aujourd'hui de sonder notre véritable plaie, c de remonter jusqu'à la source de notre corrupce tion, de dissiper, s'il est possible, l'appât (rom* <c peur qui a jeté tant de chrétiens dans la perdi- « tion, et qui est encore le charme le plus puissant a dont le démon se sert pour nous attirer. Cet appal, «c ce charme, j'en atteste vos consciences, c'est je «c ne sais quelle idée eontradîctoire que nous nous « sommes formée des miséricordes divines, certains « desseins vagues que nous faisons de nous couver- « tir dans les enfoncements de l'avenir, et une chi- «c mérique assurance de pouvoir y réussir dès que « nous voudrons Tentreprendre (2). »

Dans ce premier discours, Saurin prouve le danger du renvoi de la conversion, par la raison et la nature des choses (3) :

tt 11 est constant, dit-il, que nous portons dans

(0 II» denncien de Saorhi s*y feraient ceftaiMiDeDl arrèMi. (2) Édillon de Paris, tome V», page 9.

(S) Dans le deuxième diseom^ Il prouve oe danger par la RèrélatlOB ; dans le tr<dilëme, par Fhisloire et les falla.

« noiis-mènies des quaiiio.s qui rendent la conversion « difficile, et j'ose dire impossible, à mesure qu'elle « est plus ditTérée. Pour le comprendre, formez- « vous une juste idée de la conversioD, et recourt Baissez que pour être en état de grâce, votre « âme doit avuii deux dispositions. Elle doit être « éclairée; elle doit être sanctiliée. Elle doit eona naître les vérités de la religion; elle doit se sou- « me lire à ses préceptes (1). »

Saurin commence par déiermioer le sens de sa

thèse :

« Vous ne sauriez être en étal de grâce, si vous

« ne eomaim» les vérités de la religion Voua ne

« bauriez contester que chaque chrétien ne soit « obligé d'être instruit à proportion des circon- « stances oà la Providence le place, et de la portion « de génie qu'il a reçue du ciel. En un mot, un a chrC'tien doit être chrétien, non parce qu'il a été « i'icvé dans les principes du christianisme et qu'ils « lui ont été transmis par ses pères, mais parce que <t ces principes sont émanés de Dieu (2). »

A\uir des dispositions contraires, c'est renoncer à la qualité d'homme, de chrétien, de réformé. —

ff L'examen, la connaissance, la lumière, c'est

a la première partie de la religion, et la [)remière <c voie, s'il faut ainsi dire, par laquelle on doit cber- « cher l'Éternel. La sanctification est la seconde. « Les vérités que l'Ecriture nous propose à croire « et à examiner, ne nous sont pas présentées pour

(1 ) BdiOoa da P«rii. Tome page 4. (3) JM, Page 4. ,

c fournir de vaines spéculations à Tesprit » —

Dim exige dm ctirélien Toiiéiamice, par quoi c nous

« eûtcndons, dit Saurin, une soumission qui MCDae « d!w fonds de vertu; m £arte que s'il se mêle « quelque imperfection dans wa obéissace, k piété « fioit toujours la disposition dommante daos son ««QBur» el que ia wtu Remporte sur Tinjusm lice (1). »

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