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CHAPITRE CINQUIEME

L'insurrection de 1837-38 au Canaca—Le premier journal canadien-français aux Etats-Unis

U premier journal français au premier journal canedien Ÿ aux Etats-Unis il s’écoula un long intervalle. Il ne paraît pas y avoir eu d'autre tentative de publication d’un journal français, depuis le Courrier de Boston, (1789) avant l'apparition du Courrier des Etats-Unis à New- York, qui vit le jour samedi le premier mars 1828 et fut publié sans interruption jusqu’à nos jours.

Le premier journal canadien-français aux Etats-Unis fut le Patriote, publié à Burlington, dans le Vermont.

La fondation de la Société des Fils de la Liberté à Montréal en septembre 1837 fut suivie de l'insurrection contre l'oligarchie anglaise. Les batailles de St-Denis, St-Charles, St-Eustache, etc., suivirent, puis ce fut la débandade, le sauve-qui-peut, l'exil aux Bermudes et en Australie, l'emprisonnement et la mort sur l’échafaud de ceux qui furent pris avant d’avoir pu traverser la frontière américaine.

Louis-Joseph Papineau, Denis-Benjamin Viger, Georges-Etienne Cartier, Ludger Duvernay et beaucoup d’autres, chefs de l’insurrection, se réfugièrent dans le nord du Vermont et du New-York.

C'est à Burlington que Ludger Duvernay fondait en 1838, aussitôt après sa fuite, le premier journal canadien aux Etats-Unis et qui s'appelait le Patriote. C'était une feuille in-quarto et qui était, comme son nom l'indique, l'organe des patriotes. Duvernay, dans son journal, s’appliquait surtout à créer un mouvement ayant pour but l'indépendance du Canada et l'établissement d’une république canadienne. Les Canadiens-français luttaient depuis longtemps pour

Lacroix

Edouard-X

1, Duvernay

Antoine Moussette

Alexandre Grandpré

L’insurrection de 1837-38 au Canada 17

les droits qui leur étaient garantis par les traités, mais que les gouverneurs et les fonctionnaires refusaient de leur accorder. Le peuple, exaspéré, ne voulait rien moins que se débarrasser pour toujours du joug britannique. Mais toute cette agitation, fomentée sur le sol de l’'Oncle Sam, puisque l’oligarchie avait eu complètement le dessus au Canada, n'eut qu’un résultat négatif, et le Patriote de Duvernay ne vécut qu’une couple de mois.

Le Foyer Canadien de Worcester, Massachusetts, publié par Ferdinand Gagnon et Frédéric Houde, reproduisait une poésie qui avait été publiée autrefois dans le Patriote, et dont l’auteur n’était autre que Georges-Etienne Cartier, d’après ce qu’affirmait Louis Fréchette dans une lettre à l’auteur. Cette poésie porte le titre suivant: “Souvenirs de 1837 et 38, contés par un patriote canadien réfugié à Burlington.” En voici les strophes:

Dans le brillant de la jeunesse

Où tout n’est qu’espoir, allégresse,

Je vis captif en proie à la tristesse,

Et tout tremblant je vois l’avenir Venir.

De longtemps ma douce patrie

Pleurait sous les fers, asservie;

Et, désireux de la voir affranchie,

Du combat j'attendais l'instant Gaiement.

Mais advint l'heure d’espérance Où j'entrevois la délivrance; Eh! mon pays, ca surcroît de souffrance, Mais contraria très vaillants Enfants.

Et moi, victime infortunée

De cette fatale journée,

Le léopard sous sa griffe irritée,

Sans pitié me tient mains et pieds Liés.

La reverrai-je, cette amie

Naguère qui charmait ma vie?

Souvent en moi son image chérie

Fait soupirer dans sa douleur Mon cœur.

Adieu! ma natale contrée Qu’à jamais je vois enchaïînée ; Fasse le Ciel qu’une autre destinée T'accorde un fortuné retour

Un jour.

Ce n’est assurément pas à cause de sa valeur littéraire que nous insérons ici ces strophes. Il est certain que Cartier, devenu plus tai d l'idole des Anglais, s’est infiniment plus illustré comme homme d'Etat que comme poète. Mais nous avons cru qu'il était à propos de les reproduire ici, vu qu’elles expriment l'état d'âme et les sentiments du jeune Cartier et probablement de plusieurs autres patriotes du temps qui s'étaient exilés pour échapper à la vengeance des bureaucrates.

Le journalisme canadien aux Etats-Unis peut donc à juste titre réclamer Ludger Duvernay, une gloire nationale du Cänada français, comme son père et premier fondateur, malgré l'existence plus qu’éphémère qu’eut ce chétif premier-né de notre presse. C’est pourquoi nous estimons qu’une notice biographique et un bref aperçu des œuvres patriotiques du fondateur de la première société Saint-Jean- Baptiste en Amérique seront ici à leur place.

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