CHAPITRE IX
La presse périodique Le premier Magazine américain. — Franklin. — Longue succession d'efforts inutiles. — Le Portfolio. — Dennie. — L'Anthologie. — Le JHal. — Le Rnickerbocker. — Les Recueils scientifiques. — Benjamin Silliman.
Les commencements de la presse périodique ont été aux États-Unis plus pénibles et plus laborieux que ceux de la presse quotidienne. De longues années s'écoulèrent avant qu'un seul recueil mensuel, du genre de ceux qui sont aujourd'hui si répandus en Amérique , réussît à vivre. Cependant c'est un nom illustre , celui de Franklin, qui s'offre le premier à nous. Franklin fut séduit par le succès qu'obtenait en Angleterre le Gentleman s Magazine, qui date de 1731 et qui existe encore, et dès 1741 il publia à Philadelphie , sous le titre de The gênerai Magazine and Historical Chronicle, le premier numéro d'un
recueil analogue. Franklin attachait beaucoup d'importance à cet essai. Une publication mensuelle lui paraissait avoir beaucoup d'avantages sur le journal ; il y voyait un moyen précieux de répandre l'instruction parmi les masses , de combattre les préjugés, et de mettre, par des résumés substantiels , le public au courant de toutes les questions propres à l'intéresser. Il apporta donc un soin infini à la composition de son recueil , mais ce fut peine perdue : il lui fallut, faute de souscripteurs, s'arrêter après le sixième numéro. Un recueil rival, qu'un certain John Webbe s'était empressé de créer sous le titre à! American Magazine , était déjà mort après le second numéro. Deux tentatives furent essayées en 1757 et en 1769 pour faire revivre V American Magazine : toutes deux furent également malheureuses. En juillet 1771, Aitkin fonda à Philadelphie le Pennsylvania Magazine, ou American Monthly Muséum , dans lequel écrivirent Thomas Paine et Francis Hopkinson. Ce recueil acquit, grâce à leur collaboration , une certaine popularité, mais il dut suspendre sa publication en juillet 1776, lorsque éclata la guerre de l'indépendance. Au lendemain de la paix, en 1787, Matthew Carey ressuscita. Y American Muséum , qui ne put prolonger son existence au delà de 1798. • Les essais tentés dans la Nouvelle -Angleterre pendant la même période ne furent pas couronnés de plus
de succès. L'année 1743 vit naître à Boston deux recueils hebdomadaires, le Boston Weekly Magazine et le Christian History, qui ne publièrent qu'un trèspetit nombre de numéros, puis un recueil mensuel, Y American Magazine and Hisiorical Chronicle, qui ne vécut que trois ans et quatre mois. Le New England Magazine, créé en 1758, le Censor, créé en 1771, le Royal American Magazine, fondé en 1774, moururent tous dans l'année qui les avait vus naître. Le Massachusetts Magazine, né en 1789, ne put dépasser Tannée 1796.
Il faut arriver jusqu'au commencement de ce siècle pour rencontrer aux Etats-Unis des recueils mensuels qui aient eu une existence sérieuse et une véritable valeur littéraire. En 1800, la démission du secrétaire d'Etat Pickering entraîna celle de Joseph Dennie , ancien avocat de Boston , à qui Pickering avait fait donner une petite place à Philadelphie. Dennie, esprit cultivé et causeur séduisant, fort recherché dans les salons et amoureux des lettres, s'était plié malaisément aux exigences d'une situation officielle : il dit de grand cœur adieu à la politique , et résolut de ne demander qu'à sa plume ses moyens d'existence. Il fut avec le romancier Brockden Brown , le premier Américain qui fit franchement profession de n'être qu'un homme de lettres, et son exemple fut longtemps avant de trouver des imitateurs. Il fonda en 1801 le
Portfolio, recueil hebdomadaire qu'il rendit mensuel en 1809, et qui obtint un rapide succès. Ecrivain recherché et un peu prétentieux, Dennie rachetait ces défauts par infiniment de vivacité et d'esprit : il eut d'ailleurs pour collaborateurs des hommes de mérite. John Quincy Adams publia dans le Portfolio de curieuses lettres sur la condition sociale et industrielle de la Prusse ; Robert Walsh y fit ses débuts; Nicholas Biddle, le célèbre directeur de la banque des Etats- Unis, et James E. Hall y travaillèrent assidûment. Dennie mourut en 1812, mais le recueil qu'il avait fondé lui survécut , et ne cessa de paraître qu'en
Depuis 1813, le Portfolio avait un concurrent redoutable dans YAnalectic Magazine, fondé également à Philadelphie par Moses Thomas, et auquel collaboraient Washington Irving, le romancier Paulding, et le célèbre ornithologiste Wilson. Le succès de YAnalectic Magazine fut très-grand et s'étendit à toutes les parties de la confédération ; mais les frais étaient excessifs 1 . Malgré le grand nombre des souscripteurs, il fut impossible d'y faire face, et YAnalectic Magazine cessa de paraître après huit ou neuf ans d'existence. Il avait cependant ouvert la voie que des successeurs plus heureux ont parcourue avec honneur et
1. Le journal distribuait chaque mois à ses abonnés un cahier de 100 pages in-8, orné de planches et de gravures originales.
profit. Aujourd'hui encore les magazine* de Philadelphie l'emportent de beaucoup de New-York et de Boston par la variété de la rédaction, par la beauté des gravures, et par le nombre des abonnés. Les plus prospères sont le Livre des dames (the Lady's Book), et le Grahams Magazine. Tous deux ont commencé très-modestement et ne vivaient d'abord que des dépouilles d' autrui, choisissant dans les divers recueils publiés en Angleterre et aux États- Unis, et surtout dans les magazines anglais, les matériaux de leurs numéros mensuels. A mesure que leur clientèle s'est étendue et que leurs ressources ont augmenté, ils ont joint à ces articles d'emprunt un nombre de plus en plus considérable d'articles originaux, et ils ont fini par s'attacher à grands frais les meilleurs écrivains des États-Unis. Aujourd'hui le Grahams Magazine est presque exclusivement composé d'articles et de romans inédits : c'est pour ce recueil que Fenimore Cooper a écrit les Ilots de la Baie 1 ; il donne régulièrement à ses abonnés des gravures qui pour la magnificence et le fini égalent les plus belles productions des graveurs européens. C'est le plus répandu de tous les recueils américains, car il tire au delà de 35 000 numéros. Le Livre des dames a environ «30 000 lecteurs ; le Godey's Magazine et le