Ëûets de cet amour
a) C'est à cause de son Église que Dieu a créé le
monde ;
6) A cause d'elle qu'il le conserve (jusqu'à ce que le nombre des élus soit accompli, et alors il n'y aura
plus de motif de conserver le monde) ;
c) A cause de son Église que Dieu a évangélisé à Adam;
d) A cause de ses bien-aimés que Dieu a envoyé son Fils au monde ;
MEIUUi DO MOUUK.
e) A cause d'eux qu'il a envoyé ses apôtres et qo'ii envoie ses anges.
« Quoi plus? INeu en son conseil a jugé ce del a tant luisant et magailique n'être pas assez beau c pour y loger ses en£aints; U renversera ces deul « pour bâtir à ses bien-aimés une plus belle maison. « Il viendra y au dernier jour, parmi Tembrasement «t du monde, pour nous mettre à sauveté, oommè « quand uu père entre en une maison qui bruie pour c en arracher ses enCants* »
Outre ce qui est commun à tous les fidèles, preuves particulières d'amour, données à chacun selon son besoin particulier. ^
La source de cet amour, c*est Téleetion.
r^ous en sentirons les derniers et suprêmes eUets^ lorsque Dieu, le combat étant achevé, couronnera ses enfants de gloire et d'immortalité. « Là les bien- < aimés de Dieu le béniront d'une tout autre £ftçon « que nous le bénisBons en cette vie. » Explication de ce que c'est que hémr^ selon que c'est i)ieu qui bénit rhonmie, ou l'homme qui bénit Dieu.
Mais c'est peu de chose de bénir Dieu par nos pa*> roies, si nous ne le bénissons par nos œuvres, a Tout « homme qui s'adonne à choses Saintes, justes et « honnêtes, gioriQe Dieu, quand même il ne parlerait « point. »
£n résumé, quel est notre jugement sur Du Moulin, considéré comme prédicateur ? — Ce n'est pas nn orateur du premier rang. Le génie lui manque* Il
48 flI^Ë DU MOULIN.
a une doctrine ferme, une piété solide, vraie, simple ; la piété des vieux âges, ni sublile, ni roide, ni sentimentale; mais il n'a ni des pensées bien profondes, ni beaucoup de sensibilité, ni beaucoup d'onction. Sa logique, quoique en général irréprochable, n*est pas parfaite pour la méthode. Son style n'est pas très correct, mais il a de la verve et de la couleur. Du Moulin a aussi prodigieusement d'esprit.
Il est, du reste, plus éloquent là où la circonstance l'a animé; ainsi dans le livre du Combat chrétien, épitre de consolation et d'exhortation adressée de Sedan, où il venait d'arriver, à son Église de Paris, alors sous le coup de la persécution qui suivit la rupture du traité de Montauban. Il n'y a rien de bien original dans cet ouvrage; mais tout y est excellent, et le style en est plein de vigueur et de verve.
Les sermons et les écrits de Du Moulin paraissent plus éloquents lorsqu'on connaît sa vie. Il n'a rien écrit qu'il n'ait fait, rien recommandé qu'il n'ait pratiqué. S'il manque un peu, *la plume à la main, de suavité et d'onction, au moins n'a-t-on pas à lui reprocher d'en avoir mis dans ses écrits plus qu'il n'y en avait dans sa vie. Il nous présente un exem«* plaire complet de ces cbampions de l'Évangile au dix-septième siècle, de ces membres de l'Église militante qui, s'ils n'ont pas toutes les grâces que le christianisme produit dans les temps paisibles, possèdent à un haut degré la fidélité, l'intégrité et la charité. C'est un héros. Au moment de mourir, à quatrevingt-dix ans, épuisé par une longue maladie, qui
ntKRI DU HOUUlf. 49
éteignait mèiiie ses adections pieuses : « Éveillez- « moi, dàUii à ses amis, éveilloHnoi! » Ainsi, mourir est pour lui une acUon. Un empereur veut mourir debout, un chrétien veut mourir vivant. C'est un de ces mots qui suffisent à garantir toute une vie (i).
Ajoutons ici, en forme d*apj)endîce, quelques extraits du livre inlilulé : Le Combat dmuen (2).
Yoici le commencement de la dédicace :
« A rÉglisc de Dieu, qui est à Paris, et à tous a ceux qui aiment Jésus -Ciirist et souffrent pour a son nom. Grâce vous soit et paix de par Dieu « notre Père, et de par le Seigneur Jésus- Christ.
ce Messieurs et frères, nous commençons ordi- « nairement à reconnaître combien valent les choses « quaml nous les avons perdues. C'est ce que vous <r expérimentez eu ce temps calamiteux, auquel, vos « saintes assemblées étant dissipées, vous reconnais- « sez l'excelieiiLu des biens que Dieu vous a olés, 4c et regrettez avec une sainte altération cette grâce « inestimable.
a C est ce qui m'a incité à vous départir ce que « je puis de consolations spirituelles, et à tâcher
(ij Du Moulin a rappelé lui-même le mot df Vo'ipnsion, « qu'il Taul qu'un rm- « pcrcur meure dt bout. » Il rnp^iltqiic nu pasU iir lui' le, dont la morl, dil-il, doit « servir à &a vocalioii. »< {l'rfmiere décade, ^etmun IV.)
(2) Du Combat chrestien, ou des yéffltctions. A MtMxmn de l'Église réformée de Paris, ptr PifiakB Do Mocli."), ministre de tm Parvis de Dieu à Sedam €t professeur en Géologie, La première 6dilloii eH de Sedan, 1622; lei Mil* mtes oDl été revues el augmeiiléet. La aepUénM «ai de Génère, i«TOw
50 PIERRB DO MOUtm.
« de contribuer quelque chose à alléger votre doute leur. Car combien que la tristesse rebouche Ja <x pointe de Tesprit et rende les conceptions plus « languissantes, si est-ce que j'ai espéré que Dieu « subviendrait à ce défaut par l'assistance de son « Esprit, et que le manquement que la tristesse « m apporte serait suppléé par l'aiTection et par « ramojir cordial qu'un fidèle pasteur porte à son a troupeau.
«r Car Dieu m est témoin combien vos afflictions « me cuisent, combien elles m'arrachent de sou- « pirs à toutes heures, combien ma vie ui'est « amère depuis ma séparation, m'étant impossible <c d'avoir la main ailleurs que sur cette plaie et de a penser à autre çhose qu'à votre afîliction. C'est « cette tristesse qui m'a mû à vous tracer ce traité «r de consolations, écrites de larmes et interrompues a de soupirs. »
Dans un premier livre, l'auteur traite des afflictions commwm à tous les hommes. L'homme craî* gnarit Dieu ne s'y comportera pas comme les autres. .« Il déchargera ses larmes au sein de son Père, et « sera attristé, non du mal qu'il sent, mais du mal a qu'il a fait, et pleurera ses péchés dun pleur de . « repentance(l). »
Après avoir parlé des maladies et des infirmités corporelles, l'auteur en vient à la pauvreté. Il cite d'abord l'exemple de Jésus et des apôtres; puis il ajoute : « Le iidèle aussi reconnaîtra que par la
(1) Livre 1, chapitre U.
riBRRB DU HODLIN. 51
a pauvreté Dieu le retire des débauches et l'éloigné
« des tentations et le réduit à sobriété II dira
« duiic en soi-même : Dieu sait ce qui m'est salu- « taire, il sait que si j'étais riche je deviendrais « insolent. Ayant plus à distribuer, j'aurais un plus « grand compte à lui rendre. Gomme aux riches il « propose la couronne de charité chrétienne, aussi « à moi il réserve la couronne de patience : VÉter- < fiel ta donné y r Éternel l'a été; le nom de l* Éternel « $oU 5^nt.(Job, 1, 21.)
a Certainement quiconque a la crainte de Dieu « trouvera en icelle un trésor inestimable, et des « richesses qui élèvent la pauvreté par- dessus toute
« abondance Celui qui a la vraie piété, se re-
« connaissant voyageur et étranger en la terre , ne « se souciera pas en quel éciuipage il passe ce « chemin , pourvu qu'il parvienne au royaume de « Dieu
« 11 dira donc à part soi : Je n'ai qu'un corps à « nourrir et à vêtir. Peu de terre suffit à nourrir « un homme en sa vie, et moins encore à le cou- « vrir après sa mort. Peu d'argent suffît à vivre « honnêtement, mais encore moins à mourir heu*a reusement. De tant de linceuls dont les coffres « du riche sont pleins, un seul suffira pour Tenve- « lopper après sa mort. Car nous sommes venus « nus au monde, et en sortirons nus, et n' emporte terons rien de tous nos biens que ce que nous « aurons donné au pauvre; car celui qui donne au u pauvre prèle à usure à Dieu, (Proverbes, XVil, « 19.)
52 PIERRE DU UOUU».
« En quoi la nature même nous enseigne; car a que nous chaut-il si nous buvons d*on grand ou <K d'un petit ruisseau , pourvu que nous soyons ras- « sasiés? si nous prenons d*un grand ou d'un petit a tas d*ârgent, pourvu que nous soyons nourris?
« Quiconque pèsera bien ces choses reconnaîtra <c que la misère des pauvres n est |)as en ce qu'ils « portent envie aux riches , et ne se peuvent accom- « moder avec la pauvreté. Car nous avons de mal « qu'en matière de vertus, uuu» iiuus comparons à a ceux que nous pensons nous être inférieurs , et « en devenons présomptueux; mais en matière de « richesses nous nous comparons avec ceux qui
« nous surpassent, et en devenons envieux Au
a lieu qu'il fallait regarder à ceux qui sont plus « vertueux que nous, afin de les ensuivre, et à « ceux qui sont plus pauvres que nous, afin de
« rendre à Dieu action de grâces Tellement que
« qui('on{|ue assujettit son jugement aux règles de « la Parole de Dieu, au lieu de porter envie aux « riches, rendra à Dieu action de grâces pour sa a pauvreté. Car comme un homme de hbre con- « dition, qui est simplement habillé, ne portera « jamais envie à des lacjuais couverts de broderies a et de hvrées magnifiques, pource que cette a grande magnificence est marque de leur service tude, ainsi un homme craignant Dieu, réduit à « une petite condition, ne portera point envie aux « richesses des hommes mondains, pource que par «t ces mêmes richesses Satan les tient en servitude.
PIBRBB DU VOUUII* 53
« les enlace en ses filets, et les traîne par leurs « convoitises.
<r II platt à Dieu de traiter ainsi ses enfants, et « les réduire au petit pied, pendant que les mé- « chants vivent en abondance, faisant en cela « comme les pères soigneux de la santé de leurs « enfants; car en une grande maison souvent il «r advient que les valets s'enivrent et font grande « chère, pendant (]ue le père de famille fait faire « diète à son fils , pour prévenir une maladie.
« Nous avons un autre mal : c'est que bien sou- « vent nous appelons pauvreté ce que plusieurs « excellents serviteurs de Dieu eussent estimé abon- « dance. Tel s'estime pauvre qui a plus d'argent « que n'avaient tous ies apôtres ensemble, dont le « plus pauvre s'estimait être riche. Car nous mesua rons les richesses à Faune de la convoitise, laquelle « n*a point de bout, au lieu de les mesurer à l'aune « de la nature , laquelle est courte et se contente de <r peu. Et encore de ce que la nature requiert, la « piété en rogne quelquefois^ quand il plaît à Dieu de « réduire ses enfants à se passer des choses ([u'ou a estime nécessaires, aRn de les accoutumer à se « passer plus aisément des superflues (1). »
Après avoir parlé encore de la perte des proches, et donné des « conseils et consolations générales « contre toutes sortes d'afOictions, » l'auteur, dans un second livre, traite des afflictions propres aux tnfanti dt DUu :
(i; Livre I, chapitre Ul.
5i riBRRB 1>U MOUUK.
« Depuis que Dieu a dit qu'il mettrait iui-
et mitié entre la semence de la femme et celle du
« serpent, l'Église a toujours été persécutée. Ses « souffrances ont commencé en Abel et finiront au « jour du jugement. Sitôt que Dieu a restreint son a alliance à la famille d'Abraham, de deux enfants « qu'il avait, celui qui était né selon la cbair baïsa sait celui qui était né selon l'esprit. Jacob et a Esaii, représentant deux peuples contraires, s'en* « trepoussaient dans le ventre, et leur querelle a « coiimiencé devant leur vie. Dont aussi Fl^^lise, « au Psaume GXXIX, se plaint d'avoir été souvent « tourmentée dès sa jeunesse. Maintenant donc a qu'elle est parvenue à sa vieillesse, espérerait- « elle de la prospérité au monde, vu que Satan n'a « point changé de naturel et que le monde est pla- « tôt empiré?
« Par ce chemin ont passé les prophètes et les «c apôti^s, et toute cette nuée de fidèles témoins, « desquels le monde n'était pas digne, dont parle « r Apôtre aux Hébreyx, en l'onzième chapitre. « L'Évangile ne nous propose que la croix. Et TA- « pocalypse n est qu'un tissu allégorique des cornet bats de l'Église de Dieu. Celui ne se scandali- « sera point des tribulations de l'Église, qui se « souviendra que Jésus-Christ nous a prédit : Vou$ 8 pleurerez et lamenterez, et le monde s'éjouira, (Jean, « XVl, 20.) Vrai est que les persécuteurs pleurec ront à leur tour. Mais toujours la sentence de
l'apôtre saint Pierre demeure ferme, que Uejuge^
a mtnts de Dieu eommeneeni par sa maison, (â Pierre,
« IV, 17.) TolleiiKiiL qu au lieu de nous ébahir do c nous voir aitligés et persécutés , nous devrions c plutôt nous ébahir s'il arrivait autrement. Comme € le voyageur auquel on aurait dit : Voire chemin
< sera par un pays pierreux et par des haiiers, c croirait s'être fourvoyé s'il ne trouvait que des « prairies et un chemin uni(i). »
Du Moulin indique trois causes pour lesquelles l'Église de Dieu est sujette à être allhi^ée La première est la sagesse et ia justice de Dieu; la seconde, la nature du monde et du diable.
a L'Écriture sainte nous parle de ce monde « comme d'un pays où TÉglise est étrangère. Tout
< homme craignant Dieu est ici -bas semblable à a une plante étrangère apportée d un pays éloigné, c qui a bien de la peine à croître; mais les mé* « chants ressemblent aux orties, cjui croissent sans
« arroser^ pource que la terre est leur propre mère, c Le régne de Jésus^Chrisî nesl point de ce monde;
€ or son règne ^ c'est TÉglise de Dieu.
«c II y a plus, c'est que ce pays étranger,
« par lequel nous avons à passer, est le règne du ♦ diable; car Jésus-Christ, appelant le diable Prince « de ce monde (Jean, XVI, ii), appelle par consé- « quent ce monde le règne du diable. Or ce serait c mal prendre ses mesures que de s'imaginer que « les enfants de Dieu puissent vivre longtemps en « paix dans le règne du diable. £t certainement
(I) Utre U, cbapiire U.
66 PISKBI VQ KOULIM.
« toutes et qaantes fois que rÉcritiure sainte nous
a appelle ciiiïuils de Dieu, elle nous prépare (acic temeDt à la persécution. Ët qui doute que^ quand « Jésus-Christ voudra chasser le diable d'un pays «c par la prédication de TEvangile, le diable ne « fasse tous ses efforts pour lui résister?
<c Nous pouvons à bon droit comparer un état où « l'idolâtrie règne à un corps pos:5cdé par l'esprit cr malin. Tout ainsi donc que quand Jésus-C3irist « commandait à un esprit immonde de K)rtir d'un n corps, ce malin esprit tordait et déchirait ce corps c de tout son pouvoir, ainsi quand Jésus-Christ, par « la prédication de sa Parole, veut chasser Tidolâ- « trie d'un pays et déposséder le diable de quelque «c coin de son empire, cet esprit immonde déchire a le pays de guerres civiles, suscite des troubles, a émeut des scandales, afin que, s'il ne peut aca câbler rÉglise, au luuins il rende odieuse parmi a les peuples la doctrine de salut, comme cause c de ces confusions (1). »
€ La troisième cause des afflictions de l'Église est « la nature de TÉgiise même, et les vices qui s'y (C glissent par la paix et la prospérité. Car comme « les douces pluies, en faisant croître les blés, ibnt < nattre quant et quant force mauvaises herbes, et € comme le soleil, au renouveau, avec les belles «c fleurs, amène aussi plusieurs sortes de vermine, « ainsi la paix rendue à r%lise après la persécu-
(OUneUiCbapiliellI.
* PlSaRE DU MOULIN. 6T
« tion, BOUS ayant renda la prédication de sa Pa-
a role, a aussi amené plusieurs vices.
<K Après les massacres qui nous ont diminués ^
et les bannissements qui nous ont écartés, Dieu € nous avait rétablis par une excellente délivrance, « et étions un exemple mirarculeux de la faveur de « Dieu devant les yeux des peuples étrangers, qui c étaient ravis en admiration de voir qu'à la vue (1 d'une oour, et ès grandes villes du royaume oti « notre sang a été si souvent épaudu, l'Église était « relevée avec splendeur, et TÉvangile prêché avec c tant de liberté. Ils disaient ce qui est dit au a Psaume GXXYl : Certainement, l'Éternel fait choses € fprandes à cêux^*
« Mais rien ne nous défaillant , nous nous sommes (C défaillis à nous-mêmes, et n'avons pas bien rec connu le temps de notre Visitation. Car peu se a sont souciés de relever les ruines de la maison m de Dieu, mais chacun s'est mis à rebâtir la « sienne. On s'est mis à amasser des biens, au lieu t de faire provision de bonnes œuvres. Uavarice et < rinsolence se sont accrues, mais la piété s'est c diminuée. Les querelles se sont allumées, et le € 2;èle s'est refroidi. Les habits ont été somptueux, « et les aumônes cblches. Nous avons été impa* a tients en nos injures, mais peu sensibles ès in- « jures contre l'honneur de Dieu. Au lieu de nous « ^icourager mutuellement en l'œuvre du Sei* « gneur, nous avons été envieux l'un de l'autre.
« Cette généreuse noblesse, qui, du temps
c de nos pères, brûlait de zèle et était le support
« et rornement de l'Église de Dieu, dont la vertu 9 soutient encore nos vies, qui était sobre, honnête
< et courageuse, estimant que perdre pour Jésusc Christ était un grand gain, tanl lilx raie de son « sang, tant chiche de la gloire de Dieu, a laissé a une [KjsliM'ik' 4111, [K)iir la plujiart, n'est ardente « qu'aux voluptés, n'est courageuse que pour les « querelles, mais lâche et faible contre les vices, a pleine d'une ignorance arrogante, prête de vendre « ses frères pour peu d'argent, et tourner le dos c à Dieu pour un morceau de pain.
€ La hantise des adversaires a corrompu nos € mœurs, et n'étions quasi distingués d'avec eux « que par la diversité de profession; comme si Sac tan avait arraché de nuit les bornes qui nous sé-
< paraient, ou comme si nous étions sortis des « persi^'cutions pour entrer dans les vices.
c Les répréhensions des fidèles pasteurs ont été a mal reçues, et on s'est irrité à rencontre, comme «f si une personne dilibrme cassait le miroir dans « lequel elle a vu sa laideur. Et la Parole de Dieu « n'a pas eu son etiic ju e ordinaire : comme si ce « glaive spirituel avait perdu sa pointe, ou s'était « rebouché contre la dureté des cœurs; comme si a la nu iiace que Dieu fiait par ses prophètes tou- « chant le pain corporel, de rompre sa force et sa « vertu nutritive, était advenue au pain spirituel a de sa Parole (I). »
(OUtre U, diapitr« UI/
PIEHRE DU UOULIN. 99
Après d'assez longs développements sur le même sujet, i'auleur montre les ejjtU el fruits que Dieu lire des afiietionSf — et d* abord pour ies hypocrites :
a Eli proiDier lieu, notre Dieu, par les alllictions, « a accoutumé de nettoyer son Église, et en faire « sortir les hypocrites, fl crible son Église pour en a séparer l'ordure. Il prend le van en sa main « pour repurger son aire, afin que la paille et les a esprits légers soient emportés par le veut de la
« persécution Saurait-on que c'est que la vraie
« foi s'il n'y avait de rudes épreuves? Pourrait-on « discerner les vrais Qdèles d'avec les hy|)<K mes, c s'ils n'étaient éprouvés au creuset d'atiiiction? « Alors paraît combien ce sont clioses diflérentes « que parler et que bien faire. Alors on reconnaît « la différence entre la foi et la sécurité chamelle, a entre le zèle et la violence aiïectée, entre être « de la vraie religion par coutume ou par nais- « sance, et Fétre par affection ; comme disait Si- « méou à la mère du Seigneur : Une épée percera « ta propre dme, afin que les pensées de plusieurs a cœurs soient découvertes. (Luc, II, 35.) Car il est < aisé de suivre Jésus- Christ aux noces ou quand «c il distribue du pain; mais le suivre jusques à la a croix n'appartient qu'à la vierge Marie, et à « saint Jean, et à peu de fidèles qui brûlent de « zèle, et que Dieu fortifie par son Esprit. Dieu c met telles personnes en vue, éprouvant contre eux m la pointe des afflictions. 11 secoue l'arbre qu*il a « piaulé, pour faire tomber les fruits qui ont le
60 PIKRRS DU Moctm.
« cœur gâté, et (fui ne tiennent à l'Église de Dieu a que par considérations humaines, et non par une a ferme fiance en la promesse de l'Évangiie. £t a semble que Dieu nous veuille amener un temps « auquel nul ne persévérera en la profession de c la vraie religion, que celui qui aura plus gros a grain de moutarde de foi.
a Si on dit : Mais l'Église perd à ces révoltes et « s'affaiblit, je réponds qu'un corps ne s'affaiblit c point pour vider mauvaises humeurs , ni une réc publique pour perdre des traîtres, et que la paix c en corrompait beaucoup plus que raiilictiou n'en € renverse (1). »
L'auteur parle ensuite du fruit dee persécutions pour les Udeies :
c Dieu, par ce moyen, les retient en crainte, ré* « veille leur zèle qui languissait, arrache des cœurs
des soupirs ardents, tire des larmes de leurs
< yeux, embrase leurs prières par la douleur. Que «si, ayant reconnu (juc la canse du mal est en c eux, et que leurs péchés ont ému cette tempête ^ € ils jettent ce Jonas en la mer, Dieu apaisera la
< tourmente et leur reudra la tranquillité.
« Tout ainsi que Dieu donne des racines plus « fortes aux arbres qu'il a plantés sur les cimes a des hauts rochers, pource qu ils sont plus rude- « ment battus des vents, ainsi Dieu donne plus « de force aux personnes qu'il expose aux ludes
tentations, et donne la foi selon la tenlation. Il
(1) Livre U, chapitra IV.
« ne jette point ses enfants dans le combat pour
« les abandonner au besoin; car aussi nous n'en* fi trons point en ce combat fondés sur nos forces, « mais sur son assistance (i). >
Après avoir parlé du iruit des persécutions pour ceux qnî en sont les témoins , Tauteur traite det consolaiions que la Parole de Dieu joumit contre la persécution, La première est la joie qu'on doit éprouver de marcher sur les traces de Jésus; la seconde est T exemple des prophètes , des apôtres et des martyrs.
« Nous sominos enrôlés en une même guerre, et ff sautenons une même cause, quoique avec moins € de vigueur; et combien que nous leur soyons a beaucoup inférieurs en vertu, si est-ce que Dieu c nous fait l'honneur de nous mettre de leur bande € et nous propos© une même couronne. Qui est-ce a qui n'aimerait mieux être eu prison avec l'apôtre ic saint Paul que d'être avec Néron sur le trône? « Ou qui n'estime la condition de Jean -Baptiste € plus heureuse que celle d'Hérode, esclave de sa « convoitise? Par l'exemple de ces excellents ser*- € viteurs de Dieu, Jésus-Christ nous encourage : «c Vous serez , dit-il, bien heureux quand on vous aura « injuriés et persécutés, et dit toute mauvaise parole « en menlanl, à cause de moi : éjouissez-vous et vous € égayez , car votre loyer est grand és deux ; car « ainsi ont- ils persécuté les prophètes qui otU éLé de- € vont vous,
(i; Livre U, chapitre IV.
62 PIBRilB DO MOULIN.
m Qui est*ce qui ne brûle de zèle en lisant
« le livre des Martyrs? qui ne se sent piqué au vif ' c( par l'exemple de Hiérôme de Prague, tançant « le bourreau qui voulait mettre le feu derrière € lui, et disant : Mets le feu (levant luui, car si c je craignais le feu, je ne serais pas ici? Ou par a Texemple de cette femme qui, du temps de Ya- « lens, courut toute déclievelée, tenant son enfant a entre ses bras, vers le lieu où on exécutait des c martyrs; enquise où elle courait, répondit : On c donne aujourd bui les couronnes, et j y veux c participer!
« Mais ce à quoi principalement Jésus -Qirist « nous prépare par ces paroles sus-aliéguées, est à c soutfrir des calomnies et injures atroces pour a Tamour de lui, à l'exemple des prophètes. Ne « trouvez point étrauge si on persuade aux rois « que notre doctrine est injurieuse contre les sou» a verains, et tend à la diminution de leur autoa rité; car auisi a été traité le prophète Amos par «c un prêtre idolâtre, qui l'accusa envers le roi Jé- « rohoani , disant : Amos a conspiré contre ^ toi au a milieu de la maison d'Israël; U pays ne pourrait € porter toutes ses paroles. (Âmos, YH, 10.)
< Ne trouvez point étrange si, bur ces calomnies, c ceux qui servent Dieu en pureté sont chassés de «c la maison du roi ; car ce -commandement fut in- « continent fait au même prophète : A'e poursuis plus « à prophétiser en Béihel^ car e*est le sanetmire du c roi et la maison du royaume, (Verset 31.}
PIBRRI DU KOCLIN. 63
* Ne vous ébahissez non plus si aiijoiiixriiui les « fidèles sont accusés Ue sédition et d'être cause « des troubles du royaume , et les rois incités à les « persécuter et à couper le bras droit avec le « gauche; car c'est cela même dont i'apôtre saint « Paul a été accusé par Tertulle : Nous avons trouvé c cet homme pesUktUieux et émouvant MUion, (Actes, « XXIV, 5.)
« El ce qui est le plus intolérable est que ceux « qui nous mettent ces blâmes à sus, sont ceux m qui ont les mains teintes du sang de nos rois, a qui de fraîche uiéiuoire oui incité les Français à c rébellion, de l'école desquels sont sortis les par- « ricides, et qui, par livres exprès, brûlés en pu- « biic par la main du bourreau, enseignent que le c Pape peut ôter la vie et la couronne à nos rois c et disposer de leur royaume. Nous aurions mau- « vaise opinion de nous-mêmes si telles gens di* « saient du bien de nous. Jà n'advienne cpi'ils « nous louent pendant qu ils médisent de la Parole « de Dieu, lequel est outragé avec nous et est joint « avec nous en cette querelle (l). »
La troisième consolation provient de la grandeur du salaire :
a Pour nous encourager à porter l'opprobre de < Christ, rÉcriiure sainte nous propose aussi la granit deur du salaire. Éjouissez^vous et vous égayez, car « voire salaire est grand ès cieux, (Matthieu, Y, 12.) « Si iésus*Ghri8t nous déclare que celui-là ne per-
(I) livre U, chapitre VI.
6Ï PIERRE DU UOULIN.
« dra point son salaire qui aura versé un verre
a d'eau froide à un pauvre eu sa nécessité, celui a qui aura versé tout sou sang pour la Parole de « Dieu demeurerait-il sans salaire? Si nous «ouftifrons avec lui y nous régnerons aussi avec lui. (2 Ti- « mothée» II , 12.) C'est lui qui nous dit : Sais fidéU « jusquBB à la mort, et je te donnerai la eouronne de a vie, (Apocalypse, II, 10 et III, 10.) Ici est la foi « et la patience des saints. Si on nous ravit nos biens, « nous avons une meilleure chevance ès cieux. Si
< les hommes nous déchassent, Jésus-Christ nous c reconnaît pour ses frères. Si nous sommes ban-
< nis, aussi bien sommes -nous étrangers en ce € monde, et n'y a plus loin d'ici au ciel que du <c lieu dont on nous a chassés. Si on nous lait pleu* « rer, Jésus-Chnst essuie nos larmes, et la pro- € messe de Dieu nous console. Si on nous fait « mourir, par cela même on nous fait vivre. You* <t loir perdre un Mêle en le faisant mourir, c'est € comme qui voudrait noyer un poisson; car c'est € le mettre au lieu oii seulement est sa vie. Que c nous importe si nous iinissons cette vie par une « fièvre ou par une épée?
a Je confesse voirement qu'à nous qui sommes «c charnels et attachés aux choses présentes, les aiUica tions sont amères; que c'est chose bien griève à « cette chair de quitter sa maison, sa terre et ses « amis, pour fuir en pays étranger ; que c'est chose a bien dure à digérer quand on se représente que la « profession de 1 Évangile est propre à tailler une
niRBS DU MOULIN» 9S
« besace à. ses enfants et à épouser une pauvreté per*
« péluelle; que si Dieu veut nous éprouver plus avant, « et nous appeler au martyre et à metti*e notre vie « pour la Parole de Dieu, alors la chair émeut de a grands combats et a de la peine à se résoudre ; — « vu même que Jésus-Christ rend ce témoignage à « saint Pierre, que quand on le mènerait au supplice, « un autre le ceindrait et le mènerait où il ne vouc drait pas, et qu'il se f&t volontiers exempté de ce « tourment s'il Teût pu faire sans offenser Dieu. < (Jean^ XXI, 8.) Mais aussi c'est lorsque Dieu opère « puissamment és coeurs de ses serviteurs, et à mesure « qu'abondent les afflictions, aussi abondent les con- « solaticms en plus grande mesure» Ët Dieu n'abana duiine point ses enfants, aius il leur fait sentir ses c puissances secrètes, et que c'est que ce sceau de c l'esprit, ce caillou blanc, ce témoignage intérieur, « cet arrhe de notre héritage, cet esprit d'adoption « qui parle és cœurs des enfants de Dieu, qui leur <t rend présents les biens futurs, et leur donne en ce « corps un goût de la gloire à venir (1). »
La quatrième consolation est tirée de la fiiiblesse des ennemis de TEglise : *
« Les persécuteurs peuvent u6ùs chasser du pays « de notre naissanœ,' mais ne peuvent nous exclure « de la bourgeoisie des cieux. Ils peuvent démolir «c nos temples, mais malgré eux nos cœurs sont fem* « pies du Saint-Esprit. Ils peuvent nous ôter notre m argent, mais ne peuvent nous ôter nos richesses.
(0 Urre U, chapitre vu.
06 ' MM* DU MOCLUV.
« Us peuvent nooB ôler nos honnem mondains, nais
« non l'honneur d'être euUuits de Dieu. Ils {)ouvent « nous ôter la Tie, mais non pas le salut. Ët le lk>ar* «e rean, qui a coupé la téte à saint Pfeinl, ne h» a « point ôté la couronne, baux lient le diable enchaîné « de ta diaine de sa providence, laquelle il allonge a selon sa volonté : il permet quelquefois à ce lion « d'élettdre ses o&gles jusques à nos habits, quelque- ' « fois jusques à nos corps; mais défense lut est bite a de toucher à nos unies. Nos ennemis ne feront rien « que par la pennission de Dieu, qui nous aime : ils c ne se meuvent eC ne respirent que par l'assislance a de nuti'G Père. Ët quand ils auront fait le mal qu'ils « ont pn , Dieu est poissant ponr £iire, et bon pour a vouloil lourner le tout à notre bien et salut (Ij. »
Du Moulin présente aux persécutés une dernière consolation, tirée de la promesse de Dieu ; puis il les exhorte à être joyeux dans rafllictiou, et leur donno quelques conseils ponr pouvoir la supporter avec persévérance. Lu de ces conseils est d avoir un abrégé du papitme : « C'est aus^ un conseil qui aide fort à fi la persévérance, de bien^coneidérer la giandeur de « i'erreur et des ténèbres de la papauté et d'avoir « ml abrégé et comme an tableau raccourci , qui « nous représente an vrai la faoe de TÉglise ro- «. mauie (2). » L'auieui: esquisse lui-même ce tableau en quelques traits énergiques; pine ilb ajoute :
« Tout homme craiii:nant Dieu dera ces choses « avea une borreuf mêlée de compassion, et oonsi-
(I) Um U, dupim vm. (t) Um U, ctapia* liu.
VIKRRB DU MOCLHf. (7
« défera avec douleur des mîllioiis de peuples que « le prince de ce siècle a aveuglés, et qu'il traîne « les yeux bandés en perdition, liés par la coulimie^ « et par ime superstition tremblante; et là-dessus, « retournant sa vue sur soi-même, admirera la grâce « singulière que Dieu lui a faite de l'avoir détourné « de ce précipice, en illuminant ses yeux par sa Pa- « rôle, et Tayolr délivré d'une si horrible servitude* ff Semblable à celui qui, du sommet d'une montagne, « regarde un déluge et un grand deix)rdemenl d une « grosse rivière, qui entraine les hommes, les trou- « peaux, les maisons, et emporte en un jour le labeur « de plusieurs siècles; duquel ravage lui-même étant « emporté, s'est sauvé avec difficulté.
« Cette pensée animera le courage de l'iiommo « craignant Dieu à prendre une sainte résolution» et « à dire en soi-même : Serais-je bien si misérable « que de méconnaître les grâces inestimables que j'ai « reçues de mon JAea? Yiendraia-je, pour un9 vie « courte et misérable, me détourner du chemin flu « salut éternel?... Que la terre se fonde sous moi, c et que les hommes éprouvent contre moi toute leur « cruauté, plutôt qu'une si méchante pensée me « monte en Tesprit, ou que je prête tant soit peu « Toreille à une si pernicieuse tentation (1). »
Parlant ensuite de cêux qui succombent à cette teur talion. Du Moulin représente leur vin « comme un» « angoisse continuelle et une géhenne de conscience.»
« Ainsi Origène, qui avait exhorté les auU:es*
(i ) Livre U, cbapitM XUI»
68 FIBARB DO «OULlir*
a au martyre , ayant Itti-méme flédû sous la persé-
« ciition, ne put jamais plus ouvrir la bouche pour a auDoncer l'Évangile, quoiqu'il jen fût fort requis, «c Seulement un jour, ayant pris pour son texte le « verset du Psaume L : Dieu a dit an méchant : tu Quas^u que faire de réciter mes statuts et prendre (c mon ùUiance en ta houeh$f il épandit multitude de « larmes et ne put parler davantage. £t les histoires « de ce temps nous fournissent des exemples de « personnes qui , tomliées en maladie , après s* être « révoltées, ont relusé en la mort toute consolation.
« Non pas que je voulusse désespérer du salut « d un homme tombé par crainte et par infirmité. c( Seulement je dis que d'une chute si lourde peu a de gens se relèvent, et qu'à une si grande faute il « faut une fort grande repentance, et que la crainte c et rinfirmité n'excusent pas, puisque l'Esprit de ce Dieu, au XXI* de TApocalypse, met les craintif « avec les meurtriers , empoisonneurs et idolâtres , « %i les envoie pareillement en l'étang de feu et de a soufre. Car c'est une espèce de rébellioîi à un fils a de craindre moins son père que les valets de la «c maison (1). »
Puis viennent une Prière et méditation de Vàme fidèhy sur Vuffliction présente de l'Église^ un Sermon de la prière m imp$ d'afflietian^ et un Conml fidèle et foltitaire sur les mariages entre personnes de contraire religion. Nous citerons quelques traits de ce dernier article :
(I) Urre U, chapitre XUl.
PIBRIIB 00 KOULIN. 69
a Nous ne devons point disputer sur les mots, « aân d' ignorer ou corrompre les choses. Car si en « rÉglise romaine Tidolâtrie est plantée, si le bénéa tice de Jésus-Christ y est renversé, cela n'est- il « pas suffisant pour fiiir cette alliance, de peur que « nos enfants ne deviennent idolâtres et ne soient « détournés du chemin de salut , vu qu'il est écrit « que {es idoUUres nkériterorU pahU h royauim de « Dieu A Cor., VI, lOj, et que hors de Jésus-Christ, « tel qu'il est proposé en l'Évangile, il n'y a point « de salut. Qu'importe sous quel titre Satan dévoie « ou nous ou nos enfants de ralliance de Dieu, soit « qu'on appelle ce mal infidélité, soit qu'on l'appelle « idolâtrie, puisqu en l'une et en l'autre façon, c'est « toujours le chemin de perdition?
« Que si tout ce cpie nous faisons doit être
a fait à la gloue de Dieu , combien plus une action « la plus importante de la vie, par laquelle on entre ce en un lien indissoluble, dont dépend la piété en « la conservation domestique et le salut et instruc- « tion de nos enfants? Que si la noblesse estime lui « être un déshonneur de se mésallier, vous qui êtes (t enfants du Roi des cieux, voudriez- vous déroger « à votre noblesse spirituelle, en vous alliant hors « l'alliance de Dieu?
ce Ceux-là ne sont non plus excusables qui par-
« (agent leurs enfants, et font un accord entre eux, t que le père instruira les lils en sa religion, et la « mère les filles en la sienne : qui est entrer en par- « lage avec Satan el diviser avec lui la chose qu'on
70 P(EAR£ DU MOULIH.
9 a la pins cbèrê m monde. CeU fiure pis qne catte
a fausse mère et impudique, l^quellç consentait que « i'enfant fut divisé ; car elle consentait au partage « de Tenfiaunt d'antmi , nais cenx-ci divisent les <x leurs : bien loin de Texemple du bon pasteur qui m laisse quatre-vingt-dix-neuf brebis pour chercher « une brebis ép^ar^e, puisqu'ils partai^eut voloutaue- « ment avec le loup.
c Que si quelquefois tels mariages mêlés ont
« réussi, et si quelquefois il advient que la partie fi- « dèle réduise finalement la partie contraire à la vraie « religion, il faut dire alors qne IMeu a fait ce bien, tt et nous le mal ; que Dieu a fait comme en la « création, où des ténèbres il tira la lumière, et que < les événements ne sont pas règles de nos actions, « mais le commaudement de Dieu... Mais tout bien m compté, il en arrive trois fois plus de mal que de « bien.
c Bref, on dit que les mariages se tout au
« ciel; mais tels mariages se bâtissent en enfer et s'y « punissent. Le diable ayant formé un liomme à sou m image, lui donne un aide semblable à lui. Qui* m conque' donc aime Paccroissement de TÉglise de « Dieu; quicuiique désire engendrer des enfants à « Dieu, quiconque veut qu'en sa lamiUe Dieu soit « soigneusement servi, que la prière y soit ordinaire, « que la Parole de Dieu y soit lue, que ses louanges « y retentissent et qne sa maison soit une petite « Église, qui est le titre excellent que saint Paul a donne à la famille de Phiiémon ; brei , quiconque
PIIRRB DU MOOLIN. 71
« voudra attirer la bénédiction de Dieu sur sa fa- « mille , éviter les tentations et ne s'enferrer point « soi-même de ceps et de liens indissolubles, qu^il « prenne, en se mariant, la Parole de Dieu pour « conseillère; qu'il se détourne du chemin auquel « Satan tend ses filets, et où plusieurs sont surpris. « C'est un grand heur que d'être sage aux dépens « d*autrui, joignant les règles de piété avec Fexpé* « rience.
Étemel, lu nom dresserm la paix ^ car auni tu « neus as fait toute» nos a0air^. Étemel ^ notre Dieu^ « d'autres seignmrs que i/oi mm (mi maitriUe^ mois •« cm far foi fMil fue nous ramenUietmê tem nauL
« (Ésaïe, XXVI, 12, i3.)
« FîefM, «Mm fKMfU^ entre en m cabinet» et ferme M fwi hui» mer iei; eaéhe^oi pour un petit momeniy jup'
«( qu'à ce que I tiidignatimi soù pame. » (Verset 20.) C'est ainsi qne se termine fo première partie du
livre de Du .Moulin. Dans une seconde partie, il ti aite du comiMut chrétien contre les mauvaises convoitises.
MICHEL LE FAUCUEUR.
Michel Le Pauoheur naquîl yers l'an iS8ll,
Geueve, et mourut à Paris eu 1657. 11 fut d'abord ministre à Aniumay et à Montpellier; puis il Ait ap> pelé à Paris (1), où il eut pour collègues Meslrezat et Daillé. Bien que sa prédication se distinguât par plusieurs traits de celle de ses contemporains, et que sa réputation iVu nuiiiense, il ne fit pas école.
Il est essentiellement prédicateur. Son TraiU d& T Action de fOraieur montre qu'il a étudié é fond la théorie de son art; mais il faut en être averti, car Tart, et c'est un mérite , ne se montre nulle part chez lui.
11 a payé son tribut à la controverse par un livre sur l'eucharistie^ en réponse au cardinal Du Perron.
Dans ses sermons, il y a moins de controverse que chez Du Moulin ; mais elle est plus vive et mieux
appropriée , sinon à la chaire , du moins au genre oratoire.
(V 11 n><!f, i Vrxrcplion de Du Hi)«c, aucun ministre célëbr* de ccite époque» u'aii cununeocé ou fiot par ^tre ministre à Parif .
MIGHBL LB lAUGHEmi. 7^
Une chose nous surprend chez les prédicateurs de cette époque, c'est la violence de leur langage quand ils parlent de ('Église catholique. Attaquer k reli» giûû de l'État, c'était attaquer l'État, et il fallait un grand courage aux membres d'une Ëglise qui n'était tolcree qu'avec peine, pour élever ainsi la voix. En les entendant parler publiquement avec horreur de£^ rites du catholicisme, on est saisi d'étonnement de leur hardiesse, et on est forcé de l'admirer, car elle n'était pas sans danger. Mais on voudrait que leur polémique fût aussi équitable et indulgente qu'elle est ardente, sincère et solide, et il faut reconnaître qu'elle manque quelquefois de ces qualités. Ils ne croient pas que l'erreur puisse être adoptée, encore moins prèchée de bonne foi.
Voici un exemple de cette controverse, emprunté à Le Faucheur. Il est tiré d'un sermon sur ces paroles d'Ësaïe, YIII, ^0 : A la hi H au témoi^pMge.
«t Et' de fait, quelle meilleure règle saurions-nous a avoir que ce livre céleste et divin, dont toutes les « paroles, depuis le commencement jusques à la fin^ « ne sont que pure vérité, comme immédiatement « émanées de cet Esprit de vérité, qui ne peut ni « être trompé ni tromper personne, ou quelle adresse « plus certaine que cette loi et ce témoignage que « Dieu nous a donnés lui-même, pour servir de kmpe € à nm ptêdg <t de lumière à nos sentim?
« A cela que répliquent nos adversaires? J'aurais « horreur de vous le dire. Mais puisqu'ils n'en ont « point eux-mêmes, et que, publiant leur péché
fc comme Sodoone, ils blasphèment sans a^icune honte
coii»tjne la Parole du Dieu vivant , nous ferons < £DiBiiie Ézéchias aux blasphèmes de Babaakéu « Nous les déploierons dans ce temple en la pré- «c sence de l'Éternel. Ils nous disent pr^ièrement : m Qui vous a dit que c'est la Parole de Dieu? 0 Dieui « en quel temps sommes -nous, et à quelles gens 4c avons-ûous affaire ! Des denx principes univer- « seb sw lesquels toute la relîgbii cbrétienae edl a fondée, à savoir qu'il y a un Dieu et que la Bible « est sa Parole, les albées nous disent de l'un t Qui « vous a dit qu'il y a un Dieu? et oeox de la cam- « munion de Rome nous disent de l'autre : Qui vous « a dit que la Bible soit sa Parole? £t son ftme M « haïrait-elle point une nation qui est telle? Et le « juge de toute la terre ne iera-t-ii point justice, un « joar, de ces moqueries qui sont lancées contre son « nom et eostre sa Parole ? Ils diront peut-être que <c ce u ebl point par moquerie qu ils le disent, mais 41 qu'ils le demafideatpour leur iastnidiou. £t véri- « tablement , leur dirons-nous , pour des gens qui fc vous faites si aiiciens, vous êtes bien nouveaux, et n TOUS m êtes eneove aux presiieiB prineipes 1 Kt •■« vous douiez eucore si c'est là la Parole de Dieu ?
« Ils vous diront sans doute qu'ils u*en doutent point. ^ Ehl miaérablea» dites«lenr, pourquoi donc nous ^ faites-vous ces questions pi uianes? Ou donnez gloire « à Dieu f eu AYOttdat iagéiiuxae&t que c'est là sa -m Parole, eteoneentes que nos diff^ents soient vidés ^ par elle; ou, passant ia main sur le iront, pour
MlCHfil. U FiUCHKi'A. 75
« essuyer le peu de houle qui vous reste, dites oum vertement que ce n'est point là sa Paroie, et nous « vous proayerons que ce l'est certaineinent. Encore « qu'il soit aussi absurde de demander des preuves « de cela , que d'en demander de ce que cette lu- « mière qui nous éclaire est la lumière du soleil. « Car ce que la lumière est eu la vie» cela même est « l'Écriture en la religioQ. CeUe4à est la pr^nière « des choses visibles, car par elle toutes les autres a se voient, et elle n'est vue que par elle-méve; 4t et celle-ci est la première des vérités, apprében* dee par la foi ; car par elle toutes les autres sont « crues, et elle n'est crue que par elle-même. S'il « fallait prouver les premiers principes , on irait à M rinûni, et il n'y aurait aucune science assurée. Mais « en effet, voyous un peu pourquoi ils font cette de- « mande. C'est» sans doute» pour nous ^sire dire que « nous le tenons de TEcriture. Ifeis quand nous au» « roDS dit cela mille fois, (mt-ils si peu de sens que « de s imaginer qu'on leur passe cette conséquence, « que donc il ne se faut point arrêter à TÉcriture « sainte comme à l'Ecriture? Qui a dit a saint Pierre « que Jésus était le Messie? Ça été saint André. Qui « l'a dit aux Samaritains? Ça été la Samaritaine. « Est-ce à dire pourtant, ou que l'autorité de Qirist < et la foi de saint Pierre aient été fondées sur saint « André, ou que les Samaritains aient eu, non la « parole Jésu&Cbrist, mais celle de la femme sait maritaine pour règle et pour maltresse ? Qui que ce 4^ soil qui cuiiuait de visage le roi le peut montrer e
76 UCEEL LE FAUCUEOR.
« d(>Miier à connaître à ua (jui ne le connaît pas. « Est-ce à dire pourtant que cet homme- là parce « qu'il ne connatt le roi que par son moyen ^ lui « doive autant de respect qu'au roi même ?
« J'insisterais plus longtemps là-dessus si je n'éct tais persuadé que vous voyez assez clairement, « par ce peu que je vous ai dit» et Timpiété de leur «t demande, et Timpertinence de leur illation. Mais « poursuivons à les ouïr, car leurs blasplieiues^ne « sont pas encore épuisés. L'Écriture, disent-ils, ne « saurait ôtre la règle de notre foi et le moyen pour (c décider les différents de la religion, car elle est « difficile, obscure, ambiguë ; en un mot, c*est un a nez de cire qu'on tourne du coté qu'on veut. Mais c n'ont-ils pas bonne raison? Parce qu'ils ne peu- « vent trouver leur religion dans TÉcriture après a s'y être bien tourmentés, donc l Écriture est fort « obscure; parce que, pour éviter le vrai sens de «f cette divine Parole, par lequel ils se voient ma- « nilestement convaincus, ils en inventent tous les « jours de nouveaux, elle est donc fort ambiguë. « Parce qu'ils font métier de la tordre à leur propre <r perdition, donc c'est un nez de cire qu'on tourne « du cAté qu'on veut. Car c'est là le respect que «ces gens-ià portent h l'Écriture. Mais ici, mes « frères , il faut que je vous fasse voir leur mau- « vaisc foi. on oye leurs sermons, qu'on lise leurs « livres, quand ils traitent les controverses par l'É- « oriture sainte. Us se vantent ordinairement qu'il « n'est rien de plus clair que les passages qu ils
« allèguent pour la confinnation de leurs dogmes :
a si là elle est si claire, pourquoi la font- ils ici si c obscure? Particulièrement encore lorsqu'il s agit de
Teucharistie, pour fonder leur exposition littérale, « voici la maxime qu'ils douaent : quaud 1 Écriture c sainte parle de sacrements^ de dogmes et de lois, a elle s'explit[ue en termes propres, sans aucune am- « biguïté ni figure. Si en ces choses-là elle est claire» m elle n'est donc point obscure , ni ambiguë aux « choses nécessaires à notre saiut. Car quelles sont « les choses nécessaires sinon les lois, les dogmes et a les sacrements? ce que nous devons croire, ce que
nous devons faire, et les gages que Dieu nous « donne de son amour et de la béatitude qu'il nous a prépare? Y a-t-il apparence, disent-ils, que cette « grande sagesse du Fils de Dieu ait voulu user de cr paroles qui aient pu servir de pierre d'acboppe- « ment pour faire broncher l'Église? Ce grand amour « qu'il nous porte peut-il souffrir ces obscurités? a Mais, je vous prie, que je vous éclaircisse sur cette « obscurité prétendue*
« Certes, si vous considérez l'Écriture, à l'égard « de certaines personnes, les choses les plus claires «c qu'elle contient leur sont obscures; mais c'est par « accident, c'est-à-dire par leur défaut, et non de « sa nature. Ce soleil qui nous paraît si clair est « obscur aux aveugles. Ainsi notre Évangile est un « Lvaiii^île de gloire, où nous voyons la face de « Christ toute rayonnante d'une merveilleuse luc mière, et néanmoins il est couvert à ceux qui pé*-
78 MICHEL LE FALCBEUR.
« rissent, auxquels le Dieu de ce siècle a aveuglé
« les entendements. Mais il ne faut point le consi- « d^er à cet égard*là; il le faut regarder en lui- « même et à Tégard des enfants de Dieu , pour le»* « quels il est fait, et non pour les profanes et les « réprouvés. S'il est obscur, c'est ou pour les choses <r ou pour les paroles. Pour ce qui est des choses, a il est vrai qu'il nous en propose de très ardues ce et de très difficiles à entendre ; mais aussi Dieu ne « nous oblige pas, pour être sauvés, à en comprendre ce la nature : il veut seulement que nous en croyions <r la vérité. Or que ces choses-là soient , l'Écritara « nous l'enseigne |xirfaitement; mais comment elles i c sont, elle ne nous l'apprend pas; et là-dessus les « hommes travaillent inutilement leurs esprits, et la « blâment d'obscurité, parce qu'elle ne satisfait pas ce à la vanité de leurs esprits téméraires et curieux. « Pour celles qu'il faut faire , comme de craindre a Dieu, d'aimer son prochain, d'(Mre saint de corps ce et d'esprit, de croire en Jésus-Christ, de confessep ce son nom, de se résigner à sa conduite, de lui être ce fidèle jusqu'à la mort, elles y sont plus claires que « le jour,
« Quant au slyle, il y est aussi clair, dans les choses a nécessaires, que le salut des hommes le requiert, ce selon les divers âges el les diverses conditions de « l'Église. Je dis : aux cliuses nécessaires; car, pour a les autres, il y peut avoir plusieurs lieux obscur&y et et qu'on ne peut entendre (|u*avec peine. Même « plusieurs de ceux qui traitent des choses néces-
MICHEI. LE f ALCHEUR, 79
c saîres à noire sailat, il y en a de difficiles; mai» le»
«[ mêmes choses qu'ils traitent ainsi obscurément, a sont ej^poséeâ ailleurs phis clairement, l'ai ajouté t m selon les divers âge» et selon les diverse» condi- « lions de l'Eglise, parce que, sous le Vieux Testa- « meiity rbéritier étaal encore enfant^ le mystère « de piété ]«i élait représenté obscurément et sou» a dea ligures; c'était un livre clos, comme il est di4
au iringtHtienvième chapitre de. cette prophétie , a un témoignage cacheté^ comme il nous est rc[)r6a seule eu ce chapitre môme. Le Yoile était encore c sur k face de Moïse. Mais , au Nouveau Testa*^ « ment, ce môme mystère est déclaré fort clairement: c Christ, pendant en la croix, a fendu le voile, si « bien que maintenant notu cmtimphitë en son Évan-» a gile fti gloire de Dieu à face découverte; et tant à eu « faut qoe cet Évangile puisse avec raison; être appelé « obscur, que toutes les lumières des autres livres « ne sont que tks rayons de la sienne.
a AsBurea^-vous d'une chose, mes ûrères : que sî « I Ksaniiile était aussi c^scur qu'ils disent, ils lic le a déiendiaient pas comme ils font, parce qu'ils ne m craindraient point qu'on y vH leurs erreurs confie vaincues, et leurs idolâtries condamnées. De pa- € rôle, ils en décrient l'obscurité; mais en effet, ils m en redoutent la himière, et e'est pourquoi il» ne « le veulent pouit pour règle. S'ils en permettaient « la iectuve et s'ils consentaient que tous nos diffé>* « rents fussent jugés pur lui , l'accord serait bien- « tôt fait. Mais ils perdraient par ce mojen, le pape^
M MiCMi^ tB FAUCHEUR.
« sa triple couronne ; les cardinaux , leur pourpre ; « et tous ceux du clergé, le gain qui leur revient « tous les jours de leur grande Diane (I). »
Citons encore un exemple de celte controverse, tiré d'un sermon sur KomainSy VI, ^3 :
« Christ nous ayant acquis la vie éternelle par « ses mérites, c'est justement que sou apùire lui en « fait i hommage en ce lieu, et qu'au quatrième de « TApocalypse, les vingt-quatre anciens assis à l'ena tour de sou trône jettent à ses pieds leurs cou- «c ronnes , pour protester qu'elles leur 0nt été ao- «t quises par son mérite seul. Et partant, ce serait « à nous un grand sacrilège d en vouloir attribuer « racquisition, soit aux nôtres propres , soit à ceux « de quelque créature que ce puisse être. Aussi « n'est-ce pas notre intention, disent les adversaires a de cette doctrine, en établissant nos mérites, d*ôter « à Jésus-Christ la gloire des Mens; car nous confes»
sons franchement que toute la gloire de nos mé- « rites dépend des siens , qui leur donnent tout ce n qu'ils ont de poids et de valeur. Mais, je vous « prie, qu*estF€e qu'ils veulent dire par là? Est-ce, « (jue les mérites de Christ soient mêlés avec les « nôtres^ et que par ce mélange ils leur donnent un « prix qu'ils n'avaient point d'eux-mêmes, comme « qui mêlerait des grains d'or avec des grains de « sable , et qui dirait que ces grains d'or donnent « un grand prix à ces grains de sable ? Non certes ,
(0 SermoHi mrâhen ffsvfM dê r Écriture êainle. Genève, i660. Tome I,
nCBSL U F AUGBBDE. 81
« car le sable, avec quoi qu'on le môle, est toua jours du sable , de nulle considération et de « nulle valeur. L'or seul est celui qui a du prix, « et tout le gable qu'on y joint n'ajoute rien à « sa valeur. £st«c6 , que nos mérites n'ayant pas a une suilisante valeur devant Dieu pour satisfaire « à ce que nous lui devons , le mérite de notre « Sauveur y doive être ajouté , pour leur donner le a juste prix qu'ils doi^vent avoir; comme si noua « devions mille écus et que nous n'en pussions four* a nir que cent de notre propre argent , un autre en « ajoutait clu sien neuf cents pour achever le paye-* c ment? Nullement; car si cela était , nos mérites, « considérés en eux-mêmes, auraient leur propre prix « devant Dieu, pour le moins à proportion de ce « qu'il les emploierait en notre compte, et les méc rites de Christ le leur, quoique beaucoup plus « grand ; et bien qu'il contribuât beaucoup plus que « nous à l'œuvre de notre salut, toujours serait-il « vrai de dire que nous serions nos propres sauveurs c en partie. Il aurait, pour exemple, les neuf parties a de la gloire de nous avoir mérité le salut, et nous « en aurions la dUième, et ainsi il ne Taurait pas « tout entière. Ou bien entendent-ils que nos méri- « tes soient parfumés de Todeur de celui de Christ, « comme une masse, qui d'elle-même ne sent rien, « prend la senteur de rambre gris qu'on y aura c mêlé ; ou comme une eau, insipide et inefficace de « sa nature, prend la teinture et la vertu d'une « drogue médicinale qu'on y aura infusée ? Je ne
83 MICHBL Ut VAUGHBUR,
« cruift pas qu'ils le voulussent dire. Car, oulre que les « mérites de Jésus-Christ ne sont pas des choses matéa rielles, qui se puissent ainsi mêler et incorporer en « nos œuvres, pour leur influer et leur impruner quel- «c que qualité inhérente qu'elles n'eussent pas d'elles-- « mêmes, si ses mérites devaient rendre nos œuvres « nioriloires, il faudrait qu'ils leur imprimassent la a dignité infinie de sa fiersonne et la sainteté immacu* a lée de toutes ses alTcctions, qui sont les clioses sur a lesquelles est proprement Ibndé son mérite. Or est-il « qu'ils ne communiquent ni ne peuvent communi- « quer ni Tune ni l'autre à nous ni à nos œuvres; « car autrement, ils nous feraient dieux et égaux à <r notre Seigneur Jésus-Christ, et nos œuvres divines a et égales aux siennes. On ne peut donc dire avec <x raison, qu'ils rendent nos œums méritoires.
« Quoi donc enfin? Est-ce que des mérites de Christ a naissent ceux des fidèles , parce que Jésus-Christ < est leur cep et qu'ils sont ses sarments? C'est bien a ce (ju'ils peuvent dire de plus spécieux ; mais qui a j^e voit que cela ruine leur cause? Car, comme les « sarments ne peuvent pas dire qu'ils fructifient, a partie par la vertu de leur cep, partie par la leur « propre, vu que tout ce qu'ils ont de séve et tout « ce qu'ils portent de fruits procède de leur cep, au- « quel en est due toute la gloire , aussi ne peuvent «t les fidèles s'attribuer, en tout ni en partie, Thon- « neur et la louange de leurs bonnes œuvres, ni en a prétendre du mérite, puisqu'elles procèdent toutes « de Christ et non pas d'eux-mêmes.
mCfllL iJt VAUGHBUR. 83
a Reste une seule manière eu laquelle ou pourrait i prendre ce qu'ils disent, à savoir en les concevant a eu ce sens, que les mérites de Christ sont miputés « aux nôtres, aûn que la justice de Dieu les accepte « comme bons et valables, encore qu'ils ne le soient « point. Mais ils ne le peuvent entendre en cette « façon ; car si les œuvres de notre obéissance n*é- « laiont mérites que par l'imputation de celles de « Christ y elles ne le seraient donc pas en ellesc mêmes y mais seulement par une acceptation gra- 0 tuite. Et si elles Fêtaient par une acceptation grao tuite, comment seraient-elles vrais mérites? Ce sont « donc là , comme vous voyez , des excuses frivoles a et des paroles illusoires et qui n'ont point de sens. « Combien plus sûr est-il de nous dépouiller franche- « ment de toutes ces prétentions orgueilleuses de <c nos propres mérites , pour donner gloire à ceux « de notre bon Sauveur et pour reconnaître, avec le « grand apôtre, que les tourments de la mort éter- M. nelle sont bien les gages que méritent ceux qui « rendent service au péché, mais que, quant à la « vie et à la béatitude éternelle, c'est un pur don c de Dieu, qui nous a été procuré, acquis et mérité « par notre Seigneur Jésus-Christ seul (1). »
Il y a de la théologie dans les sermons de Le Faucheur, et beaucoup plus que nous n*en mettrions, dans les nôtres; mais elle est différente de la théologie de Du Moulin. Les vérités fondamentales y sont clairement exposées; mais certaines doctrines, sur
(I) Sermoiu mr éiver» textei, tome U, pagw iss^ieo.
8^ mCaiL LB rAUCVBQR.
lesquelles Du Moulin revient sans cesse, entxe autres celles de Télection et de l'assurance du salut, sont plutôt supposées qu\\\))osées chez Le Faucheur. Depuis Du Moulin, ces deux doctrines tiennent moins de place dans la prédication.
Nous avons de Le Faucheur, sans parler de queiques petits recueils publiés pendant sa vie, deux volumes de Sermons sur divers iecctes^ Vingt Sermons sur divers psaumes, Treize Sermons sur le premier chapUre de la première Mpitre aux Thessalonieiens^ et quatre volumes de Sermons sur les onze premiers chapitres des Actes, 11 paraît n'avoir destiné à l'impression que les deux premiers volumes de ces œuvres posthumes. Les autres ont été péniblement mis au net, d'après un manuscrit fort défectueux et rendu obscur par une espèce de chiffre dont Le Faucheur se servait souvent pour écrire ses sermons en al)régé.
Ses sujets sont mixtes : il n'a point de sermons de pure théologie et eu a peu de morale propremenl dite. Des détails assez particuliers arrivent à propos des idées générales; mais il n'aborde pas directement le détail et ne s'y arrête pas. Ce sont, en général, des sermons de répréhension et d'exhortation ; il preiïd dans le vif du dogme et court à l'application. C'est le genre des prophètes, auxquels Le Faucheur emprunte volontiers ses textes.
Sa méthode consiste à expliquer le texte; il le bit quelquefois avec un peu de minutie , ordinairement avec justesse et intelligence. Il a peu de sermons synthétiques et sur des textes courts. Il s'est interdit ainsi
de traiter à fond certaines idées ; il traverse aussi trop
rapideuieat celles sur lesquelles il faudrait s'arrêter. (Ainsii dans le sermon sur Ésai'e^ LV, 6, 7, tout ce qui concerne le danger de ne plus trouver Dieu, quand on a , pendant un temps, négligé de le chercher.) L'idée reste dans son abstraction et sa généralité ; pas de tableaux d'ensemble; rien n'est vu jusqu'au fond et sous ses différents aspects. Cela vient de ce que Le Faucheur traite rarement des sujets , mais presque exclusivement des textes. Nous sommes pleinement d'avis qu'il faut traiter des textes et développer toute la richesse qu'ils contiennent; mais il peut y avoir quelque superstition à ne jamais vouloir subordoniker la forme du texte au sujet qu'on est appelé à U'aiter. Au bout du compte, les a[ ùLns, nos modèles, prêchaient sur des sujets et non sur des textes.
Les pians de Le Faucheur sont naturels et simples. Ils sont souvent fournis par le texte, qu'il suit de verset en verset. Il fait peu de frais d'invention ; mais quand il invente, il invente bien.
Deux exemples nous feront mieux jDomprendre sa méthode.
Au commiencement du Sermon iur Véchdle dê Jacoh (Genèse, XXVIII, 12-17;, il nous indique lui-môme oonnne suit la division de la matière : « En ces pair rôles, comme en toutes les autres de l'Écriture, il « n'y a nen d inutile et qui ne mérite une bien ex- « presse et bien attentive considération, soit pour le « temps auquel Dieu a fait voir cette vision à Jacob, « soit pour la façon en laquelle il la lui a proposée,
a soit pour la mton même^ soit pour YarmcU qae Diea
« lui a lui-même prononcé , soit poor les saintes et « religieuses émonuns qu il en a resdenlies à soa ré- « Teil (i), » — Voilà une analyse atlentiTe.
De mém(t dans le sermon sur Romains, VI, 23 : ce Pour \ouâ faire bien entendre cette sentence, mes fc frères, je vous la démonterai pièce à pièce, afin de tf %oiis les laire coubititTer diblinclemeut 1 une après c l'autre. Vous Terrez donc premièrement quels sont « les divers maîtres au service desquels les hommes a s'engagent, qui sont, d'un coté, le pecUé, et de i au- « tre, Diea même; ensuite, quelles sont les réçompeno ses que ces niaître» duiinent à ceux qui les servent, « à savoir, d'un côté, la mort que le péché^ionne « aux méchants, et de Faulre, la vie élemelle dont « notre bon Dieu couronne Icîï saints; et Onalement, « quelle est la qualité de ces récompenses (^2). *
Pour donner une idée de la composition de Le Fauchenr, prenons quelques-uns de ses sermons, et d'iil)oi(! celui sur Ésaïe, LV, G, 7 : Cherchez l'Éternel pendant qu'il se trouve j invoquez- le tandis qu^U €$t prés. Que le méehanl délaisse son train et Vhmme oulrageux ses pensées, et quîl retourne à l' Eternel ^ et il aura pitié de lui , ei à notre Dieu, car U pardonne tant et plus (3).
Exorde : ËlTortâ du malin, après nos chutes, pour
(I) Semumi wr divers iexU», lôme 1, pâge S.
Ci) Sermons sur divtra textes, luroe II, pages ri8-i29. (}) Sermon* iur diver» texte», lovait i, pages ao)-3S3.
. j . d by GoÔgl
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nous engager à retarder notre repentance, ou pour nous engager à nous contenter d^une repentance su-
perûcielie et tout extérieure. A cela Dieu oppose les paroles de notre texte.
En considérant ces paroles comme adressées aux Juifs, elles répoudeul Jjieu au système générai de Dieu à Tégard de ce peuple. Dieu les excite souvent
il jalousie, eu leur moutraut les païens prêts à les devancer.
Mais elles s'appliquent à tous ceux à qui Dieu se
révèle par sa grâce, comme il s'esl révélé aux Juifs par ses miracles; ainsi à nous aussi.
Le Faucheur considère successivement (voir le texte ) :