COURIER DE BOSTON
AFFICHES, ANNONCES, er AVIS.
L'Urilite des deux ondes.
Prix, ç& Pence.] AVIS A MM. les Agioteurs et autres Spéculateurs Jur les Fonds-Publics.
La fureur du jeu ®,dit-on, eft depuis quelque temps portée au plus haut degré ; elle a gagné toutes les claffes de citoyens, On achete, on vend des a1@tiocs, on multiplie les combinaifons ; on vend des dividendes qu'on n'a point ; on parie en un mot, & les paris font fourent confidérables. Les heureux à ce jeu affichent un grand luxe, les autres fe cachent ; l’état des premiers frappe, on iguore la détreMe des autres, & chaeuu fe met äjouer. Cette manie infeête tous leÿ rangs, la contagion eit univerfelle, & c'eft un grand mal.
Le jeu entraine la diffipation, & la diffipation en. traine le jeu ; la difipation fert à dépenfer en jouiffances le gain, & le jeu alimente la diflipation.
Un joueur ne connoit & n'aime que lui, & plus fou. vent même il ne s'aime P«5 5; Comment aimeroit-il les autres ? Auf n’ef.il pour lui ni parens, ni amis, ni Cpoufe ni enfans. Quand il gagne, les deraiers lui font à charge, parce qu'ils femblent lui reprocher fes jouiffances : quand il perd, ils lui de que leur ruine eft fon ouvrage.
‘auent odieux, parce
Dans une vie tranquille, avec des goûts réglés, on mène une vie irréprochable, on a des mœurs : dans une vie agitée, avec des goûts immodérés, on n'a ni repos ni mœurs.
On donne la préférence au jeu fur tout, fur les arts, les fciences, le Commerce, l’agriculture, on ne s'occupe
+ Jeu difque ici Décalatin, jourer éralstnr,
Du JEUDI, 2 Jurceer, 1789.
[ No. 11.
que de chiffres, que de combiner les moyecs de s'enrichir aux dépens des autres & de Ia fociété.
Ce jeu efl une vraie guerre faite à la fociété, à tous les hommes ; le jeu ifole donc les hommes.
L'ame d'un joueur eft perpétuellement livréé à des inquiétudes dévorantes ; une ame iaquicte eft rarement honnête & douce.
On diffipe vite, parce qu'on a gagné vite ; on joue fouvent, parce qu'on diffipe toujours,
Les pertes jointes à la diffipation entrainent la raie, & l'on devient frivon.
Enfa le jeu, en favorifant le crédit, facilite aux admiaiftrateurs les moyens d'avoir de l'argent ; il favorife done les pafions des adminitrateurs, car la facilité d'avoir, engage à dépenfer ; cette facilité e@ donc un moyen de corruption.
Le jeu en finance elt funefte à la fociété, au Couvernement, aux mœurs privées, il eft funefte même pour les juueurs.
On ne m'accufera pas fans Joute d'avoir diminué les griefs qu'on élève contre le jeu dans les fonds publics, d'avoir altéré les couleurs noires fous lefquelles on peint fes cffcts.
Répondons par des faits, par l'expérience & par le raifsnnement.
Si ce jeu Etruifoit les mœurs publiques & Privées, il a’cn devroic plus exilter aucune trace en Angleterre & en Hollande, deux contrées où ce jeu exifle depuis long-temps, où il exifle prefqne fans entraves, où il eft porté à un fingulier degré de perfe@ion, où tous les citoyens enfin prennent part ; la corruption devroit être portée à un plus haut point que dans les Etats Qui a'oat poiat admis ce jeu ou dans lefquels il a tou-