‹ Histoire de la prédicationChapitre 54 sur 55 · Application de la ibèse générale à la oonnaM · texte numérisé non relu

Application de la ibèse générale à la oonnaM

la nature de notre âme et son union avec le corj>s, sur riniueoee des amiées, sur ia loree de Thabi* lade, sur la distraction qui natC des dqels qui obI pris possession de notre esprit.

AppiieatioD de la tàèse à ia muiifietHim, ~ Saurin rappelle le principe que, pour être vraiment converti^ il faut avoir un iunds et un principe coairiani d^atnour pour Dieu.

« Mais ce principe accordé, ajoute-t-il, tout ce « que nous avons à dire contre le renvoi de la con- « version va se fonder de iai-inèaie« Car toute la a question se réduit à celle-ci : si à Theure de la « mort, si à Texlrémité de la vie, si dans im espace « court et rapide, on peut accjuérir cette liabilude c de l'amour divin, que nous o(Nivenons tous être «t nécessaire pour le sdut Si eette habifnde peut « s*acqiiérir dans un moment, nous ne prèclions M plus contre vos délais; vous éles fondés en raison. « Renvoyez, différez, attendez jusques à la fin, et

(0 ÂiilisB de Ma. Tome pages 5-1.

JACQUBS 8AC1UH. 601^

ce par une rare prudence, ne commenoes à ref^r*- « cher les plaiars céiesies» que lorsque le monde « voua quittera, et que yaas yous serez goi|^ de

« ses infâmes délices. Mais s'il faut du temps, du 4IC travail, de la peiiie pour lormer ce fonds d'amour c pour Dieu, dont nous avons prouvé la nécessité, a VOUS nous accorderez aussi qu'il y a de la lolîe à « différer d'im seul moment un ouvrage si impor- « tant; que <^e8t Texcèsde la foreur que d'attendre a jusqu'à la mort pour y travailler, et que le pro- « phète ne peut trop élever sa voix pour crier à « tous ceux qui aiment leur salut : Cherté tÉier^ a nel pmiant qu'il se trouWy invoquez-k tandis çu'il « ea pris,

' « Cela posé, nous 6tal>lissoiis sur doux principes a tout ce que nous avons à vous proposer sur cette c matière (1). »

Preuiier principe. — On ne peut acquérir une habitude, sans former les actes qui y ont du ra^^rt. Pour Tamour de Dieu, l'humilité, la patience, la charité, il faut iaire des actes, et des actes réitérés, d'humilité, de patience, de diarité. il en laut même faire en plus grand nombre que d'actes vicieux pour contracter un vice.

« Un court novictat suffît pour être maître dans « l'école du monde et du démon, et il n'est point

étûunant qu'un homme noii tout à coup luxurieux, < avare, vindicatif, parœ qju'il porte dans son cœur c les principes de tous ces vices. Mais les habitudes

686 JACQUES SÀuaiN.

it de la vertu sont directement opposées a notre « coiwtitutioQ. Elles combattent nos inclinations; K elles choquent tous nos penchants; elles font, s'il « faut ainsi dire, violence à notre nature, et nous «c avons une double tâche quand nous voulons de- « venir chrétiens. Il faut édifier, il faut abattre. Il m faut abattre l'édifice de la corruption, avant que «c d'édifier celui de la grâce. Il faut porter le coup a mortel au vieil homme avant que d'édifier Thorome 8 nouveau. Et conune les IsraéUtes qui relevaient « les murs de Jérusalem, il faut travailler fipée « dans une main, et lequerre dans Vautre ( Néhéa mie, IV, 17), également appliqués à produire ce a qui n'est point et à renverser ce qui est

« Telle est la manière, telle est l'unique manière « dont nous pouvons espérer que la piété se formera « au dedans de nous, par un travail opiniâtre, par < des actes réitérés, par une vigilance continuelle, ff Or, qui est-ce, qui est-ce de vous, qui peut entrer « dans cette pensée, et ne pas apercevoir la folie de «c ceux qui difièrent leur conversion? On s'imagine «f que l'exhortation d'un pasteur, que l'idée de la a mort, qu'une résolution subite, pourront former «r tout à coup les vertus au dedans de nous. Mau^ « vaise pinlosophie; extravagance du pécheur; il- « lusion de Tamour-propre; imagination qui ren- « verse tout le système de notre corruption origi- « nelle et tout le mécanisme du corps humain. « J'aimerais autant voir un homme qni voudrait « jouer parfaitement d un instrument, sans avoir été

JAGQOBS sAimiir. 697

« formé à cet art par Tassiduitô et par le travail. « J'aimerais autant voir un homme qui voudrait « parler une langue sans en avoir étudié les mots^ « sans avoir surmonté par la peine et par Texercice « la difficulté de la prononciation. Celui*ci ne ferait « qu'un langage barbare, sujet à la dérision et in- « intelligible; l'autre ne formerait que dos sons «c bizarres, sans douceur et sans harmonie. C'est la • « folie du pécheur, qui veut devenir pieux, humble, « charitable, patient, détaché du monde sur-le-champ « et dans un moment, par un simple désir de Tâme, « sans avoir acquis ces vertus par les soins et par « r exercice. Toutes les actions de piété que vous a en verrez émaner, ne seront que des mouvements •cr qui parlent d'un cœur touché véritablement, mais « non converti (i). »

Second principe. — « Quand une habitude s'est « enracinée, elle devient ou très difficile, ou iniposa sible à corriger, selon les fondements qu'elle a « jetés* au dedans de nous (2). »

S'il en est ainsi, comment différer?

Vous reculez aujourd'hui à cause de la diffictdté : combien plus ne reculerez-vous pas demain?

Il ne suflit plus môme, arrivé à un cerlaiu point, d'interrompre les actes pour déraciner l'habitude. Il faudrait plus ; il faudrait faire des actes contraires.

Objections réfutées. — i*" « On nous dira que nos

ft principes sont détruits par l'expérience; que nous

(1) Édiaon de Parii. Tome !«, pagw i7-ts. (9) iMcT. Pijge l«.

M8 uioms 9èmm.

fic voyons tous 1^ Jours des personnes qui ont Téca c mie longue suite d'aimées éam ne hajbitade, el € qui y renoncent inoontinent, sans former des « actes réitérés de la disposition contraire. Le fait € est possible; il est même inooDteBtaMe. Il arrive « dans cinq cas, qui, étant bien exanimés, seront m reconnus ne porter aucune «ttrâite à ce que nous m Tenons d'établir (i). »

Saurin énumère les cinq cas.

« On nom dira que ce principe preuve trop; « que si l'on ne peut être sauvé sans avoir un fonds c et une habitude de Ycrtu, que si cette habitude ne « peut s'acquérir que par un grand nombre d'actes « réitérés, on doit exclure du salut les pécheurs le « plus Tivement contrits, après qu'ils ont croupi «( dans le vice, et qu'ils n'ont plus un temps suffi* <c sant pour former un contre-poids à la force de « l'babitude criminelle.

« Cette difficulté s'oflre naturellemmit à l'esprit; « mais la solution que nous y opposons n'est pas ce bien du ressort de ce discours; noos y répondrons « mieux dans nos actions suivantes, quand nous puia serons nos arguments dans rÉcriture. Mous tous « dirons alors que quand un pécfaeur gémil dans le K sentiment de sa corruption et qu'il a im désir sin- « eère de se convertir. Dieu l'assiste de son secours ce et lui donne des forces surnaturelles pour sur* c monter son mauvais pencliant. Mais nous vous « ferons voir en même temps, que, bien kmi que

(t; SditioR de Pwii. Tome page 32.

a cette pensée faivome le renvoi de la conversion^ a il n'y enji poiiU de plus propre à époavanter une « âme qui prend ce parti funeste. Car, mes frères, a notre théologie et notre morale se donnent mu- « taeilement la mam et s'élahlisseiit rune sur Tautre* « Il y a un sage milieu entre Thérésie et je ne sais «c quelle orthodoxie outrée el contradictoire; et c oome c'est uae fiés mauvaise maxime poar éta«c blir les préceptes de Jésus-Christ que de renoncer 4K à ses dogmes, c'est aussi une pratique très per* ' < BÎciease de faite brèche à aes préceptes pour for- « tiôer ses dogmes.

« Le fiooours de l'Esprit de Dieu et l'idée de notre « impoifisaiice naturelle sont les motifs les plus pfuis- « sants qui nous portant à travailler sans délai à « notre convernon. Car s'il dépendait dé vous de « YOôs convertir lorsque vous aurez croupi dans le a vice, si votre propre ooaur était en votre puis* « sance» si. vous aviez assez de pourar sur vous* « mêmes pour vous sanctifier dès que vous voudrez « l'entreprendre, vous auriez ([ueique raison de vous « flatter dans vos délais*- Mais votre conversion ne u pouvant être produite que par une cause étrange gère, que par le secours de l'Ësprit de Dieu, se- « cours qu'il vons refusera probablfiment, après que « vous aurez méprisé sa grâce et que vous l'aurez « outragée avec obstination et avec malice, vous « ne sauriez fonder aucune espérance raisonnable a sur cet article (i). »

(1) telw és Mfc Tone 1«, pages !»-9e.

700 lACQims tAimm. *

3* On noub dira que nous avoQS avoué nous-mème qu'une catastrophe extraordinaire^ rapproche de la mort, par exemple, peut changer tout à coup ud

homme.

« Nous avouons qu'un homme, qui, dans une

a grande liberté d'esprit, voit tomber cette maison « de poussière et envisage la mort avec des yeux c attentifs, peut entrer dans les dispositions que Toii « pio[)u8e. La morl, envisagée de près, nous fait a connaître le monde ; elle nous découvre sa va- « nité, son vide, son néant. Un homme qui n'a plus « que quelques moments à vivre, qui voit que son oc crédit, que ses biens, que ses titres, que ses gran- «c deurs, que le monde universel ligué pour son « secours, no sauraient le soulager; un homme dans « cet état connaît mieux la vanité du monde que « les plus grands philosophes, que les plus sévères <c anachorètes : ainsi il peut en détacher son cœur. Nous accordons que ce fait soit possible; nous a voulons même que la Divinité, contente de cette « conversion, satibiaile d'une âme qui ne se donne <( à la vertu que lorsque les occasions du vice lui « sont enlevées, reçoive un pareil pécheur aux ex- « trémités de la vie; ii est pourtant certain que toutes « ces suppositions, bien ioùi de favoriser le renvoi « de la conversion, en démontrent F extravagance.

« Comment se fonder sur ce qui doit arriver à « l'heure de la mort? De combien de difficultés « n'est pas susceptible cette illusoire supposition, ce Je mourrai dans un lit, calme, tranquille; j'aurai

làiSQm Bàxmm* 701

<i de la œacepUoû, de la préseoce d'esprit; je me « servirai de ces dispositions poor déraciner le vice « de mon cœur et pour y établir le règne de la jus- « tice (i)? »

a. Qui vous est garant que vous mourrez de celte manière?

h. Estroa bien en état de penser dans on tel moment?

e. Même en le supposant^ en serez-vous mieux disposé à vous convertir?

d. La pensée môme de la mort n est-elle pas laite ponr vous troubler?

e. N'en est-il pas de môme du nombre iuûni d'occupations de rheure dernière ?

« Ainsi cette troisième difficulté s*évanouit comme « d'elle-même; ainsi nous pouvons tenir pour con- « slants les principes que nous avons posés et les «c conséquences que nous en avons tirées. »

Après une récapitulation, qui est l'analyse du discours, Saurin arrive à Tapplication qu'il en fait à ses auditeurs :

« Vous devez réduire en pratique l'idée que nous « avons donnée de la conversion, et particulière- « ment cette réflexion que nous avons tâché de vous « inculquer : c'est que pour être véritablement « converti, il ne suffit pas de faire quelque acte a d'amour de Dieu, qu'il faut que cet amour soit a la disposition dominante de notre ccsur. Cette idée a doit corriger toutes celles que vous avez d'une

(I) Édition é» Parb. Tome h*, pasm M-ht.

a bonne >i£ et dune bonne mort; car on ne oon- « natt pas ces dioses- d«M le iBoade ei Yoa ne iPVBft

a pas les connaître.

<c On se flatte, on &e perd, on renonce à La

c lumière volontairement sur ce» artieles. On s'inaa* a gine que pourvu qu'on ait donné un soin motiiciue « à. la dévotion dans ie cûuss ordinaire de m vie, a et qu'aux approches de la mort Tftme se soit scma mise à la volonté de Dieu, qui l'appelle a sortir c du monde; on s'imagine avoir fourni dignemeai « sa carrière, avoir combattu le bon cuinbaU et « n'avoir plus qu'à mettre la main sur la couronne a de justice.

« Mais quelle est donc la morale cjm vous

prescrit une voie si laq;e? Ce n'est pas la morale <c de Jésus-Christ. La morale de Jésos-Clirist vo«s « prêche partout le silence, la retraite, le détache- «r ment du monde. La morale de lésti&Chhflt veut

ce que \o\ii> bo) oz mi&cricordieiix, comme Dieu eH mi~ ce sârkordieux; que vous soyes parfaUs comme tQir^ a Pirer qui est aux dmx est parfait, La morale de « Jésus-Christ veut que vous aimiez Dieu de tout it wntre cmutf 4k toute «eire énM et de téuU «oire « sée; et que si vous ne pouvez pas parvenir à ce a degré de perfection sur* la terre, vous lasàjiez dt^ <c efforts continuels pour y arriver. Voilà ce que

« prescrit la iiiuiiilc cly Jésus-Christ. Mais Li murale a dont on parie, c'est la morale du monde, c'est la a morale du démon, c'est la morale de l'efifer (i). »

(1) Ëdiiion de Puris. Toiae 1", pages i3*47.

9jmam sàimm. T08

La seconde coudusioD du discours est que nous deyoBS songer aux moyens de corrigef les

Hiauvaises habitudes et d'en acquérir de bonnes. Pour y traTailler avee succès, il £aut revenir raille et mille fois à la charge.

<c On serait plus frappé de cette réflexion si, c comme nous disions dan» le corps de ce diseons, c on s'employait quelqueftns à s'étudier soi*mème. « Mais la plupart des gens vivent sans recueillement « et sans réûexion. Nous nous dis8ip(»is au dehors; « nous nous répandons sur tous les objets; nous ce nM)ntons dans les cîeux pour y découvrir des astres « nouveaux; nous descendons dans les abtmes, et « nous creusons jusque dans les entrailles de la « terre; nous parcourons l'un et l'autre monde, a pour aller chercher la fc»tune dans les pays les « plus reculés, et nous ignorons ce qui se passe chez «c nous. Nous avons uu corps, une âme, chets-d oeu- « yre du Tout-Puissant, et nous ne réfléchissons ja- « mais sur ce qui s'y passe, sur la manière dont « nos connaissances s'acquièrent, dont nos préjugés « naissent, dont nos habitudes se forment et se for* <c tiûent. Si ces cuunaissances n'étaient bonnes que a pour la spéculation, on aurait lieu pourtant de « nous taxer d'indolence sur ce que nous les n( gli- <r geoi^; mais comme elles ont une relation intime ce avec notre salut, on ne peut que déplorer notre « tiédeur sur ce sujet Étudions-nous donc nousa mêmes; devenons raisonnables si nous voulons « devenir chrétiens; apprenons cette vérité impor*

70fc lACQI» SAM*.

«c tante que nous avons prouvée, savoir, que les c«r*^ a tus êoequiirmt par h travail^ par de$ aelu réiUrét.

a Et qu'on ne dise point ici, qu'il ut laut yas « raisonner à l'égard des vertus chrétieones, comme « sur les autres habitudes de Tâme, et que le Sainttt Esprit saura bien corriger subitement uos préjugés a et déraciner nos mauvais penchants. Sans doute, a nous avons besoin de cet Esprit. Oui, Esprit saint ! « source éternelle de sagesse, quelque grands que fit soient mes efforts et ma vigilance, quelques mou* a venienls que je mu donne pour mon salut, je ne a me fonderai jamais sur moi-même ; jamais je nem^ a eenserai à mes rel$, jamais je ne sacrifierai à nm a fiels iHabacuc, I, 4 5); jamaU je ne m* appuierai ce sur ee roseau cassé (Ésaïe, XXXYI, 6); jamais je « ne serai sans sentir mon néabt et sans demander a ton assistance.

« Mais, après tout, ne croyez pas que les opéfif rations dn Saint-Esprit soient semblables à ces « enchantements fabuleux, renommés dans nos ro- « mans et dans nos poèmes. On vous Fa dit mille a fois, et Ton ne saurait trop vous le répéter, la a grâce ne détruit point la nature; elle ne fait que « la perfectionner. L'Esprit de Dieu vous aidera bien a de ses lumières, si vous travaillez iorlenieut à « étudier la religion ; mais il ne vous infusera pas « cette connaissance, si vous dédaignez cette étude. <c L'Esprit de Dieu établira bien Tempire des vertus « chrétiennes dans votre cœur, si vous vous em* «c ployez à cet ouvrage; mais il ne viendra pas

JACQUES SAVRIM

«t porter ces vertus au dedans de vous, au milieu « de vos distractions et de vos désordres. Et, après « tout, nous devons nous employer à devenir bons « chrétiens, comme nous nous employons à devenir « bons philosophes, bons mathématiciens, bons pré> « dicateurs, bons nigociants, bons capitaines, par « i assiduité, par le travail, par des actes réitérés, « par un exercice opiniâtre et continuel (i). »

L'orateur termine en disant à tous, jeunes et vieux : « Il en est temps encore, convertissez vousl »

On a pu le voir par ce qui précède, la conversion, chez Saurin, se présente comme [un acte composé, comme un tout complexe, dont le principe est tin, mais n'est pas mis en saillie. Ces mots : reUmr à Dieu, la définissent très bien.

Le mot convertir n'exclut certjiiuement aucune des idées que Saurin y fait entrer ; un homme converti est, actuellement ou virtuellement, tout cela.

Néanmoins, quand ou presse le devoir ou la nécessité de la conversion, il n'est pas indifférent de la pré-* senter dans l'ensemble de ses résultats ou dans son principe ; car dans le premier cas (c'est-à-dire si Ton ne voit que les résultats), on prêche la loi, et dans l'autre, rÉvaiii^ilc.

La rédemption (qui est le principe de la conversion) ne peut pas avoir dans TËvangile une autre place que la première.

Cela ne vent pas dire que la foi à la rédemption

(0 £<liUoD de Parts. Tome 1", pages 37-38.

au salttl par grice soU toute b couveraon, maî»

seulement que cette foi en est le principe, le geime,

Gepeudaot, il «st certaiu qu'au ue peut presdve uu

bûoima que sur le terrain ou U se trouve. Hors do la coDuaisaauoe de VÉvangiie» quel est ee tenraio? Au» trement, quel est Tordre de seutiments et de pensées auquel on aura atiaue? D'où laui-il partir avec ceux qui ne eroieut point eneore? — » De l'idée d'ase responsabilité compromise, d'un vide mlérieui a combler, du besoin d'un changement.

Ceux qui sont dans cette disposition doivent tmuver nu lard qu on leur prêche la conversion dans le sens de SauriUi et ils Je trouveront naturel jusqu'à ce que Vinutilité ou Timpuissauce d'une telle prédication les ait désabusés.

U faut donc» à ceux qui ne sentent pas jusqu'à quel point ils sont compromis, le montrer; — à ceux qui le sentent (ou aux premiers, quand ils sont venus à le sentir), montrer que la bonne nouvelle de rËvangile est leur refuge.

Or, cette bonne nouvelle eu renferme deux : celle du pardon — et celle que, dans la foi au pardon, ils trouveront la sanctification^ sans laquelle il n'y a point de salut.

Prêcher cela, c'est prêcher la conversion. Accepter cala» c'est se couver tir, *^ mot d'autant plus juste, que ce fait si simple, si indécomposable en apparence, renferme, dès I cuirée» plusieurs éléments, un riche développement moral.

Néuunoiiis^ U ne dépend pas da nous d'ôler m mot conversion son sens Toigaire; la conversion est pourtant bien ce que Saurin a dit; le délai de la coDYmioii est le délai qu'on apporte an redressement de sos voies et au eliangement de sa vie; bculemeut il iallait arriver à la conclusion : que tout cela ne peut se faire que sous une condition, que cet édî* fîce ne peut s'élever que sur un terrain, celui de la loi. Saurin ne l a pas lait, et c'est là son tort, qui est fort grave. Il en résulte que son discours, admirable du reste, est comme une mouUe qui n'a pas de ressort ou qui n'est pas montée.

Quant à eeux qui, acceptant TEvangile, croyant à TEvangile, et c'est bien à ceux-là que Saurm s'adresse, ne font pas des fruits convenables à la repentance, que fallait-il leur dire? Fallait-il leur prêcher la sanctification, abstraction faite du salut gratuit? Mais pour eux, comme pour tous les autres et pour tout le monde, la foi au pardon est la cheville ouvrière de la sanctiiication.

Saurin, an sujet de la oonversioti, parle des <r#»naissances comme du premier élément dont elle se compose ; mais il ne dit pas en quoi ces connaissances consistent, et la manière dont il en parle écarte l'idée simple de la foi.

U représente aussi la conversion comme l'acqui* sition d'une haUtude (qu'il appelle aussi de temps en temps un fonds). Mais je crois que la conversion est l'acquisition du fHudfê même de cette habitude.

TOB MCQCES 84UIUN.

n n'en résultera pas que la conversion en soit pins

facile, moins exposée par les délais; car rétablissement de ce principe co&te beaucoup; c'est une révolulion profonde; Tacte qui consiste à se tourner décidément vers Dieu, est aussi diiEciie à consommer qu'une habitude est difficile à acquérir.

Il faut savoir s*il y a un tel acte, un mouient où l'âme commence à appartenir à Dieu, où le poids de Dieu Tentralne, avaot que soient ^contractées les habitudes dont parle Saurin, un moment où Ton passe de l'incrédulité à la foi, ou de la foi morte à la foi vivante; — en d'autres termes, si l'habitude contractée n'est pas le résultat d'un acte premier, par lequel on rompt avec le passé et qui est la conversion.

Les devanciers de Sauhn emploient le mot de conversion dans le même sens que lui (I); mais ils exposent plus complètement les principes. La justificatiua -par la foi est pour eux, implicitement et explicitement, la base de TËvangile. Le salut par la foi est en effet un paradoxe insoutenable, si ce n'est pas une vérité capitale, et il faut n'en faire aucun usage ou le mettre au-dessus de tout, v tout ramener, en laii e tout dépendre. A ceux qui ne croient pas, il liant dire : Croyez ! et à ceux qui croient sans vivre, il font dire aussi : Croyez ! vous ne croyez pas, car vous ne vivez pas.

(i) Voyez Le Faucheur, sur le même texte que Saurin ; Superville, sur \ Ari^^iagt l'ÉvaHffUê sur la loi, et MesUreztt, sur ces parol«i : Le Jtutê vivra 4« Ut

iACQISS 8AURtK. 709

Avec ce complément, une prédication comme celle de Saurm conviendrait à nos chaires ; car la plupart de nos auditeurs sont des incrédules ou des croyants à foi morte, des gens qui tiennent l'Évangile pour vrai, mais qui, n'ayant jamais bien connu cet Ëvan» gile, ayant négligé de compléter leurs connaissances religieuses, ont été facilement ébranlés par les sophismes du monde et de la science. Il faut s'adresser aux besoins du cœur, parler à la conscience, chercher à convaincre de la nécessité d'un retour à Dieu; il faut, en un mot, faire ce que fait Saurin, mais ne pas s'arrêter où il s'arrête.

Revenons à l'idée de conversion. Réal la déûnit : « Le changement qui se MX dans les idées, dans les « sentiments, dans la volonté et dans la conduite « d'une personne qui se repeut vraiment; change* « ment représenté sous Timage d'un homme qui , « ayant marché quelque temps dans un chemin qu'il « croyait bon, reconnaît quil s'est trompé, revient «t sur ses pas, quitte ce mauvais chemin et en rea prend un meilleur, où il marche avec assu- « rance (1). »

Cette définition ne mesure pas les intervalles du chemin. Elle est bonne, dans son vague, et, comme on le voit, insiste aussi sur l'idée d'un retour à Dieu.

«c La conversion, selon M. Fabre, est le premier a pas que i iiomme fait dans la voie de la régéné- « ration (â). » — M. Bumier, dans son Akrégé de la

(0 Réal, Cours de religion ^^tvn»

(s) Fabab» Couri iê Rgtigiong ptga 219.

7f 0 tunfsen sànoir*

doctrine du salut, ne pronooce pas même le nom de la oonversion.

Les prédicateurs du réveil Font beaucoup pro- DODcé, mais out appliqué presque exclusivement ce mot à l'acceptation dn saint, et il est vrai que cehn qui a, de cœur, accepté Jésus-Christ, est cooverti; mais avant d'avoir été transporté à ce point de vue, le mot de convenim ne pent avoir ce sens pour Inî; U en a un autre qu'il faut maintenir, c'est l'acte (et non le moyen) par lequel on retourne à Dieu, c*est la rentrée dans le bon chemin, a'imporle combien de pas on y aura faits.

Eik étudiant tons les passages de la Bible où il est parié de coiiversion, on anive à un sens vague, mais qui peut Tétre sans inconvénient. TanU^t c'est Tacte par lequel on accepte la grâce, tanlAt le développement de cet acte, tantôt les deux sens réunis. ' Le mot mène de tonmmn ( Imcrrpoçif ) ne se trouve qu'une seule fois dans le Nouveau Testament (Actes XY, 3); le mot cowmiir s'y rencontre souvent an contraire; mais quand il est employé dans nos versions, il ne répond pas toujours au môme mot grec.

Il y a dans TÉcriture sainte un mot {xm en hébren, licurrpl^peoOm et p.rcavodv en grec) qui ne peut se traduire que par «e comnlir, et qui évidemment signifie : changer de dispositions à F^rd de Dieu. Ce n'est qu'au point de vue du chrétien que ce mot peut désigner Tacceptatioii du mystère de piété et être pris dans le même sens que la foi; mais réellement, objectivement il ne si^mlle pas cela.

lAGQUSS fâURtlt. 711

tSAiiriii, d« 0on c(Vté, rêpféêmtê la oonversion

comme la pleine possession des avantages promis au chrétien» comme une actualité, non comme une virtualité. Il Ta confondue avec la sanctification; il fait mémo de la sanctificatioQ une partie de la conversion. Le sens réel du mot canœrsUm est entre la notion moderne de ce mot et le sens que Saurin lui donne.

Les trois longs discours de Saurin sur ce grand snjet forment vraiment un livre sur la conversion. La séparation qu'il a adoptée eatre la raison» la ré* -vélation et Thistoire, se justifie très bien au point de vue didactique; mais elle nuit à TefFet oratoire. Sous ce rapport Massillon lui est bien supérieur.

Le discours que nous avons analysé donne l'idée de toute une classe de sermons de Saurin, sermons à forme didactique et savante. Il en « d'autres d'une structure beaucoup plus simple, entre autres ses sermons de circonstance. Le sermon sur les Dévotiom passaffiresy qu*on cite beaucoup, a peut-être plus de renom qu'il n'en mérite. Il est déparé par l'abus de l'exi^èse. Je préière» pour nta part, le Sermou pour le Jeùm céUèri è Vûwmiwrû de la etmpëgnê êê 1 706» peu avant la bataille de Ramillies, où Mariborough défit l'armée française* Ce sermon est presque en entier de la plus grande beauté; la marche en est rapide et l'éloquence simple et peu chargée.

7td JACQVBS SAURIH.

(M. Vinet a teratiné ici sod cours. H s'était proposé d'analyser encore avec ses élèves quelques sermons de Saurin^, mais il en fut empêche. L'analyse suivante du sermon sur les Frayeurs de la mort (1), sur Hébreux, lï, 14-15, qu'il avait préparée dans la pensée qu'il aurait le temps d'en foire usage, s'est trouvée parmi ses. notes. Éditeurs*)

Exorde : Dans le inonde , si quelqu'un ne craint pas la mort, c'est qu'il ne la connaît pas. La connaitre et ne la craindre pas, voilà le secret du chrétien.

Ce qui la rend terrible, c'est :

i« L'ignorance de ce qui doit la suivre;

2° Les remords de la conscience;

3° La perte des biens, etc.

La mort de Jésus-Christ est le remède à ces trois maux.

I. La doctrine et la mort de Jésus-Christ prouvent Timmortalité de l'âme.

Sans cela sa doctrine serait incomplète et mutilée. Sa résurrection, du reste, en est une preuve de fait.

Voilà, si l'homme n'avait pas d'autre sujet de craindre la mort, voilà de quoi le rassurer; car combien n'est-ii pas probable qu'il sera plus heureux dans une autre économie! — Biais il a un autre siyet de crainte : la justice de Dieu.

IL La mort de Jésus-Christ dissipe cette seconde crainte.

Le premier argument est tiré de la raison. Jésus-Chii:>l, soutirant comme homme, a satisfait à Dieu soutenant les droits de la Divinité.

Ijo second argument est tiré de la justice divine. D'abord elle n'a rien qui s'oppose à ce dogme. Ensuite, elle nous y conduit directement.

Le troisième argument est tiré des sentiments de la conscience et de la pratique de tous les peuples.

Le quatrième, de l'accord de notre foi sur cet article avec

(1) £ditkm de Paris. Tome II, page 3SS. — Sermon» dwuii, page sis.

JACQUES fiàURlN. 713

celle de tous les siècles qui se sont écoulés depuis Jésus- Christ jusqu'à nous.

Tout celâ sont des préjugés en faveur du dogme de la satis£acti<on.

Or^ ce dogme, ce qui est concluant^ nous le trouvons partout dans les Écritures.

Première classe de passages : ceux qui disent que Jésus- Christ est mort pour nous.

Deuxième classe : ceux qui disent qu'il a porté la peine que nous avions méritée.

Troisième classe : ceux où notre salut est présenté comme étant le fruit de la mort de Christ. (Ce fruit n'est point attribué à sa doctrine, à seslmirades, etc. Yoyez^ au reste, les paroles qui suivent le texte.)

Quatrième classe : ceux qui nous font envisager la mort de Christ comme la réalité dont les sachiices étaient simplement la figure.

Cinquième classe : ceux qui rapportent les circonstances de sa mort. (Nul homme deins Tunivers ne devait mourir avec autant de joie que Jésus^rîst, s'il se fût agi d'une mort ordinaire. )

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