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LOUIS TESSON

M. Louis Tesson est né le 6 mai 1853, à Saintes (Charente Inférieure,) France.

Après de bonnes études classiques, comme on les faisait en ce temps-là. il partit pour l'Amérique où il a toujours vécu jusqu’à ce jour, à part quelques voyages en France pour faire son service militaire et revoir sa famille. Il demeura d'abord en Louisiane, de 1873 à 1882, moins deux ans envi: n passés en France, et c’est là qu’il commença à réaliser un rêve fait sur les bancs de l'école en collaborant à la Sentinelle d® Thibodaux et en rédigeant la partie française du Progrès de Terrebonne et du Courrier de Houma. Il devint l’un des Premiers membres correspondants de l’Athénée Louisianais, orgenisé par le Dr Alfred Mercier. L'année 1882 le trouve à New-York, où il resta environ 7 ans, occupé à publier les Petites Affiches, puis le Franco-Américain, qui, avant de mourir, passa ses abonnés au Nouveau Monde Illustré, fondé par M. Renaud.

Un peu découragé par cet insuccès, M. Tesson se tourna vers l’enseignement du français, la ressource de beaucoup de ses compatriotes en Amérique. L'école Berlitz de New-York lui offrit une situation dans une de ses succursales à St-John, Nouveau-Brunswick, qui devint plus tard l'école Ingres et Coutellier. Pendant huit ans, M. Tesson voyagea d'un poste à un autre, à Bath, Maine, à Charlottetown, Ile du Prince Edouard, à Toronto et à Montréal. C’est pendant cette période d'enseignement, qui lui laissait beaucoup de loisirs, surtout l'été, qu'il collabora à divers journaux, le plus souvent sous son nom de plume. “Louis Desaintes.”

Au Messager de Lewiston, Maine, il donna nombre d'articles et deux romans de mœurs: “Le Sang Noir” et “Une Idylle Acadienne.” Le Monde Illustré de Montréal, a publié de lui de petites poésies et un roman de longue haleine, “Un amour sous les frimas.” C’est là qu'il publia de février 1893 à mars 1804, le Maître Français, mensuel, contenant un petit roman acadien “Céleste” et le commencement d'une méthode nouvelle pour enseigner le français. La Patrie lui doit quelques bons articles; il travailla même à la Presse en qualité de chroniqueur et de correcteur, et il y a écrit des chroniques fort originales, qui n’ont pas duré longtemps, car M. Tesson avait le mal du pays—des Etats-Unis. La fin de l’année 1895 le trouve à Holyoke, où avec M. Joseph Carignan, il établit la Presse de Holyoke. Le jour-

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Silhouettes de journalistes 295

nal paraissait à peine depuis quelques mois, lorsque le père de M. Carignan mourut à Lachine, Canada. M. Joseph Carignan régla avec M. Tesson et retourna au pays natal. Toutefois, son frère, M. William Carignan, bien connu à Holyoke, autorisa M. Tesson à se servir de son nom, et la Presse de Holyoke continua sa publication sous la raison sociale “Tesson et Carignan.”

M. Tesson se mit au travail avec une ardeur peu commune, ne ménageant ni son temps ni son argent; mais il s’aperçut bientôt que le terre-à-terre du journal hebdomadaire ou bi-hebdomadaire francoaméricain, qui compte surtout pour vivre sur les annonces et les nouvelles locales, n’était pas fait pour la réalisation de ses rêves de jeunesse. Aussi, chose curieuse, cette période de 7 ans où il possédait lui-même un journal franco-américain est celle où il a le moins écrit. Absorbé par des détails d'administration et d’affaires, il n’avait plus le temps de se livrer à la littérature. Par la création de quatre éditions en dehors de Holyoke, à Waterbury, Conn., à Norwich, Conn., à Fitchburg, Mass. et à Somersworth, N.-H., il essaya de multiplier les sources de revenu des annonces sous une même rédaction et une même administration. Cette combinaison n'eut qu’un succès passager. Il est probable que l’ère des machines à composer, qui activa la transformation des journaux franco-américains, hebdomadaires en quotidiens, lui fut fatale. Il fallait suivre le mouvement ou végéter, sinon succomber. M. Tesson le comprit bien. Ne voulant pas se lancer seul dans une entreprise si difficile, il s’associa en 1902 avec M. Joseph Bellemare, et bientôt se formait la société par actions, dûment incorporée, “La Presse Publishing Co.” Cette mesure ne servit à rien. Moins d'u an après, la Presse suspendait sa publication, en 1903.

Après un séjour d’un peu plus d’un an chez M. A.-L. Beauchamp, éditeur de L’Estafette de Marlboro, Mass., M. Louis Tesson entra comme professeur de français au “New England College of Languages,” de Boston, Mass., et devint l’un des directeurs de cette corporation. Dans l'exercice quotidien de l’enseignement de notre langue aux Américains, son esprit naturellement critique ne tarda pas à en constater les difficultés et à chercher un remède à celles-ci. De là des études très nombreuses, très originales. Une partie seulement a paru en brochure et dans Le Français Fonétique, qu'il dirige depuis plus de deux ans, sans compter un grand nombre d'articles publiés d’abord par L'Opinion Publique de Worcester, Mass., et maintenant

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par la plupart des journaux français d'Amérique pour faire connaître la “ligue internationale de l'enseignement oral des langues vivantes dans les écoles primaires” qu’il a fondée avec le concour: de quelques compatriotes, professeurs, artistes, industriels et commerçants. Le but de cette ligue, dont le siège est à Washington, D. C. (président, Prof. C.-G. Rivot, The Cumberland,) est de rallier dans le monde entier tous ceux qui s'intéressent, pour une raison ou pour une autre, au progrès de l’enseignement oral des langues vivantes et de combiner leurs efforts pour le réaliser au plus tôt.

M. Tesson a trouvé enfin l’œuvre d'utilité sociale, que son instinct de penseur et d'écrivain lui faisait rêver et chercher depuis longtemps. C'est une révolution complète dans l’enseignement élémentaire des langues vivantes qu’il prêche. Il y a bien des obstacles à vaincre, mais sa victoire n’en sera que plus grande. Aussi met-il dans son entreprise toute son énergie et une grande persévérance, soutenues par l'espoir d’un succès prochain comme couronnement d'une vie consacrée tout entière à la propagation du français et au progrès des méthodes d’enseignement des langues vivantes.

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