C'est de Pope qu'il s'agit
2. The Weekly Régis ter, July 8, 1732. Le Journal de Grub-street répondit que les attaques du Régis ter étaient au-dessous de son mépris. Les curieux trouveront dans le Daily Courant de mars 1732 une série d'articles injurieux contre Y Histoire de Charles X//, de Voltaire, qui
Il serait hors de propos de suivre dans leur existence éphémère des feuilles dépourvues de toute valeur, et dont le nom même n'a pas survécu. Notre tâche se réduirait à dresser un long nécrologe qui n'offrirait aucun intérêt : nous prendrons la liberté de franchir un espace de quarante ans environ , pour arriver à la naissance des journaux actuellement existants. Mais • auparavant nous rappellerons quelques faits qui concernent l'ensemble de la presse.
En 1746, l'auteur de Tom Jones, Fielding, à qui la rédaction d'un journal ministériel avait valu une place déjuge de police, fonda le Covent-Garden Journal, et y introduisit une innovation qu'expliquent tout naturellement les fonctions du magistrat et le penchant du romancier pour les incidents dramatiques. Ce journal donna régulièrement l'analyse des séances des tribunaux correctionnels. Les autres journaux en firent autant ; mais ils étendirent leur publicité à toutes les cours de justice , et aujourd'hui encore les comptes rendus judiciaires publiés quotidiennement par les journaux de Londres , contiennent plus de matière que notre Gazette des Tribunaux. La magistrature, moins éprise du mystère que le parlement,
venait de paraître. Le journal anglais reproche à Voltaire d'attaquer les gens dont il avait accepté l'hospitalité et l'argent. Il paraît, en effet, qu'une souscription avait été faite en faveur de Voltaire, lors de son séjour à Londics.
encouragea cette innovation. Un étranger s'étonnait devant lord Mansfield du petit nombre de personnes qui suivaient les séances des cours de justice : « Qu'importe, répondit le chief-justice; ne siégeons-nous pas tous les jours dans les journaux? » Ce n'est guère que quinze ans plus tard qu'on vit paraître les premiers articles relatifs aux théâtres ; encore se réduisirent-ils longtemps à l'annonce et à l'analyse des pièces nouvelles , sans commentaires , sans aucune appréciation du mérite des écrivains et du jeu des acteurs ; c'est vers 1780 que le Morning Post imagina de publier régulièrement sur les pièces de théâtre de véritables articles critiques. Les Lettres de Junius tiennent trop de place dans l'histoire littéraire et politique de nos voisins pour n'être pas mentionnées ici. Ces lettres fameuses , qui remuèrent toute l'Angleterre , parurent dans le Public Advertiseï- du 28 avril 1767 au 2 novembre 1771, et elles augmentèrent de douze pour cent la vente quotidienne de ce journal. Il fallut tirer à part dix-sept cent cinquante exemplaires du numéro qui contenait la lettre de Junius au roi George II.
Les journaux avaient encore un droit à conquérir, celui de publier les débats du parlement. De nos jours , les membres des assemblées délibérantes quêtent de toute façon la publicité ; il s'en est même trouvé qui auraient voulu imposer aux journaux, par mesure législative, la tâche ingrate de recueillir leurs
moindres paroles. Au xvni* siècle, le parlement anglais maintenait avec une extrême rigueur l'interdiction prononcée autrefois par les Stuarts dans une pensée politique. On voit la chambre des communes renouveler périodiquement la déclaration , « que c'est une insulte à la chambre et une violation de ses privilèges d'oser donner dans un journal , manuscrit ou imprimé, aucun compte rendu ou détail des débats, ou délibérations de la chambre ou de ses commissions, et que les coupables seront poursuivis avec la plus grande sévérité. » En 1728 et 1729, Robert Raikes, propriétaire du Journal de Glocester, fut emprisonné et condamné à l'amende pour avoir imprimé dans un journal un compte rendu des débats de la chambre des communes. Le même sort échut aux fondateurs des premiers Magazines qui , pour échapper aux rigueurs du parlement , furent obligés de recourir à mille expédients, de donner, par exemple, aux auteurs des noms de convention, et d'intituler les débats parlementaires « Comptes rendus des séances du Sénat de Lilliput. » Cette lutte sourde dura une vingtaine d'années ; mais un jour la volonté du parlement se trouva impuissante devant la curiosité publique. C'était le temps de la lutte du trop célèbre Wilkes contre le ministère et la majorité de la chambre des communes. Les séances de la chambre n'étaient qu'une suite de débats orageux , et du parlement l'agitation
.se communiquait au dehors. Un éditeur entreprenant, nommé Almon , se hasarda à publier trois fois par semaine dans son journal , le London Evening Posl, les détails qu'il recueillait de la bouche de quelques députés. Pendant deux sessions, il ne fut point inquiété, et son succès encouragea d'autres journaux à l'imiter. La chambre des communes se crut bravée , et, dans la session de 1771, elle appela à sa barre les imprimeurs des journaux coupables. Ceux-ci ne comparurent pas ; la chambre lança contre eux des mandats d'arrêt. Le lord-maire et Wilkes , qui était alderman , les firent remettre en liberté , comme arrêtés irrégulièrement et au mépris des privilèges de la Cité de Londres. La chambre des communes , après un débat des plus acharnés , réprimanda le lord-maire, qui était un de ses membres, et l'envoya à la Tour. Une dissolution survint , qui mit en liberté le lordmaire et les imprimeurs poursuivis , avant que la question légale eût été résolue. La nouvelle chambre des communes , soit qu'elle lut animée d'un esprit différent, soit qu'elle craignît un échec, ne renouvela pas la lutte , et laissa imprimer le compte rendu de ses séances. C'est donc au prix d'un procès que les journaux anglais se sont mis en possession de publier les débats parlementaires; ils continuent à le faire, grâce à la tolérance des deux chambres , mais non pas
en vertu d'un droit reconnu et incontestable. Les dé-
fenses de la chambre des communes subsistent en* core, mais on les laisse sommeiller; il n'est pas à craindre qu'on les tire jamais de l'oubli. Il échappa une fois à O'Connell, dans la chambre des communes, des expressions blessantes pour les écrivains de la presse : les journaux de Londres , d'un commun accord , s'abstinrent de donner ses discours jusqu'à ce qu'il eût publiquement rétracté ses paroles. Tel est le changement que le temps amène dans les idées des hommes ; le silence de la presse était un privilège il y a moins d'un siècle , c'est aujourd'hui un châtiment.
Nous n'avons pas besoin d'aller plus loin pour rencontrer le berceau des journaux actuels ; leur naissance est contemporaine de la victoire remportée par la presse sur le parlement. Un siècle après la révolution qui avait sauvé les libertés anglaises de la destruction, naquit le journal qui tient aujourd'hui le premier rang dans la presse européenne : c'est âu mois de janvier 1788 que fut publié le Times, qui est demeuré la propriété de Ja famille de son fondateur, l'imprimeur J. Walter. Le Times était moins un journal nouveau que la continuation d'une autre publication , le London Daily Vniversal Register , qui avait paru pour la première fois le 13 janvier 1785, et qui se transforma au bout de trois ans. Malgré ses soixantedix années d'existence, le Times est loin d'être le
doyen de la presse anglaise.,Sans parler de la Gazette de Londres , qu'il convient de mettre à part , le Public Ledger, qui n'est guère qu'une feuille d'annonces , remonte jusqu'à l'année 1760, c'est-à-dire près de trente ans plus haut que le Times. Le Morning Ckronicle vient ensuite : il fut fondé en 1769 pour défendre le parti whig. 11 eut à sa naissance pour imprimeur et pour directeur William Woodfall , frère de l'heureux éditeur duPuUic A dvertiser, où paraissaient à ce moment même les Lettres de Junius. Le Morning Post date de 1772, et le Morning Herald du 1er novembre 1780. Des journaux du matin qui se publient aujourd'hui à Londres , le Morning Advertiser et les Daily News sont seuls plus récents que le Times. Cette longue existence des feuilles anglaises est une preuve que les journaux sont de bonne heure devenus en Angleterre une entreprise avantageuse. Au moment de la fondation du Morning Chronicle, le Daily Advertiser, créé dans la première moitié du siècle , avait déjà fait la fortune de plusieurs propriétaires, et ses actions s'adjugeaient aux enchères à des prix fabuleux. Le Public Advertiser d'Henri Woodfall se vendait à près de trois mille exemplaires par jour, chiffre énorme pour le temps. La circulation des journaux s'accroissait plus rapidement que leur nombre. En 1753, les journaux vendirent 7 411757 feuilles ; en 17G0 , 9484 791 ; trente ans plus tard ,
en 1790, 14035 739 ; en 1791 , 14 794 153 ; enfin en 1792 , 15 005 760. L'accroissement rapide de ces trois dernières années n'était que le prélude du développement que les journaux allaient devoir à l'agitation causée par la révolution française.