‹ Histoire de la presse en Angleterre et aux États-UnisChapitre 9 sur 71 · By authority · texte numérisé non relu

By authority

La cour étant revenue s'établir à Londres, la Gazelle l'y suivit, et, à partir du 5 février 1666, devint la Gazette de Londres, *qui se publiait les lundis et jeudis sur deux pages, divisées chacune en deux colonnes. La Gazette de Londres fut une feuille officielle, placée sous la direction spéciale d'un sous-secrétaire d'État 1 et rédigée par des écrivains à son choix. Elle s'est continuée sans interruption jusqu'à nos jours, et c'est dans ses colonnes que se font encore les publications officielles. Roger Lestrange reçut pour dédommagement les fonctions de censeur, et se mit à traduire l'historien Josèphe , ainsi qu'une partie de Sénèque et de Cicéron.

Malgré le patronage accordé par la cour au journal de Lestrange, malgré la publication de la Gazette de Londres, il existait encore un certain nombre de feuilles indépendantes, et si les journaux ne pouvaient plus publier les débats du parlement, ils continuaient à s'occuper de politique. Ainsi on voit en 1679 ce

1. Le sous-secrétaire d'État , sir Joseph Willîamson , s'était fait attribuer le privilège de la rédaction de la Gazette; le véritable rédacteur fut, pendant les cinq premières années, Charles Perrot, maître ès arts du collège d'Oriel. Il parut également pendant quelques années une édition de la Gazette en français ; un certain Moranville était chargé de la traduction, et on lui faisait quelquefois altérer ce qu'il traduisait, ce qui donna lieu à des plaintes de la part du parlement.

même Lestrange , tout censeur qu'il était , reprendre la plume et publier Y Observateur pour défendre la cour, qu'on accusait d'incliner au catholicisme; mais le nombre des journaux alla en diminuant, et leur existence devint tout à fait précaire. Une page empruntée à la récente histoire d'Angleterre de M. Macaulay montrera quelle était à cette époque la situation des journaux.

En 1685, il n'existait et ne pouvait exister rien de pareil à nos journaux quotidiens. On n'eût trouvé ni le capital ni le talent nécessaires. La liberté manquait également, condition aussi essentielle que le talent et le capital. La presse pourtant n'était pas à ce moment soumise à une censure générale. La loi sur la censure , votée peu de temps après la Restauration, était expirée depuis 1679. Chacun pouvait donc à ses risques et périls imprimer, sans l'autorisation préalable d'un fonctionnaire public , une histoire , un sermon ou un poëme; mais les juges étaient unanimement d'avis que cette liberté ne s'étendait pas aux gazettes, et que, d'après la loi commune de l'Angleterre, personne n'avait le droit de publier des nouvelles politiques sans l'autorisation de la couronne. Tant que le parti whig fut formidable, le gouvernement crut utile, comme mesure de circonstance , de fermer les yeux sur la violation de cette règle. Pendant la grande lutte du biil d'exclusion , on laissa paraître plusieurs journaux : le Protestant Intelligence!', le Current Intelligenœr, le Domestic Intelligencer ', les True Netces, le Londvn Mercury. Aucun de ces journaux ne paraissait plus de deux fois par semaine; aucun ne dépassait en étendue une petite feuille simple. La quantité des matières que l'un d'eux publiait dans une année ne dépassait pas celle qu'on trouve souvent dans

deux numéros du Times. Après la défaite des whigs, le roi n'eut plus besoin de montrer la même réserve dans l'exercice d'une prérogative que tous les juges de la couronne avaient déclarée être incontestable. A la fin de son règne , aucun journal n'avait permission de paraître sans son autorisation, et cette autorisation était accordée exclusivement à la Gazette de Londres. Celle-ci ne paraissait que les mardis et les jeudis. Elle contenait en général une proclamation royale, deux ou trois adresses au roi par des tories, deux ou trois promotions, le compte rendu de quelque escarmouche sur le Danube entre les troupes impériales et les janissaires, le signalement de quelque voleur de grand chemin, l'annonce d'un grand combat de coqs entre deux personnages de qualité, et une annonce promettant une récompense pour le retour d'un chien égaré. Le tout faisait deux pages de grandeur moyenne. Tout ce qu'on avançait sur les sujets du plus haut intérêt était rédigé de la façon la plus sèche et la plus formaliste. Quelquefois cependant, quand le gouvernement était en humeur de satisfaire la curiosité publique sur une affaire importante, on publiait un placard qui donnait plus de détails qu'on n'en trouvait dans la Gazette; mais ni la Gazette ni les placards supplémentaires publiés officiellement ne contenaient jamais une nouvelle qu'il ne convînt pas à la cour de faire connaître. Les débals parlementaires et les procès d'État les plus importants dont fasse mention notre histoire étaient passés sous un profond silence. Dans la capitale, les cafés tenaient jusqu'à un certain point lieu de journal. C'est là que les habitants de Londres couraient en foule, comme jadis les Athéniens à la place du marché, pour savoir les nouvelles du jour.,.. Mais les personnes qui vivaient à distance du théâtre principal des luttes politiques n'avaient pas d'autre moyen d'information régulière que les nouvelles à la main.

Il y a quelque exagération dans ce tableau de l'éloquent historien : à le prendre à la lettre, il semblerait qu'à partir des dernières années de Charles II il n'y ait plus eu en Angleterre d'autre journal que la Gazette de Londres, Or, Y Observateur, fondé par Lestrange en 1679, continua d'exister jusqu'en 1687, et en 1682 le Loyal jtrotestant Intelligence)* se publiait encore. Il n'en est pas moins vrai que si Jacques II avait triomphé, toute liberté de la presse , par conséquent tout journalisme, eût cessé d'exister en Angleterre. La révolution de 1688 vint, suivant l'expression de M. Macaulay, mettre le gouvernement sous le contrôle de la presse. Non-seulement les journaux se multiplièrent , mais leur rôle s'agrandit tout à coup par suite de la liberté qu'un gouvernement faible fut obligé de leur laisser, et par suite de la rivalité de deux grands partis , qui , ne pouvant combattre toujours à main armée, luttèrent par la publicité. Jacques II avait à peine mis le pied sur la terre de France, que tous les partis fondaient à l'envi des journaux1. Le nouveau gouvernement ne fut pas le dernier à recourir à ce moyen de défense , ainsi que le prouve la publication immédiate de Y Orange Intelligencer, dont le nom n'a pas besoin de commentaire.

1. Trois nouveaux journaux, VUniversal Intelligence, VEnglish Currant, le London Courant parurent simultanément le 12 décembre 1688, le lendemain même de l'abdication de Jacques II.

De 1688 à 1692, en quatre ans, on vit paraître vingtsix feuilles nouvelles, tandis que les vingt-six années de la Restauration, de 1661 à 1688, n'en avaient vu naître que soixante-dix, qui presque toutes étaient mortes au bout de peu de temps. La loi qui soumettait les journaux à l'autorisation préalable existait encore, sans que Guillaume III eût osé faire usage du pouvoir qu'elle lui attribuait. Cette loi expirait en 1692; elle fut prolongée pour un an ; mais Tannée suivante les tories , les jacobites et même les mécontents du parti ministériel se coalisèrent contre elle, et empêchèrent qu'elle ne fût renouvelée. Tous les journaux fondés depuis la Révolution eurent alors une existence légale : toutefois la liberté extrême dont ils jouissaient était une tolérance plutôt qu'un droit. Le parlement s'arrogea même sur eux le droit de censure qu'avait perdu la royauté ; il leur interdit de publier les débats des deux chambres , et il étendit en termes exprès cette interdiction aux auteurs de correspondances politiques. Un écrivain jacobite, du nom de Dyer, fut mandé à la barre des communes et réprimandé pour avoir, dans une de ses lettres , rendu compte d'une séance et nommé les orateurs qui avaient parlé. Ce fait prouve les prétentions du parlement et aussi la persistance des correspondances politiques soixantequinze ans après l'apparition du premier journal. Cette industrie existait encore sous le règne suivant, car

une feuille du temps, YEvening Post, s'étonne que bien des gens en province consentent à payer trois et quatre livres par an pour recevoir une correspondance, lorsqu'un bon journal leur coûterait beaucoup moins. Plusieurs feuilles , pour faire concurrence aux nouvelles à la main , avaient pourtant imaginé de paraître avec deux pages imprimées et deux pages en blanc, afin qu'on pût se servir de son journal en guise de papier à lettre, et envoyer les nouvelles du jour à ses amis chaque fois qu'on leur écrivait. Ces journaux se vendaient deux pence ou quatre sous le numéro.

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