‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 3 sur 220 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

ALGRE le titre que l'auteur a cru devoir donner à ce livre, il désire tout d'abord prévenir le lecteur qu'il n'a pas eu la prétention d'écrire une histoire compiète du journalisme canadien aux Etats-Unis. Ce serait une tâche au-dessus de ses forces, mais il croit tout de même pouvoir aflirmer que ce livre qu'il ose présenter

au publie constitue un exposé assez fidèle des débuts, de l'enfance

et des progrès de la presse canadienne-francaise des Etats-Unis depuis plus de quarante ans jusqu’à nos jours.

Le travail que nous nous sommes imposé ne pouvait se faire nécessairement sans beaucoup de labeur, de recherches et de démarches. Heureusement, il nous a été relativement facile de l’entreprendre et le mener à bien grâce aux nombreuses notes que nous possédions déjà, à de vieux documents et extraits de journaux, et aussi beaucoup à nos souvenirs personnels. Nous aurons aussi vecasion, dans le cours de cet ouvrage, de citer largement des extraits de journaux, dont la plupart sont aujourd’hui depuis longtemps déjà disparus, mais qui jettent une vive lumière sur le sujet traité.

Si l’on pouvait juger du degré de culture littéraire d’un peuple par ses journaux, on devrait convenir que les Canadiens des Etats- Unis se sont montrés un peuple des plus intellectuels, car ils ont été légion les journaux de langue française qui ont germé et poussé en sol américain pendant une période de vingt-cinq ou trente ans et sont morts d’inanition après une carrière plus ou moins longue et plus ou moins accidentée. Si la moitié seulement ou même le quart de ces feuilles existaient encore aujourd’hui, supposant qu'’elies eussent atteint le développement de nos quelques journaux quotidiens actuels, nous, les Franco-américains, comme nous disons aujourd’hui, pourrions nous vanter avec raison du nombre de nos journaux, sinon de leur éelat.

Parmi ces journaux, les uns ont eu une brillante carrière et ont creusé un sillon profond dans le champ littéraire et intellectuel ; ils avaient des abonnés et ont eu du retentissement dans tous les centres canadiens importants de la Nouvelle-Angleterre, Le souffle patriotique dont ils étaient animés, sous la plume ardente de brillants écrivains, enflammaient les émigrés qui se disaient encore dans la terre d’exil et auxquels un journal de leur langue rappelait le pays natal. Les autres, et c’est le plus grand nombre, n’eurent qu'une existence éphémère, mais ils eurent tout de même le mérite de manifester le sentiment patriotique et d’inspirer aux nôtres la volonté et le courage de s'affirmer romme race distinete dans un milieu si différent par les usages et la manière de vivre.

Avant-propos

C’est aux fins de préserver de l'oubli, pour les générations pré. sente et future, que nous avons entrepris de réunir en un volume tous les éléments qu'il nous a été possible de rassembler relative. ment à notre presse canadienne-française des Etats-Unis, Si notre race venait jamais à disparaître comme élément ethnique en ce pays—ce qui, Dieu merci, parait encore improbable, —si l'assimilation venait à décimer nos rangs au point de constituer un réel danger pour notre existence nationale, ce livre sera du moins un monument qui attestera des héroïques efforts faits par d'intrépides soldats de la plume et de la pensée pour perpétuer le culte de la langue, de la religion et des coutumes ancestrales en ce pays de langue anglaise officiellement, mais où toutes les langues et toutes les nationalités peuvent se développer en toute liberté.

Nous nous étendrons plus particulièrement sur les journaux qui ont fait une plus grande marque dans la carrière et qui ont exercé une influence plus considérable sur les destinées du peuple canadien-français des Etats-Unis, comme le ‘Public Canadien, ’” (1867) de New-York, le ‘‘ Protecteur Canadien, (1868) et son successeur ‘l'Avenir National,’ (1871) de St-Albans, (Vermont), le ‘‘Foyer Canadien,’” (1873) de Worcester et St-Albans, qui fut en quelque sorte le précurseur du fameux ‘Travailleur’ de Ferdinand Gagnon. Nous parlerons longuement de ces journaux et de quelques autres qui ont imprimé aux idées fra-vaises aux Etats-Unis un mouvement dont leurs successeurs d. : à carrière n’ont eu qu’à s'emparer pour le diriger dans la ve ouverte aujourd’hui. Les hommes qui ont été les pionniers du jo. nalisme canadien sux Etats-Unis, sont pour la plupart depuis longtemps disparus de la scène de ce monde, comme l’abbé Zéphirin Druon, J.-B.-A. Paradis, Antoine Moussette, ancien gouverneur de la prison de Hull, P.Q.; Frédérie Houde, le Dr L.-J. Martel, et le plus illustre d’entre tous, Ferdinand Gagnon qui, à une époque où notre peuple était en voie de formation sur cette terre des Etats-Unis, fut l’incarnation la plus parfaite de nos aspirations et de nos tendances vers nos destinées futures.

On remarquera dans cette longue nomenclature que différents journaux portèrent le même nom. C’est ainsi qu'il y eut plusieurs “Avenir National,” dont le dernier en date existe encore à Manchester, N. H, plusieurs ‘Protecteur Canaäien,”’ et d’autres encore.

Après avoir passé en revue les différentes étapes de la presse canadienne-française des Etats-Unis, après l’avoir vue à l’œuvre se développant peu à peu, en dépit de maints obstacles, de débai. res et d’espérances déçues, nous exposerons la situation qu’elle oceupe présentement en cette année 1911. L’on pourra alors assez exactement se rendre compte du progrès accompli depuis quarante ans.

de la

Presse Franco-Américaine

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