LE PREMIER NUMERO
Le premier numéro du Courrier fut publié le rer mars 1828, dans le format qu'il a conservé jusqu’à l’année 1851. Il débuta comme simple feuille hebdomadaire, paraissant le samedi par huit pages, dans lesquelles la littérature et les variétés occupaient infiniment plus de place que la politique. Il n’était alors question ni de steamers à roues ni de steamers à hélice. A peine même l’ère des grands paquebots commençait-elle, et les communications avec l'Europe étaient soumises à toutes les vicissitudes de la navigation. Aussi voit-on, à la composition de certains numéros, dans quelle disette se sont parfois trouvés les rédacteurs.
A proprement parler, le Courrier n'avait, à cette époque, ni les allures ni l'ambition d’un journal proprement dit. C'était, plutôt que tout autre chose, une sorte de prise de possession d'état au nom de notre langue: le journalisme français prenait date et marquait sa place pour l’avenir dans les rangs de la presse américaine,
Ces conditions premières de périodicité ne subirent aucune modification jusqu’en 1829. A cette époque, on commença à faire aux abonnés la galanterie d’une feuille supplémentaire de quatre pages ,publiée le mercredi, en dehors et en sus des huit pages régulières du samedi.
Ce fut la seule transformation matérielle que subit le journal jusqu’au moment où M. Frédéric Gaillardet en devint acquéreur, en 1838; mais ses vicissitudes éditoriales avaient été plus nombreuses, Avant d'arriver entre les mains qui devaient lui ouvrir un avenir nouveau, il
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avait passé par celles de quatre propriétaires différents, avec les alternatives diverses de bonne fortune et de moments critiques.
M. Frédéric Gaillardet le prit dans une condition tellement précaire que, aux yeux de beaucoup de personnes, son entreprise de le relever passa pour une témérité. Il débuta par une sorte de coup d'Etat qui accumula encore autour de lui de nouveaux pronostics néfastes: il dédoubla la feuille du samedi et se mit à publier trois numéros par semaine. Bien que rien ne fût changé aux conditions d’abonnement, ce changement détermina un certain nombre de retraites dans la liste des souscripteurs et ébranla un moment sa situation. Mais son énergie et son talent eurent bientôt regagné le te-rain perdu et bien au-delà. Favorisé par l'établissement de la ligne Cunard qui vint donner aux nouvelles d'Europe un intérêt pour ainsi dire régulier, le Courrier prit un essor que ses fondateurs ne lui avaient probablement jamais prévu. La publication, presque exclusivement littéraire jusque là, acquit rapidement une valeur et une influence, et au bout de neuf ans, M. Gaillardet se retirait avec une fortune gagnée rapidement, mais non sans un âpre labeur, sous lequel avait succombé sa santé.