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7) © à Chicago, où il a fait du journalisme. Il est du nombre 1 CI] de ces brillants patriotes qui ont jeté un vif éclat sur le
nom canadien aux Etats-Unis, et c'est avec un orgueil légitime que le journalisme canadien des Etats-Unis le réclame comme l’un de ses vétérans les plus illustres.
En 1865, la population canadienne augmentait rapidement à Chicago; elle se trouvait sans journal français dans l'Etat de l'Illinois depuis la disparition du Courrier de l'Illinois à Kankakee en 1863. M. Couillard de l'Epinay, jeune avocat de Montréal, tenta de combler cette lacune en fondant la Sentinelle, en 1867. Cette feuille, comme la plupart des journaux à existence éphémère, mourut tranquillement d'inanition, après quelques semaines d'existence.
Louis Fréchette (Louis-Honoré, comme il s'appelait en ce tempslà), qui était né à Lévis, avait quitté Québec à la suite de déboires et de désillusions qu'il avait éprouvées dans la politique.! Son tempérament de poète avait été aigri par le contact avec les roueries des politiciens et, désabusé, mécontent, voulant fuir ce qu'il estimait une patrie ingrate, il prit le chemin de l'exil, et dans l'hiver de 1866 il se fixait à Chicago. Le jeune poète, qui avait déjà à son actif un premier volume de poésies intitulé “Mes Loisirs,” continua sur la terre étran-
1 M. Fréchette racontait, au mois de février 1903, À l'auteur l'incident suivant. En
1866, Médérie Lanctôt, de Montréal. donna à un certain Col, Suderland, un espion fénien, une lettre d'introduction À Fréchette, le priant de lui faire visiter Québec Ce dernier, ignorant à qui il avait affaire, conduisit son visiteur partout, lui faisant visiter même la citadelle Quand Fréchette s'apereut qu'il avait eu affaire À un espion {il confia son secret à une couple d'amis qui lui conseillèrent de quitter le pays au plus tôt 11 s'expatria et se
fixa à Chicago.
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gère à cultiver les muses, et ce fut dans cette ville qu’il écrivit sa terrible philippique en vers, “La Voix d'Un Exilé,” où il flagellait avec une violence d'expressions inouiïe ses adversaires politiques qu'il tenait responsables de son départ.
Mais à Chicago M. Fréchette s'occupa aussi de journalisme. Il était arrivé à un temps où le journalisme canadien-français subissait une éclipse totale. Alternant entre les vers et la prose, Fréchette écrivait dans un journal qui avait fait son apparition peu de temps après son arrivée: c'était L'Observateur, publié par Barclay & Fréchette. L'Observateur ne vécut pas longtemps. C'était tout de même une fort jolie feuille, rédigée agréablement par le brillant poète. Ce journal n'avait qu'un défaut, à l'instar de son confrère de New-York, le Public Canadien, publié à peu près dans le même temps. C'était un journal canadien.... du Canada; les questions américaines n’y occupaient que peu de place et celles relatives à notre mouvement d'organisation en ce pays encore moins.
Pendant l'été de 1868, MM. Théophile Guéroult, Fréchette et Samuel-E. Pinta fondèrent une autre feuille qu'ils décorèrent du titre prétentieux de L'Amérique, un beau journal, et bien fait, qui parut à l'ouverture de la campagne présidentielle entre Grant et Colfax, candidats républicains, et Seymour et Blair, candidats démocrates. Le résultat de la lutte ne faisait pas de doute. Grant avait subjugué le Sud: il était à l'apogée de sa gloire, tandis que le parti démocrate, représenté par Seymour, était tout à fait démoralisé. La voie était donc toute tracée, l'orientation était toute indiquée: le nouveau journal était naturellement républicain. M. Fréchette lui-même prenait une part active à la campagne électorale en faisant des discours, tout en rédigeant son journal, et y écrivait des articles politiques avec beaucoup de talent.
En 1870, M. Fréchette voulut faire un voyage au Canada, tout en conservant ses droits dans la propriété du journal.
La politique malsaine se glisse un peu partout; il se trouve toujours des gens qui sont prêts à tout sacrifier pour un petit honneur ou une situation politique quelconque. Or, c'est précisément ce qui est arrivé dans ce cas-ci. M. Lafontaine, un Suisse, fut appelé à la rédaction de L'Amérique. Si l’on peut le juger d’après ses écrits, il n'aurait reculé devant aucune bassesse pour en tirer un profit quelconque. Ce jugement est sévère, mais il est justifié par les faits.
Les Allemands étaient, dès cette époque, très nombreux dans l'Ouest. La convention républicaine de l'Illinois, tenue à Springfield, avait eu la faiblesse, à l’instigation des Allemands, d'adopter une résolution de sympathie pour l'Allemagne dans sa lutte avec la France. Il n’y avait aucune raison de prendre ainsi fait et cause ouvertement pour une nation à laquelle les Etats-Unis n'étaient redevables d'aucun bienfait, tandis que les motifs de reconnaissance et de sympathie pour la France étaient si grands. C'était une indignité de faire ainsi servir un grand parti politique, dans le simple but de capter des votes, pour lancer l’insulte à la France qui, moins d’un siècle auparavant, avait tant fait pour l'indépendance des Etats-Unis. Les Français et les Canadiens ne comptaient pas beaucoup en politique à cette époque, pas plus dans l'Ouest que dans l'Est; ils étaient une quantité négligeable; il faisait bon de flagorner les Allemands.
Mais revenons à notre rédacteur. Lafontaine voulait être du côté du plus fort pour obtenir un emploi public. Il publia des articles où il faisait l'éloge des Allemands et injuriait les Français. Ceux-ci, de même que les Canadiens, étaient indignés à la lecture de ces écrits. L'effet fut désastreux, comme on peut le penser, pour la circulation, le journal étant complètement discrédité auprès de ses lecteurs, dont les sympathies étaient naturellement acquises à la France.
M. Fréchette, sur les entrefaites, revint à Chicago, et l’on peut s'imaginer s’il était furieux de ce qui venait d'arriver. Notre poète, comme on le sait, a toujours eu, dès sa tendre jeunesse, un culte inaltérable pour la France, et à cette heure d'épreuves de notre ancienne mère-patrie, son amour pour cette nation chevaleresque était intensifié par les malheurs dont elle était accablée. Ce sentiment était, au reste, partagé par toutes les populations de race française du Canada et des Etats-Unis. Après un coup comme celui-là, le journal L'Amérique n'était plus viable, et il ne restait d'autre alternative que d'en discontinuer la publication. C’est ce que Fréchette fit au printemps de 1871, puis il s'en retourna de nouveau au Canada où il demeura définitivement et fournit la brillante carrière que nous savons, jusqu'à sa mort survenue en 1908, à Montréal.
LOUIS-HONORE FRECHETTE
M. Fréchette est né à Lévis le 16 novembre 1839. Il fit ses études à Nicolet et son droit à l’Université Laval, fit de la politique et du
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journalisme au Canada, vivant de cette vie de bohème qui est particulière aux poètes et aux artistes. En 1864 il arriva à cette profession d'avocat, si séduisante pour le talent et l'ambition, mais si décevante pour ceux qui, sans vocation spéciale, s’y jettent par désespoir de cause.
Avocat, journaliste et poète, Fréchette réunissait en sa personne, par un heureux privilège, tous les titres possibles à la célébrité. Il partit en 1866 pour Chicago où il se lança dans le journalisme, et fut secrétaire-correspondant du département des terres du chemin de fer Illinois Central, en remplacement de feu Thomas Dickens, frère de Charles Dickens, le célèbre romancier anglais. En 1871 on le retrouve à Québec pratiquant le droit, faisant des vers et recevant plus tard des encouragements flatteurs de Lamartine et Victor Hugo.
Ses vers ont été publiés en plusieurs volumes. “Mes Loisirs” fut le premier, “Les Fleurs Boréales” et “Les Oiseaux de Neige” ont été couronnés par l’Académie Française.
Il a aussi publié la “Légende d'un Peuple,” recueil de poèmes portant sur les faits héroïques de notre histoire.
M. Fréchette mourut au mois de mai 1908, à Montréal.
Louis Fréchette est l’une des figures illustres de notre histoire nationale, et l’un de nos littérateurs qui ont jeté le plus d'éclat sur les lettres canadiennes. Le journalisme canadien des Etats-Unis s’honore de le réclamer comme l'un de ses vétérans, alors qu’il était dans le prisme de sa jeunesse et de son beau talent littéraire.
Quelques détails sur le mouvement canadien à Chicago au temps du séjour de Fréchette seront ici à pronos. La population canadienne. qui, en 1865, comptait environ 7,000 âmes, était déjà montée, en 1871, à environ 20,000. Comme on vcit, dès que la guerre fut terminée, à l'instar des Etats de l'Est, un fort mouvement d'immigration canadienne s'était porté vers la grande métropole de l'Ouest. On sait comment, cette année-là, un immense territoire de la ville fut ravagé par le feu qui brûla pendant quatre jours 17,500 bâtisses. Un grand nombre de nos compatriotes furent alcrs durement éprouvés par l'élément destructeur. A peu d’exceptions près, tous les Canadiens étaient des artisans. Ii n’y avait encore à cette époque qu'un seul marchand, M. Alexandre Pagnuelo. Les Canadier:: de Chicago
avaient, de temps à autre, reçu la visite de M. l'abbé Augustin Lebel, qui était curé à Bourbonnais; puis M. l'abbé Montaubrick devint le curé permanent jusqu'en 1864, quand il fut remplacé par M. l'abbé J. Côté, qui fonda une paroisse canadienne et construisit une église dans la rue Halsted, près de la rue Harrison.