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CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME

Le Révérend Gabriel Richard

U mois de septembre 1909, le Pilot de Boston, journal offciel de l’archidiocèse de Boston, disait que le premier journal catholique aux Etats-Unis avait été publié par un prêtre français, il y avait 80 ans, le Rév. Gabriel Richard. Ce journal s'appelait The Essay of Michigan. Ce n'é-

tait pas tout à fait exact. L’Opinion Publique de Worcester signala cette note du Pilot sans faire de rectification, laquelle fut reproduite par plusieurs journaux français de la Nouvelle-Angleterre. Je n'aurais pas mentionné dans ce livre le nom du Rév. Gabriel Richard sans cette note du Pilot, mais j'estime que la vérité historique a des droits que l’on ne doit pas violer. Nous devons donner à chacun ce qui lui appartient. Le premier journal français publié aux Etats-Unis était le Courrier de Boston, qui vit le jour en 1789, comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent. Il pouvait à bon droit aussi passer pour journal catholique.

Le nom du Rév. Gabriel Richard mérite une mention spéciale dans l’histoire des Etats-Unis à titre de missionnaire, auteur et homme politique, mais non à titre de journaliste. C’est aux fins de détruire l'impression erronée qu’aurait pu créer la note du Pilot et des journaux canadiens de la Nouvelle-Angleterre que j'ai cru devoir rectifier les faits. En même temps j'ai cru l’occasion bonne de dessiner une figure très intéressante et tout à l’honneur de la race française en Amérique. Si M. Richard ne fut pas journaliste, il fut auteur de livres religieux; il fut le premier Français à publier des livres en langue française. Mais avant de faire l’esquisse de M. Richard, réglons de suite la question du journal The Essay of Michigan dont on a attribué à tort la fondation à Messire Gabriel Richard. J'ai

trouvé il y a quelques années dans les archives de la société Historique du Michigan à Détroit, que cette feuille à quatre pages de 10x16 pouces, parue à Détroit en 1909, rédigée en langue anglaise avec une colonne et demie en français, avait été publiée par Jacques Miller. Une caractéristique peu banale de ce journal c’est qu'il n’en parut qu'un seul numéro. J'ai relevé dans les archives la note suivante: “On avait attribué la fondation de ce journal au Père Richard, mais il n'a eu rien à faire avec cette publication.”

Le Rév. Gabriel Richard, Sulpicien, naquit à Saintes, France, le 15 octobre 1764. Il fit ses études à Angers et fut ordonné prêtre à Issy, près Paris, et devint Sulpicien en 1791. Passé aux Etats-Unis à la veille de la Terreur, l’évêque Carroll de Baltimore, le premier évêque catholique des Etats-Unis, envoya l'abbé Richard dans les missions de l'Ile-à-Kaskaskia dès sa première année de prêtrise. Après six ans il fut transféré au vicariat de Sainte-Anne à Détroit. Cette ville était alors le siège du gouvernement dans cette région de l'Ouest, possédée en premier lieu par les Français, puis les Anglais et enfin les Américains. Détroit contenait à cette époque—vers l’année 1800—environ 2,000 âmes. Messire Fréchette, le dernier prêtre sous la juridiction de Québec, avait été rappelé en 1796 et remplacé par Messire Michel Levadoux, prêtre de Saint-Sulpice, qui arriva à Détroit en juin 1798. Plus tard il alla à la Baie Georgienne et au Sault Ste-Marie où il passa quatre années (1801-5.) Il remplit les fonctions de grand-vicaire en remplacement de M. Levadoux, qui était passé en France. Revenu à Détroit il y fonda une école en 1804, et l’année suivante au mois de juin tous les édifices de la mission furent incendiés, église, école et presbytère, ainsi que plusieurs autres maisons de particuliers. En 1807 il était invité à prêcher tous les dimanches aux protestants par le gouverneur et autres personnages officiels, ce qu'il fit sans toutefois prêcher la contreverse. Tous ces détails ont l’air à s’écarter de notre sujet, mais ils s’y rattachent en réalité, attendu que Messire Richard avait participé aux travaux apostoliques accomplis par les deux éminents prêtres que nous venons de nommer.

Nous avons dit que le Rév. Gabriel Richard fut le premier éditeur de livres français aux Etats-Unis. En 1808 il se rendit à Baltimore dans le but, comme il le disait, de “quêter” pour ses œuvres. On lui fit cadeau d'une presse et de caractères d'imprimerie. Avec ce matériel il confia l'impression des ouvrages suivants à divers imprimeurs:

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L'Ame Pénitente, 1809, 300 pages, Jacques Miller, imprimeur; La Journée du Chrétien, 1811, 350 pages, A. Coxshawe, imprimeur; Les Ornements de la Mémoire, 1812, 130 pages, A Coxshawe, imprimeur; Epitres et Evangiles (français et anglais,) 1812, 396 pages, Théophile Mettez, imprimeur; Petit Catéchisme Historique, 1812, 300 pages, Théophile Mettez, imprimeur; Le Journal des Enfants, 1812, 196 pages, Théophile Mettez, imprimeur.

Messire Richard fut le premier éditeur dans l'Ouest des Etats- Unis. La presse et les caractères restèrent sous le toit du presbytère de Détroit longtemps après sa mort. En 1808 il avait écoles, académie pour filles, séminaire pour garçons contenant des appareils pour l'étude de la chimie et de l'astronomie. En 1812 il importa le premier orgue de France pour le Nord-Ouest. Durant la guerre de 1812 il fut fait prisonnier par les Anglais et détenu pendant quelque temps sur le territoire canadien. Il devint par la suite vicaire général pour le Kentucky, l’Indiana et le Michigan. En 1824 il fit un voyage autour des Grands Lacs et marqua d'une croix l’endroit où reposaient les restes du Père Marquette à Michilimakinac.

En 1823 Messire Gabriel Richard avait été élu au Congrès des Etats-Unis. Il fut probablement le seul prêtre catholique qui ait jamais siégé au Congrès, où il servit un terme. Il mourut en 1832 des suites des fatigues qu'il s'était imposées pendant l'épidémie de choléra. Ses restes reposent à Détroit sous l’église Ste-Anne, où son portrait est peint sur un des vitraux. A l'hôtel de ville de Détroit, sur la façade, sont les statues du Père Marquette, Gabriel Richard, Robert de la Salle et A. de Lamothe-Cadillac.

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