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CHAPITRE HUITIEME

La presse française au Michigan

n'EST à Détroit, une ville qui fut d'abord et pendant longtemps une ville toute canadienne-française, que fleurit la presse de langue française au Michigan. MA: quand les journaux de notre langue surgirent l’un après l’autre, une transformation s'était accomplie dans la physionomie de la ville et le caractère des habitants, après l'invasion des Yankees, qui étaient venus en grand nombre s'ajouter à l'élément canadienfrançais.

M. Télesphore Saint-Pierre, dans son histoire “Les Canadiens du Michigan,” raconte cette période de transition et de décadence dans les termes suivants:

“L'indifférence affichée par les Canadiens pour les choses de la politique, laquelle devait être fatale à leur influence dans les affaires publiques, correspondait malheureusement à une décadence quasigénérale des vieilles familles canadiennes.

“Les premiers Américains qui vinrent s'établir à Détroit ont conservé le meilleur souvenir de la large hospitalité des anciens Canadiens, de leurs bals et de leurs fêtes, où la gaieté débordait. Malheureusement ces pauvres gens se ruinaient en se faisant aimer et admirer. Il ne faut pas les juger trop sévèrement. Ils ont surtout souffert d’un défaut d'éducation, et parmi eux il se trouva des hommes pour prévoir le mal sans pouvoir l’enrayer.

“Le Detroit Gazette, fondé en 1817, publia pendant quelque temps une colonne en français. Un des collaborateurs de cette feuille, qui signa “Vieux Philippe,” adressait à ses compatriotes l'appel suivant: “Français du Michigan, vous devriez commencer immédiatement à donner une éducation à vos enfants. Dans peu de

temps il y aura dans ce territoire autant de Yankees que de Français, et si vous ne faites pas instruire vos enfants, tous les emplois seront donnés aux Yankees.”

“Vieux Philippe’ avait raison, et depuis de longues années les Franco-américains n’ont rien obtenu dans les affaires publiques de Détroit.

“La Gazette, au bout de quatre mois, ne comptant que vingtcinq abonnés, discontinua la colonne française.

“En 1825, M. E. Reed, un Américain, entreprit la publication de la Gazette Française. Il ne parut que quatre numéros de ce journal.

“L'idée d'établir un journal français fut reprise en 1843 par M. Edouard-N. Lacroix, homme de talent, qui venait de Montréal. Le nouveau journal prit ie nom L'Ami de la Jeunesse, qui fut publié pendant quatre mois.

“En mai 1850, M. Lacroix fonda encore un autre journal, le Citoyen, qui vécut six mois.”

La publication en fut reprise quelque temps après sa suspension, par M. Charles J. Dossin qui, faute d'encouragement, fut forcé, lui aussi, d'abandonner l’entreprise durant l'été de 1851.

M. Lacroix était un homme énergique, écrivain populaire au style abondant et nerveux. À 60 ans il écrivit une esquisse de la ville de Détroit qui créa une profonde sensation, parce qu’elle contenait des faits oubliés et des erreurs dans lesquelles certains historiens semblaient se complaire. Cette esquisse fut publiée dans L'Opinion Publique, de Montréal, en 1872. “J'ai vaincu ici les ennemis de notre nationalité, ceux qui avaient travesti l’histoire et jeté de la boue aux mânes de nos ancêtres; justice est en partie faite,” écrivait M. Lacroix.

La ville de Détroit était autrefois toute française. Fondée en 1701 par Lamothe-Cadillac, la cession du Canada la fit passer sous la domination anglaise, et après la guerre de 1812 elle devint ville américaine par la cession du territoire aux Etats-Unis. Malgré ces changements, elle conserva jusqu’au milieu du siècle dernier le caractère de son origine et la langue française.

Dans un de ses articles les mieux pensés, M. Lacroix déplorait dans les termes suivants l'insouciance et les défauts de ses compatriotes:

dit

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